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Croc croque

Dans la BBthèque aujourd’hui, c’est un crocodile qui vient rendre visite… au bébé lecteur. Vous avez peur ? Peut-être avez-vous raison ! On y va ? Voici donc une chronique sur Croc croque, l’histoire d’un jeune crocro souriant et avenant, écrite et illustrée par Lucie Phan aux éditions de l’Ecole des loisirs :

Dans cet album tout cartonné, format carré, un protagoniste unique à écailles s’adresse au jeune lecteur : il salue son lectorat d’un geste de la main sur la page de la couverture, avant de l’entreprendre en engageant une conversation.

Bonjour !

C’est gentil de venir me voir.

Comment t’appelles-tu ?

Et le bébé lecteur est ainsi invité à se présenter en communiquant son propre prénom à ce crocodile qu’il ne connaît pas encore, et qui lui répond :

Enchanté !

Moi c’est Croc.

Croc pose beaucoup de questions, il s’intéresse aux goûts de son interlocuteur : il lui demande tour à tour quel est son jouet préféré, son livre préféré… son plat préféré. Et après avoir laissé à l’autre le temps de répondre, il exprime à son tour ses loisirs favoris, jusqu’au terrible (prévisible ?) point final du livre :

Moi, tu sais c’est quoi mon plat préféré ?

C’est toi !

Et le crocodile à ce moment de se matérialiser gueule béante se précipitant vers le tout jeune lecteur pour n’en faire qu’une bouchée (pop-up très réussi, qui pousse la perfection jusqu’à mettre en scène l’ouverture puis la fermeture de la gueule du croco n’ayant somme toute pas réussi à attraper sa proie, manquerait plus que ça !).

Mais est-ce vraiment le point final du livre, sa conclusion gravée dans le marbre ? Que nenni, sur la quatrième de couverture, on retrouve Croc plié de rire qui désamorce le propos : « Haha ! je blague ! Je ne croque que des carottes ! »

Un album facétieux qui aborde de manière ludique (sourires et rires à foison, interactivité avec le lecteur, jeux avec l’objet même du livre classiquement plat avec pop-up surprise en point d’orgue) la sensation de peur que l’on ressent dès le plus jeune âge mais aussi la naissance d’une nouvelle amitié… qui, sous le couvert d’une blague, met en relief une interrogation.

En fait, cet album, mine de rien et l’air de tout, dit au tout-petit et à ses parents lecteurs tout ce que comprend la rencontre avec autrui : faire connaissance avec quelqu’un signifie à la fois entrer dans une relation de confiance et/ou de méfiance selon la nature de l’échange, percevoir qu’il y a une part d’inconnu dans le connu (et inversement), apprendre à percevoir les intentions qui animent l’autre dans sa relation à moi. Reste à accompagner les tout-petits dans leurs premières expériences de sociabilisation, en prenant par exemple cet excellent livre comme support.

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Livres de naissance

Dans la BBthèque aujourd’hui, lumière sur une nouvelle sélection de livres de naissances, de la conception, parfois ardue, à la mise au monde, et plus encore…

Petite pousse

de Sandra Le Guen et Popy Matigot aux éditions Sarbacane

« Née une nuit de juillet au cœur d’un été chaud, bleu, sable, un peu sec et orageux, je suis… »

Je, c’est Petite pousse, la narratrice. Je suis, dit-elle : je suis dès que mon père et ma mère m’ont conçue, à partir du moment où je suis « arrivée dans le ventre de ma mère », je suis et je deviens, en secret d’abord, puis en images, avant de voir le jour, et de me montrer en chair et en os : « je suis moi ».

Un album poétique et sensoriel sur l’amour, la parentalité, la naissance et l’identité.

Am stram graine

d’Anne-Catherine Le Roux et Jules aux éditions Le Pommier

Publié par les éditions Le Pommier qui mettent des questions scientifiques à portée de tous, cet album met en scène, à l’occasion des mille et une hypothèses de « comment on fait les bébés… !? » suite à l’annonce par la maîtresse qu’elle porte un enfant en son ventre, une petite fille qui raconte une histoire à ses copains, une histoire que l’on dit sans doute rarement en cour de recréation, mais qui est la sienne et qu’elle est ravie de partager. C’est l’histoire originale de sa conception, telle que ses parents la lui ont expliquée : des parents qui avaient très envie d’avoir un bébé, mais qui n’y parvenaient pas, ont donc consulté le corps médical pour comprendre, et ainsi appris la nature du problème : les « graines » du papa étaient trop petites, avant de trouver une solution : le don de graines (« on appelle ça les gamètes »). Grâce à ce don, la maman est devenue enceinte, et les (futurs) parents se sont beaucoup investis dès la période de grossesse dans leur relation avec leur (future) enfant : en lui disant des mots d’amour, en lui chantant des chansons, etc.

