0

Comptines & poésies d’été et au-delà

Le mois d’août touche à sa fin… bientôt la rentrée des enfants et des grands, que la BBthèque vous propose d’aborder en chanson et poésie pour donner un autre rythme, une autre dimension, au quotidien.


Petit escargot - Dedieu - Bon pour les bébés

Il pleut, il pleut, il mouille… c’est la fête à la grenouille ?! Ah oui mais… non : là c’est de l’escargot qu’on parle, celui qu’on voit partout après un jour de pluie !

Thierry Dedieu nous propose, au Seuil dans la collection Bon pour les bébés, sa version géante et noir & blanc de la comptine Petit Escargot, un classique revisité avec humour pour les tout-petits et les plus grands.

Vous retrouverez ici les chroniques des autres livres de cette collection au top de livres pour les 0-3 ans.


De la comptine aux poésies, il n’y a qu’un pas… vite franchi quand la poésie se met à la hauteur des tout-petits ! C’est le pari des éditions Rue du Monde qui éditent un coffret de poèmes où la poésie se lit, se dit, mais se dessine aussi, se suspend, s’expose et se partage ! Une matière riche à manipuler à loisir : découvrir, jouer, redécouvrir, toucher, changer, échanger, créer…

Au total, 15 poèmes (de Prévert, Apollinaire, Desnos…) avec des illustrations originales (de Judith Gueyfier, Fred Sochard…) : chaque poème fait l’objet d’une planche isolable, que les jeunes lecteurs peuvent accrocher à l’endroit de leur choix en utilisant s’ils le souhaitent les mini pinces à linge en bois fournies ainsi que le morceau de ficelle joint. 15 poèmes ? En fait non : ce coffret à poèmes ouvre la voie à de nouvelles écritures, invitant à leur tour les jeunes enfants à inventer, à créer, via leurs mots d’enfants et leurs dessins de bambins, de nouvelles poésies…

 

 

0

Portrait vivant d’une autrice-illustratrice : Julia Chausson

La BBthèque vous propose aujourd’hui de découvrir un nouveau portrait vivant d’une autrice illustratrice ! Lumière aujourd’hui sur :

Julia Chausson

photo - Julia Chausson - portrait vivant BBthèque


Pour ce portrait vivant, Julia Chausson a accepté de répondre à ces quelques questions :

Qui suis-je ?

Je suis autrice-illustratrice et graveure. Je créé des livres. Il m’arrive aussi de concevoir des jeux pour les tout-petits et de mettre en scène des spectacles jeunesse avec la Compagnie La Sensible.

Comment et pourquoi j’ai choisi de faire ce métier ?

Vers 10 ans, j’ai été éblouie par les maquettes d’Alexandre Trauner, grand décorateur de cinéma. J’avais trouvé ma voie !

Plus tard, j’ai suivi des études de scénographie à l’école des Arts décoratifs de Paris, où je me suis régalée. En sortant de l’école, j’ai découvert que le travail collectif ne correspondait pas tout à fait à mon tempérament. J’avais besoin de faire tourner mon petit moteur personnel, sans trop de contraintes extérieures.

Très vite, le livre m’est apparu comme un cousin germain du théâtre, mêlant texte et image. Il est comme un spectacle de poche ; la couverture c’est l’affiche. Ouvrir un livre, c’est un rideau qui s’écarte. Puis la narration se déploie dans un temps défini, page après page. Le spectacle s’achève enfin avec la tourne de la 4ème de couverture. Le livre, c’est un espace de création très libre.

Le « spectacle » peut prendre toutes sortes de formes. Il peut être statique, dynamique, ambigu, absurde, agile… Le dialogue entre le texte et l’image est un point d’articulation, auquel il faut être attentif. Car c’est dans les zones d’ombre que se joue l’essentiel.

Ce qui me plait aussi, c’est la légèreté dans la création. Tout est possible avec peu de moyens : une feuille de papier, quelques crayons, des mots…

Comment je travaille pour écrire un livre ?

