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Jeux d’équilibres

Après plusieurs chroniques consacrées à des premiers documentaires, la BBthèque vous propose aujourd’hui une réjouissante plongée dans une histoire, une vraie, qui commence par « il était une fois » : renouons avec les joies de la fiction, avec un album, Il était une fois… la traversée, co-signé Véronique Massenot et Clémence Pollet, aux éditions HongFei Cultures.

Un livre haut (en couleurs), qui s’amuse à parler de solidarité, mais aussi de relations humaines animales avec les rapports de force qui existent au départ… et ceux qui se révèlent à l’arrivée. Les illustrations, empruntant à la technique de la gravure, sont de toute beauté, et servent un verbe très entraînant, comme un conte pour les yeux et oreilles des bébés lecteurs. Quand l’équilibre tient littéralement à un fil…

L’histoire, donc :

Un jour, dans la jungle, un éléphant voulut traverser le fleuve. Mais deux tigres amoureux, bien rayés comme il faut, s’avancèrent derrière lui…
« Attends-nous, bel éléphant ! Nous voulons traverser sans mouiller nos fourrures. Peux-tu nous prendre sur ton dos ? »
L’éléphant hausse les épaules. « Bien sûr. Pour un animal aussi fort que moi, un tigre, deux tigres… ce n’est pas grand chose : montez ! ».

Si le livre est haut, c’est comme dans Bloub°bloub°bloub de Yuichi Kasano, parce qu’il va se former, au fur et à mesure des pages, une véritable pyramide humaine bestiale :

un perroquet
sur un cobra

sur quatre mangoustes

sur trois singes

sur deux tigres

sur un éléphant

Tout roule comme sur des roulettes tandis que la traversée progresse, quand survient l’élément minuscule qui va perturber le plus gros des animaux : « une petite (toute petite ») araignée » qui « se laisse doucement (très doucement) tomber d’un arbre sur la tête du perroquet ». Boum badaboum, patatras ! L’éléphant perd pied et entraîne tout son convoi dans sa chute : PLOUUUUUFF !

Principe de l’arroseur arrosé, c’est en définitive cette petite (toute petite) bête qui va sauver les autres bêtes et constituer une pyramide d’un genre inédit, donnant lieu à un nouveau jeu d’équilibre.

En bref : un album joyeux pour composer à plusieurs (un, deux, trois, quatre…), chercher et trouver mille et un équilibres, observer les détails (le petit (tout petit) fil de la petite (toute petite) araignée), apprendre à relativiser, tisser des liens et traverser les épreuves, avancer (comme cette petite fourmi noire qui mine de rien et sans faire parler d’elle, est passée, elle aussi, de l’autre côté).

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Boîte à rituels

La BBthèque vous présente aujourd’hui non pas un livre mais un kit plutôt pratique, série de 30 fiches pour aborder les rituels du quotidien en gestes et en musiques, bref par le biais de jeux autour des comptines :

Dans la boîte, on trouve un petit livret d’explications et trente fiches de comptines, réalisées par une psycho-motricienne et formatrice pour la petite enfance, Pascale Pavy, et illustrées tout en douceur par Hélène Chetaud. L’idée est la suivante : une fiche = une comptine = un rituel = un besoin chez le jeune enfant, assorti d’une proposition de réponse (mimée, rythmée, chantée) pour l’accompagner dans ses premiers apprentissages et le guider vers l’autonomie. Le rituel se donne ainsi à lire sous forme de carte plastifiée, support pour l’adulte comme pour l’enfant. Et les cartes sont classées en quatre grandes catégories, facilement repérables grâce à un code couleur :

  • cartes jaunes : début et fin de journées (réveil, séparation, endormissement)
  • cartes bleues : actions quotidiennes (continence, alimentation, sociabilisation)
  • cartes rouges : apprentissage des émotions
  • cartes violettes : calmer les peurs et anxiété

Parmi les comptines, on trouve beaucoup de reprises de chansons classiques pour enfant, dont les textes sont changés pour parler du sujet abordé. Par exemple, « sur le pont d’Avignon » devient « sur le pont de la colère », avec les paroles suivantes :

Sur le pont de la colère, on ne tape pas, on ne tape pas

Sur le pont de la colère, on s’y prend tout autrement

Les petits enfants font comme ça …

[mimer à l’enfant deux respirations profondes pour l’inviter à trouver le calme]

et puis encore comme ça…

[mime bis]

