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Au-delà des bestiaires

Place aux animaux dans la BBthèque ce jour, à travers deux splendides livres qui empruntent chacun au bestiaire tout en emmenant ce genre classique pour le tout jeune public vers d’autres genres favorisant itou également, et plus encore quand ils sont combinés avec le premier, l’éveil des tout-petits, et leur promettant un voyage vers un ailleurs, imaginaire et/ou réel : le livre d’art d’une part, le récit d’autre part.

L’art des tout-petits : animaux

Mon premier est le nouveau titre de la collection mettant l’art à portée des tout-petits aux éditions Palette qui (se) consacrent (à) l’éveil artistique. L’ours Pompon en vedette, il convie les jeunes enfants à retrouver les animaux dont ils sont familiers dans des œuvres d’art (peintures, sculptures) d’époques et de styles différents.

Le chat est ainsi dépeint par Suzanne Valadon (Bouquet et chat, 1919), le chien par Franz Marc (Chien couché dans la neige, 1910-1911), le cheval par Xu Beihong (Cheval galopant, 1937), l’on retrouve sur des fresques antiques les dauphins (Fresque des dauphins, 1550-1450 avant J-C) et le lion (Lion de la porte d’Ishtar à Babylone vers 575 avant J-C), et bien d’autres représentations d’animaux à travers une mini histoire thématique de l’art, pensée comme internationale.

Chaque reproduction de chef d’œuvre est accompagnée, comme dans le titre précédent de la collection, par une question semi-ouverte à choix fermé, pour amorcer un dialogue entre les lecteurs et les images, et s’en donner à cœur joie dans le grand jeu de l’observation et de l’interprétation. Le papier, épais, et la couverture, douce et rembourrée, contribuent au plaisir de ce voyage muséal par l’entremise de l’objet livre, dès le plus jeune âge.

Oui, qu’on soit tout-petit (lecteur) ou très-grand (artiste), on connaît tous les animaux, qui nous étonnent, nous intriguent voire nous fascinent.

Quelques extraits ici !

Jusqu’en haut 

Mon second est un livre dont l’arbre est la structure, et ses habitants ses héros. Il est signé Emilie Vast aux éditions MeMo.

Le récit met en scène une ascension au sommet de l’arbre des différents animaux le fréquentant ; une ascension qui constitue également une remontée à la source (le pourquoi du comment) de l’incident qui constitue le point de départ de l’histoire, au tout début du livre.

Mais rentrons plutôt dans le vif du sujet : nous sommes dans une forêt tropicale, et plus précisément au sein de la forêt amazonienne, poumon vert de la planète dans la mesure où elle produit 20% de l’oxygène de la Terre ! Elle abrite végétaux, minéraux, animaux… réunis dans un écosystème extrêmement riche mais menacé par l’exploitation humaine. Emilie Vast met ici en scène ces animaux que nous, adultes, connaissons mal et peu, et les donne ainsi à voir à tous les jeunes lecteurs… sous la forme d’une enquête presque policière !

Au départ, il y a Coati, qui, au sol, cherche à se sustenter avec de fruits. Quand PAF Ocelot lui tombe dessus ! Coati, gêné par la chute, demande à Ocelot pourquoi il lui est tombé ainsi sur le dos. Ocelot répond en relatant l’incident précédent dont lui-même a été victime l’instant d’avant : Ibis l’ayant piqué, il était tombé ; les deux animaux montent rejoindre Ibis pour lui demander la raison de son coup de bec. Ibis incrimine Tamandua et son coup de queue, et voilà les trois animaux en train de monter d’un cran pour interroger Tamandua. De branche en branche, d’animaux en animaux, se reconstitue la réaction en chaîne qui a conduit à la chute d’Ocelot sur Coati : un petit rhume dans la forêt humide, pour le petit Singe-Ecureuil… qui n’aurait, suppose l’auteur, pas bien appliqué les leçons de sa maman Singe-Ecureuil lui recommandant chaudement de bien enrouler sa queue autour de son cou… pour ne pas attraper froid…

Les illustrations, fines, modernes, opposant un arbre noir à des animaux de couleurs, montrent tant des points de détails (animaux, végétaux) que des vues d’ensemble, par un jeu d’alternance qui n’oublie pas d’inviter ses protagonistes principaux, les animaux, à jouer à cache-cache entre eux et avec le jeune lecteur : on les aperçoit, on les devine presque tous, et ce presque dès le début, mais ce n’est qu’au fur et à mesure du récit qu’on les découvre véritablement, et qu’on reconstitue l’histoire.

