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Portrait vivant d’un auteur-illustrateur : Kenji Abe

La BBthèque vous propose de découvrir un nouveau portrait vivant d’auteur-illustrateur (qui donc, qui donc aujourd’hui ?), et, cerise sur le gâteau, l’artiste présenté ici ce jour étaye son portrait vivant de son autoportrait post-confinement… !
Explication de l’intéressé sur cet autoportrait au poil : « mes cheveux ont poussé sauvagement pendant le confinement et j’ai maintenant l’air de « l’homme à la peau d’ours » des frères Grimm »
Voici donc…

Kenji Abe

Autoportrait de Kenji Abe**

Auteur-illustrateur de la série :

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Pour ce portrait vivant, Kenji Abe a accepté de répondre à ces quelques questions :

Qui suis-je ?

Je m’appelle Kenji Abe. Je suis auteur-illustrateur de livres pour les enfants.
Je suis né au Japon et j’habite en France depuis 2010.

Comment et pourquoi j’ai choisi de faire ce métier?

Quand j’étais étudiant, je me suis inscrit dans un cursus de cinéma. Or pour faire un film, il faut avoir l’énergie nécessaire pour diriger une équipe. Cependant j’ai trouvé que je n’avais pas ce genre d’énergie. Je suis une personne qui préfère travailler seul.

Par ailleurs, juste avant que je ne devienne étudiant, Claude Lévi-Strauss était très populaire au Japon parmi les étudiants. J’ai également été influencé par cet engouement et j’ai lu ses œuvres. Ma façon de comprendre le structuralisme était peut-être plus personnelle qu’académique mais en tout cas, j’étais très fasciné par les mythes des peuples non civilisés qui ont été cités dans ses livres. J’ai donc commencé à chercher et à lire les livres qui recueillaient les divers mythes. Ces histoires étaient très différentes de celles qui sont produites comme des marchandises sur le marché. Beaucoup d’entre elles étaient courtes, rudes, n’avaient pas de décoration pour le divertissement et semblaient ne se préoccuper que de leur sujet essentiel. J’ai trouvé qu’elles étaient très belles.

Ces deux choses, apparemment non liées, m’ont conduit à ce domaine, ce métier. Pour moi, elles ont fait lien et c’était le chemin naturel.

Quoi qu’il en soit, je ne pense pas que j’ai, jusqu’à présent, réussi à réaliser ce que je voulais faire. Je vais donc travailler, de nouveau, sur le prochain livre.

Comment je travaille pour écrire un livre ?

À propos de la façon de former les récits, je pense que l’histoire d’un livre pour enfants doit être simple, en général. D’un point de vue adulte, une histoire simple peut parfois sembler de peu de valeur, mais je crois qu’il y a certaines histoires très simples qui méritent d’être racontées.

Si on ajoute des éléments divers et on rend une histoire plus complexe, alors il est facile de faire des histoires qui ont des apparences différentes. Elles peuvent sembler nouvelles et différentes.

Dit autrement, si on enlève les éléments moins essentiels, des histoires apparemment différentes peuvent parfois se révéler être la même histoire. En conséquence, on peut peut-être y découvrir quelque chose comme le squelette d’une histoire.

Je tourne mon attention vers ces squelettes et je les évalue.

Mais parfois il y a aussi des cas où un petit détail, comme une seule tache à la surface, peut jouer le rôle de squelette d’une histoire.

Je ne peux pas généraliser la façon d’écrire un livre.

Est-ce que les Trois Gibbons pourraient vivre de nouvelles aventures ?

Oui, je le pense.

Comment j’imagine mes jeunes lecteurs quand j’écris ?

Il y a des écrivains qui écrivent en pensant à un unique lecteur très proche, comme son enfant, sa nièce, son neveu, un enfant de son ami, etc. Cette manière est naturelle et sincère. J’ai une admiration pour cette façon. Cependant, en ce moment, je n’ai malheureusement pas de lecteur comme ça.

