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Mon papa par M. Eric Carle

Eric Carle (1929-), ce génie de la littérature jeunesse, auteur notamment du non moins génial La chenille qui faisait des trous (en version originale The Very Hungry Caterpillar) où l’enfant vit la croissance et la métamorphose d’une chenille en papillon, en ayant appris au passage à compter, à nommer, à manger, etc., bref, cet auteur génial (je me répète ? noooon) arrive dans la BBthèque aujourd’hui avec un très joli album au titre tout simple et qui plaira beaucoup aux papas… : Mon papa ! édité chez Mijade en langue française en 2018.

Il y a mille et un papas…

Des papas toujours présents.

Des papas qui prennent le temps de jouer.

Des papas qui aiment parler, discuter et aussi écouter.

[…]

Chaque double page représente un papa avec un ou plusieurs de ses enfants, dans une situation donnée qui fait écho à la qualité de chaque papa, à ce que chaque père partage avec sa progéniture. Chaque papa, chaque enfant, est incarné par un type d’animal différent, ainsi le papa qui parle, discute et écoute est bien évidemment un papa perroquet ; le papa protecteur c’est le grand ours enveloppant son petit ourson, etc. Les illustrations sont… à la fois enfantines et… sublimes, colorées, lumineuses et toutes en volumes comme le reste du travail d’Eric Carle, friand de collages. L’enfant voyage à travers la faune et à travers le vaste monde avec tous ces papas, qui lui montrent aussi tout ce qu’est un papa, un papa comme le sien :

Il y a mille et un papas…

mais il n’y en a qu’un comme toi,

MON PAPA !

Un très bel album sur la paternité, à mettre entre les mains de tous les papas, de tous les bébés, de tous les enfants, de toutes les mamans… bref, de tout le monde, en somme.

PS1 destiné aux mamans notamment : Eric Carle vous/nous rend aussi un très bel hommage dans Les kangourous ont-ils une maman ? !

PS 2 : Ne pas oublier de compter le nombre d’occurrences du mot papa (singulier et pluriel) dans le livre d’Eric Carle et dans cet article. C’est très important. Ou pas.

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Abécédaires : donner corps et voix aux lettres

L’Année 2019 dans la Bébéthèque s’ouvre sur deux ABcédaires, qui revisitent le genre en version « augmentée », l’un par la 3D, l’autre par une approche sonore : ABC en relief, de Pittau et Gervais aux éditions des Grandes Personnes (2016) ; Le bruit des lettres, de Jeanne Boyer et Julien Billadeau chez Benjamin médias (2018).

ABC en relief

de Pittau et Gervais

Dans ce premier documentaire, petit format carré, les lettres prennent vie… par la magie de la mise en volume.

Dans l’ABC 3D de Marion Bataille, paru en 2008 aux éditions Albin Michel, la lettre elle-même était en relief… et je ne résiste pas à l’envie de partager avec vous ces images pour celles et ceux qui ne connaissent pas cette oeuvre d’art :


Dans l’ABC en relief de Pittau et Gervais, ce ne sont pas les lettres qui sont en relief, mais des mots qui commencent par chacune d’entre elles; le langage est linéaire, mais la réalité qu’il représente, non ; ainsi chaque page comprend une lettre bien lisible, et donne à voir, dans une approche ludique et scénographique, par un système de rabats souvent doublé d’une ingénierie pop-up, l’illustration 3D d’un mot dont l’initiale est constituée par cette même lettre : A pour artichaut, B pour Bateau, C pour Caméléon, etc. Objets, animaux, végétaux d’ici et d’ailleurs… une lecture à la fois distrayante et instructive ! Quelques images :

Le bruit des lettres

de Jeanne Boyer et Julien Billaudeau

La lettre A fait AAAAH comme quand on accueille un ami que l’on attendait.
La lettre B fait B’ B’ B’ B’ comme les bulles d’une bouteille que l’on plonge dans le bain.
La lettre C fait K’ K’ K’ comme quand on casse la coquille d’un oeuf à la coque…

Jeanne Boyer et Julien Billaudeau abordent quant à eux, aux éditions Benjamins media, collection M, l’alphabet à travers son écriture ou dessin d’une part, et sa sonorité d’autre part, soit le bruit que chaque lettre fait quand on la prononce, quand on l’entend, quand on parle ou qu’on écoute une conversation : jeux de langue, jeux phoniques, jeux musicaux… L’approche adoptée, servie par des illustrations vives et un complément audio (CD MP3 accompagnant l’ouvrage, avec un extrait audio ici !) ouvre la voie à une riche découverte vocale du langage. Les lettres prennent ainsi vie quand elles sont dites, chantées, soufflées, criées, écoutées, sifflées, chuchotées, onomatopées, partagées !

