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Nouveaux livres à gogo #7 : rions avec Mathieu Maudet

Depuis le 11 mai, top départ du dé-déconfinement progressif, la BBthèque met en lumière des albums récents que vous pouvez vous procurer dans vos librairies indépendantes préférées. Aujourd’hui, la BBthèque vous propose de rire un peu, beaucoup, passionnément, à la folie… en bonne compagnie, soit avec deux nouveaux albums de M. Mathieu Maudet aux éditions l’Ecole des loisirs.

Nous commençons, avec Occupé, par une envie pressante qui rencontre un problème bien connu : la place est déjà prise, il va donc falloir patienter pour se soulager… Et celui ou celle qui est sur le siège semble bel et bien faire le siège des WC… Il occupe tant et tant les toilettes qu’une file vient à se former : une petit fille ressemblant fort à un petit chaperon rouge pour commencer, suivie d’1, puis de 2, puis de 3 petits cochons… Tout le monde attend son tour en se dandinant. Enfin la voix de celui ou celle qui était sur le trône au milieu des bois annonce le début de la fin du supplice : j’ai fini, je remonte mon pantalon, je me lave les mains et… j’arrive ! La porte s’ouvre, qui est là : le loup !!! L’envie est passée, la peur l’a supplantée : tous ceux qui ne pensaient qu’à faire faire pipi ont fui. Le loup, lui, ne se démonte pas : bon, si plus personne ne veut aller aux toilettes, dit-il, j’y retourne : j’ai pas fini mon livre ! Un album hilarant, mariant au poil trivialité et conte de fées.

Dédé - Mathieu MaudetNous poursuivons, en cette période de dé-déconfinement, avec Dédé, ce drôle de personnage qui a un truc avec les mots en « dé » qu’il aime dé-dédoubler. Dédé a un dada : il aime dé-démonter par ci par là, et il se dé-débrouille terriblement bien, Dédé, pour tout dé-démonter. Mais comment faire après avoir absolument tout dé-démonté ??? C’est la dé-déconfiture, la dé-démoralisation. Heureusement Dédé a le dé-déclic. C’est parti pour un nouveau dé-départ : Dédé va se dé-débrouiller et mettre en œuvre le système D, le système Dédé, pour dé-dépanner et dé-défaire ce qui avait été dé-défait ! Un album qui dé-dépote et qui montre que savoir défaire peut aussi se transformer en savoir faire.

Vous avez encore envie de lire/rire à gorge dé-déployée ? La BBthèque vous invite à retrouver ici toutes les chroniques BBthèque d’albums de Mathieu Maudet.

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La BBthèque chez soi… l’humain derrière les bouquins

Depuis trois semaines, nous sommes tous et chacun confinés dans nos intérieurs, avec des ressources matérielles propres, les livres par exemple, et une autre fenêtre d’ouverture, via le web, pour celles et ceux qui bénéficient de l’équipement adéquat, le numérique constituant ainsi une porte de sortie dans laquelle peu ou prou beaucoup se réfugient. Aujourd’hui dans la BBthèque, je trouve important de replacer l’humain derrière le web et derrière les bouquins. Même si nos échanges n’ont pas lieu au jour d’aujourd’hui sous leurs formes habituelles, ce sont les relations et réalisations humaines qui fondent en grande partie nos vies… à commencer par le petit grand bout qui nous intéresse ici dans la BBthèque : la très riche littérature pour les tout-petits ! Etes-vous prêts à découvrir plus avant, pour commencer, la source de cette littérature : les auteurs des livres pour les tout-petits ?
Dès la page de couverture du livre, cher bébé lecteur, tu peux voir le titre du livre, mais aussi le nom de son, ou de ses, auteur(s), ceux qui sont à l’origine de l’histoire que tu lis. Tes parents peuvent te lire le(s) nom(s) de cet, de ces auteur(s) à haute voix, comme le titre du livre, ainsi peu à peu tu apprendras que ce livre-ci que tu apprécies, il est né de l’imagination et du talent de cet auteur-là. L’auteur, l’autrice peut être celle ou celui qui écrit le texte du livre et/ou celle ou celui qui l’illustre.
Sais-tu que les auteurs ont un visage, un corps, une voix, et même leur propre histoire… comme toi ? Tes parents peuvent te montrer une photographie ou (un autoportrait dessiné, parfois les illustrateurs aiment se présenter à leurs publics ainsi !) de l’auteur de ton ou tes livres favoris, afin que tu puissent un visage sur ces noms… et plus si affinités. On trouve en effet souvent les photos et des éléments de biographie des auteurs sur les sites web des éditeurs (par exemple celles et ceux édités par MeMo, par Les Grandes Personnes, par l’Ecole des loisirs, par Hélium, etc.) ou sur des bibliothèques en ligne participatives comme Babelio. Je vous présente ainsi Kenji Abe, l’auteur de la série des Trois Gibbons (chroniquée ici), Claire Dé (dont les ouvrages sont chroniqués ici) et Claire Garralon (dont les ouvrages sont chroniqués là) :