Un album qui dit aussi l’amour de parents pour un(e) enfant & réciproquement, et permet d’aborder avec les enfants l’extrême diversité des origines, y compris dans l’acte de conception.

Pablo

de Rascal aux éditions L’Ecole des loisirs

Avec Pablo, on quitte les humains pour s’intéresser à un volatile à naître. C’est l’histoire, en noir & blanc, parfaitement graphique, de la naissance d’un oiseau : Pablo. Première double page avant même la page de titre : un fonds noir (Pablo est dans l’obscurité tant qu’il réside dans l’œuf), deux yeux blancs, un bec blanc. Dernière double page avant la dernière de couverture : un fonds blanc (Pablo est né, la lumière l’éclaire), deux yeux noirs, un bec noir. Entre les deux, le bébé lecteur va observer la naissance de Pablo. Au début donc, il est encore dans son œuf, mais il « doit sortir de sa coquille » car « maintenant, il est trop grand ». Comment il s’y prend ? Progressivement. Avec un premier petit trou au niveau de son œil droit, il peut jeter un œil sur l’inconnu qui l’attend ; et renouveler l’opération avec l’œil droit ; puis percer de nouveaux trous pour écouter le monde, découvrir ses odeurs, le tâter des pattes avant enfin de déployer ses ailes pour mieux le parcourir, tout en gardant, on sait jamais, un bout de coquille, pour se protéger si besoin. Un beau propos servi par un graphisme de haut vol : à mesure que l’oisillon sort de l’œuf, l’œuf se transforme en oisillon.

Mon petit roi

de Rascal et Serge Bloch aux éditions Tom’poche

Graphisme toujours ! Mon petit roi assimile le créateur (qu’est l’auteur et/ou le dessinateur) à un papa : quelqu’un qui donne naissance à quelqu’un d’autre. Dans cet album qui marie superbement dessin et photographie, les lecteurs assistent à la naissance, en direct, d’un personnage dessiné (tout en traits) par le biais d’une (vraie) main (elle semble d’autant plus vraie qu’elle est photographiée), figurant celle de son créateur. « Voici la première page d’une histoire à naître. Une histoire dont j’ignore tout » : dans ce livre, un être naît, et avec lui son histoire… à venir et à construire.

PS : encore d’autres livres sur la naissance à découvrir ici !

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A toi de choisir…

Livre-jeu un jour, livre-jeu toujours ! Nous parlons aujourd’hui dans la BBthèque de Mes petits moments choisis, d’Ella Charbon aux éditions L’école des loisirs, un joli petit album tout cartonné qui décline un concept qui fonctionne fort bien auprès des petits bambins : 1 image, 2 volets, 3 possibilités…

Ce livre, format paysage, invite le bébé lecteur, par un système de rabats, à agencer l’image et découvrir une lecture à plusieurs niveaux des illustrations proposées, selon ses petites manipulations, et, au-delà, à faire un choix… voire opter pour les deux solutions proposées si c’est ce qu’il préfère, bref s’affirmer et gagner en autonomie.

A ma gauche, une question avec deux propositions alternatives qui correspondent toujours à deux verbes : « Goûter ou jardiner ? », « Etre un petit cochon ou être le loup ? », etc. A ma droite, une illustration en deux volets qu’on peut ouvrir, pour découvrir… une toute nouvelle scène mêlant les deux options ! En refermant au contraire un volet et en ouvrant l’autre, on distingue les spectacles de la première action et de la seconde.

Avec en fil rouge, un seul et unique narrateur et auteur de toutes ces actions du quotidien : un ours blanc, souriant et bon vivant, qu’on suit, effet-miroir, dans tous les moments-clés d’une journée. En bref, un tout premier documentaire ludique, tendre et rigolo.

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Pimpanicaille

Eveil musical dans la BBthèque aujourd’hui… mais aussi éveil artistique, avec la publication à l’Ecole des loisirs de Pimpanicaille, par Jean Colombain et une myriade de bambins :

Un album tout-cartonné aux couleurs vives et aux dessins naïfs et premiers… car ils sont réalisés par des enfants ! Toutes les images de l’ouvrage proviennent en effet d’une collection de dessins & peintures d’enfants réalisés dans les années 1950, un magnifique univers visuel, qui vient rencontrer la poésie de comptines revisitées. Pas moins de vingt-sept ritournelles et chansonnettes détournées, écho de rengaines connues des petits comme des grands, que Jean Colombain, l’auteur de ce recueil original, imagine en écho aux dessins d’enfants avant de soumettre à son tour un répertoire inédit aux enfants d’aujourd’hui. Des comptines en couleurs, qui marient avec succès l’ancien et le nouveau… la répétition et la création. Un petit extrait ?

Si j’étais une girafe, 

Je monterais sans escalier

A la lucarne du grenier.