Le concept, ludique et sympa, permet d’aborder dans la joie, la bonne humeur voire la dérision, des questions critiques pour et avec les tout-petits ; il constitue une porte d’entrée pour anticiper ou aborder en légèreté des sujets complexes avec les bébés. L’affaire est d’autant plus drôle à partager avec les enfants quand ces derniers connaissent les versions originales des comptines… ce qui ouvre la voie (et la voix !) au second degré ! Quelques extraits ici (parmi lesquels le pont de la colère, hihihi ^^)…

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Naître et devenir

Lumière aujourd’hui sur deux beaux, très beaux livres de naissance, l’un et l’autre prouesses graphiques, donc visuelles, au service de récits initiatiques :

Le premier, Le visiteur, est un album muet illustré par Iching Hung aux éditions HongFei Cultures, réalisé avec du papier argenté, de l’aquarelle et de la peinture acrylique. L’auteur, originaire de Taipei et héritière de l’art traditionnel de décoration des temples et spectacles de plein air mêlant toutes sortes d’êtres mythologiques, imaginaires, propose, dans ce livre originel et original, une aussi douce qu’incroyable épopée. Dès les premières planches, un drôle d’être, petit, surpris, radieux, éclot d’une non moins étrange masse sombre, c’est le visiteur sans doute, qui est-il, où est-il, où va-t-il ? Il visite, vadrouille d’un environnement à un autre, de matières en matières, une couleur après l’autre, que de découvertes, parcours dans le temps et l’espace, avant de se retrouver, un peu plus grandi, face à tous les éléments qu’il a croisés enfin réunis, et vus d’un peu plus loin… Métaphore de la gestation ? La visitée serait-elle la maman ? Quelques extraits ici !

Le second, Tu vas voir, est un album peu bavard qui se fonde sur des jeux de regard : signé Frédérique Bertrand aux éditions du Rouergue, il s’adresse au jeune lecteur à la deuxième personne, en lui demandant, d’emblée, d’ouvrir grand ses yeux ; et de fait, c’est un livre qui s’amuse à mettre en scène une paire d’yeux, et ce que cette paire d’yeux est amenée à voir. Une histoire qui parle, au présent, de l’avenir qui s’ouvre et s’offre à l’enfant naissant, avec force humour, tendresse, jeux d’images et de mots.

ouvre grand tes yeux [paire d’yeux]

tu vas voir [paire d’yeux étonnés]

on ne marche pas toujours à quatre pattes, on peut aussi voyager comme ça [image d’un œil compris dans un bateau naviguant sur l’eau sur la page de gauche], ou comme ça [image d’un œil compris dans un bateau et marchant sur le sable, page de droite],

c’est à toi de voir…

Chaque séquence est annoncée, telle une ritournelle, par l’affectueuse et espiègle affirmation « Tu vas voir », pour accompagner ensuite le petit dans ses premiers pas, ses premières fois, et puis ceux et celles qui suivent, aussi.

tu vas voir

il y a des musiques qui nous enchantent, d’autres que ne nous parlent pas

et d’autres que tu inventeras… « Ah, tu verras tu verras !… »

Dans cet ouvrage créé avec le concours du département de l’Ardèche et offert dans ce département à tous les enfants nés en 2018 et 2019 (quelle chance !), de double page en double page, la paire d’yeux est toujours là, seule d’abord, ou presque, on devine l’objet du regard, puis la page suivante son champ de vision l’entoure littéralement, voire la grignote à défaut de la dévorer des yeux ! Une lecture complice entre l’adulte et l’enfant, qui dit les apprentissages dans le temps, mais aussi la liberté, la curiosité, les choix, l’envie et la joie de vivre, fondamentalement.

A lire, au moins une fois, et à relire, au moins cent fois !

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Mini contes pour mini maxi lecteurs

Il y a quelques mois, je publiais un post par ici qui traduisait une quête de premiers contes pour tout-petits… Quelle nouvelle bonne surprise, depuis, que la toute nouvelle collection « Mini Contes » conçue par Attilio et éditée chez Gallimard Jeunesse en 2018… qui permet d’introduire les contes presque dès le berceau ! Elle s’ouvre avec quatre des contes les plus célèbres au monde :

Les couvertures de ces albums tout-cartonnés, petit format carré, représentent très bien les livres eux-mêmes : des dessins simples et modernes, sur un fond blanc, et qui vont raconter, avec des phrases simples et modernes, les contes les plus classiques, le tout servi par un ton joyeux et dynamique.