A la toute fin, sur la dernière double-page du livre, Emilie Vast dresse le portrait des différents animaux présentés, en révélant au tout jeune lecteur leurs principales caractéristiques. On retrouve ainsi : Coati, Ocelot, Ibis rouge, Tamandua, Toucan, Paresseux, Singe hurleur, Ara bleu et Singe Écureuil… êtres fragilisés par un avenir incertain.

Quelques extraits !

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Jeux d’équilibres

Après plusieurs chroniques consacrées à des premiers documentaires, la BBthèque vous propose aujourd’hui une réjouissante plongée dans une histoire, une vraie, qui commence par « il était une fois » : renouons avec les joies de la fiction, avec un album, Il était une fois… la traversée, co-signé Véronique Massenot et Clémence Pollet, aux éditions HongFei Cultures.

Un livre haut (en couleurs), qui s’amuse à parler de solidarité, mais aussi de relations humaines animales avec les rapports de force qui existent au départ… et ceux qui se révèlent à l’arrivée. Les illustrations, empruntant à la technique de la gravure, sont de toute beauté, et servent un verbe très entraînant, comme un conte pour les yeux et oreilles des bébés lecteurs. Quand l’équilibre tient littéralement à un fil…

L’histoire, donc :

Un jour, dans la jungle, un éléphant voulut traverser le fleuve. Mais deux tigres amoureux, bien rayés comme il faut, s’avancèrent derrière lui…
« Attends-nous, bel éléphant ! Nous voulons traverser sans mouiller nos fourrures. Peux-tu nous prendre sur ton dos ? »
L’éléphant hausse les épaules. « Bien sûr. Pour un animal aussi fort que moi, un tigre, deux tigres… ce n’est pas grand chose : montez ! ».

Si le livre est haut, c’est comme dans Bloub°bloub°bloub de Yuichi Kasano, parce qu’il va se former, au fur et à mesure des pages, une véritable pyramide humaine bestiale :

un perroquet
sur un cobra

sur quatre mangoustes

sur trois singes

sur deux tigres

sur un éléphant

Tout roule comme sur des roulettes tandis que la traversée progresse, quand survient l’élément minuscule qui va perturber le plus gros des animaux : « une petite (toute petite ») araignée » qui « se laisse doucement (très doucement) tomber d’un arbre sur la tête du perroquet ». Boum badaboum, patatras ! L’éléphant perd pied et entraîne tout son convoi dans sa chute : PLOUUUUUFF !

Principe de l’arroseur arrosé, c’est en définitive cette petite (toute petite) bête qui va sauver les autres bêtes et constituer une pyramide d’un genre inédit, donnant lieu à un nouveau jeu d’équilibre.

En bref : un album joyeux pour composer à plusieurs (un, deux, trois, quatre…), chercher et trouver mille et un équilibres, observer les détails (le petit (tout petit) fil de la petite (toute petite) araignée), apprendre à relativiser, tisser des liens et traverser les épreuves, avancer (comme cette petite fourmi noire qui mine de rien et sans faire parler d’elle, est passée, elle aussi, de l’autre côté).

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Mini & Mahousse, Mahousse & Mini

Un album ingénieux aujourd’hui dans la BBthèque, livre deux-en-un co-signé Jean Leroy (texte) et Giulia Bruel (illustrations) à l’Ecole des loisirs, dans la collection Loulou & cie qui vient donc s’enrichir de deux nouvelles recrues : mon ami Mahousse (titre du livre) et mon ami Mini :

mon-ami-mahousse-jean-leroy

En mode recto, lumière sur… l’ami Mahousse, et pas n’importe quel AMI : MON ami, l’ami de Mini, celui qui est MAHOUSSE… Mahousse, non pas comme la souris, mais comme l’imposant éléphant. Et l’ami de l’éléphant, moi donc, aka le narrateur de ce versant de l’histoire, je suis… un tout petit singe, je m’appelle Mini. 

En mode verso donc, lumière sur… l’ami Mini, et pas n’importe quel AMI : MON ami, l’ami de Mahousse, celui qui est MINI !

mon-ami-mini-jean-leroy

Comment se li(sen)t ce(s) livre(s) ? Le bébé lecteur suit d’abord le point de vue de Mini, dressant le portrait de ce en quoi Mahousse est son ami, puis le remerciant de tout ce qu’il fait au quotidien et en continu pour lui, et lui souhaitant une bonne nuit. Arrivé à la moitié du livre, c’en est fini du point de vue de Mini ! Le bébé lecteur est invité à retourner le livre tout cartonné et à prendre la fin comme début, afin d’adopter désormais le point de vue de Mahousse sur son ami Mini : les mots décrivant leur amitié sont identiques à la lettre près, seules les illustrations apportent quelques nuances du fait de la singularité de chaque ami. Ou alors, pourquoi pas lire le livre dans l’autre sens, parce qu’en fait, ce qui est chouette, c’est qu’ici ça revient strictement au même !

