0

Ca veut dire quoi, être normal.e ?

Aujourd’hui, la BBthèque vous présente un livre au top, paru aux éditions Kaléïdoscope, qui aborde la question de l’identité de soi au regard des autres, sujet fondamental à l’heure des premières sociabilisations, en crèche par exemple, puis à l’école :

Les gens normaux

de Michaël Escoffier et Laure Monboulou

Le point de départ de l’album, c’est un.e enfant (Logan) qui dit à un.e autre enfant (Zita) qu’il.elle n’est pas normal.e. L’enfant recevant cette remarque s’interroge : ça veut dire quoi, être normal.e ? Pose d’abord la question à ses parents (réponse lambda mais qui ne lui suffit pas : être normal.e, c’est ressembler aux autres, faire comme tout le monde), puis se résout à mener sa propre enquête. Voici l’enfant supposé.e pas normal.e, Zita, en train d’observer et de prendre en notes, « méthodiquement », nous précise-t-on, dans diverses situations du quotidien, les caractéristiques et comportements de chacun de ses camarades :

  • quelle est la tendance en matière capillaire : peut-on dire que la norme c’est cheveux courts garçons / cheveux longs filles, ou y a-t-il des exceptions ?
  • comment les uns et les autres croisent leurs bras ? la plupart comme ci, mais certains comme cela
  • avec quoi on mange les frites : ketchup ou mayo ? ici le match est équilibré… mais il y a un.e enfant qui est allergique aux pommes de terre, donc c’est bon on peut le.la classer dans la catégorie des « pas normaux »

Zita arrive au terme de son enquête et analyse les résultats : deux groupes, dans la catégorie « pas normal » il y a plein d’enfants, presque tous en fait ; dans la catégorie « normal » il n’a qu’un.e enfant, Logan. « Quelque chose cloche… » Zita se met à espionner Logan… jusqu’à trouver la faille : Logan fait les boucles du « f » comme personne… il n’est donc pas normal NON PLUS !

Conclusion, que Zita court annoncer comme une bonne nouvelle à ses camarades :

♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦

LES GENS NORMAUX N’EXISTENT PAS !

♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦

Desservi par un graphisme enfantin et écrit 100% à hauteur d’enfant avec toute l’ingénuité, la détermination et l’intelligence de l’enfance, cet album est à lire et relire aux jeunes enfants, pour prendre conscience que, si nous sommes tous des être humains, chaque humain a sa propre identité, que rien ne sert donc de normer.

0

J’ai perdu ma langue

Et si on prenait un peu le temps de rire avec les bébés ? J’ai le livre du moment qu’il vous faut : J’ai perdu ma langue, de Michaël Escoffier et Sébastien Mourrain aux éditions du Seuil jeunesse, qui se sont, je suis prête à le parier, bien amusés aussi à pondre ce drôle de livre-jeu tout cartonné !

Tout a commencé ainsi :

Hier, en mangeant une glace, j’ai perdu ma langue.

dit le texte sur la page de gauche, comme écrit à la main ; l’image, à droite, montre le narrateur la main devant sa bouche, comme si, surpris, il disait « oh ! » ou « oups » !  C’est embêtant, de perdre sa langue… heureusement les auteurs eux l’ont bien pendue, et ils entament toute une quête pour retrouver la langue… baladeuse.

Oui baladeuse car au gré de l’enquête (premier roman policier pour bébé ^^ ?), cherche et trouve Charlie ta langue, les auteurs jouent avec leur petit lecteur par l’image, page de droite, s’amusant à placer à chaque fois le même visuel de langue… employé pour tout autre chose : le képi rouge du policier, un gâteau aux fruits rouges, un parapluie au-dessus d’une brave dame, un bain, une fleur, un bec de canard, etc. Tant de personnages qui veulent aider le narrateur à remettre la main sur la langue, mais qui n’y parviennent pas, parlent de ce qu’ils ne connaissent pas, extrapolent parfois (aurait-elle été enlevée par des extraterrestres ?)… jusqu’à ce que la glace elle-même s’insurge :

« Vous racontez n’importe quoi ! » s’est écriée ma glace. « Les extraterrestres, ça n’existe pas. »

J’ai baissé les yeux : ma langue était là, depuis le début, juste sous mon nez !