On retrouve complètement l’esprit originel de ses contes dans ce travail, effectué avec brio par Attilio Cassinelli, d’adaptation de leurs contenus à l’environnement actuel des tout-petits. Ou comment partager avec les plus jeunes la substantifique moelle du patrimoine ancestral en respectant l’esprit mais pas la lettre, réussir sobrement et dans la bonne humeur à faire passer aux enfants présents les messages d’hier et de demain… par l’entremise de petites histoires, mini contes, mine de rien.

Exemple avec Le vilain petit canard :

C’était l’été, le soleil resplendissait.

Maman cane regardait ses petits à peine nés. L’œuf le plus gros n’avait pas encore éclos.

Finalement, l’œuf se brisa. Le dernier petit canard sortit et tous se mirent à marcher à la queue leu leu.

Le petit dernier, qu’on désigne comme le vilain petit canard, est tant et tant rejeté qu’il s’isole jusqu’à s’endormir dans une tanière l’hiver. Quand il se réveille au printemps, il s’est réconcilié avec lui-même et a trouvé ses pareils : laissons le temps au temps, ce vilain petit canard là n’était ni vilain ni canard, mais cygne en devenir, bel oiseau parmi les siens.

Je ne peux que vous conseiller de prendre en main et de partager avec vos mini bambins ces mini contes qui concentrent en eux un maximum de qualités !

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Pause lecture, pause goûter

Lumière aujourd’hui sur un trio d’albums réjouissants, signés Anaïs Vaugelade à l’Ecole des Loisirs : Canards, Chatons et Mouche, qui ont (au moins !) quatre points communs

  • leur petit format, aisé à prendre un main
  • leur héros, Amir, petit blond auquel le bébé lecteur s’identifie facilement, et qui interagit avec…
  • des acolytes animaux : maman cane et ses canetons, maman chat et ses chatons, ou la mouche qui fait mouche !
  • une fin gourmande correspondant au moment réconfortant du goûter des bébés protagonistes voire des bébés lecteurs…

Amir est un jeune enfant très attentif à son environnement, avide de découvertes et d’échanges :

Canards

Dans cette adaptation à la sauce Vaugelade d’une comptine anglaise (psst dont il a déjà été question en son et images dans la BBthèque ici !), Amir ajoute son grain de sel : au bord d’une mare, une maman cane ; sur la mare nagent ses cinq petits canards. Le décompte commence :

Un jour, 5 petits canards allèrent nageant, jusque de l’autre côté de la mare, et encore un peu plus loin.

Kwack ! Kwack ! Kwack ! Kwack ! dit maman cane.

4 revinrent.

L’étape d’après, 3 reviennent, puis 2, puis 1… La maman cane ouvre plus large son bec au fil de ces allers-venues décroissantes, haussant le ton à mesure que sa progéniture disparaît. Pendant ce temps, sans un son, un papillon voltige par moments et une grenouille joue à cache-cache parmi les roseaux ; pendant ce temps itou également, sans un mot, Amir apporte à ses amis bipèdes de quoi se ressourcer : des petits biscuits pour le goûter, l’occasion d’une grande réunion familiale de tous les bébés autour de la maman cane !

Chatons

Quand deux bébés chats naissent dans la grange, Amir leur apporte ses jouets pour les partager… avant de constater que les chatons ont d’autres jeux à lui proposer, comme monter sur des escaliers improvisés avec les balles de paille… mais aïe aïe aïe, comment descendre quand l’escalier s’est effondré ? Ouf, les mamans accourent et savent comment consoler leurs bébés : « d’abord, on leur fait un bon câlin… puis, on leur donne un bon goûter ! »

Mouche

Place à un album plus onirique (mais « d’après une histoire vraie » !) : ici, Amir, à l’heure de la sieste à la crèche, dort… ou ne dort pas… ! Toute son attention est concentrée sur les mouvements d’une petite mouche… tant et tant qu’il lui apparaît clairement qu’elle l’interpelle et l’invite à jouer avec elle :

« Bzzt, Bzzt, Amir ! » dit la petite mouche.

« Bzzt, Amir, tu vienz ! »

« Impossible », chuchote Amir, « je ne sais pas marcher au plafond ! »

« NORMALEMENT tu ne zais paz », dit la mouche

« Mais MAINTENANT, tu saiz ! »

Pour Amir, c’est le début d’une aventure… PARANORMALE : le temps d’une sieste sans témoin (autre que nous), le voici exceptionnellement et extraordinairement, et pourtant tout à fait naturellement, doté de toutes les capacités de cet insecte, marcher au plafond, voler, prendre de la hauteur voire la clé des champs… jusqu’à l’arrivée des dames de la crèche, du réveil collectif des enfants, à « l’heure du goûtezzz…. » !