Bien sûr, j’aime bien avoir des contacts avec les enfants à diverses occasions. Cela me rend heureux. J’adore aussi écouter et lire les témoignages de parents sur leurs enfants. Ça m’intéresse toujours beaucoup. Cela me donne beaucoup de choses, les informations, les connaissances, les insights et les réflexions.

Ces choses me font réfléchir non seulement à l’enfant, mais aussi à tous les êtres humains en incluant les adultes et, partant, moi-même. Par l’étude des peuples non civilisés, les anthropologues pensent, par conséquent, aux humains eux-mêmes. Mon attitude peut être rapprochée de cette démarche, si je pousse le raisonnement. Je ne sais pas si c’est la meilleure méthode ou non. À l’avenir, il se peut que je change. Mais maintenant, c’est comme ça.

Est-ce qu’il m’arrive de discuter avec les enfants autour de mes livres ?

Malheureusement, je n’ai pas, au jour d’aujourd’hui, beaucoup d’expérience dans ce domaine. J’en ai envie pour les jours prochains.
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La BBthèque remercie chaleureusement Kenji Abe d’avoir répondu à ces quelques questions et recommande à tout un chacun de découvrir plus avant l’œuvre de cet auteur-illustrateur, notamment la série d’albums des trois gibbons publiée aux éditions MeMo. Les trois comparses partagent en effet avec les jeunes lecteurs leur riche quotidien, mariant routine et événements singuliers ; au gré de leurs aventures, ces êtres sensibles, responsables et volontaires font l’expérience de la relation à l’autre et développent un état d’esprit ouvert et solidaire, qu’il fait bon partager avec des lecteurs de tout poil !
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Vous pouvez retrouver ci-dessous les chroniques BBthèque des livres de Kenji Abe :
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Portrait vivant d’une autrice-illustratrice : Claire Garralon

La BBthèque vous propose aujourd’hui de découvrir le portrait vivant d’une autrice illustratrice (qui donc, qui donc ?) :

Claire Garralon 

Claire Garralon - photo - portrait vivant BBthèque
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Autrice-illustratrice de…

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Pour ce portrait vivant, Claire Garralon a accepté de répondre à ces quelques questions :

Qui suis-je ?

Je m’appelle Claire Garralon et je suis autrice illustratrice, c’est à dire que j’invente des histoires, je les écris et je les illustre. 
Ensuite, on fabrique un livre avec mes histoires.
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Comment et pourquoi j’ai choisi de faire ce métier ?

J’ai toujours dessiné, quand j’ai appris que le métier d’illustrateur existait, je me suis dit que ça devait être formidable et j’ai tout fait pour devenir illustratrice.
Un peu plus tard, j’ai écris mon premier album et depuis je continue !
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Comment je travaille pour écrire un livre ?

c est ma mare claire garralonPour C’est ma mare par exemple, j’avais envie de parler de comment se partager un territoire ou comment vivre ensemble sur la même terre. Mais je voulais que ce soit très simple. Alors j’ai pensé à une mare et des canards. J’ai d’abord écrit l’histoire et après je l’ai illustrée.
Je commence toujours par écrire et je m’appuie sur le texte pour les dessins même si j’ai des idées d’images tout en écrivant. Je dessine avec des crayons de couleur, des papiers que je colle et avec un ordinateur, ça dépend.
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Comment j’imagine mes lecteurs quand j’écris ?