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Ma maison, ta maison, sa maison…

Dans la BBthèque aujourd’hui, nous partons à la découverte de maisons, et de ce qu’est une habitation, à travers deux très beaux livres récents : Ma maison, de Laëtitia Bourget et Alice Gravier aux éditions Les Grandes Personnes, et Tu habites où ? de Judith Gueyfier aux éditions Rue du monde.

Ma maison

Mon premier est un livre accordéon, tout cartonné et grand format (22,3 X 34 cm), qui propose au bébé lecteur, d’un côté un parcours vers la maison, de l’autre un parcours dans la maison… de quelqu’un ou quelqu’une, l’histoire ne le dit pas, pourtant un narrateur invisible guide les pas du lecteur, qui est à la fois son invité et son double : l’hôte de la demeure, dans les deux sens du terme peut-être ?

Le trajet pour se rendre à « MA MAISON » (une belle maison en bois… dans les bois) prend un petit moment, un temps de train, un temps de bus, un temps de marche, l’occasion d’une promenade riche en découvertes, invitant les jeunes enfants à ouvrir grands leurs yeux et à observer tant le panorama global que les mille et un détails, encouragés par la jaquette souple de l’album qui propose de chercher-trouver quelques éléments identifiés (végétaux, animaux) dans le paysage.

Hop on retourne le livre et on rentre dans « MA MAISON », au sein de laquelle le bébé lecteur va évoluer, de pièce en pièce, avec le narrateur toujours invisible mais toujours présent, par les m et le otspas à pas : entrée, buanderie, salon, salle à manger, cuisine, cellier, toilettes et salle de bains, chambres… et jardin. La maison est habitée de meubles, d’objets, de jouets… mais aucun humain n’apparaît, les auteurs ouvrant ainsi des possibilités d’interprétations et d’identifications multiples : … cette maison, qui y réside donc, quelle vie mènent ses habitants, quels sont leurs caractères, quel est leur quotidien ? … et cette maison, si elle était mienne, comment je la vivrais ? comment je l’habiterais ? comment je l’agencerais ? L’enfant lecteur, tel un apprenti architecte, peut en effet manipuler le livre accordéon ou leporello et décider de la configuration des différentes pièces au sein de l’habitation. Comme à l’extérieur, il est invité également à retrouver les détails recensés dans la jaquette.

Une double fresque réaliste & poétique à la fois, bienveillante (c’est une invitation à visiter ma maison…), ludique (cherche et trouve) et modulable (emboîte mon pas, cher invité, fais comme chez toi…).

Tu habites où ?

Mon second est un tout cartonné format petit carré (15 X 15 cm), qui propose au tout-petit un tour du monde des maisons d’ici et ailleurs : tu habites où ? Dans cet imagier des habitations du monde, chaque page décrit par l’illustration, et des mots simples en complément, un type de maison, avec un jeu de correspondances supplémentaire entre la page de gauche et celle de droite : une maison…

  • sur pilotis… sur des roues
  • en pierre… en terre
  • là-haut sur la montagne… là-haut dans la ville
  • en glace… en bois
  • tout seul (le phare)… en famille (la yourte)
  • en bleu… en rouge
  • pauvre (bidonville) et riche (palais)
  • sur la rivière… dans la forêt

pour finir par la voix du narrateur, le bébé lecteur lui-même, qui, entouré de ces seize habitations, conclut, en jouant à la maison de poupée : « Moi, j’habite sur la Terre avec vous tous » !

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Petit homme, petit lapin

Les éditions MeMo publient deux beaux livres de Malika Doray (c’est un peu tautologique), Le petit homme et la mer et Lapin mon lapin :

Le petit homme et la mer

Mon premier est un conte initiatique, empli de poésie, qui met en scène un petit homme (jeune ou vieux, M. Hemingway le titre du livre de Malika Doray ne le précise pas).

C’est l’histoire, donc, d’un petit homme, aux allures de lutin ; un petit homme doté d’une grande ambition, qui se lance dans une aventure à la mesure de son projet : il part sur la grande mer du Nord pour pêcher le plus gros poisson du monde.

Quand je l’aurai attrapé, dit le petit homme, je rentrerai et tout le monde m’admirera. Et à tous ceux qui ne m’admireront pas, j’offrirai une des écailles du plus gros poisson du monde. Comme ça ils m’aimeront.

C’est un petit homme qui se lance un défi pour obtenir une récompense, c’est un petit homme qui se cherche, et que va-t-il trouver pendant son expédition ? Une libellule… pour appâter le poisson… puis LE poisson, car voici que le plus gros poisson du monde mord à l’hameçon.