Le tout forme une très belle histoire sur l’amitié entre deux êtres différents reposant sur des principes sains et vitaux d’échanges, de partages, de vivre ensemble-et-en-commun, mais aussi de complémentarité et de réciprocité. Car chacun à sa façon :

  • protège l’autre de la pluie
  • lui joue de la musique
  • lui apporte son goûter
  • l’aide à faire sa toilette
  • lui lit une histoire pour s’endormir !

Et au-delà, l’illustration d’un rapport à l’autre… fondamentalement universel, La Fontaine ne nous contredira pas : les touts-petits sont certes portés par l’amour des grands qui les élèvent, mais en tant que grand, on a aussi souvent…, toujours…, besoin d’un plus petit que soi.

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Drôles de têtes, drôles de bêtes

Place aujourd’hui à la géométrie, avec, pour la première fois dans la BBthèque, une chronique sur un album de l’artiste japonais Yusuke Yonezu, qui, chez Minedition, a publié toute une série de petits livres cartonnés invitant les bébés à jouer avec les formes… à commencer par le cercle, dans son petit dernier : Drôles de têtes !

droles de testes yusuke yonezu

En couverture, sur fond jaune, un trou tout rond, laissant voir un smiley tout rouge. Le bébé ouvre le livre et que ne voit-il pas alors sur sa droite : non plus un smiley, mais une tête de singe… dont le museau ressemble à s’y tromper à ce smiley ! Et Yusuke Yonezu d’interpeller son jeune lecteur : surprise !! dis, dis, tu t’y attendais ?

Le ton est donné : ce livre-jeu invite, avec humour, vivacité et sobriété, à deviner ce que ces extraits d’images laissent ou non entrevoir… Géométrie oblige, les formes des ouvertures (celles-là même qui révèlent une partie de la page suivante) ne cessent de varier : après le cercle, l’ovale, le demi-cercle, le carré et autres parallélépipèdes… 

Or donc, qu’y a-t-il en l’occurrence derrière cette partie de cache-cache tonique et mathématique ? Toute une galerie de bouilles d’animaux… sooooo design : singe, poisson, grenouille, chat, lapin, koala, chien, cochon, ourson, crocodile, mouton, cheval et vache qui saluent bien bas le bébé découvreur.

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Effet surprise garanti avec ce bestiaire qui ne prend forme que par les manipulations du tout petit, ravi de nommer, une fois son travail accompli, ces animaux amis. Et, ultime parade, que révèle la dernière page ? En refermant le livre, la quatrième de couverture, qui comprend elle aussi un trou tout rond, dévoile le visage d’un bébé tout sourire… smile(y), bab(y), smile(y) 😃

 

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Livres-puzzles d’Aino-Maija Metsola

Voici une paire de livre-jeux tout cartonnés pour bébés, dont chaque double page contient, à gauche, des informa(fict)ions, et, à droite,  une pièce de puzzle en miroir pour constituer, au fur et à mesure de la lecture, une frise sur un sujet donné :

La parade des animaux

Dans les bouchons

signé de l’illustratrice finlandaise Aino-Maija Metsola

chez Gallimard jeunesse

Des imagiers ludiques et sympathiques, aux graphismes design & joyeux, pour appréhender des champs lexicaux sans détour ni trompette, mais tout en contextualisation :

  • le premier livre-jeu pour faire défiler divers animaux tout en les classant par ordre de taille : le puzzle formé au fur et à mesure de la lecture constitue ainsi, in fine, une frise du plus petit au plus gros des bestiaux : papillon < poisson < perroquet < singe < lion < éléphant, et inversement, selon que l’enfant construit sa frise en mode recto ou verso.
  • le second livre-jeu pour dessiner une file d’attente occasionnée par un embouteillage des plus standards : quand le feu passe au rouge, les véhicules de tout bords (tracteur, vélo, camion…) s’arrêtent les uns derrière les autres ; quand le feu devient vert, en avant, la file indienne se remet en marche ! Ou comment initier les bébés aux joies du code de la route et de la civilité y-afférente ^^, tout en lui apprenant les notions contraires devant/derrière.

Un concept pédagogique intéressant pour communiquer aux tout-petits le sens des mots dans une logique moins de liste que d’emboîtement, leur permettant d’apprendre et de comprendre simultanément un terme au regard d’un autre terme le complétant et l’éclairant ; le puzzle vient matérialiser cette approche singulière, donnant la possibilité aux bébés lecteurs d’achever d’apprendre en faisant.