Je ne les imagine pas.
J’écris ce que j’ai envie de raconter, qui me touche, après je sais que mes lecteurs sont des enfants, donc j’essaie de rendre accessible mon propos par des mots et des illustrations simples parce que j’aime quand c’est épuré et le plus simple possible.
J’aime aussi l’idée que les enfants imaginent en regardant des images ou en écoutant une histoire.
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Est-ce qu’il m’arrive de discuter avec les enfants autour de mes livres ?

poule bleue claire garralonOui, je vois beaucoup d’enfants dans les écoles et c’est toujours très touchant quand ils me parlent des albums que j’ai réalisés et parfois surprenant.
Une fois, je venais de faire un atelier avec des enfants et je leur racontais Poule bleue mais je n’avais pas le livre. Je disais que poule bleue ne voulait pas laisser ses petits gambader dans le pré… Un petit garçon a reconnu l’histoire qu’il avait lue chez lui et me dit « mais si, elle veut qu’ils y aillent, elle les accompagne tous les jours mais au dernier moment elle ne peut pas laisser ! » Ce qui est effectivement différent, elle veut les laisser mais n’y arrive pas.
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La BBthèque remercie vivement Claire Garralon d’avoir répondu à ces quelques questions et invite chaleureusement tout un chacun à découvrir plus avant l’œuvre de cette autrice-illustratrice qui écrit des livres plein de sens à destination des jeunes enfants, et les illustre avec humour, goût et talent.
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Vous pouvez retrouver ci-dessous les chroniques BBthèque des livres de Claire Garralon
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Lecture filmée : Plic ploc banquise, si on soignait aussi notre environnement ?

La BBthèque vous propose, plic ploc, à partir d’aujourd’hui, et pendant toute la durée du confinement, la lecture filmée, plic ploc, de Plic ploc banquise, avec l’autorisation de son auteur, Claire Garralon, et de son éditeur, les éditions MeMo.

Visuel Plic ploc banquise - Claire Garralon - lecture filmée

Psssst : souvenez-vous, la BBthèque avait chroniqué cet album génial ici il y a quelques mois, dont vous verrez qu’il livre un message essentiel aux jeunes générations : l’importance de prendre soin de notre environnement aujourd’hui et demain. Mais trêve de parole, place à la lecture filmée — ploc, plic.. plic, ploc :

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Au-delà, la BBthèque vous recommande vivement de vous procurer, en librairie, en bibliothèque publique ou dans la bibliothèque privée d’un ou d’une amie, quand les conditions le permettront, ce livre au top dont voici la belle page de couverture (plic, ploc) :

Plic ploc banquise

Claire Garralon

éditions MeMo (2019)

plic ploc banquise claire garralon

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PS : retrouver l’ensemble des lectures filmées, proposées et/ou réalisées par la BBthèque pendant le confinement, ici !

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La BBthèque chez soi… lectures confinées

La BBthèque poursuit son exploration et son partage d’idées et ressources de qualité à consulter et pratiquer depuis chez soi pendant la période de confinement imposé dans la crise sanitaire actuelle. Au menu du jour : un parcours lecture ! Et pour ce faire : explorer tout d’abord sa bibliothèque matérielle à fond les ballons, avant d’élargir le cas échéant ses horizons grâce aux initiatives immatérielles proposées actuellement par les acteurs des métiers du livre : auteurs-illustrateurs, éditeurs, bibliothécaires, sans oublier les libraires.

Explorer ma bibliothèque à fond !

Commencer par lire à haute voix les livres pour enfants qu’on a à la maison.

Et une fois qu’on a fait cela une première fois, on les ré-explore ! On peut les regrouper par thème, par auteur, par illustrateur, par couleur, par collections pour ceux qui en ont beaucoup…. On peut chercher les ressemblances, les différences, les complémentarités. On peut chercher ceux qui nous font rire, peur, pleurer, bouger. On peut mettre en scène l’histoire, la transformer en petites scènes de théâtre avec son enfant, en jouant des rôles, en jouant avec son corps, sa voix. On peut varier les lecteurs-acteurs : un parent, un autre parent, un grand frère, une grande sœur… On peut varier les lecteurs-spectateurs.

On peut faire raconter l’histoire à l’enfant, la lui faire dessiner sur des feuilles blanches, lui donner forme avec de la pâte à modeler, inventer une suite ou un commencement.

On peut instaurer tous les jours un temps « silence on lit » où toutes les personnes, petites et grandes, dans la maison, prennent un lire ou deux et le lisent… en silence et en autonomie, et ce y compris pour les tout-petits.