La conception d’un livre est assez longue. Les premières idées sont souvent banales, mais je les dessine car elles me permettent d’avancer. Très vite elles sont ensevelies sous de nouvelles idées. Dans ces moments de recherche, j’ai besoin de me nourrir. Littérature, peinture, images… Je regarde tout. Cela va entrer en collision avec ma recherche, faire rebondir le projet dans de nouvelles directions.

C’est comme des strates qu’il faut creuser. J’ai toujours l’impression que si je me contentais des premières idées, je resterais à la surface. J’ai besoin de temps pour chaque livre. Après le temps de la recherche et des croquis, il y a un temps « d’infusion » pendant lequel je me consacre à un autre projet. Y revenir avec un œil neuf est très efficace !

Du coup, j’ai toujours quantité de livres sur le feu. Certains même mijotent pendant des années !

Comment est née la collection de comptines « les petits chaussons » ?

La collection « Les petits chaussons » est née grâce à un livre d’artiste intitulé « Noire du berry », où on voyait une poule noire disparaître sous la neige. Ces livres d’artistes, entièrement réalisés à l’atelier depuis la conception jusqu’à la reliure, n’ont d’autres contraintes que les miennes. Aussi, j’expérimente en toute liberté. Avec ce livre, j’explorais le principe du « bois perdu ». Il s’agit de créer plusieurs images avec une seule plaque de bois, qui est progressivement gravée et imprimée.

P1460964 (1)

En découvrant ce livre, que je ne destinais pas particulièrement aux enfants, Christine Beigel alors éditrice, m’a proposée de l’associer à la comptine « Une poule sur un mur » et de l’adapter (format, couleur, nombre de pages…). Enfin d’ajouter une « chute » amusante.

Anne Decroly photographie - petits chaussons - Julia Chausson

Chaque titre de la collection décline le principe d’une même image qui progresse par accumulation, suppression, disparition, déplacement, transformation… Principe qui découle de la technique de la gravure sur bois.

Nous avons fait quelques pas de côté, notamment avec le titre « dans la forêt lointaine », qui est un dialogue s’inscrivant dans l’espace du livre : les coucous sont en page de gauche, le hibou est à droite. Ils s’entendent mais ne se voient pas. Tandis que « la petite bête qui monte » est un déplacement vertical dans l’espace d’une grande image.

4 nouveaux titres, toujours aux éditions Rue de monde, sont en préparation pour le printemps 2021 !

Comment j’imagine mes jeunes lecteurs quand j’écris ?

Chaque enfant est différent et je ne peux pas les considérer comme une globalité. D’ailleurs, je crois que je travaille autant pour les adultes que pour les enfants. Je lisais beaucoup de livres à mes enfants quand ils étaient petits et j’appréciais quand leurs formes étaient assez ouvertes pour ne pas s’épuiser.

Est-ce qu’il m’arrive de discuter avec les enfants autour de mes livres ?

Je rencontre souvent les enfants dans leurs classes. Il m’arrive parfois de « tester » un livre en cours de fabrication avec eux !


La BBthèque remercie infiniment Julia Chausson d’avoir participé à cette aventure du portrait vivant, et vous invite, adultes et enfants, à vous plonger dans l’œuvre fine, belle, originale de Julie Chausson… Vous pouvez par exemple commencer par la collection Les petits chaussons, puis poursuivre avec les autres livres & livres d’artistes de Julia Chausson, ses gravures et images, mais aussi les jeux qu’elle conçoit et spectacles qu’elle met en scène ! La BBthèque vous donne rendez-vous pour découvrir plus avant l’ensemble de ces créations sur https://www.juliachausson.com

Site web Julia Chausson

0

Une maison très spéciale

Maurice Sendak et Ruth Krauss font enfin leur entrée dans la BBthèque, par un album classique (1953) qui nous arrive en France en 2019 grâce à la traduction de Françoise Morvan et aux éditions MeMo. Cet album rythmé et joyeux, hymne à l’imagination et à la construction de l’identité des petits, s’apparente à une comptine d’enfant, un enfant racontant la maison de ses rêves :

Une maison très spéciale

Dans cet album, où le fond est de couleur ocre, où l’enfant (qui est le narrateur) constitue le seul (personnage) doté de couleurs (peau blanche et haut blanc, cheveux noirs et salopette bleue) et où les autres êtres et objets sont dessinés au crayon noir uniquement, l’enfant à salopette bleue, heureux, chantonne SA version de SA maison.