Veux-tu que je t’emmène 

Là-haut dans la plaine,

Pour cueillir des fleurs

De toutes les couleurs ?

 

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Tut-tut !

Tut-tut, c’est le retour de Yuchi Kasano dans la BBthèque, qui, après nous avoir emmenés dans l’eau avec bloub°bloub°bloub, nous entraîne sur la route avec un nouveau cartonné qui met en scène un trajet tout autant ponctué de toniques et joyeuses onomatopées : Tut-tut !

C’est l’histoire d’un bus (rouge). Non. C’est l’histoire de trois petits cochons (roses). Non. C’est l’histoire de la rencontre, qu’on imagine quotidienne, et du moment que partageraient donc, chaque jour, trois petits cochons (roses) et un bus (rouge), à bord duquel ils montent à un arrêt pour redescendre un peu plus loin. Les trois petits cochons, depuis le bus, observent et commentent les événements de la route : oh ! une moto, coucou la moto ! oh ! un taxi, coucou le taxi ! … et puis au terminus qui les attend ? Leur maman ! « Coucou, maman ! »

Un livre tout cartonné, format carré, qui dit, en toute simplicité et bonhomie, mélange de civilité et jovialité : les véhicules, les modes de transports, le déplacement d’un point A à un point B ; la séparation enfants-parents, l’autonomie des petits et la joie des retrouvailles avec les parents.

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De l’art de mélanger dans un chantier

Après un tour d’horizon des camions qui traversent la ville (camion poubelle, camion des pompiers, camion remorqueur…) dans Quel Camion !, l’auteur-illustrateur néo-zélandais Stephen Savage récidive en mettant en scène, dans Le camion méli-mélo, les engins de chantier à commencer par le valeureux petit camion mélangeur :

Il est là, dès la couverture de l’album, le héros de cette histoire, le camion méli-mélo, qui démarre tout juste dans sa carrière de camion mélangeur… et qui mélange d’ailleurs encore un peu tout…

D’abord il (nous) fait (faire) connaissance avec les autres camions du chantier et avec leurs fonctions respectives : le camion-grue qui soulève, le camion-benne qui verse, le camion-pelleteuse qui creuse.

Ensuite il demande à ses nouveaux camarades : « comment puis-je être utile ? », et se voit attribuer une mission : mélanger une poudre blanche… de ciment. Mais le camion méli-mélo est un bleu, voilà qu’il confond cuisine et construction ! Il a en effet mélangé, non pas du ciment, mais de la farine avec de l’eau, ce qui donne… un gâteau ! Une erreur ne survient jamais seule dans les premiers temps… Voilà qu’il continue de s’emmêler les pédales et qu’il mélange une autre poudre blanche avec de l’eau, le sucre, pour glacer son gâteau géant ! Jamais deux sans trois… ? Mais non, cette fois, le camion méli-mélo a bien compris : il mélange la poudre blanche, ajoute un peu d’eau… et construit, non plus un gros gâteau, mais un grand immeuble (un peu en forme de gâteau, type pièce montée… non mais).

Et puis, comme il a le sens de l’humour et de la convivialité, ce camion méli-mélo, et que, au terme de cette première journée de chantier, il sait désormais bien mélanger, il va mélanger avec un peu d’eau une dernière poudre blanche… le savon… pour que tous les camions du chantier puissent s’amuser et se ressourcer dans un gigantesque bain moussant ^^

Un premier documentaire coloré et rigolo sur l’univers du chantier, à portée des bébés qui adorent aussi tout mélanger.

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Le petit questionneur

Chouette, un premier documentaire qui se met à la hauteur des bébés lecteurs alias… les petits questionneurs ! J’ai nommé :

¿?

Le Petit Questionneur

de Constance Verluca, Julien Hirsinger & Jeanne Boyer

le-petit-questionneur

¿?

Ce livre tout cartonné est construit comme un « chat » ou dialogue entre l’adulte (l’auteur, le lecteur) et l’enfant (l’autre lecteur, petit ou grand questionneur itou également), le premier s’adressant au second à la deuxième personne du singulier avec une série d’improbables questions :

Tu préfères Noël ou ton anniversaire ?

Si tu devais ne garder qu’un seul jouet, lequel choisirais-tu ?

Si tu étais le roi ou la reine, que ferais-tu en premier ?

De double page en double page, pléthore de sujets — la vie en société, amis et événements, les émotions, l’alimentation, le présent, le passé et l’avenir… — sont abordés sous l’angle de l’interrogation, invitant le tout-petit à s’exprimer, avec ses phrases balbutiantes, ses premiers mots, et à affirmer ses choix… pour poser, à son tour, des questions.

Un petit aperçu ici : http://www.ecoledesloisirs.fr/livre/petit-questionneur !