On peut partager ses lectures avec ses proches, en réalisant des petites vidéos de type « lectures filmées » : l’enfant choisit dans sa bibliothèque le livre dont il souhaite voir la lecture filmée, l’adulte le lit à haute voix et filme l’album avec son téléphone pendant qu’il le lit, en mettant l’enfant à contribution pour tourner les pages, émettre le cas échéant des commentaires, effectuer des bruitages… Partager ensuite cette lecture vécue avec sa famille ou ses amis, afin qu’ils puissent la découvrir à leur tour, et, en retour si le cœur leur en dit, vous adresser une lecture filmée d’un album de leurs bibliothèques.

On peut enrichir la bibliothèque d’un à plusieurs album.s qu’on créé de A à Z avec son enfant, si si ! Créer un imagier ou un abécédaire par exemple, en dessinant, en découpant, en collant, en photographiant, en imprimant, en écrivant, etc. On peut même se lancer dans cette très grande aventure en ayant pour coach Claude Ponti en personne, qui, dans le contexte de confinement actuel, propose à tout enfant qui le souhaite de réaliser « ton album perso à toi tout seul et personne d’autre » avec de nouvelles chozafères tous les jours déposées ici sur le drive de M. Ponti.

 

Élargir mes horizons sur la toile

La bibliothèque matérielle peut être enrichie d’une plongée dans des bibliothèques immatérielles, si vous éprouvez l’envie d’élargir avec vos petits bouts (sauf les bébés pour qui les sélections suivantes sont moins adaptées) les horizons de vos lecteurs en herbe en allant faire un tour sur le web. Petite sélection ci-dessous :

Du côté des éditeurs : pourquoi ne pas commencer par un conte abracadabrant, partagé en ligne par les éditions La Joie de lire, avant de mettre un bref instant le nez dans le pré en compagnie de la vache Marta elle-même friande d’aventures poétiques en montgolfière ou dans les mers, et de s’amuser à lire chaque jour une nouvelle fable revisitée. On poursuit par les lectures filmées de magnifiques livres-objets au programme de la série de vidéos présente sur le site des éditions des Grandes Personnes. On regarde aussi les classiques lectures filmées de l’Ecole des loisirs, parmi lesquelles C’est moi le plus beau de Mario Ramos, Ma vallée de Claude Ponti, Le train des souris de Kazuo Iwamura, mais aussi des titres d’Alain Mets, Alex Sanders et Pierrick Bisinski, Claude Boujon… On peut se lancer dans le feuilleton, ou roman-photo, du bébé chien Dachenka, de Karel Čapek, à visionner ici sur le site des éditions MeMo. Mention spéciale aux éditeurs réunis sur le site de La Bernique qui nous délivrent quotidiennement des pastilles antivirus : rendez-vous tous les jours sur http://labernique.com/pastilleantivirus/ pour prendre vos médicaments (albums lus, albums à lire, parmi lesquels le confinement animal dans Tous aux abris ! et activités autour des livres).

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Du côté des bibliothèques : vous pouvez consulter Gallicadabra, la bibliothèque numérique pour les enfants créée par la Bibliothèque nationale de France. Il s’agit d’une application qui propose notamment une sélection d’une cinquantaine de classiques de la littérature pour la jeunesse, lus par des comédiens et relevant de genres comme les contes, fables, comptines, abécédaires. La BBthèque vous invite aussi à penser à consulter le site web de votre bibliothèque municipale, qui pourrait bien vous proposer des ressources jeunesse en ligne de grande qualité pendant ce confinement généralisé !

Les librairies ne sont pas en reste : pourquoi ne pas vous rapprocher de votre libraire préféré par mail ou via son site web, sa page facebook, ou autre moyen de communication numérique ? Il ou elle a sûrement des coups de cœur à partager avec vous… Mettons-nous en appétit pour lire de nouveaux livres à la fin du confinement !

