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Un crocodile à la plage

Place aujourd’hui à un album qui sent bon l’été et les vacances au bord de l’eau :

Nageur comme fossile

de Natacha Andriamirado et Delphine Renon

En format paysage, portée par des illustrations pastel tendres, ludiques et d’une précision rare, voici l’histoire d’un fréquentant hors norme à la plage : ce crocodile, Fossile, qui, si, si, avec bonhomie et bienveillance, dans le sable et avec ses autres compagnons de jeux & bronzage prend racine. De toute sa longueur, et sans se départir, ni de ses lunettes, ni de ses tongs, ni de ses serviettes, il occupe le terrain sans mettre dans l’eau ni les pieds, ni les mains, ni rien. Lui, c’est le gardien. Le conseiller. Il est bien entouré, les auteurs de l’album nous ont présenté ses vingt-quatre amis dès la première double page : Gramme l’hippopotame, Clapin le lapin, Dandelion le lion… Avec un sourire sage, calme et (en apparence ?) tranquille, il les observe, les guide, les encourage à jouer, nager, s’amuser avec l’eau…

Mais son sourire se fend progressivement, jusqu’à ce que Fossile montre des dents… de peur s’entrechoquant : scoop !

Fossile a peur

d’aller dans l’eau.

Heureusement, Fossile a des amis… et sait les écouter :

Impossible !

Les crocodiles n’ont peur de rien !

Encore moins de l’eau !

Fossile, ne soit pas si inquiet […] Allez viens !

Crois-nous, ce n’est pas la mer à boire.

Ragaillardi, le voici qui plonge à son tour & à grand fracas, SPLASSSHHH ! dans l’eau, ouvrant une gueule béante pour dévoiler maintenant un sourire franc (son ami le poussin en profite d’ailleurs pour lui brosser une dent) ! Voilà, en toute simplicité, sa peur apprivoisée, et désormais, Fossile le crocodile aime beaucoup lézarder sur le sable ET nager dans l’eau.

Un livre très sympa, qui invite par ailleurs les jeunes lecteurs à nommer les animaux, à les compter grâce à un joli et discret système de points de couleurs et à repérer certaines des sempiternelles activités qui font tout le charme d’une journée à la plage : jeux d’anneau, jeux de balle, épuisette et coquillages.

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Mini & Mahousse, Mahousse & Mini

Un album ingénieux aujourd’hui dans la BBthèque, livre deux-en-un co-signé Jean Leroy (texte) et Giulia Bruel (illustrations) à l’Ecole des loisirs, dans la collection Loulou & cie qui vient donc s’enrichir de deux nouvelles recrues : mon ami Mahousse (titre du livre) et mon ami Mini :

mon-ami-mahousse-jean-leroy

En mode recto, lumière sur… l’ami Mahousse, et pas n’importe quel AMI : MON ami, l’ami de Mini, celui qui est MAHOUSSE… Mahousse, non pas comme la souris, mais comme l’imposant éléphant. Et l’ami de l’éléphant, moi donc, aka le narrateur de ce versant de l’histoire, je suis… un tout petit singe, je m’appelle Mini. 

En mode verso donc, lumière sur… l’ami Mini, et pas n’importe quel AMI : MON ami, l’ami de Mahousse, celui qui est MINI !

mon-ami-mini-jean-leroy

Comment se li(sen)t ce(s) livre(s) ? Le bébé lecteur suit d’abord le point de vue de Mini, dressant le portrait de ce en quoi Mahousse est son ami, puis le remerciant de tout ce qu’il fait au quotidien et en continu pour lui, et lui souhaitant une bonne nuit. Arrivé à la moitié du livre, c’en est fini du point de vue de Mini ! Le bébé lecteur est invité à retourner le livre tout cartonné et à prendre la fin comme début, afin d’adopter désormais le point de vue de Mahousse sur son ami Mini : les mots décrivant leur amitié sont identiques à la lettre près, seules les illustrations apportent quelques nuances du fait de la singularité de chaque ami. Ou alors, pourquoi pas lire le livre dans l’autre sens, parce qu’en fait, ce qui est chouette, c’est qu’ici ça revient strictement au même !

