0

Nouveaux livres à gogo #8 : ours en livres

Depuis le 11 mai, la BBthèque met en lumière des albums récents que vous pouvez vous procurer dans vos librairies indépendantes préférées. Aujourd’hui, la BBthèque vous propose un parcours livresque avec des ours bien léchés qui constituent, dans cette sélection, les meilleurs alliés des tout jeunes lecteurs pour… observer le monde et désigner les couleurs, découvrir la solidarité et l’amitié, ou encore vaincre ses peurs et se sentir protégé !

Ours brun, ours brun, dis-moi ce que tu vois Eric CarleObserver le monde et désigner les couleurs dans Ours brun, ours brun, dis-moi ce que tu vois ? Dans cet album publié aux éditions Mijade, Bill Martin et Eric Carle donnent à voir de beaux personnages de telle ou telle couleur et les interpellent pour les associer à la découverte de qui se cache à la page suivante, interpellation, répétition question, réponse, variante… jusqu’à dévoiler le théâtre de l’action : une salle de classe, avec une institutrice qui enseigne (les couleurs ? les animaux ? la lecture ? tout cela à la fois sans doute) à des enfants.  Un livre rythmé et joyeux, où il fait bon contempler les illustrations-collages d’Eric Carle.

l'ours et le canard may angeliDécouvrir la solidarité et l’amitié : L’Ours et le canard de May Angeli aux éditions des Eléphants, est l’histoire, gravée, d’une rencontre improbable entre un ours et un canard qui vont devenir les meilleurs copains du monde malgré leur différence ; vient un jour où leurs chemins se séparent, mais c’est pour mieux se retrouver par la suite bien sûr ! Quand on est amis, à poil ou à bec, c’est pour la vie. Un album intemporel et doux.

Sur le chemin de la maison patapon patapon - Yukiko Hiromatsu Tomoko KoyamaDompter ses peurs et se sentir protégé : dans Sur le chemin de la maison, patapon, patapon de Yukiko Hiromatsu et Tomoko Koyama aux éditions Le Cosmographe, nous voici, lecteurs, emboîtant le pas d’un petit ourson, à l’heure où le soleil se couche ! Mais que devinons-nous dans le noir ? Des chauve-souris et autres créatures de la nuit ? Un grand monstre effrayant ? Mais non tout va bien, c’était papa ours qui enveloppe l’ourson dans ses grands bras et le raccompagne à la maison auprès de maman. Un récit d’aventure, de type randonnée randonnons, ponctué de la ritournelle « patapon, patapon », et où la peur est passagère, poursuivons, poursuivons. 

0

Nouveaux livres à gogo #6 : changer de point de vue

Depuis le 11 mai, top départ du déconfinement progressif, la BBthèque met en lumière des albums récents que vous pouvez vous procurer dans vos librairies indépendantes préférées. Aujourd’hui, la BBthèque vous propose, par ces temps versatiles, d’explorer dès le plus jeune âge la loi de la relativité… enfin, tout est question de point de vue ^^ Les deux ouvrages présentés aujourd’hui constituent à dire vrai surtout des petites leçons de re-la-ti-vi-sa-tion… Bonne idée, non !?

je suis le roi - marco vialeMon premier pense qu’il est le roi, mais l’est-il vraiment tout le temps pleinement ? Le narrateur de Je suis le roi ! de Marco Viale aux éditions A2mimo est en convaincu : c’est moi le roi, aka c’est moi le plus… avec tous les adjectifs qui vont bien. Il est le roi et il le dit à quelqu’un (à qui ? pour le moment on ne sait pas). Il pérore à tout va : « moi je suis le plus… », « moi j’ai le plus… » et il se montre un tant soit peu condescendant avec celle ou celui qui l’écoute pérorer : « et toi ? » Et son interlocutrice ou interlocuteur répond invariablement : « moi, non ». Jusqu’à ce que… la nuit tombe et que ce roi de papier, qui avait jusqu’ici la grosse tête et donc une large couronne l’écrasant de tout son poids, admette une faille : j’ai peut-être un peu beaucoup peur du noir en fait ; et de s’enquérir auprès de son acolyte : « et toi ? » « Moi, non ». Eh oui : le narrateur est peut être parfois roi, mais la reine de la nuit, ç’en est une autre, en l’occurrence celle ou celui auprès de qui il se vantait à tort et à travers jusqu’ici : la luciole, qui brille dans la nuit. Tout pouvoir a ses limites non ? Un album graphique dont vous pouvez découvrir quelques extraits ici.

le bon cote du mur jon ageeDans une autre histoire, Le bon côté du mur de Jon Agee aux éditions Gallimard Jeunesse, un autre enfant, preux chevalier, est convaincu d’être localisé du bon côté du mur en briques érigé juste à côté. De l’autre côté, il en sûr et certain, il n’y a que des êtres vils et de terribles dangers. Jusqu’à ce que… le narrateur ne doive réviser son opinion, en constatant que derrière lui, de son côté du mur qu’il croyait si bon, il est menacé. Ouf, il est accueilli à bras ouvert de l’autre côté, qui finalement a lui aussi ses bons côtés… Faire tomber le mur des préjugés… quelle excellente idée ! Un album ludique dont vous pouvez feuilleter quelques extraits .