– Ouiiiii, jubile le petit homme, j’ai attrapé le plus gros poisson du monde !

– Oh, oh, se dit le gros poisson, on dirait que j’ai pris un tout petit homme.

Ah… en fait, ce n’est pas que l’histoire d’un petit homme. C’est aussi l’histoire d’un gros poisson, qui cultive son propre projet à l’égard de ce petit homme là… : « le mettre sous une cloche en verre avec un paille pour qu’il respire et on le regarder gigoter » aie aie aie ! Il soumet son idée à ses parents (plus petits que lui, hihi), qui heureusement, lui remettent les points sur les i :

Grand Dieu ! A ton âge ! Tu n’as pas honte d’embêter plus petit que toi ? Allez, ramène le vite chez lui.

Le trajet retour des deux compagnons est le moment de la résolution du conflit, où le petit homme console le gros poisson, et réciproquement, où le dialogue émerge et s’instaure, et où les deux êtres rient et deviennent amis, jusqu’à savoir comment faire don d’un peu de soi à l’autre, qu’on a croisé sur son chemin et appris à connaître. Les deux protagonistes sortent grandis et changés de cette épopée ; ils y ont trouvé l’amitié. Les illustrations, sobres en couleurs, s’amusent à jouer de ce qui se passe à la surface de l’eau et sous l’eau, par un jeu de bordures en formes de vagues, faisant se rencontrer ces deux mondes, l’espace d’un instant… magique… inscrit dans le temps.

Lapin mon lapin

Mon second est un discours fait livre : c’est une maman lapin qui parle à son bébé lapin tout en le berçant (le bébé lapin est lui-même petit, comme le petit homme, et il sortira grandi, comme le petit homme, de cette conversation avec sa maman)… « lapin mon lapin », lui dit-elle…

« Lapin mon lapin », lui dit-elle quand le soleil se couche, pour toi il est l’heure de dormir, même si d’autres animaux vivent la nuit ;

« Lapin mon lapin », lui dit-elle à l’occasion de déjeuner, « tu as deux mains et une cuillère », quand d’autres ont un bec ou une trompe… tu n’as donc aucune raison de mettre tout par terre ;

« Lapin mon lapin », lui dit-elle quand elle a à faire seule, nous ne sommes pas inséparables, mais deux êtres différents, nous pouvons donc nous séparer… pour ensuite nous retrouver ;

« Lapin mon lapin », lui dit-elle quand elle a à faire seule, nous ne sommes pas inséparables, mais deux êtres différents, nous pouvons donc nous séparer… pour ensuite nous retrouver ;

« Lapin mon lapin », lui dit-elle quand elle a à faire tout court, les poulpes ont huit bras, les mille pattes ont mille mains, mais maman lapin n’en a que deux et ne peut pas tout faire à la fois ; petit lapin a deux mains aussi et « il faut tout faire un par un : jouer, se promener… ».

Un joli album qui dit aux tout-petits les joies de l’autonomie… et le regard bienveillant du parent.

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Pssst : pour découvrir d’autres livres de Malika Doray dans la BBthèque, c’est par ici !

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Cot cot cot & moi moi moi

Jean Gourounas revisite, aux éditions de l’Atelier du poisson soluble, un grand classique du conte pour enfants : la petite poule rousse, cette histoire où une petite poule, rousse, mène un projet à bien (transformer un grain de blé en bon pain croustillant) en demandant régulièrement de l’aide à ses voisins (un cochon, un carnard, un chat) sans qu’elle ne l’obtienne jamais, et décide donc de savourer seule, à la fin, le fruit de son travail.

L’originalité et l’intérêt de cette nouvelle version, qui préserve à merveille le sens et l’esprit de ses ancêtres, réside dans son approche ludique, qui s’exprime tant par des jeux graphiques sur les codes et les formes (la poule se réduit à une crête rouge, un œil noir et un bec jaune), que par des jeux de mots (répétitions et variantes, expressions figurées, onomatopées, typographie), qui donnent envie de poursuivre le temps de lecture par des activités (écriture, théâtre, géométrie, collages, etc.)… Le conte s’en trouve rajeuni pour le bonheur des petits et des plus grands qui se l’approprient.

Bref, je n’ai plus que quatre mots à vous dire ou à vous écrire :

cot ! groin ! coin ! miou !

tout en vous invitant à feuilleter à votre tour l’aventure de cette nouvelle petite poule rousse : par ici !

