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Emilie Vast et les couleurs

Quand l’illustratrice, auteur et plasticienne Emilie Vast s’attelle à la question des couleurs aux éditions MeMo, collection Tout-petitsmemômes , voilà qui donne des petits bijoux de poésie à portée des tout-petits, à travers deux livres jumeaux, deux livres miroirs :

neige le blanc et les couleurs emilie vastocean le noir et les couleurs emilie vast

Neige, le blanc et les couleurs

Neige est une tourterelle que le bébé lecteur rencontre en plein hiver. Cette tourterelle, sur la terre ferme, fait chaque jour une découverte : le lundi, une vive baie rouge ; le mardi, une éclatante baie orange ; le mercredi, une lumineuse baie jaune… quand la semaine s’achève, notre tourterelle dispose de sept merveilles aux couleurs de l’arc-en-ciel ! Mais que peut-elle en faire ? La voici qui plante la baie rouge dans le sol, et tous les éléments environnants prennent la couleur rouge, c’est trop vif ; puis qui la déterre pour planter à s place la baie orange… c’est trop éclatant ; puis de même pour tenter la baie jaune, rien que la baie jaune… mais c’est trop lumineux… et ainsi de suite, jusqu’à ce que l’oiseau ait la judicieuse idée de planter simultanément les baies de chaque couleur qu’elle a précieusement réunies ! Et voici que le paysage s’anime des mille couleurs du printemps… !

Océan, le noir et les couleurs

Sur le même principe, et avec les mêmes mots, voici l’aventure d’Océan, le cheval de mer vivant dans le noir des profondeurs. Ses découvertes quotidiennes à lui sont des perles… de différentes couleurs, exactement les mêmes que son alter ego Neige : rouge, orange, jaune, vert, bleu, indigo et violet. Sept perles, sept teintes, sept filtres à travers lesquels mettre le monde en lumière… et la huitième merveille, l’éventail des couleurs au fonds des eaux quand l’hippocampe se met à enfouir dans le sable tous ses trésors à la fois !

Une paire d’albums complémentaire pour le plaisir des yeux, l’éveil des sens, la découverte des contrastes et des couleurs, l’attention à la nature, l’action des êtres vivants sur leur environnement et l’œuvre du temps. Un bonheur de lecture à partager avec les très jeunes enfants.

 

 

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Au marché, je choisis…

Gaïa Stella, illustratrice et graphiste italienne, avec la complicité des éditions Hélium, a l’excellente idée de publier un livre-jeu sur le thème de « je fais mon marché », plus vrai que nature, à destination des tout-petits lecteurs / imitateurs !

Cet imagier tout cartonné relève à la fois du livre, du puzzle et… du sac de courses (en tissu qui plus est), si si si. Mais comment donc ? Sur chaque double page, le tout-petit découvre des familles de fruits et de légumes, distingués par leur forme, leur origine, leur goût… Sur la gauche, se trouve toujours reproduit comme un étalage de marché : pêche, grappe de raisin, figue, prunes, abricots… Sur la droite, le choix de l’enfant : en l’occurrence, une poire. Ce choix est matérialisé par son aspect détachable et manipulable : c’est une pièce de puzzle, son recto représente le fruit ou le légume cueilli, son verso le même aliment ouvert… voire consommé ! Le bébé gourmand, mangeur, lecteur… s’amuse alors à glisser une à une ses provisions dans le petit sac rouge fourni avec l’album !

Un concept ludique et pédagogique, couplé à une réalisation esthétique mais aussi parfaitement réaliste et pratique, qui ravira les très jeunes enfants avides de faire le marché… comme les grands.

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Trio

Lumière sur une toute nouvelle maison d’édition jeunesse, Dyozol, qui parmi ses trois titres de lancement, publie ce livre formidable délivrant aux très jeunes enfants un message de tolérance tout en éveillant les tout-petits à la géométrie :

TRIO d’un trio d’auteurs :

Franck Bruneau, Ambrogrio Sarfati et Camille Tartakowsky !

Un tout cartonné, petit mais dense format carré, qui, graphiquement et verbalement, met en formes l’environnement du bébé lecteur :

Il était une fois une contrée appelée l’Hexagone [et hop, représentation sur la gauche non pas de la France mais d’un hexagone].

Un jour, monsieur et madame Pythagore sont venus y habiter [et y mettre au monde leur bébé… triangle].