Je l’ai remise à sa place vite fait, bien fait. Vous ne me croyez pas ?

Regardez [et le narrateur, espiègle comme un enfant, de tirer la langue, fin de l’histoire] !

Ou comment, par un jeu de rappels en cascades, entrer dans l’esprit rêveur d’un enfant lapant une glace par beau temps ; occupé à manger, il ne dit mot mais n’en pense pas moins… et s’imagine mille et une histoires, l’une en entraînant une autre, avant de revenir vers le point de départ. Un livre-jeu très graphique, très sympa, à lire et relire avec les tout-petits !

Hé, pssst ! Si tu cherches ta langue, je crois savoir où elle est…

0

Le Père Noël est une princesse

Vous avez déjà sûrement vu un proche (parent, ami, illustre inconnu… vous-même peut-être ?) se déguiser en Père Noël dans le courant du mois de décembre… Votre bébé, a priori, non ! … Mais il s’apprête à découvrir, quand il feuillettera avec vous l’album chroniqué ce jour ici, que le Père Noël (aussi) sait se déguiser ! Sacrée farce… car, le saviez-vous ? selon ce livre, le Père Noël (aussi) se travestit !! Scoop pour les tout-petits, sans nuire pourtant, rassurez-vous, à la magie. Explication-démonstration avec Bonjour Père Noël, par Michaël Escoffier et Matthieu Maudet à l’Ecole des loisirs :

La nuit de Noël, le Père Noël, vêtu de rouge et blanc, traverse le ciel étoilé dans son traîneau porté par ses rennes aux museaux rouges… une hotte pleine de cadeaux sur son dos.

Première escale chez un piou-piou qui place, en pole position, dans sa liste au Père Noël, une maison de poupées… malheur, le Père Noël n’en a plus en stock !! Qu’à cela ne tienne, à défaut d’avoir tout, le Père Noël sait faire preuve de créativité et de générosité : le voici qui offre au piou-piou son chapeau pointu découpé et transformé en maison de poupées ! En seulement deux escales supplémentaires, devinez quoi… notre Père Noël, à force de déshabiller Paul (lui-même) pour habiller Pierre (petit enfant n°1, petit enfant n°2, petit enfant n°3, etc.) se retrouve, scandale, presque à poil (mais rien de choquant, car le Père Noël a de jolis dessous blancs)…

C’est sans compter sur la générosité (vive la réciprocité… bel esprit des fêtes de fin d’année) des enfants envers celui qui est dépeint comme un super-héros par ces mêmes petits marmots : voici que l’un d’entre eux, une girafe (qui, hihi, a bien grandi d’un hiver à l’autre), troque le costume du Père Noël nouvellement acquis contre le déguisement qu’elle avait reçu l’an passé… Ce qui donne lieu à la surprise finale… : quand arrive, dans la dernière chaumière (en tout cas le livre s’arrête là… mais certainement on pourrait concevoir une suite…), quatrième escale… hum… est-ce encore le Père Noël, quand il revêt une robe, des chaussures, une chevelure et une couronne de princesse ??? Les lapins qui accueillent la demoiselle-noël-à-barbe sont en tout cas très surpris… et le bébé lecteur aussi !

Un album tout cartonné et très coloré, type première bande dessinée, qui dit, avec humour, bienveillance et facétie, l’esprit de noël — le don comme le partage — tout en présentant de joyeuses alternatives à une optique 100% consommation, avec des cadeaux de fait recyclés et « do-it-yourself »… L’album, mutin, illustre que l’habit ne fait pas le moine, en jouant avec les codes masculin-féminin (c’est la mère noël qui…) et, au-delà, avec la très populaire (et très appropriée, vu le sujet) thématique du déguisement qu’affectionnent tant les enfants dans leurs jeux d’imitation et de travestissement dès l’âge de 2-3 ans !