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Quand j’étais dans ton ventre

Lumière sur un livre rond tout rond, signé Sophie Furlaud, Samir Senoussi et Vincent Bourgeau aux éditions Gallimard Jeunesse, collection « mes tout premiers livres » :

Quand j’étais dans ton ventre

Cet album tout cartonné dit dans la forme comme dans le fond la formation du tout-petit dans le ventre de sa maman… énoncé tout en questions par l’enfant devenu un peu plus grand :

quand j etais dans ton ventre furlaud senoussi bourgeau.jpg

Dès la page de couverture, le ton est donné : ce premier documentaire est fait pour dialoguer avec les bébés au sujet de leur genèse… avec un des meilleurs outils du monde, un ton humoristique bien assumé ! Les questions qu’un petit bout pourrait se poser rétrospectivement en se projetant de nouveau dans ce passé prénatal :

comment je faisais pour voir dans le noir ?

comment je faisais pour respirer ?

et quand j’avais une grosse envie ?

et quand j’avais faim ? 

et quand je m’ennuyais ?

Monologue du jeune enfant, de double en page en double page, puis la maman prend le relais et fournit à l’enfant une tierce réponse à ses questions : tu grandissais mon enfant ; ce propos, illustré en images, montre le bébé occupant de plus en plus de place dans le rondeur du ventre, dans le rond de l’image, jusqu’à ce que le futur bébé pousse la porte, tout simplement, pour être mis au monde. Le visage rond du bébé apparaît alors sur la forme comme sur le fond : le rond se fait ainsi visage, avant d’épouser la rondeur du nouveau-né en corps-à-corps avec sa maman.

Un livre-caresse, mais aussi un livre marrant pour parler, entre mamans et enfants, de ce qu’ils ont été un jour, avant de voir le jour…

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A toi de choisir…

Livre-jeu un jour, livre-jeu toujours ! Nous parlons aujourd’hui dans la BBthèque de Mes petits moments choisis, d’Ella Charbon aux éditions L’école des loisirs, un joli petit album tout cartonné qui décline un concept qui fonctionne fort bien auprès des petits bambins : 1 image, 2 volets, 3 possibilités…

Ce livre, format paysage, invite le bébé lecteur, par un système de rabats, à agencer l’image et découvrir une lecture à plusieurs niveaux des illustrations proposées, selon ses petites manipulations, et, au-delà, à faire un choix… voire opter pour les deux solutions proposées si c’est ce qu’il préfère, bref s’affirmer et gagner en autonomie.

A ma gauche, une question avec deux propositions alternatives qui correspondent toujours à deux verbes : « Goûter ou jardiner ? », « Etre un petit cochon ou être le loup ? », etc. A ma droite, une illustration en deux volets qu’on peut ouvrir, pour découvrir… une toute nouvelle scène mêlant les deux options ! En refermant au contraire un volet et en ouvrant l’autre, on distingue les spectacles de la première action et de la seconde.

Avec en fil rouge, un seul et unique narrateur et auteur de toutes ces actions du quotidien : un ours blanc, souriant et bon vivant, qu’on suit, effet-miroir, dans tous les moments-clés d’une journée. En bref, un tout premier documentaire ludique, tendre et rigolo.

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Boîte à rituels

La BBthèque vous présente aujourd’hui non pas un livre mais un kit plutôt pratique, série de 30 fiches pour aborder les rituels du quotidien en gestes et en musiques, bref par le biais de jeux autour des comptines :

Dans la boîte, on trouve un petit livret d’explications et trente fiches de comptines, réalisées par une psycho-motricienne et formatrice pour la petite enfance, Pascale Pavy, et illustrées tout en douceur par Hélène Chetaud. L’idée est la suivante : une fiche = une comptine = un rituel = un besoin chez le jeune enfant, assorti d’une proposition de réponse (mimée, rythmée, chantée) pour l’accompagner dans ses premiers apprentissages et le guider vers l’autonomie. Le rituel se donne ainsi à lire sous forme de carte plastifiée, support pour l’adulte comme pour l’enfant. Et les cartes sont classées en quatre grandes catégories, facilement repérables grâce à un code couleur :

  • cartes jaunes : début et fin de journées (réveil, séparation, endormissement)
  • cartes bleues : actions quotidiennes (continence, alimentation, sociabilisation)
  • cartes rouges : apprentissage des émotions
  • cartes violettes : calmer les peurs et anxiété

Parmi les comptines, on trouve beaucoup de reprises de chansons classiques pour enfant, dont les textes sont changés pour parler du sujet abordé. Par exemple, « sur le pont d’Avignon » devient « sur le pont de la colère », avec les paroles suivantes :

Sur le pont de la colère, on ne tape pas, on ne tape pas

Sur le pont de la colère, on s’y prend tout autrement

Les petits enfants font comme ça …

[mimer à l’enfant deux respirations profondes pour l’inviter à trouver le calme]

et puis encore comme ça…

[mime bis]