Le tout forme une très belle histoire sur l’amitié entre deux êtres différents reposant sur des principes sains et vitaux d’échanges, de partages, de vivre ensemble-et-en-commun, mais aussi de complémentarité et de réciprocité. Car chacun à sa façon :

  • protège l’autre de la pluie
  • lui joue de la musique
  • lui apporte son goûter
  • l’aide à faire sa toilette
  • lui lit une histoire pour s’endormir !

Et au-delà, l’illustration d’un rapport à l’autre… fondamentalement universel, La Fontaine ne nous contredira pas : les touts-petits sont certes portés par l’amour des grands qui les élèvent, mais en tant que grand, on a aussi souvent…, toujours…, besoin d’un plus petit que soi.

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À l’eau !

Pour se rafraîchir l’été, ou accompagner les bains quotidiens tout au long de l’année, voici une sélection de livres de bain pour jouer dans l’eau et, top du top, avec l’eau :

Éclabousse-moi ! de Sophie Ledesma

(De la Martinière jeunesse)

Un livre de bain à éclabousser !!! L’idée est top : le bébé lecteur et nageur dispose d’un gadget, un petit éléphant-arrosoir, à remplir d’eau pour arroser les personnages animaux qu’il rencontre en tournant les pages ! Le caméléon, sur la langue, pour lui donner à boire ; une petite douche pour la vache, lavage de crinière pour le roi des animaux, bateau sur l’eau à bord de la carapace de la tortue, et pour finir, le plus marrant après avoir ré-hydrater la compagnie : s’auto-éclabousser… de la tête aux pieds !!!

Le livre de bain de fifi par Fifi Mandirac

(Gallimard jeunesse)

Un livre de bain dans une veine design qui constitue un imagier coloré et mignon comme tout sur les jeux d’eau : « pâtés de sable, jeux de balle, haut les voiles, vive les vagues, gouttes dans le ciel et bulles dans l’eau »… le tout se lisant comme un comptine à chanter dans l’eau !

Aujourd’hui je suis… de Mies Van Hout

(minedition)

Nager comme un poisson dans l’eau tout en se lançant dans la pêche aux émotions : un livre fabuleux déjà chroniqué ici !

Anatole le poisson et Berthe la baleine de Géraldine Cosneau

(Nathan jeunesse)

Une paire de tout petits livres de bain sonores dont les animaux marins sont les facétieux héros : deux albums aquatiques simples et rigolos déjà chroniqués !

 

 

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Aujourd’hui je suis…

Les petits poissons… dans l’eau… nagent… nagent… nagent… mais c’est une couverture !! Selon Mies Van Hout, ils pensent aussi… donc ils sont !! Dans Aujourd’hui je suis… cette artiste hollandaise met en images et en scène des poissons exceptionnels, dessinés à la craie et aux pastels.

aujourd hui je suis mies van hout

En quoi se distinguent-ils des autres poissons dans l’océan ? En ce qu’ils sont… animés d’émotions et d’intentions ! Ces êtres maritimes de fiction ont parfois même des traits de caractère… en voici un curieux, un nerveux, un autre timide; un furieux ! un content… un jaloux, un heureux mais aussi un autre en colère… ! Pour une virée dans ce drôle d’aquarium, je vous invite à feuilleter ces quelques extraits en ligne, avant de vous procurer cet album-documentaire qui ne peut laisser personne indifférent… !

En bref, un imagier des humeurs original, portée par une belle inspiration doublée d’une prouesse graphique, proposant au bébé lecteur de se jeter à l’eau pour la pêche aux sentiments & émotions ! Et… last but not least… ce livre hautement recommandable existe sous forme cartonnée… mais aussi sous forme de livre de bain… pour permettre aux bébés de nager en plein bonheur… ou dans une autre humeur… tout dépend du moment.

aujourd hui je suis mies van hout livre de bain

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Vu d’en haut

Beaucoup de livres pour tout-petits se mettent à hauteur d’enfant pour décrire leur environnement. L’album que je vous présente aujourd’hui non seulement se met à hauteur d’enfants… mais les embarque également dans un voyage visuel inédit des plus palpitants : dans Vu d’en haut de Marie Poirier, édité chez les Grandes Personnes, voici le bébé lecteur monté d’un cran ; le voilà presque devenu, par le fruit d’une drôle de magie fondée sur l’élévation & la lévitation, plus grand que les grands, tant il a pris de hauteur pour pouvoir observer le monde depuis là-haut, tout là-haut !

vu-d-en-haut-marie-poirierUn album tout cartonné, facile à manier, et dont les bords arrondis rejouent la forme circulaire de la couverture comme du propos tout en plénitude et rondeur.