Ce bébé d’apparence triangulaire s’appelle Trio ; sorti de son cocon familial à trois sommets, il va découvrir que l’univers comporte aussi d’autres côtés… des bons… des mauvais ; et, avec son regard neuf et sa grande créativité, il s’attelle tout naturellement à construire le monde dans lequel il veut pouvoir évoluer. A l’école en effet, rendez-vous numéro un de la sociabilité, il cohabite avec d’autres enfants d’origines et formes aussi simples que la sienne, mais pas moins différentes : des ronds (beaucoup de ronds) et des carrés… Que d’heureuses et amusantes combinaisons cette diversité permet : quand Cyclo monte sur Trio, les deux zozos forment les deux éléments d’un toboggan ; quand Trio monte sur Cyclo lui-même porté par Carro, voici le trio transformé en équilibriste ! Mais, vivre ensemble oblige, les conflits prennent parfois le dessus sur les moments de partage constructifs et positifs… En cas d’attaque, Trio sait se défendre physiquement, grâce à ses angles… tandis que l’un de ses camarades, Rondo, en retour, s’oppose à lui par ses idées auto-centrées, utilisant les mots pour monter une communauté contre une autre :

On n’a pas besoin des triangles et des carrés dans la contrée aux six côtés !

Ce à quoi Trio répond dans un premier temps par la meilleure des armes : il réfléchit ! … puis il formule à haute voix, et en images, démonstration iconique et verbale, le fruit de sa méditation : non seulement, géométriquement, triangles et carrés peuvent habiter/constituer ensemble l’hexagone sans le déformer, mais c’est en s’assemblant les uns les autres de mille et une façons qu’ils déclinent toute la richesse de la vie se tramant au quotidien dans la contrée aux six côtés : une glace, c’est un cône avec des boules de sorbets, une montagne : des sommets approchant l’astre solaire… En s’assemblant, les formes simples donnent lieu à des formes complexes, le rejet et la destruction laissent place à autant d’entreprises créatives et constructives : de quoi occuper et réconcilier le trio de formes avant la fin de la récré !

Une remarquable illustration des bénéfices d’une approche constructiviste de l’apprentissage : c’est l’activité du sujet qui permet la construction de la représentation de la réalité qui l’entoure… Ainsi graphiquement mais aussi verbalement, c’est par la pensée suivie de l’action, en l’occurrence collective, que le trio d’amis dépasse dans cet album la représentation abstraite de formes isolées ou de combinaisons de formes élémentaires, pour aller vers la représentation d’un monde figuratif plus riche et fécond − un cône glacé, une montagne et tant d’autres paysages… dans lesquels chaque sujet, chaque personnage, trouve d’autant plus sa place qu’il l’a cherchée, qu’il a participé à son élaboration. La technique illustrative du papier découpé, adoptée dans cet album, concourt au même objectif : inviter les bébés lecteurs à devenir à leur tour des bébés constructeurs — par le découpage, l’assemblage, le collage —  de leurs propres dess(e)ins. Avis aux collectivités et librairies notamment : les éditeurs ont d’ailleurs conçu, autour de Trio, un atelier d’inspiration montessorienne qui s’appuie sur une valise de formes géométriques en volumes en vue de développer auprès des 0-3 ans l’appréhension de l’espace par la manipulation, la création et le langage.

Quelques images et informations supplémentaires sur le site de l’éditeur ainsi que sur leur page facebook !

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Le potager de ma voisine Alena

Un album printanier, c’est de saison ! J’ai nommé Le potager d’Alena, signé Sophie Vissière aux éditions Hélium :

Ce matin, comme tous les matins, pour aller à l’école, je passe avec maman devant un champ en friche.

Ce que je ne sais pas, c’est que pendant la journée le champ va être désherbé, et la terre aérée.

Le matin suivant, quand je repasse devant…

Le point de vue adopté dans ce livre est celui d’une petite fille qui observe & décrit, étape après étape, l’évolution du champ qui jouxte sa maison ; elle nous rapporte également le sous-jacent, l’invisible, « ce qu’elle ne sait pas » mais qu’elle sait à présent et peut ainsi partager avec nous maintenant  : les fruits du patient travail dans les champs oui… mais aussi qui effectue ce travail, pourquoi, comment.