Le saviez-vous ? Les auteurs créent souvent leur propre site internet sur lesquels ils partagent leur univers : quelques mots sur eux, leurs activités d’auteurs, leurs nouveaux livres, etc. Et, comme sur ces sites les auteurs partagent leurs coordonnées mail notamment, il est possible de leur écrire un mot si vous souhaitez partager avec eux, par l’entremise de vos parents, vos émotions à la lecture de leurs livres !

Invitons, au-delà, tes parents à se plonger dans ces quelques entretiens et portraits d’auteurs-illustrateurs pour les très jeunes enfants, dont un certain nombre de livres ont été chroniqués dans la BBthèque : Jeanne Ashbé, Mathieu Maudet, Malika Doray, Isabelle Simler, Anthony Browne…

Certains auteurs proposent, pour les uns des leçons de dessins en vidéo, pour les autres des lectures de leurs propres textes ! Ce qui est chouette avec les leçons de dessins (entre autres choses) c’est que ça nous permet aussi de voir comment le dessinateur dessine, comment le dessin prend forme, à l’exemple d’Akiko ci-dessous. Ce qui est chouette avec les lectures d’auteurs, c’est de pouvoir entendre et percevoir ce que les auteurs mettent dans leurs mots… et le cas échéant de comprendre en un clin d’œil les différents niveaux de lecture d’un album, comme c’est le cas dans les deux variantes de lectures filmées par Michaël Escoffier ! Et on finit ce parcours vidéo avec la formidable lecture théâtralisée de La chasse à l’ours par une autre Michael, Rosen cette fois, et en langue anglaise s’il-vous-plaît : écouter la mélodie derrière le phrasé, reproduire la gestuelle pour donner corps aux rituels :

Sais-tu enfin que les auteurs et illustrateurs sont friands de rencontres avec leurs jeunes publics ? Pour les voir « en vrai » et discuter avec eux, il t’est possible de te rendre avec tes parents par exemple à des dédicaces en librairies ou lors de salons jeunesse (tu connais le salon de Montreuil du livre jeunesse qui se tient tous les ans ?) ; les structures d’accueil des enfants (crèches, écoles, centres de loisirs, etc.) et établissements culturels (bibliothèques, médiathèques, théâtres, etc.) organisent aussi régulièrement des temps de rencontres entre auteurs jeunesse et jeunes lecteurs, parfois même ces structures organisent des résidences d’écrivains qui sont l’occasion de construire, auteurs et lecteurs, main dans la main, de nouveaux et souvent très beaux ouvrages. Par exemple, la collection Bon pour les bébés, au Seuil jeunesse, est née ainsi (souvenez-vous… on en parlait ici) ; l’extraordinaire album d’éveil musical électro Tipi Tipi Ta publié chez Benjamins Media… aussi (souvenez-vous… on en parlait ). Que de pistes à explorer lorsque le confinement sera levé : aller rencontrer ces personnes qui ont écrit les livres que tu as lus et que tu liras demain !

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La BBthèque chez soi… lectures confinées

La BBthèque poursuit son exploration et son partage d’idées et ressources de qualité à consulter et pratiquer depuis chez soi pendant la période de confinement imposé dans la crise sanitaire actuelle. Au menu du jour : un parcours lecture ! Et pour ce faire : explorer tout d’abord sa bibliothèque matérielle à fond les ballons, avant d’élargir le cas échéant ses horizons grâce aux initiatives immatérielles proposées actuellement par les acteurs des métiers du livre : auteurs-illustrateurs, éditeurs, bibliothécaires, sans oublier les libraires.

Explorer ma bibliothèque à fond !

Commencer par lire à haute voix les livres pour enfants qu’on a à la maison.

Et une fois qu’on a fait cela une première fois, on les ré-explore ! On peut les regrouper par thème, par auteur, par illustrateur, par couleur, par collections pour ceux qui en ont beaucoup…. On peut chercher les ressemblances, les différences, les complémentarités. On peut chercher ceux qui nous font rire, peur, pleurer, bouger. On peut mettre en scène l’histoire, la transformer en petites scènes de théâtre avec son enfant, en jouant des rôles, en jouant avec son corps, sa voix. On peut varier les lecteurs-acteurs : un parent, un autre parent, un grand frère, une grande sœur… On peut varier les lecteurs-spectateurs.