Un livre jaune comme le soleil et le sable, bleu comme l’eau de la piscine, rouge comme les toits des maisons, les chapeaux de ces enfants & les pommes, et vert comme les feuilles, les arbres ou encore d’autres chapeaux. Une palette de couleurs sobre, efficace et chaleureuse pour situer la saison dans lequel cette aventure s’inscrit : un été chaud, où il faut beau et bon se plonger dans l’eau !

Or donc quel est ce récit, vu d’en haut ? D’abord, une vue panoramique offre aux regards le village, ses axes routes et habitations. Puis l’on amorce une descente : zoom sur une propriété : maison, arbres fruitiers, piscine, table, parasol… et deux personnes à vélo portant des chapeaux. Suivons ces deux personnages à travers les feuillages… leurs bicyclettes les ont menés au bac à sable, où ils vont pouvoir jouer : tamis, pelle, râteau, sans oublier, hop, le ballon ! Un moment de fatigue ? A la sieste ! Une petite faim ? Ne serait-ce pas un plateau repas que cette grande personne apporte ? Miam, bon appétit… et maintenant, à l’eau !! Grâce aux bouées, flottons, légers, dans la piscine et dessinons des cercles dans l’eau ; grâce aux bouées, nageons… mais, mais, mais, ce farceur de chat a rapproché l’arrosoir et voici que le bain se transforme en douche ! Allez ouste, c’est l’heure de se sécher au soleil et de montrer nos jolis visages à celle ou celui qui nous regarde d’en haut, qu’on salue au bien au passage ! Et c’est reparti pour un tour à vélo et à pied, pour explorer la forêt… et le ciel… !

Aucun texte, sinon sur la quatrième de couverture que l’on découvre a posteriori lorsque l’on referme le livre : ici, le bébé lecteur est invité à rentrer dans le récit par les images. L’occasion pour lui de se raconter sa propre histoire… en interprétant et réinterprétant à sa manière ces illustrations, au gré de ses différentes lectures — à l’instar de la proposition de lecture que je viens de vous faire, et qui m’est propre et éphémère. Quelles seront les vôtres, les leurs, les siennes ?

En bref…

  • Une vue aérienne d’un monde vivant, tout en ronds et en couleurs, évoquant des vacances heureuses… parenthèse ludique et insouciante, qui permet aux jeunes esprits de s’évader d’un quotidien terre-à-terre, lever le pied pour aérer leurs pensées & renouveler leurs regards !
  • Une démarche originale et bienvenue pour inviter le jeune enfant à voir le monde autrement : élargir ses points de vue et continuer d’éveiller son sens de l’observation.
  • Sans compter qu’on s’amuse beaucoup, en tant que lecteur « perché » et un brin « voyeur », à deviner qui fait quoi, qui est qui, et qu’est-ce qu’il se passe ici et là !

Pour vous aider à trouver ce livre lumineux en bibliothèque ou librairie, en voici les références complètes :

Vu d’en haut [Texte imprimé] / Marie Poirier. – Paris : Ed. des Grandes Personnes, 2016. – 1 vol. (38 p.) ; illustrations en couleur ; 16 x 16 cm.
ISBN  978-2-36193-423-1 : 12 EUR

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Les haïkus des tout-petits

Connaissez-vous les haïkus, cette forme poétique brève et fulgurante inventée au pays du soleil levant ? Essence du poème disant, que dis-je, fêtant, l’évanescence des éléments ! Pourquoi vous en parler aujourd’hui ? Parce qu’Alain Serres et Judith Gueyfier, avec la complicité et le soutien des éditions Rue du Monde, ont l’idée géniale de créer une série de ces minis concentrés de poèmes pour ces minis concentrés de lecteurs que sont les bébés lecteurs, pour qui tout n’est encore qu’évanescence : éternel présent fugace, poésie de l’instant et poème traversant tout/s le(s) temps !