Je connais une maison — pas une maison d’ânon ou d’écureuil des bois — pas une maison qu’on voit — pas au bord d’une rue ni d’une route non plus — oh juste une maison qui est à moi Moi MOI.

Dans cette maison il y a… un lit, une étagère, des chaises, des portes, des murs, une table… et chacun de ces éléments est, c’est à préciser, très spécial. Dans cette maison l’enfant peut apporter un tas de trésors : une tortue, un lapin, une souris, des ouistitis et même un lion ! qui s’attaque, c’est jouissif, au mobilier. C’est une maison où il fait bon de bouger en bonne compagnie : se dire des secrets, rire à s’en rouler par terre, jouer, mimer, chanter, courir… sans jamais devoir s’arrêter. C’est le royaume où on peut clamer « ENCORE » sans que personne ne dise « STOP ».

Cette maison, il y a plein d’endroits où elle n’est pas, et un seul lieu où elle est : la tête de l’enfant qui l’imagine, qui la construit, qui la dessine, qui la chante (sur un air de jazz qui plus est), qui la danse, qui la dit et redit… et qui s’en réjouit.

Un bonheur de lecture avec les petits.

 

0

Papa, maman, quel talent !

Les parents à l’honneur dans la BBthèque aujourd’hui, avec un très bel album polonais de Malgorzata Swedrowska (textes) et Joanna Bartosik (illustrations), publié aux éditions Thierry Magnier :

Papa, maman, quel talent !

Cet album en papier épais de qualité, format carré, dit au bébé lecteur en 48 pages la palette de talents de son papa et sa maman, et au-delà, chante pour tous les jeunes enfants les qualités des parents, le tout comme dit par le tout-petit :

Ma maman sait faire beaucoup de choses. […]

Mon papa sait faire beaucoup de choses.

Le fond de la page, toujours blanc, se voit enrichi à chaque page d’un exemple de talent du papa ou de la maman, en phrases et en images. Le propos est profondément paritaire : à tour de rôle, on commence par la maman puis on parle du papa, puis on commence par le papa puis on parle de la maman ; les activités traduisent une réalité s’affranchissant d’un discours « genré » : parfois, ma maman plante des clous ; parfois, mon papa prépare la soupe ; mon papa concocte des projets ; ma maman construit des histoires, mon papa leur donne vie, etc. Aucun rôle ou mission pré-établi.e ici, tant l’enfant restitue leurs rôles à travers les instants vécus.

C’est un livre non seulement à l’intérieur duquel les parents sont très présents, c’est même au-delà un livre dont les parents sont les héros. Les héros des enfants, en toute simplicité et… ensemble ; ils sont complémentaires entre eux et dans leurs relations à l’enfant. Ainsi, chaque double page incarne ce mariage de compétences, permettant au bébé lecteur d’apprécier les liens entre les activités et actions : ma maman allume le feu, mon papa étanche ma soif ; ma maman cligne de l’œil, mon papa tend l’oreille…

Une magnifique et émouvante déclaration d’amour d’un enfant à ses parents.

Ma maman et mon papa sont tout pour moi.

2

Le chemin de la vie

La BBthèque aujourd’hui vous présente trois nouveaux et superbes livres qui racontent le chemin de la vie aux tout-petits, de la conception à la fin de vie, en passant par toutes les péripéties qu’entre-temps l’on vit :

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Hariki

de Lucie Félix

Réjouissons-nous : Lucie Félix, l’auteur-illustratrice de Prendre & donner, La promenade de Petit Bonhomme, Coucou !… est de retour, avec un livre-objet de toute beauté, qui dit, en couleurs et en mouvements, l’origine de la vie sur Terre à ceux qui viennent précisément tout juste de la découvrir.

En effet, les protagonistes de ce livre animé sont des cellules… aux noms ludiques (Harikos, Harikis !, qui plairont beaucoup aux tout-petits) et aux comportements fondamentalement exploratoires : et si j’allais ici, et si j’allais par là, tout seul ou en bonne compagnie ? Des personnages hauts en couleurs curieux de parcourir le monde à plusieurs et de se mélanger les uns les autres pour grandir et changer.