On peut faire raconter l’histoire à l’enfant, la lui faire dessiner sur des feuilles blanches, lui donner forme avec de la pâte à modeler, inventer une suite ou un commencement.

On peut instaurer tous les jours un temps « silence on lit » où toutes les personnes, petites et grandes, dans la maison, prennent un lire ou deux et le lisent… en silence et en autonomie, et ce y compris pour les tout-petits.

On peut partager ses lectures avec ses proches, en réalisant des petites vidéos de type « lectures filmées » : l’enfant choisit dans sa bibliothèque le livre dont il souhaite voir la lecture filmée, l’adulte le lit à haute voix et filme l’album avec son téléphone pendant qu’il le lit, en mettant l’enfant à contribution pour tourner les pages, émettre le cas échéant des commentaires, effectuer des bruitages… Partager ensuite cette lecture vécue avec sa famille ou ses amis, afin qu’ils puissent la découvrir à leur tour, et, en retour si le cœur leur en dit, vous adresser une lecture filmée d’un album de leurs bibliothèques.

On peut enrichir la bibliothèque d’un à plusieurs album.s qu’on créé de A à Z avec son enfant, si si ! Créer un imagier ou un abécédaire par exemple, en dessinant, en découpant, en collant, en photographiant, en imprimant, en écrivant, etc. On peut même se lancer dans cette très grande aventure en ayant pour coach Claude Ponti en personne, qui, dans le contexte de confinement actuel, propose à tout enfant qui le souhaite de réaliser « ton album perso à toi tout seul et personne d’autre » avec de nouvelles chozafères tous les jours déposées ici sur le drive de M. Ponti.

 

Élargir mes horizons sur la toile

La bibliothèque matérielle peut être enrichie d’une plongée dans des bibliothèques immatérielles, si vous éprouvez l’envie d’élargir avec vos petits bouts (sauf les bébés pour qui les sélections suivantes sont moins adaptées) les horizons de vos lecteurs en herbe en allant faire un tour sur le web. Petite sélection ci-dessous :

Du côté des éditeurs : pourquoi ne pas commencer par un conte abracadabrant, partagé en ligne par les éditions La Joie de lire, avant de mettre un bref instant le nez dans le pré en compagnie de la vache Marta elle-même friande d’aventures poétiques en montgolfière ou dans les mers, et de s’amuser à lire chaque jour une nouvelle fable revisitée. On poursuit par les lectures filmées de magnifiques livres-objets au programme de la série de vidéos présente sur le site des éditions des Grandes Personnes. On regarde aussi les classiques lectures filmées de l’Ecole des loisirs, parmi lesquelles C’est moi le plus beau de Mario Ramos, Ma vallée de Claude Ponti, Le train des souris de Kazuo Iwamura, mais aussi des titres d’Alain Mets, Alex Sanders et Pierrick Bisinski, Claude Boujon… On peut se lancer dans le feuilleton, ou roman-photo, du bébé chien Dachenka, de Karel Čapek, à visionner ici sur le site des éditions MeMo. Mention spéciale aux éditeurs réunis sur le site de La Bernique qui nous délivrent quotidiennement des pastilles antivirus : rendez-vous tous les jours sur http://labernique.com/pastilleantivirus/ pour prendre vos médicaments (albums lus, albums à lire, parmi lesquels le confinement animal dans Tous aux abris ! et activités autour des livres).

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Du côté des bibliothèques : vous pouvez consulter Gallicadabra, la bibliothèque numérique pour les enfants créée par la Bibliothèque nationale de France. Il s’agit d’une application qui propose notamment une sélection d’une cinquantaine de classiques de la littérature pour la jeunesse, lus par des comédiens et relevant de genres comme les contes, fables, comptines, abécédaires. La BBthèque vous invite aussi à penser à consulter le site web de votre bibliothèque municipale, qui pourrait bien vous proposer des ressources jeunesse en ligne de grande qualité pendant ce confinement généralisé !

Les librairies ne sont pas en reste : pourquoi ne pas vous rapprocher de votre libraire préféré par mail ou via son site web, sa page facebook, ou autre moyen de communication numérique ? Il ou elle a sûrement des coups de cœur à partager avec vous… Mettons-nous en appétit pour lire de nouveaux livres à la fin du confinement !