les-haïkus-des-tout-petits-alain-serres

Les haïkus des tout-petits : une lecture de mots — signés Alain Serres, qui s’inspire de la forme poétique japonaise tout en la distanciant pour son plaisir… et le nôtre — et d’images — illustrations de Judith Gueyfier —, tendre et relevée, posant un regard interrogateur sur le monde et l’environnement du bébé. Cet ouvrage carré tout cartonné, facile à manipuler, détaille, en autant de tableaux qu’il y a de moments dans la journée du petit enfant, les émotions, étonnements et ravissements qui font le quotidien du tout petit et pourtant si grand poète : les haïkus du soleil ouvrent le bal, suivis des haïkus du verre, du savon aux fleurs, du pull rouge, des jouets rouges, de l’heure du repas, de la sieste, du parc, de la pomme, de l’eau, de l’assiette du soir, du livre, de la lune, de la lumière du soir et enfin du silence. Puis on referme le livre, pour l’ouvrir, un jour prochain, au chapitre de son choix.

Une poésie fine, profonde et largement abordable, fondamentalement destinée aux enfants de moins de 3 ans & à leur entourage adulte.


the-light-bulb-363064_640Pour vous aider à retrouver cette anthologie en médiathèque ou librairie, en voici les références complètes :

Les haïkus des tout-petits  [Texte imprimé] / Alain Serres ; illustrations Judith Gueyfier. – Paris : Rue du monde, 2016. – 1 vol. (68 p.) ; illustrations en couleur ; 16 x 16 cm.
ISBN 978-2-35504-410-6 : 16 EUR

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De l’art de partager

La philosophie & l’éducation civique pour les tout-petits : pari complètement réussi avec C’est ma mare ! un livre à la fois mignon, drôle, intelligent et profond, signé Claire Garralon aux éditions MeMo en ce début d’année.

c est ma mare claire garralon

Voici un canard…

Oh ! quelle jolie mare !

C’est ma mare !

Arrive un canard blanc…

Oh ! Quelle jolie mare !

C’est ma mare !

Non, c’est la mienne ! 

répond le canard jaune.

Le canard blanc réfléchit.

On n’a qu’à la partager en 2 ?

D’accord !

Petit à petit, des canards de toutes les couleurs pataugent chacun dans leur coin (coin) sur une mare partagée en parts égales : le meilleur des mondes !?

MAIS voilà qu’un canard noir se présente au bord de la mare … Tandis que la communauté palmipède résidente lui exprime son souci de ne plus vouloir/pouvoir partager davantage, le petit dernier rétorque qu’il souhaite seulement nager tout en s’amusant… en bonne compagnie ! Et hop revoilà la notion de partage revue et corrigée : à l’invitation du nouveau venu, les frontières factices des espaces individuels tombent, pour faire place à un espace d’échanges, une aire de jeu où les uns discutent, se rencontrent, se bécotent, presque, quand d’autres se suivent, vont leur bonhomme de chemin, font un tour sur la terre ferme ou piquent une tête dans l’eau ! La mare s’anime et s’emplit de vie.

QUAND survient… un (énorme) hippopotame qui, par son poids, par sa taille, en impose tant aux canards… que tous se barrent ! Tandis que notre nouvel ami (ou ennemi ?) savoure son bain tranquillou pépère dans SA mare, un autre concurrent s’approche… car, le saviez-vous ? il y a d’autres hippopotames, et chacun d’entre eux aspire aussi à nager dans SA mare… Mais quand les occupants de la mare changent d’échelle sans la mare… il y a peu d’espoir de reproduire l’histoire des canards !

Le récit, fondé sur des répétitions et des écarts, maniant le suspens à la perfection, et servi par des dessins stylés, sobres, ronds et colorés (comment ne pas reconnaître dans la représentation des canards les jouets de bain bien-aimés de nos bambins), s’appuie sur un vocabulaire et une syntaxe simples, clairs et directs, à même de parler à tout âge…. et d’amener les plus jeunes à la réflexion.


the-light-bulb-363064_640Pour vous aider à trouver ce trésor en librairie ou en bibliothèque, en voici les références complètes :

C’est ma mare [Texte imprimé] / Claire Garralon. – Nantes : MeMo, 2016. – 1 vol. (30 p.) : ill. en coul., couv. ill. en coul. ; 23 cm.
ISBN 978-2-35289-280-9 : 13 EUR