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J’ai perdu ma langue

Et si on prenait un peu le temps de rire avec les bébés ? J’ai le livre du moment qu’il vous faut : J’ai perdu ma langue, de Michaël Escoffier et Sébastien Mourrain aux éditions du Seuil jeunesse, qui se sont, je suis prête à le parier, bien amusés aussi à pondre ce drôle de livre-jeu tout cartonné !

Tout a commencé ainsi :

Hier, en mangeant une glace, j’ai perdu ma langue.

dit le texte sur la page de gauche, comme écrit à la main ; l’image, à droite, montre le narrateur la main devant sa bouche, comme si, surpris, il disait « oh ! » ou « oups » !  C’est embêtant, de perdre sa langue… heureusement les auteurs eux l’ont bien pendue, et ils entament toute une quête pour retrouver la langue… baladeuse.

Oui baladeuse car au gré de l’enquête (premier roman policier pour bébé ^^ ?), cherche et trouve Charlie ta langue, les auteurs jouent avec leur petit lecteur par l’image, page de droite, s’amusant à placer à chaque fois le même visuel de langue… employé pour tout autre chose : le képi rouge du policier, un gâteau aux fruits rouges, un parapluie au-dessus d’une brave dame, un bain, une fleur, un bec de canard, etc. Tant de personnages qui veulent aider le narrateur à remettre la main sur la langue, mais qui n’y parviennent pas, parlent de ce qu’ils ne connaissent pas, extrapolent parfois (aurait-elle été enlevée par des extraterrestres ?)… jusqu’à ce que la glace elle-même s’insurge :

« Vous racontez n’importe quoi ! » s’est écriée ma glace. « Les extraterrestres, ça n’existe pas. »

J’ai baissé les yeux : ma langue était là, depuis le début, juste sous mon nez !

Je l’ai remise à sa place vite fait, bien fait. Vous ne me croyez pas ?

Regardez [et le narrateur, espiègle comme un enfant, de tirer la langue, fin de l’histoire] !

Ou comment, par un jeu de rappels en cascades, entrer dans l’esprit rêveur d’un enfant lapant une glace par beau temps ; occupé à manger, il ne dit mot mais n’en pense pas moins… et s’imagine mille et une histoires, l’une en entraînant une autre, avant de revenir vers le point de départ. Un livre-jeu très graphique, très sympa, à lire et relire avec les tout-petits !

Hé, pssst ! Si tu cherches ta langue, je crois savoir où elle est…

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Drôles de têtes, drôles de bêtes

Place aujourd’hui à la géométrie, avec, pour la première fois dans la BBthèque, une chronique sur un album de l’artiste japonais Yusuke Yonezu, qui, chez Minedition, a publié toute une série de petits livres cartonnés invitant les bébés à jouer avec les formes… à commencer par le cercle, dans son petit dernier : Drôles de têtes !

droles de testes yusuke yonezu

En couverture, sur fond jaune, un trou tout rond, laissant voir un smiley tout rouge. Le bébé ouvre le livre et que ne voit-il pas alors sur sa droite : non plus un smiley, mais une tête de singe… dont le museau ressemble à s’y tromper à ce smiley ! Et Yusuke Yonezu d’interpeller son jeune lecteur : surprise !! dis, dis, tu t’y attendais ?

Le ton est donné : ce livre-jeu invite, avec humour, vivacité et sobriété, à deviner ce que ces extraits d’images laissent ou non entrevoir… Géométrie oblige, les formes des ouvertures (celles-là même qui révèlent une partie de la page suivante) ne cessent de varier : après le cercle, l’ovale, le demi-cercle, le carré et autres parallélépipèdes… 

Or donc, qu’y a-t-il en l’occurrence derrière cette partie de cache-cache tonique et mathématique ? Toute une galerie de bouilles d’animaux… sooooo design : singe, poisson, grenouille, chat, lapin, koala, chien, cochon, ourson, crocodile, mouton, cheval et vache qui saluent bien bas le bébé découvreur.

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Effet surprise garanti avec ce bestiaire qui ne prend forme que par les manipulations du tout petit, ravi de nommer, une fois son travail accompli, ces animaux amis. Et, ultime parade, que révèle la dernière page ? En refermant le livre, la quatrième de couverture, qui comprend elle aussi un trou tout rond, dévoile le visage d’un bébé tout sourire… smile(y), bab(y), smile(y) 😃

 

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Maman veille… et bébé dort

Magique, un livre pour ouvrir et fermer les yeux !! Lumière sur Maman veille et bébé dort, de Pittau & Gervais, paru chez Gallimard jeunesse, collection Giboulées, en ce début d’année.