*** La BBthèque vous souhaite d’excellentes lectures confinées… et partagées ! ***

 

 

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Petits explorateurs

La BBthèque emboîte le pas des bébés explorateurs et lecteurs à la fois, en chroniquant ici plusieurs livres, accessibles dès la petite enfance, qui disent la découverte du monde… et de soi :

attends-moi !

de Claire Garralon

Il était une fois un petit poisson rouge et un plus grand : sa maman. La maman dit au petit : « allez, on va faire un tour, suis-moi ! » Le petit peine à suivre sa maman : « Maman, attends-moi », tant et si bien que la panique semble le gagner quand sa maman devient hors de portée… de vue. Il cherche et appelle sa maman en pleurant, avant de retrouver le sourire en s’apercevant que sa maman est juste devant lui.

Ils ne pouvaient en effet être loin de l’autre, nous disent les illustrations qui jusqu’alors nous laissaient penser que les poissons étaient dans une grande étendue d’eau, à l’image vraisemblablement du ressenti du jeune enfant : en fait, ils vivent dans un bocal… à poissons rouges, ce dont la maman est parfaitement au courant ! Un bocal… tout rond.

Coucou… caché ! C’est reparti pour un tour, en relisant depuis le début cet album tout cartonné qui dit tout à la fois les séparations et les premières explorations ?

Vole, petit oiseau !

d’Emma Robert et Romain Lubière

C’est l’histoire d’un oiseau qui, à peine sorti du nid, effectue son premier envol :

Vole, petit oiseau, tu as tant de choses à découvrir…

L’album, tout cartonné, suit le vol de l’oiseau, et le bébé lecteur découvre ainsi le monde tel que le parcourt l’animal voyageur dans les airs : les champs colorés, les montagnes poilues, les forêts, les déserts, la banquise, les mers et océans, les savanes arides, les villes… et leurs habitants : vaches, chameaux, ours polaires, antilopes, humains, etc.

Un tour du monde à hauteur d’oiseau, qui initie les tout-petits à la géographie.

Mouha

de Claude Ponti

Mouha, c’est l’histoire d’un.e jeune enfant (toi ? moi !) qui se nomme Mouha. Mouha vit dans un arbre-maison dans les hauteurs. Tout de jaune vêtue comme en bébé-pyjama, et un peu très décoiffée, Mouha est très curieuse de descendre pour voir le monde en bas :

Je suis sûre qu’en bas de l’arbre maison, sur le sol de par terre, où je ne suis jamais allée, il y a plein de choses inconnues que je n’ai jamais vues, des animaux et des personnes inconnues, belles et intéressantes, plein d’occasions belles et intéressantes, plein de plantes belles et intéressantes, plein de bruits, de couleurs, d’odeurs, d’aventures belles et intéressantes ».

Et hop ! Elle se laisse tomber et son voyage commence. Elle trouve un oisillon tombé du nid itou également, qu’elle prend pour compagnon. Elle croise le chemin de Blaise, le poussin masqué, qui lui délivre un message très important :

Ici, sur le sol de par terre, ce qui a l’air vrai ne l’est pas toujours, et ce qui a l’air méchant ou gentil, ne l’est pas toujours non plus.

Certaines personnes, parfois venues de loin, ou d’ailleurs, seront là à temps et au bon moment.

Ce qui est important, c’est que tu es importante.

A part ça, j’aime ta coiffure.

Elle poursuit sa route avec un drôle d’engin, le Bourlingue-Œil. Après avoir vu les arbres, elle découvre les pierres, et de nouveaux animaux. Certains d’entre eux sont des alliés, d’autres non. Il faut être très beaucoup malin pour passer son chemin quand on tombe sur quelqu’un ou quelqu’une qui, comme dans la mythologie, te pose une énigme pour statuer sur ton destin. Chemin faisant, Mouha aiguise sa motricité, mais aussi son sens de l’observation et son esprit logique, sa géométrie (voyage au pays des cubes) et sa créativité (peindre des coccinelles pour les sortir du doute d’être des coccinelles si elles ne sont pas rouges)

L’album, en papier, dans un format paysage, se donne à lire à travers une succession d’images (trois par page), de séquences, telle une histoire à dérouler, un peu comme dans une bande dessinée. La toute jeune lectrice, le tout jeune lecteur, y apprend à grandir en observant, en écoutant, en pensant, en jouant, en faisant, seul, et avec, ou parfois contre, autrui. Un récit initiatique entre réalisme et fiction, avec des mots d’enfants qui disent leur propre expérience de ce grand monde dans lequel ils font leurs premiers pas.

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Dessine-moi une forme ou une idée

S’il-te-plaît dessine-moi… une forme, qui fait des trucs.

S’il-te plaît dessine-moi… mon humeur, mes idées.