L’acteur de ces rencontres, de ces actions, dans ce livre, n’est autre que le bébé lecteur, qui fait glisser les micro-personnages d’un point A à un point B, écrivant sa propre histoire tout en reconstituant la grande Histoire.

Car ces cellules ne sont pas sans évoquer, aussi, les bébés eux-mêmes… D’ailleurs la narratrice conte l’Histoire comme si elle s’adressait à ses propres enfants à qui elle lirait une histoire du soir : « et maintenant, […] mes Harikos nouveaux, au dodo ! »

Un trésor de livre pour les tout-petits.

Une maman c’est comme une maison

d’Aurore Petit

Dès la page de couverture, des couleurs vives, une femme, un enfant, enlacés, l’un avec l’autre interagissant. C’est le portrait d’une maman, hommage à toutes les mères du monde. C’est l’histoire des origines de l’enfant, qu’il conservera avec lui quand il sera plus grand.

Dans cet album de 48 pages, chaque page écrit et illustre ce qu’est une maman, en utilisant le biais de l’anaphore imagée : « Une maman, c’est comme… ». Au fil des pages, le temps passe : au début, la maman est comme une maison abritant le tout-petit encore lové dans son ventre rond ; puis la maman est comme un véhicule marchant d’un bon pas, vers la maternité peut-être ; puis la maman est comme un nid quand elle tient entre ses bras un nouveau-né… Le papa aussi est présent dans les images, parfois. La relation au fil des pages entre la femme et l’enfant continue de se construire, une mère et son petit, fille ou garçon : « une maman, c’est doux », « une maman, c’est comme un refuge », « une maman, c’est comme un miroir », une maman, c’est comme une île »… et d’évoluer tout en conservant sa qualité.

Et voici qu’un jour l’enfant se met debout. « Une maman, c’est comme une cascade » quand elle est émue.

Il fait ses tout premiers pas, en partant des bras de son papa… pour rejoindre tout seul sa maman qui lui tend les bras un mètre plus loin. « Une maman, c’est comme une récompense ».

Et puis le voici autonome, heureux de marcher seul, confiant, sous le regard bienveillant de ses parents. « Une maman, c’est comme une maison… »

Immense coup de cœur pour ce livre-somme sur la maternité vue comme un foyer, et tellement plus encore : un album-poème aux illustrations modernes, qui transforme des scènes de vie quotidiennes en un tableau universel de l’origine de la vie.

Les rides

par JR

Et voici pour finir un très beau livre de photographies, à découvrir dès le plus jeune âge, fruit du travail de l’artiste et photographe JR dont c’est le premier livre pour la jeunesse. Ce premier livre d’art, que l’auteur dédie à « nos grand-parents », fait le choix de mettre à l’honneur un sujet original et difficile parfois : les rides… montrées sous l’angle des histoires qu’elles racontent.

Les rides racontent les histoires de toute une vie.

La page de couverture, sur fond très coloré, montre une personne très ridée, que le bébé lecteur peut effleurer de ses doigts. Puis le texte vient expliquer, accompagné de portraits : « nous avons tous deux yeux, un nez, une bouche… » « … et certains d’entre nous ont des rides ». Pourquoi des rides ? Parce qu’elles apparaissent avec l’âge. Quelles sont leurs caractéristiques physiques ? Elles semblent se graver doucement et progressivement comme des rayures sur la peau. Comment ? Quand on rit, quand on aime, quand on s’amuse, quand on se repose, quand on réfléchit… Quand on vit.

Chaque ride raconte une histoire ; chaque personne âgée et ridée a vécu mille et une histoires… à te raconter. Magnifique ouverture au dialogue intergénérationnel : le propos est sublime, et les photographies, noir et blanc, aussi, mettant en scène des modèles ayant tous le point commun d’avoir un certain âge et d’exposer les effets de l’âge avec naturel et beauté. A la fin du livre d’ailleurs, JR présente « les histoires qui se cachent derrière les rides de ce livre », en rédigeant de courtes bibliographies des modèles.