*** La BBthèque vous souhaite d’excellentes lectures confinées… et partagées ! ***

 

 

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Une maison très spéciale

Maurice Sendak et Ruth Krauss font enfin leur entrée dans la BBthèque, par un album classique (1953) qui nous arrive en France en 2019 grâce à la traduction de Françoise Morvan et aux éditions MeMo. Cet album rythmé et joyeux, hymne à l’imagination et à la construction de l’identité des petits, s’apparente à une comptine d’enfant, un enfant racontant la maison de ses rêves :

Une maison très spéciale

Dans cet album, où le fond est de couleur ocre, où l’enfant (qui est le narrateur) constitue le seul (personnage) doté de couleurs (peau blanche et haut blanc, cheveux noirs et salopette bleue) et où les autres êtres et objets sont dessinés au crayon noir uniquement, l’enfant à salopette bleue, heureux, chantonne SA version de SA maison.

Je connais une maison — pas une maison d’ânon ou d’écureuil des bois — pas une maison qu’on voit — pas au bord d’une rue ni d’une route non plus — oh juste une maison qui est à moi Moi MOI.

Dans cette maison il y a… un lit, une étagère, des chaises, des portes, des murs, une table… et chacun de ces éléments est, c’est à préciser, très spécial. Dans cette maison l’enfant peut apporter un tas de trésors : une tortue, un lapin, une souris, des ouistitis et même un lion ! qui s’attaque, c’est jouissif, au mobilier. C’est une maison où il fait bon de bouger en bonne compagnie : se dire des secrets, rire à s’en rouler par terre, jouer, mimer, chanter, courir… sans jamais devoir s’arrêter. C’est le royaume où on peut clamer « ENCORE » sans que personne ne dise « STOP ».

Cette maison, il y a plein d’endroits où elle n’est pas, et un seul lieu où elle est : la tête de l’enfant qui l’imagine, qui la construit, qui la dessine, qui la chante (sur un air de jazz qui plus est), qui la danse, qui la dit et redit… et qui s’en réjouit.

Un bonheur de lecture avec les petits.

 

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Eau, ciel & terre

Hommage aux éléments avec cette chronique, ancrée dans la nature ce jour, dans la BBthèque, sur quatre nouveaux livres tip top :

  • Hé, l’eau ! d’Antoinette Portis aux éditions Le Genevrier
  • Quelque chose de merveilleux, de Shin Sun-Jae et Emilie Vast aux éditions MeMo
  • Une pierre dans l’univers, de Brendan Wenzel aux éditions Kaléïdoscope
  • Pop corn, de Sarah Cheveau aux éditions Les Grandes Personnes

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Mon premier est un documentaire sur l’eau, dont le cycle est raconté du point de vue d’une petite fille de 3 ans, Zoé : « Hé, l’eau ! On se connaît ! Tu es partout. » Zoé, et le bébé lecteur avec elle, fait le tour des multiples occurrences de l’eau, le livre devient ici imagier : robinet, arroseur, douche, tuyau, ruisseau, bassin, flaque, goutte de rosée, larme, verre, etc. Et une fois que Zoé a terminé ce tour d’horizon, elle clame « Hé, l’eau, merci ! ». L’imagier est alors complété de 3 pages documentaires, pour présenter auprès des plus jeunes : les différents états de l’eau, le cycle de l’eau, et les enjeux de préservation. Un livre responsable et instructif.

Mon deuxième est le récit d’un arbre, raconté par l’un de ses habitants : le chêne, cette merveille aux yeux des écureuils. Au début de l’histoire, l’écureuil trouve un tout petit chêne de Mongolie, un bébé chêne, au pied de sa très grande maman chêne, sur les branches de laquelle l’écureuil peut grimper et atteindre des sommets. L’écureuil aime tout de cet arbre qu’il habite et qui l’habite en retour : les racines inscrites dans la terre, les fleurs comme le pollen du printemps, puis les glands qui feront naître de nouveaux chênes, le vent, le jaunissement des feuilles à l’automne, le refuge à l’intérieur du tronc pour passer l’hiver bien au chaud… Ce récit tout en poésie, attentif à la magnificence de l’arbre comme à ses moindres détails, dit aux tout-petits le prodige naturel d’un écosystème se répétant chaque année, quand revient le printemps. Un livre merveilleux.