Quand bébé dort à poings fermés, maman veille sur lui et ses rêves d’or.

maman veille bebe dort pittau gervais

Dans cet album tout cartonné, à lire avec les bébés avant le coucher, ou à toute heure de la journée, l’auteur Francisco Pittau et sa compagne illustratrice Bernadette Gervais mettent en scène une série d’animaux, avec la maman sur la page de droite, les yeux grand ouverts et bienveillants, et son bébé endormi sur la page de gauche, les yeux clos, serein, les pattes ou ailes détendues. Permanence de l’éveil, veille, de toutes les mamans aux yeux bleus constants, grâce aux deux yeux ronds découpés dans les pages qui permettent de voir d’un côté la mère éveillée et, quand on tourne la page, son bébé, les yeux (presque) toujours fermés… et ainsi de suite jusqu’à la surprise finale !

De l’art de transformer le quotidien en jeu : le tout petit et sa maman (voire son papa, s’il veut jouer à se travestir en figure maternelle) apprécieront les trous laissés à la place des yeux, qui invitent à y passer les doigts, pourquoi pas, et à s’emparer du livre comme d’une collection de masques : et hop, la maman devient ours, lion, singe, hibou, panda, vache, koala, raton laveur, chat, cochon ! et le bébé itou également.

Une lecture souriante, aimante, apaisante, sous forme de ritournelle, qui se clôt, telle une pirouette, sur une jolie pique : note d’humour judicieuse pour achever d’aborder le sommeil avec simplicité et sérénité, et interroger en filigrane le rôle de messieurs les papas sur ce sujet-là…


 

the-light-bulb-363064_640Pour vous aider à trouver ce livre en librairie ou en bibliothèque, en voici les références complètes :

Maman veille : et bébé dort [Texte imprimé] / Francesco Pittau ; illustrations Bernadette Gervais. – Paris : Gallimard-Jeunesse, 2016. – 1 vol. (24 p.) : ill. en coul., couv. ill. en coul. ; 25 x 21 cm.
ISBN 978-2-07-058756-8 : 14,5 EUR

 

 

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Bonne nuit, petit monstre vert

Ed Emberley est l’auteur d’un album ludique extrêmement apprécié des enfants :

Va-t-en, Grand Monstre Vert !

que je vous invite à lire et à relire et à rerelire avec un jeune public si ce n’est déjà fait… un régal intégral, et une bonne partie de rigolade !

Avec cet article, je suis heureuse de vous annoncer la naissance de Petit Monstre Vert, à qui Ed Emberley, et le bébé lecteur, vont souhaiter bonne nuit… :

BONNE NUIT, PETIT MONSTRE VERT

bonne nuit petit monstre vert ed emberley

Les deux albums sont construits à l’identique : des papiers découpés — un papier glacé, solide, épais — sur fonds de couleurs vives. Magique : à chaque page tournée, un nouvel élément apparaît… ou disparaît ! Dans la version destinée aux tout petits, l’auteur-illustrateur commence par présenter son personnage : chaque page de droite décrit ainsi tendrement une partie du corps du monstre — « petit monstre a deux petits yeux jaunes » / « un petit nez bleu turquoise et deux petites oreilles tordues de la même couleur » —, jusqu’à former, à mi-parcours du livre, son « joyeux petit visage vert ». C’est alors qu’une étoile luit, signe qu’il est temps de souhaiter bonne nuit à la créature ainsi apprivoisée, et de la laisser peu à peu s’évanouir à travers champs tandis que le petit lecteur, tranquillisé, succombe à son tour au sommeil :  » […] bonne nuit, petit nez bleu turquoise et petites oreilles tordues de la même couleur » /   » […] bonne nuit, petits yeux jaunes […] » « fais de beaux rêves, petit monstre vert » !

Prouesse technique, portée par un phrasé rythmé d’anaphores et ritournelles, ce livre-jeu marie avec succès, et dans la bonne humeur, deux objectifs pédagogiques :

* apprendre aux tout petits les noms des couleurs d’une part, les noms des parties du visage humain d’autre part — car ce petit monstre, en vrai, a tout d’un bébé singulièrement humain…

* les confronter à la peur de l’inconnu et lutter contre celle-ci, en invitant le bébé lecteur à faire, tout simplement, plus intime connaissance avec cet autre que lui : un exercice cathartique bienvenu, pour le tout petit qui commence à distinguer les êtres étrangers de ceux qui lui sont familiers, et en éprouve de l’angoisse !


the-light-bulb-363064_640Pour vous aider à trouver ce livre en librairie ou en bibliothèque municipale, en voici les références complètes :

Bonne nuit, petit monstre vert [Texte imprimé] / Ed Emberley ; [traduit de l’américain par Élisabeth Duval]. – [Paris] : Kaléidoscope, DL 2013 (impr. en Malaisie). – 1 vol. (non paginé [28] p.) : ill. en coul., couv. ill. en coul. ; 21 cm.
. – Trad. de : Nighty night, little green monster
ISBN 978-2-87767-782-0 (rel.) : 11,80 EUR.