Le concept, ludique et sympa, permet d’aborder dans la joie, la bonne humeur voire la dérision, des questions critiques pour et avec les tout-petits ; il constitue une porte d’entrée pour anticiper ou aborder en légèreté des sujets complexes avec les bébés. L’affaire est d’autant plus drôle à partager avec les enfants quand ces derniers connaissent les versions originales des comptines… ce qui ouvre la voie (et la voix !) au second degré ! Quelques extraits ici (parmi lesquels le pont de la colère, hihihi ^^)…

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Le livre qui se penche sur ton berceau

Jamais deux sans trois : après Le visiteur d’Iching Hung et Tu vas voir de Frédérique Bertrand, voici tout comme d’Henri Meunier, un tout aussi chouette livre de naissance, paru au Rouergue, qui se distingue par sa gaie fantaisie :

Ici, ce sont toutes sortes de fées de France et de Navarre qui viennent se pencher sur le berceau du bébé pas-encore-né ou tout-juste-né et qui lui adressent une tendre prédiction se fondant toujours sur un effet miroir : tu seras tout comme moi, mon fils, ma fille, mon filleul, ma filleule, etc. !

Le ton, résolument ludique, des images comme des mots, plaira aux tout-petits comme aux plus grands, l’écart entre la fée et le bébé, traduit visuellement, étant proprement hilarant :

« Oouh oouh ! » dit le loup, tu auras de l’appétit et tu auras bon goût, comme moi

[à ma gauche, un loup avec fourchette et couteau ; à ma droite, un biberon]

« Grooar », dit le lion, tu auras des rêves majestueux et tu trôneras, comme moi

[à ma gauche, le roi lion sur son siège ; à ma droite, un pot et du papier toilette]

Cet album traduit avec beaucoup de bienveillance les tout premiers échanges qui ont presque toujours lieu à l’occasion d’une naissance, entre un nouveau-né et ses êtres les plus proches, ce qu’ils lui disent, la part d’eux-mêmes qu’ils ne manquent pas de projeter sur cette toute petite et toute nouvelle personne, tandis que celle-ci entend, perçoit et reçoit ces premiers gestes et mots destinés à elle seule.

Il dit l’amour, mais aussi, fondamentalement, l’humour, dès le premier souffle de vie. Car l’événement met en joie et après le premier cri viendront les sourires et les rires nourris de complicité : l’histoire, qui se dit comme une ritournelle, se donne aussi à voir comme un spectacle, un théâtre pour tout public friand de bons sentiments ET de second degré — quand la base est là, on peut passer ensemble au niveau suivant. Place à la comédie, parodie des visites à la maternité, et entrée, par l’intertextualité, du bébé lecteur en lecture et littérature ! En effet, en fait, dans ce livre, les proches venus rencontrer le bébé ne ressemblent pas tant que ça à des parents, je dirais même plus, quelques-unes des fées réunies rappellent à s’y tromper des personnages tout droit sortis du folklore et patrimoine de la littérature jeunesse : le loup grand dévoreur depuis les temps anciens, le lion indétrônable roi des animaux, la grenouille qui veut qu’on l’embrasse… tant d’avatars issus de notre imaginaire fécond depuis des générations ! Vous reconnaîtrez-vous dans l’un de ces multiples personnages, papa coq, maman poule, maman coq, papa poule et tonton Robert ? Quand l’adulte fait le clown, fait l’enfant, pour accueillir et faire rire son propre enfant !

Bref, un livre-caresse dont le bébé est le héros… tout comme le reste de sa famille, les amis, et puis aussi les livres pour tout-petits… youpi, hohoho, hahaha, tralala et hihihi !

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Maman ?!

Dans la BBthèque, vous avez déjà eu l’occasion de découvrir un pan d’univers de l’illustratrice Elis Wilk quand elle s’adresse à une famille naissante, à des tout-petits grandissant. Aujourd’hui, j’ai le grand plaisir de vous présenter un nouveau titre écrit et illustré par Elis Wilk, aux éditions belges Versant Sud dont c’est la première publication à destination des bébés lecteurs… véritable coup de cœur ici :

maman !? d’elis wilk

Un très jeune enfant, blondinet en pyjama rouge, et au très joli prénom… Zéphyr… dessine, déjà, en toute autonomie, sur une feuille blanche, elle-même posée sur un tapis multicolore dans une pièce où figurent deçà-delà quelques uns de ses jouets et objets du quotidien : son biberon, à l’instant terminé, une peluche, une casquette, une chaise d’enfant, un ballon, un livre…

Tout à coup, Zéphyr dit : maman ?!

oui mon petit chat !

Et c’est ainsi que, le cadre posé, démarre un dialogue et un jeu de représentations tout en amours et imagination : quand Zéphyr appelle sa maman, sa maman lui répond « oui », complète sa réplique d’un mot tout doux le décrivant, et l’illustration l’accompagnant ne représente non pas la maman, mais l’enfant littéralement devenu ce mot tout doux : voici Zéphyr transformé, pour commencer, en petit chat ! Le bébé, encouragé et guidé par la voix maternelle, quitte le tapis et avance lentement à quatre pattes tout en continuant d’héler sa mère, avec un peu plus d’insistance : « maamaan ?! » … « Oui mon petit escargot ! »  Voici Zéphyr métamorphosé en escargot !