La BBthèque vous invite à découvrir aussi à ce lien d’autres ouvrages où l’on apprend à relativiser quel que soit notre âge !

1

Croc croque

Dans la BBthèque aujourd’hui, c’est un crocodile qui vient rendre visite… au bébé lecteur. Vous avez peur ? Peut-être avez-vous raison ! On y va ? Voici donc une chronique sur Croc croque, l’histoire d’un jeune crocro souriant et avenant, écrite et illustrée par Lucie Phan aux éditions de l’Ecole des loisirs :

Dans cet album tout cartonné, format carré, un protagoniste unique à écailles s’adresse au jeune lecteur : il salue son lectorat d’un geste de la main sur la page de la couverture, avant de l’entreprendre en engageant une conversation.

Bonjour !

C’est gentil de venir me voir.

Comment t’appelles-tu ?

Et le bébé lecteur est ainsi invité à se présenter en communiquant son propre prénom à ce crocodile qu’il ne connaît pas encore, et qui lui répond :

Enchanté !

Moi c’est Croc.

Croc pose beaucoup de questions, il s’intéresse aux goûts de son interlocuteur : il lui demande tour à tour quel est son jouet préféré, son livre préféré… son plat préféré. Et après avoir laissé à l’autre le temps de répondre, il exprime à son tour ses loisirs favoris, jusqu’au terrible (prévisible ?) point final du livre :

Moi, tu sais c’est quoi mon plat préféré ?

C’est toi !

Et le crocodile à ce moment de se matérialiser gueule béante se précipitant vers le tout jeune lecteur pour n’en faire qu’une bouchée (pop-up très réussi, qui pousse la perfection jusqu’à mettre en scène l’ouverture puis la fermeture de la gueule du croco n’ayant somme toute pas réussi à attraper sa proie, manquerait plus que ça !).

Mais est-ce vraiment le point final du livre, sa conclusion gravée dans le marbre ? Que nenni, sur la quatrième de couverture, on retrouve Croc plié de rire qui désamorce le propos : « Haha ! je blague ! Je ne croque que des carottes ! »

Un album facétieux qui aborde de manière ludique (sourires et rires à foison, interactivité avec le lecteur, jeux avec l’objet même du livre classiquement plat avec pop-up surprise en point d’orgue) la sensation de peur que l’on ressent dès le plus jeune âge mais aussi la naissance d’une nouvelle amitié… qui, sous le couvert d’une blague, met en relief une interrogation.

En fait, cet album, mine de rien et l’air de tout, dit au tout-petit et à ses parents lecteurs tout ce que comprend la rencontre avec autrui : faire connaissance avec quelqu’un signifie à la fois entrer dans une relation de confiance et/ou de méfiance selon la nature de l’échange, percevoir qu’il y a une part d’inconnu dans le connu (et inversement), apprendre à percevoir les intentions qui animent l’autre dans sa relation à moi. Reste à accompagner les tout-petits dans leurs premières expériences de sociabilisation, en prenant par exemple cet excellent livre comme support.

0

Petit homme, petit lapin

Les éditions MeMo publient deux beaux livres de Malika Doray (c’est un peu tautologique), Le petit homme et la mer et Lapin mon lapin :

Le petit homme et la mer

Mon premier est un conte initiatique, empli de poésie, qui met en scène un petit homme (jeune ou vieux, M. Hemingway le titre du livre de Malika Doray ne le précise pas).

C’est l’histoire, donc, d’un petit homme, aux allures de lutin ; un petit homme doté d’une grande ambition, qui se lance dans une aventure à la mesure de son projet : il part sur la grande mer du Nord pour pêcher le plus gros poisson du monde.

Quand je l’aurai attrapé, dit le petit homme, je rentrerai et tout le monde m’admirera. Et à tous ceux qui ne m’admireront pas, j’offrirai une des écailles du plus gros poisson du monde. Comme ça ils m’aimeront.

C’est un petit homme qui se lance un défi pour obtenir une récompense, c’est un petit homme qui se cherche, et que va-t-il trouver pendant son expédition ? Une libellule… pour appâter le poisson… puis LE poisson, car voici que le plus gros poisson du monde mord à l’hameçon.

– Ouiiiii, jubile le petit homme, j’ai attrapé le plus gros poisson du monde !

– Oh, oh, se dit le gros poisson, on dirait que j’ai pris un tout petit homme.