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Moi, j’ai peur du loup (ou pas)

Extra, Emilie Vast & les éditions MeMo sont de retour dans la BBthèque, avec un nouvel album qui s’attelle à un sujet universel : la peur (en l’occurrence, celle du loup) ; une émotion à apprendre à connaître pour mieux en tempérer les effets, et pour se faire, quoi de mieux que la dialectique pour le très jeune public ? C’est l’histoire donc, non pas d’un loup, mais de deux lapins, un brun, un beige, qui discutent de la peur qu’éprouve l’un, le brun, vis-à-vis du loup. Le titre de ce récit constitue le point de départ de cette confession :

Lapin brun : « Je peux te confier un secret ? »

Lapin beige : « Oui, bien sûr ! »

Lapin brun : « Moi, j’ai peur du loup. »

Lapin beige : « Ah oui ? Pourquoi ? »

Le lapin brun met des mots sur sa peur en l’expliquant : j’ai peur du loup, parce que… 1, il a de grandes dents, 2, il a de grands yeux, 3, il a une grande queue, etc. Le lapin beige, lui, qui n’éprouve pas ou plus cette peur, et porte donc un regard (plus) neutre et/ou apaisé sur l’animal redouté par son camarade, associe systématiquement les descriptions successives faites par le lapin brun à de tout autres bêtes, dont les lapins n’ont strictement rien à craindre : 1, celui qui a de grandes dents, c’est le morse, et le morse, il vit dans des pays froids où nous n’allons pas ; celui qui a de grands yeux, c’est le hibou, qui vit de nuit quand nous sommes à l’abri ; 3, celui qui a une grande queue, c’est l’écureuil et nous sommes amis avec lui, etc.

Tout du long de la discussion entre les deux amis, véritable raisonnement s’appuyant sur force représentations, deux points de vue se confrontent (thèse/antithèse, argument/contre-argument) pour arriver à un constat commun : mais en fait, l’image que le premier se fait du loup n’a rien à voir avec le loup tel qu’il est ! C’est sa peur qui rend cette bête si effrayante ; si on prend le temps de l’analyse, de l’observation, de la réflexion et de la discussion, le loup reste, peut-être, mais la peur, quant à elle, s’envole, et c’est un véritable soulagement.

Le propos, brillant, est servi par un graphisme sobre et précis, avec des personnages expressifs et attachants ; l’histoire se lit… en riant, grâce à la complicité des narrateurs à l’image des lecteurs, mais aussi grâce à tous les jeux de représentation, qui constituent autant de surprises pour le jeune enfant : quand lapin brun évoque de grandes dents, il pense au loup, quand lapin beige entend grandes dents, il pense au morse, et Emilie Vast de dessiner d’abord des grandes dents (sans tête ni corps associé), puis la page suivante l’image qu’en a le deuxième lapin… les mêmes dents replacées dans un autre contexte, sur un autre corps, une autre tête, celle de monsieur morse… et ainsi de suite pour les autres parties du corps de ce loup monté et démonté de toutes pièces.

Quelques extraits ici !

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Une journée de bûcheron

Etes-vous prêts pour une virée en forêt ? Si oui, allons-y en bonne compagnie : avec l’un des maîtres de ces bois… alias le bûcheron ! Ce sont les éditions Kilowatt et l’auteur-illustrateur Arnaud Nebbache qui ont l’idée, brillante, de cette aventure en pleine nature, dans un magnifique album et premier documentaire à la fois :

Une journée de bûcheron

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Aux couleurs orangées de l’automne, ce livre décrit, par le point de vue d’un grand connaisseur de la forêt, une journée de A à Z, du lever… au coucher. L’histoire, à l’image de la journée, est articulée en plusieurs phases, entre instantanéité, permanence et attention fine aux menus changements : le réveil, les exercices du matin (pour s’échauffer), la vie d’un arbre, l’écureuil en particulier, l’hivernation et l’hivernation tandis que l’automne progresse, les autres habitants de la forêt, comment se réchauffer, abattre un arbre, dormir dehors si nécessaire, faire du feu, le travail du bois ou la menuiserie, et le repos à la maison seul… ou avec des amis à quatre pattes.

La page de droite se présente toujours comme un imagier de la phase décrite ; tandis que la page de gauche se donne à lire par une grande et superbe illustration accompagnée d’un récit (ou est-ce l’inverse ?), celui de la vie du bûcheron, un homme âgé et expérimenté qui partage avec le tout-petit son savoir-faire, son expérience, sa connaissance du bois et de la forêt.

L’ouvrage offre aux bébés lecteurs une plongée magistrale et empathique dans la vie de la nature… là où la forêt est d’ordinaire matière à angoisses dans les contes pour enfants, ce premier documentaire amène les jeunes enfants à en comprendre la population, animaux et végétation, l’environnement et le facteur temps.