Du champ à l’assiette : servie par des illustrations douces et colorées, une approche simple, sobre et belle, entre la fiction et le documentaire, portrait au jour le jour d’une cultivatrice et maraîchère, Alena, la voisine de la narratrice, dont elle achète et mange les fruits et légumes les jours de marché. Un album sain pour transmettre aux petits le rythme des saisons, le travail de la terre voire plus largement le travail humain, développer leur sens de l’observation tout en les invitant à se questionner sur le pourquoi du comment… et leur apporter des éléments de réponse éclairants.

Pour vous mettre l’eau à la bouche, rendez-vous sur le site de l’auteur-illustratrice toulousaine : http://www.sophievissiere.com/le-potager-dalena.html !

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Pitschi, le petit chat qui…

Pour les plus grands des tout-petits, une réédition, à la Joie de lire, d’un classique dont le héros s’appelle Pitschi ! le petit chat qui… voulait toujours autre chose…

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Ce chaton-là se distingue de sa fratrie — Grigri, Groggi, Patschi et Negri — : quand ses aînés jouent à qui mieux mieux, qui de la pelote de laine, qui de grimper sur le manche à balai, lui s’isole, se questionne, rêve et cherche qui il est… et hop, le voilà parti en quête… de son identité ! C’est que ce chaton-là a d’autres aspirations : se faire poule… ? coq… ? chèvre… ? canard… ? lapin… ? Pitschi, qui n’a peur de rien, se frotte à l’inconnu et imite à tour de rôle tous les animaux qui croisent son chemin… découvrant souvent, à ses dépends, ce pour quoi il n’est pas eux mais lui-même : Pitschi le petit chat !

Un parcours initiatique, servi par les magnifiques illustrations d’Hans Fischer, sur l’acceptation et l’affirmation de soi, mais aussi sur l’amitié et la connaissance d’autrui.

 

 

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COMPTER avec ses doigts !

Une bonne nouvelle pour les amoureux de la photo et des réalisations créatives et ludiques de Claire Dé : celle-ci est de retour avec un nouveau livre aux éditions Les Grandes Personnes, au programme clair, net et précis :

COMPTE sur tes doigts !

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Le titre ne le dit pas, la couverture, si, et tout le reste de ce tout cartonné aussi : ici, le bébé lecteur apprend à compter avec ses doigts certes, ses petites mains, mais aussi avec la nature, car cet imagier de type 1,2, 3… avec additions au passage s’il-vous-plaît, pratique avec brio le land art ! Un jeu de correspondances visuelles (formes, couleurs, matières, sens…*), esthétiquement très réussi, aide les tout-petits à mieux se repérer dans leurs premiers apprentissages mathématiques… Au-delà, par le réalisme du livre, l’enfant est invité à s’emparer, à son tour, de mille et uns trésors dehors… pour mieux (les) compter, conter et recompter… sur le bout de ses dix doigts !

Ingénieux, facétieux et stimulant à souhait pour les tout-petits par définition curieux.

*Quelques extraits à découvrir sur le site de l’éditeur  : portfolio.

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Papillote

Encore une idée de cadeau de naissance… : avec, à l’honneur aujourd’hui, un livre tout cartonné d’une douceur et d’une poésie rares à destination des tout-jeunes parents et de leur tout-petit enfant :

Papillote

de Violaine Marlange

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Un tout-cartonné, format carré, qui met en mots et en images la naissance et la croissance d’un nouvel être.

Au tout début, la rencontre de deux êtres…papillote-violaine-marlange-debut

L’un rouge, l’autre bleu, desquels naît un autre petit être, mélange des deux et bien plus encore… Ce nouveau petit s’appelle Papillote, et c’est Papillote qui vous raconte un bout de son histoire, en couche-culotte !

Le récit de ses premiers instants de vie, quand Papillote observe son environnement… jusqu’à agir, à son tour et en son nom, pleinement dedans : jouer un instrument, nager avec maman et non plus contre maman, découvrir « la douceur des mots que je lis », partir à la chasse aux papillons en compagnie des amis, bref être tout à la joie d’être petit petit, tout en se projetant dans un avenir… infini.

Un album tendre et profond, aux illustrations épurées, colorées et si chargées d’expressivités, pour aborder tranquillement avec le bébé ses origines, et, au-delà, la construction de soi et de son identité : comment le bébé lecteur forme(ra) un être à part entière, distinct de ses parents… comment il trouve(ra) peu à peu sa propre couleur — en l’occurrence, non plus bleu à tendance rouge, ou rouge bleuté, mais définitivement… violet !

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