De double page en double page, l’enfant progresse dans sa promenade, à quatre pattes puis debout, du tapis à la table en passant par le petit coin, toujours interpellant sa maman, qui, continuellement disponible, lui répond toujours par l’affirmative tout en l’affabulant d’autres noms d’animaux… raccords avec son itinéraire, pour enfin atteindre les jambes de l’interpellée, elle-même en train de dessiner, attablée :

maman !

oui mon bébé d’amour !

Elle le prend dans ses bras, les voici tous deux représentés pour la première fois ensemble, souriants ; l’enfant, qui a conservé quelques traces sur son visage de ses incarnations successives et éphémères, tient le pinceau de la maman entre ses doigts, prêt à lui rendre affectueusement la pareille… quand tout à coup le voilà qui s’écrie, non pas « maman » mais…

caca !

Zéphyr, au terme de son périple, est ainsi devenu un grand, capable de savoir quand il a fait, va faire ou non… caca. Alors la maman ne le dit pas à haute voix, mais dessine, délicatement, un enfant-putois.

OR DONC...

  • Une émouvante et éclatante lecture-promenade sur l’amour filial, centré sur la relation mère-enfant, et réciproquement… au menu, convergence et en même temps différences de point de vue… dépeintes avec autant d’humour que de caresses ;
  • Un accompagnement, sobre et fin, à l’autonomie du jeune enfant ;
  • Une mise en scène, délicate et sans cesse renouvelée, de de la création et de la créativité, de la naissance jusqu’à l’âge adulte, l’une et l’autre se nourrissant mutuellement.

Nota bene : ce livre a été réalisé lors d’une résidence de création à Valuéjols dans le Cantal, avec le soutien du Centre National du Livre, le Conseil Départemental & la Médiathèque Départementale du Cantal ainsi que la municipalité de Valuéjols. Merci à eux aussi pour cette belle initiative.

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Papa pas à pas

Lumière sur un album tendre et lumineux mettant à l’honneur la relation naissante papa-enfant, écrit par Philip Waechter, adapté en français par Bernard Friot et publié chez Milan Jeunesse en 2009 :

Papa pas à pas

papa-pas-a-pas-waechter

– Tu n’as pas l’impression de trouver tous les bébés mignons ?
– Non, seulement le mien. 

Ou comment un père — la mère apparaît quelquefois aussi, mais ici, c’est la figure aimante du père qui est au cœur du propos — fait connaissance avec ce nouveau petit être grandissant qu’est son enfant : la naissance du bébé — et de manière concomitante celle du parent —, le retour à la maison, le rituel du dimanche (lire les journaux), la gestion du mal de ventre, les balades les mauvais jours comme les bons, la relaxation, les casse-croûtes, les premières conversations — « bbbllleuuubbbllleuuu » vs « bbbllleuuubbbllleuuu »…—, la maladie et la guérison, les matchs de foot à la radio, la séquence purée à la betterave ou la sortie chaotique au restaurant, les bébés nageurs, le bac à sable, la sieste à l’ombre de l’arbre…

Succession de scènes de cette nouvelle vie quotidienne, portée par des illustrations épurées et des mots tout simples : pour chaque page, le titre éventuel de la saynète virant parfois au sketch, le dessin la représentant, un dialogue, une description… comme un récit illustré tendant vers la bande dessinée, un peu à la Sempé.

Or donc…

Elle est pas belle la vie ? 

conclut le jeune père en s’adressant à son enfant souriant, déjà un peu plus grand, qu’il prend dans ses bras tout en continuant de marcher, poursuivant pas à pas son devenir de papa.

 

 

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Bouh, c’est dégoûtant ! Ou pas !

Voici deux cochons :

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Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ils sont très différents. L’un, ou plutôt l’une, Patricia, « aime s’étendre de tout son long dans la boue ». L’autre, Edouard, pense « Bouh ! c’est dégoûtant », lui-même préférant « plonger museau en amont dans la boue », ce que, bien évidemment Patricia trouve tout aussi « dégoûtant ».

L’album Bouh ! c’est dégoûtant, signé Megan Rose Wall (textes et illustrations à la peinture à l’eau) chez Hélium, met ainsi en scène, de page en page, deux façons d’être mais aussi deux regards portés sur l’autre par chacun de ces jeunes et fougueux cochons, qui semblent n’être d’accord sur rien… sauf, au final, l’essentiel : leur amour de la boue qui fonde leur amitié !

Jusqu’à ce qu’un troisième larron, sans doute plus adepte de la propreté, s’en mêle, et pense en les regardant : « Bouh, c’est DEGOUTANT ! »

Un album rigolo à lire avec les jeunes lecteurs, qui s’amuseront à trouver également dégoûtant cet amour de la boue quelle que soit la forme qu’il prend, et liront entre les lignes l’apprentissage de la singularité individuelle, des échanges et partages dans une communauté, allant du respect d’autrui à l’amitié.

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PS : l’éditeur, Hélium, n’ayant pas encore publié d’images de ce livre, les illustrations de cet article sont empruntées du tumblr de l’auteur, anglophone : http://meganroseillustration.tumblr.com