Mon troisième est le poème d’une pierre… dans l’univers. « A sa place, éternelle, au cœur de l’univers, dans l’eau, l’herbe et la terre, reposait une pierre. Et la pierre est… » Cet album en format paysage, minéral s’il en est, raconte cette pierre, et, au-delà, l’univers à partir de cette pierre : le soleil quand elle fait de l’ombre mais aussi la lumière lunaire qu’elle réverbère, son silence mais aussi son bruit quand quelque chose vient la heurter et se casser contre elle ; sa matière et sa taille différemment perçues selon qui la fréquente, ses couleurs changeant au rythme des saisons et des heures ; etc. « Et la pierre est repère, carte, itinéraire […] La pierre est éphémère et la pierre est millénaire. » A la dernière page, l’auteur-illustrateur interroge le bébé lecteur : et toi, connais-tu une telle pierre ? Un livre repère.

Mon quatrième s’intéresse au ciel…, au cinéma et au pop-corn maison ! Sarah Chevreau, dans ce petit livre animé, format paysage, convie le bébé lecteur à un spectacle, et qui dit pestacle dit pop-corn… Sarah Chevreau commence par expliquer en préambule comment on fabrique le pop-corn : « Faire du pop-corn, c’est facile. Il suffit de mettre un grain de maïs dans une casserole et quand on entend…  Pop ! … c’est prêt ! » et le bébé lecteur de pouvoir toucher du doigts le pop-corn en volume. Ce préambule fait, Sarah Chevreau nous plonge dans la nuit et nous invite à nous installer confortablement et à lever les yeux au ciel : c’est l’étoile du berger qui apparaît en premier, puis petit à petit le ciel se peuple de mille et unes étoiles, que l’homme de tout temps se plaît à relier entre elles pour « dessiner des histoires ». Et, là, magie, le ciel se donne, non pas à déguster comme un pop-corn, mais à lire comme un pop-up : les feuilles se déplient pour donner à voir le ciel et les formes imaginées par l’homme, parmi lesquelles… la casserole. Qui nous ramène au pop-corn. Et si on s’amusait à appliquer aux étoiles la même recette que le maïs ? Voici qui fait pop, et encore pop, pop pop pop pop… dans le ciel ! Rires garantis, et le ciel se trouve enrichi de volumes évoquant, Sarah Chevreau n’a pas peur de le dire, la Voie lactée, avant que juste avant l’aube les étoiles ne s’évanouissent et que seule subsiste… l’étoile du berger. Un album événement — à vivre comme une séance de cinéma.

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Récolte de pommes

Il était une fois une pomme, deux pommes, trois pommes, deux histoires pour ta pomme et pour moi : aujourd’hui la BBthèque vous présente trois albums qui font la part belle à ce fruit d’automne.

Quel est ce fruit ?

d’Anne Crausaz

En couverture de ce livre, dédié « aux desserts de ma mère », une belle pomme… habitée et traversée par de toutes petites bêtes : ces toutes petits bêtes, une grande, une petite, vont constituer, une fois n’est pas coutume, les alliés des tout-petits lecteurs en les guidant à travers les différents fruits qui poussent de-ci, de-là.

– Où vas-t-on, Madame Fourmi ?