Ah… en fait, ce n’est pas que l’histoire d’un petit homme. C’est aussi l’histoire d’un gros poisson, qui cultive son propre projet à l’égard de ce petit homme là… : « le mettre sous une cloche en verre avec un paille pour qu’il respire et on le regarder gigoter » aie aie aie ! Il soumet son idée à ses parents (plus petits que lui, hihi), qui heureusement, lui remettent les points sur les i :

Grand Dieu ! A ton âge ! Tu n’as pas honte d’embêter plus petit que toi ? Allez, ramène le vite chez lui.

Le trajet retour des deux compagnons est le moment de la résolution du conflit, où le petit homme console le gros poisson, et réciproquement, où le dialogue émerge et s’instaure, et où les deux êtres rient et deviennent amis, jusqu’à savoir comment faire don d’un peu de soi à l’autre, qu’on a croisé sur son chemin et appris à connaître. Les deux protagonistes sortent grandis et changés de cette épopée ; ils y ont trouvé l’amitié. Les illustrations, sobres en couleurs, s’amusent à jouer de ce qui se passe à la surface de l’eau et sous l’eau, par un jeu de bordures en formes de vagues, faisant se rencontrer ces deux mondes, l’espace d’un instant… magique… inscrit dans le temps.

Lapin mon lapin

Mon second est un discours fait livre : c’est une maman lapin qui parle à son bébé lapin tout en le berçant (le bébé lapin est lui-même petit, comme le petit homme, et il sortira grandi, comme le petit homme, de cette conversation avec sa maman)… « lapin mon lapin », lui dit-elle…

« Lapin mon lapin », lui dit-elle quand le soleil se couche, pour toi il est l’heure de dormir, même si d’autres animaux vivent la nuit ;

« Lapin mon lapin », lui dit-elle à l’occasion de déjeuner, « tu as deux mains et une cuillère », quand d’autres ont un bec ou une trompe… tu n’as donc aucune raison de mettre tout par terre ;

« Lapin mon lapin », lui dit-elle quand elle a à faire seule, nous ne sommes pas inséparables, mais deux êtres différents, nous pouvons donc nous séparer… pour ensuite nous retrouver ;

« Lapin mon lapin », lui dit-elle quand elle a à faire seule, nous ne sommes pas inséparables, mais deux êtres différents, nous pouvons donc nous séparer… pour ensuite nous retrouver ;

« Lapin mon lapin », lui dit-elle quand elle a à faire tout court, les poulpes ont huit bras, les mille pattes ont mille mains, mais maman lapin n’en a que deux et ne peut pas tout faire à la fois ; petit lapin a deux mains aussi et « il faut tout faire un par un : jouer, se promener… ».

Un joli album qui dit aux tout-petits les joies de l’autonomie… et le regard bienveillant du parent.

**

Pssst : pour découvrir d’autres livres de Malika Doray dans la BBthèque, c’est par ici !

0

Un coup de main

Elle a déjà été mise à l’honneur dans la BBthèque, la revoici sous les feux de l’actualité littéraire pour les tout-petits lecteurs, cette héroïne du quotidien et des livres pour bambins : LA MAIN ! C’est en effet, en fait, le personnage principal, le prétexte et l’objet, du très joli album Un coup de main, écrit et illustré par Cristina Sitja Rubio, publié aux éditions MeMo au mois de février dernier :

C’est l’histoire, crayonnée, de deux oiseaux, Manuel et Monelle, qui partagent le même toit et font tout ensemble, s’activant du matin au soir :

Comme vous le voyez, on fait des pieds et des mains toute la journée !

Le ton est donné : la suite de l’histoire, c’est la mise en scène, poétique, émouvante, drôle, d’expressions comportant le mot « main », le tout dans la perspective d’obtenir un coup de main.

Quand on croise nos amis, on n’a à peine le temps de leur serrer la main. « Appelle-moi demain ! » […]

Donc un jour, on a pris notre courage à deux mains, et on a décidé de passer la main.

Plusieurs mains se sont levées…

La quête du coup de main (quelques extraits ici) qui s’ensuit est proprement hilarante, en plus de constituer un reflet à la fois positif et réaliste des comportements individuels et des relations sociales qui accompagnent le bébé lecteur dans sa connaissance de lui-même et ses apprentissages de la vie en société. Avec, fondamentalement, cette notion centrale d’amitié : Manuel et Monelle, les inséparables volatiles, se font un nouvel ami, celui qui s’investit. Il s’agit de Firmin, qui leur donne « un fier coup de main » !

Un livre à rires, un livre à grandir, un livre à réfléchir… tant il apprend, mine de rien, et main dans la main, au bébé lecteur à se prendre en main : l’importance de faire des choses avec les dix doigts de ses mains, et si possible avec les copains, savoir qu’on peut demander de l’aide, comment, quand, saisir les fondements, l’essence, de l’entraide et de l’amitié. Un pur bonheur de lecture à partager avec les 0-3 ans… et les plus grands. Un coup de main, oui… un coup de cœur, aussi !