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Triangle + Carré = amitié ?

Un nouveau livre sur les formes dans la BBthèque, qui fait rimer amis et géométrie ! Il nous vient du Canada et des Etats-Unis, fruit d’une collaboration de Mac Barnett au texte, Jon Klassen aux illustrations, il a été traduit et adapté en français par Alain Gnaedic et édité cette année aux éditions l’Ecole des loisirs… il s’appelle Triangle, et il a une très jolie bouille montée sur deux petites pattes :

Dans cette histoire aux illustrations très épurées, avec de belles couleurs sur une gamme clair/foncé très nuancée, les deux personnages principaux sont un TRIANGLE et un CARRE qui se cherchent un tantinet dans leur relation d’amitié.

Triangle habite une maison triangulaire, dans une contrée de logis triangulaires itou également. Carré réside dans une demeure carrée, à l’instar de ses voisins logeant également dans des habitations carrées. Quand Triangle veut rendre visite Carré, il lui faut faire un pas vers une autre forme que soi ; quand Carré veut aller voir Triangle, il doit également faire ce chemin-là. Sans pour autant, l’un comme l’autre, devenir à leur tour, Triangle carré ou Carré triangle ! Tout en conservant, donc, leur intégrité. Et non seulement ils conservent leur propre forme, leur propre identité, dans cette relation à l’autre, mais ils apprennent aussi, au passage, à connaître et à comprendre leur différence.

C’est un album qui parle de l’amitié, avec des personnages qui se sentent suffisamment à l’aise ensemble pour vouloir se faire des blagues, se jouer des tours, et finalement (se) faire un peu peur parfois. C’est un album qui parle des limites de l’amitié, grâce à une narration qui raconte deux aventures, l’une de Triangle avec Carré, l’autre de Carré avec Triangle, deux aventures qui se succèdent, deux aventures en miroir, vécues de deux points de vue différents. C’est un album qui traite, in fine, de respect et réciprocité. C’est un album qui met en scène le vivre ensemble, et qui donnera certainement de quoi réfléchir aux plus grands des bébés à l’heure de leurs premières socialisations, en crèche par exemple ou en petite section d’école maternelle…

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Ouste le loup

Lumière sur un tout-cartonné qui aborde la question de la peur du noir en évoquant la technique du papier découpé… découpant l’espace pour mieux rappeler les mille et unes couleurs du jour à l’heure où tombe la nuit. J’ai nommé :

Les yeux du loup

de Javier Sobrino et Lucie Müllerová
aux éditions L’atelier du poisson soluble

Cet album, petit format carré, est un tout-cartonné qui représente des papiers découpés pour illustrer l’histoire narrée. L’histoire d’un enfant, Arián, qui s’adresse au bébé lecteur à la première personne pour lui exposer son problème :

Je m’appelle Arián.

Et quand on me couche, j’ai peur de m’endormir seul.

Etre plongé dans le noir ne me plaît pas du tout…

… car j’ai l’impression que le loup va venir et me manger.

Des images de bêtes menaçantes peuplent alors les pages du livre et l’imagination du petit Arián, qui sait très bien comment riposter et, généreux, livre au bébé lecteur la solution qu’il a trouvée pour surmonter sa peur du noir :

  • allumer la lampe de chevet
  • jouer, mentalement ou physiquement, avec ses jouets… beaucoup de peluches, douces, inoffensives, représentant pourtant dans la vraie vie des animaux dangereux : ours, tigre…
  • avec les parents, un moment câlin et une histoire du soir regorgeant de personnages auxquels s’identifier

Bien entouré de ses êtres de vérité et de fiction, trouver le sommeil, apaisé.

Mention spéciale aux illustrations, signées de l’artiste tchèque Lucie Müllerová, qui s’inspire, donc, du procédé de papier découpé, sur fonds de couleurs vives à mesure que l’enfant surmonte sa peur du noir (place au jaune, au bleu, à l’orange, au rouge, au violet !) ce qui donne une très belle ampleur graphique et esthétique à cet album, ode à la lumière et aux spectres de couleurs sublimant littéralement le noir et la peur que cette (non)couleur peut provoquer.

Vous pouvez feuilleter quelques extraits en ligne ici pour vous faire une idée…