-Tu verras, jeune fourmi ! Suis-moi, écoute les indice et devine ! […]

« Pas la peine de m’éplucher, ma peau est pleine de vitamines. Ma chair se croque pour n’en laisser que le trognon. Qui suis-je ? »

Dans ce jeu de devinettes servi par les très belles illustrations d’Anne Crausaz, la toute petite fourmi et le tout petit lecteur découvrent d’abord l’extérieur d’un fruit vu de très près, avant de rentrer (par de petits trous) à l’intérieur du fruit, représenté également en gros plan, puis d’en ressortir et de s’en éloigner pour l’apprécier avec la distance nécessaire pour bien l’identifier et/ou le reconnaître : c’est une pomme ! Sont aussi ainsi visités : le cerise, la fraise, le melon, l’abricot, la figue, la poire…. avant que n’arrive l’heure du goûter où nous est servie une salade de tous ces fruits ! Bon appétit les tout petits. Et si vous voulez lire en complément d’autres livres au top sur les fruits, rendez-vous ici.

Dans une toute petite pomme

de Corinne Dreyfuss

Le voyage à l’intérieur de la pomme se poursuit avec un autre animal non moins minuscule qui a élu domicile dans ce fruit. Voici Corinne Dreyfuss qui nous raconte une histoire, un conte :

Il était un tout petit ver qui vivait dans une toute petite pomme.

Il s’était creusé un nid doux entre deux tout petits pépins.

Il était au chaud et à l’abri, il grandissait doucement, dans la toute petite pomme.

Dans cet album et premier documentaire tout à la fois, format paysage, la pomme est représentée de l’intérieur et de l’extérieur, dans son environnement, en mouvement : chahutée par la brise, secouée en cas de choc, roulant au sol quand la branche lâche. Pour le petit habitant qui est devenu plus grand, il est temps de sortir de son cocon rond et vitaminé ; « c’était un long chemin à faire, cela dura un très long moment », puis il voit et vit le grand air, et se trouve projeté par le vent loin de sa toute petite pomme. Une larme coule mais il n’a d’autre choix que de poursuivre son chemin seul, et découvre ainsi ses propres attributs, des petites pattes, comme une chenille, un appétit nouveau, dévorer les feuilles devenues ainsi des feuilles pleines de trous. Le petit ver (qui est en fait une chenille) se tisse alors son propre cocon… et deviendra bientôt papillon. Une histoire douce qui évoque la gestation, la naissance et les premiers pas d’un petit être. Et qui n’est pas sans faire écho à la génialissime Chenille qui faisait des trous de monsieur Eric Carle…

Les trois pommes

de Maria Keil

Cet album format portrait se distingue par un choix graphique fort, signé d’une grande dame de l’illustration portugaise, Maria Keil : des personnages dessinés en noir et blanc et formés de pièces détachées assemblées et désassemblées à loisir comme des pantins, des photos de pommes détourées de taille démesurément grande par rapport à la taille des personnages, des phylactères pour représenter le texte sous forme de dialogues. Entre ces enfants et ces biens se tissent des potentialités variées…

Au départ, un garçon a trois pommes ; en les regardant il décide d’en garder une pour lui et de donner les autres à ces amis, dans la mesure où il aime bien avoir beaucoup d’amis. Ainsi, il salue une petite fille qui vient vers lui et lui donne une pomme, elle est ravie. Il fait de même avec une deuxième petite fille. Mais c’est un enfant qui ne sait pas encore vraiment compter et qui ne perçoit pas encore non plus toutes les conséquences de ses choix : aussi, quand vient un troisième enfant, il part pour lui donner une pomme, mais comme la sienne reste la sienne, il reprend une pomme à l’une des filles pour l’attribuer un nouveau venu, générant déception et contestation, et reproduit son erreur avec un quatrième enfant avant que n’arrive un cinquième marmot. La petite assemblée se dispute mais quelques acteurs commencent à reprendre le dessus pour trouver une solution, qui sera, bien entendu, de couper la poire la pomme en deux !

Super bonus : les jeunes lecteurs peuvent poursuivre l’histoire en photocopiant les pages de garde du livre, puis en découpant les pièces détachées (visages, bras, vêtements, jambes, etc.) et constituer leur propre histoire…