La BBthèque vous présente aujourd’hui deux albums qui illustrent et racontent la constitution de desseins par le dessin lui-même en construction. Des livres combinant éveil artistique et éveil des tout-petits à d’autres notions variées telles que les formes, mais aussi les actions et les émotions :

O

de Lucie Phan

Lucie Phan, dont vous avez peut-être pu déjà découvrir le fantastique Croc croque (non ? séance de rattrapage ici), sort un nouvel album, tout cartonné et format carré, s’adressant à nouveau aux tout-petits en jouant avec les lettres, les couleurs et les formes, 100% à hauteur des bébés lecteurs.

Au commencement c’est l’histoire de O, un cercle rouge donc… qui roule : deux coups de crayon noir et le voilà dévalant une pente… et cogner à la double page suivante le deuxième protagoniste qui n’est autre qu’un carré bleu. BOum. C’est une première rencontre, l’auteur-illustrateur-démiurge donne aux deux formes des yeux pour leur permettre de (se) voir, mais aussi de quoi évoluer et grandir chacun côte à côte en bonne entente : elle leur dessine ainsi des jambes, pour marcher, grimper… tomber ! Continue d’explorer la motricité en leur donnant des bras, créé leur capacité d’écoute en leur attribuant des oreilles et leur confère pour finir une bouche qui leur permettra tant de parler que de manger. En quatrième couverture, surprise, le duo de formes rond rouge & carré bleu élargit son univers en rencontrant un troisième personnage, un triangle… jaune !

A partir d’éléments de géométrie simple et en utilisant les couleurs primaires, Lucie Phan dessine, dans ce court et compact album au graphisme ludique et dynamique, un monde évolutif, qui prend littéralement corps au fur et à mesure de la lecture… et illustre à merveille le développement des tout-petits.

mes idées noires

de Leticia Rose

Lumière à présent sur un premier documentaire qui relève haut la main un pari difficile : dessiner des émotions, en déployant un graphisme de haut vol fondé sur un travail autour de la couleur. Le noir et blanc pour commencer, puis les couleurs, beaucoup de couleurs, une fois les idées noires apprivoisées… et dépassées.

quand je n’ai pas le moral,

dans ma tête se faufilent mes idées noires,

ces mauvaises pensées qu’on laisse venir et qui s’installent quand on se sent mal

dit le texte, jaune sur fond noir (le jaune dit déjà la lumière dans la nuit, une lueur d’espoir que la suite du récit matérialisera), sur la page de gauche, tandis que sur la page de droite, 6 à 9 toutes petites spirales noires crayonnées sur fonds blanc illustrent ces idées émergentes, qui vont prendre une place grandissante. Les pages suivantes décrivent par les mots et par l’image ce que ces idées, spirales noires croissantes jusqu’à remplir la double page de noir, opèrent chez le narrateur : elles apportent tristesse, découragement, fatigue, elles peuvent oppresser aussi, occuper tout l’esprit.

Quand réapparaît la couleur : le narrateur commence à nouveau à voir le verre non plus à moitié vide, mais à moitié plein, en se mettant à penser aux idées joyeuses. Celles que ses idées noires aurait comme emprisonné (et l’illustration de montrer des billes de couleurs derrière des barreaux noirs, sur fond blanc) ou noyé (et l’illustration de mettre en scène les billes multicolores au fond d’une mer noire). Si les idées noires fourmillent, les idées colorées jaillissent du cœur et montent jusqu’au cerveau, pour irradier à nouveau le corps et l’esprit. « C’est un peu comme si elles coloriait mes idées noires » dit le texte, quand l’illustration montre des dessins de spirales noires sur lesquelles on aurait redessiné avec des crayons de couleur. « Ou comme si mes idées noires étaient mangées par mes idées joyeuses » : le graphisme s’inspire alors du jeu pacman avec des ronds colorés de taille moyenne et gueule ouverte mangeant des cercles noirs devenus petits. La guerre est déclarée, reste à choisir son camp, et, puisque le travail est déjà bien entamé, se concentrer sur ces bulles colorées et joyeuses et les imaginer grandir, grandir et occuper tout l’écran de ses pensées.

En une trentaine de pages, le tout jeune lecteur vit, grâce à la démarche artistique adoptée, une expérience de lecture, à la fois distanciée et immersive, de ces émotions universelles (tristesse / gaieté ; malheur / bonheur…) qui traversent tout un chacun et qu’il est essentiel de connaître pour pouvoir les gérer. Ici, c’est le dessin, esthétique et didactique, qui donne corps aux idées et permet de les maîtriser. Un livre-clé, qui donne de nouvelles idées : pourquoi ne pas inviter les jeunes enfants à dessiner eux aussi leurs ressentis ?