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Ainsi fait la pluie

La pluie et les tout-petits… toute une histoire, que Heyna Bé et Baptistine Mésange, aux éditions Dyozol, ont la bonne idée de mettre en mots, sons et images dans un charmant album tout cartonné, intitulé Ainsi fait la pluie :

Voici venue la pluie

qui bientôt aura tout mouillé.

Elle tombe et éclabousse

en faisant de drôles de bruits.

Et les drôles de bruits d’être lus, d’être écrits : tac tic tocclap clip clop, flap flip flop, plac plic ploc, tap tip top, clac clic cloc, flac flic floc ! Chaque double page s’ouvre sur une de ces sonorités évoquant la pluie quand… les gouttes tombent sur le toit d’une maison, sur un parapluie, sur une main de tout-petit, sur des bottes de pluie, sur l’escargot, le grain de blé ou encore le caillou blanc.

Une poésie ou récit qui dit, et chante, le trajet et les effets de ces gouttes d’eau, que l’enfant, habillé comme un jour de pluie, des bottes au parapluie, observe, avec ses yeux, ses oreilles et ses mains… au plus près… de haut en bas, puis au sol quand l’eau l’atteint : la rencontre d’un bébé, ravi, avec ce phénomène naturel qu’est la pluie ; avec un arc-en-ciel en lieu et place du mot « fin » !

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Naître et devenir

Lumière aujourd’hui sur deux beaux, très beaux livres de naissance, l’un et l’autre prouesses graphiques, donc visuelles, au service de récits initiatiques :

Le premier, Le visiteur, est un album muet illustré par Iching Hung aux éditions HongFei Cultures, réalisé avec du papier argenté, de l’aquarelle et de la peinture acrylique. L’auteur, originaire de Taipei et héritière de l’art traditionnel de décoration des temples et spectacles de plein air mêlant toutes sortes d’êtres mythologiques, imaginaires, propose, dans ce livre originel et original, une aussi douce qu’incroyable épopée. Dès les premières planches, un drôle d’être, petit, surpris, radieux, éclot d’une non moins étrange masse sombre, c’est le visiteur sans doute, qui est-il, où est-il, où va-t-il ? Il visite, vadrouille d’un environnement à un autre, de matières en matières, une couleur après l’autre, que de découvertes, parcours dans le temps et l’espace, avant de se retrouver, un peu plus grandi, face à tous les éléments qu’il a croisés enfin réunis, et vus d’un peu plus loin… Métaphore de la gestation ? La visitée serait-elle la maman ? Quelques extraits ici !

Le second, Tu vas voir, est un album peu bavard qui se fonde sur des jeux de regard : signé Frédérique Bertrand aux éditions du Rouergue, il s’adresse au jeune lecteur à la deuxième personne, en lui demandant, d’emblée, d’ouvrir grand ses yeux ; et de fait, c’est un livre qui s’amuse à mettre en scène une paire d’yeux, et ce que cette paire d’yeux est amenée à voir. Une histoire qui parle, au présent, de l’avenir qui s’ouvre et s’offre à l’enfant naissant, avec force humour, tendresse, jeux d’images et de mots.

ouvre grand tes yeux [paire d’yeux]

tu vas voir [paire d’yeux étonnés]

on ne marche pas toujours à quatre pattes, on peut aussi voyager comme ça [image d’un œil compris dans un bateau naviguant sur l’eau sur la page de gauche], ou comme ça [image d’un œil compris dans un bateau et marchant sur le sable, page de droite],

c’est à toi de voir…

Chaque séquence est annoncée, telle une ritournelle, par l’affectueuse et espiègle affirmation « Tu vas voir », pour accompagner ensuite le petit dans ses premiers pas, ses premières fois, et puis ceux et celles qui suivent, aussi.

tu vas voir

il y a des musiques qui nous enchantent, d’autres que ne nous parlent pas

et d’autres que tu inventeras… « Ah, tu verras tu verras !… »

Dans cet ouvrage créé avec le concours du département de l’Ardèche et offert dans ce département à tous les enfants nés en 2018 et 2019 (quelle chance !), de double page en double page, la paire d’yeux est toujours là, seule d’abord, ou presque, on devine l’objet du regard, puis la page suivante son champ de vision l’entoure littéralement, voire la grignote à défaut de la dévorer des yeux ! Une lecture complice entre l’adulte et l’enfant, qui dit les apprentissages dans le temps, mais aussi la liberté, la curiosité, les choix, l’envie et la joie de vivre, fondamentalement.

A lire, au moins une fois, et à relire, au moins cent fois !

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Le rendez-vous de Monsieur Chat

D’ordinaire, les albums mettent en scène des histoires vues de face ou de profil. Rarement d’en bas, rarement d’en haut, jamais de dos. C’est là qu’arrive Marie Poirier, éditée chez les Grandes Personnes : après son formidable Vu d’en haut, la voici qui s’attelle à un très joli récit, tout aussi muet, et vu de dos s’il-vous-plaît, le combo qu’il fallait pour narrer le rendez-vous de Monsieur Chat.

La technique utilisée est la même que dans Vu d’en haut : la linogravure, au service d’un univers graphique où domine le bleu des jours d’été. Tout au long de cette histoire, nous voyons, en fait, avec les yeux d’un chat, Monsieur Chat.

Un chat d’appartement, vraisemblablement, dont dès le départ le regard va loin, épouse le lointain, même s’il voit aussi tout ce qui est plus proche de lui, et le bébé lecteur avec lui : cette femme qui joue du piano, cette petite fille qui prend son chapeau. La petite fille sort, le chat lui emboîte le pas.

Une balade en ville côtière, parmi les rues puis les herbes des jardins où le chat joue à chat avec l’oiseau, qui vole également vers un autre horizon. La fillette s’assoit sur le sable et salue une amie qui arrive par bateau. Le chat, quant à lui, sympathise avec un autre chat. Tandis que le soleil se couche et que les demoiselles papotent, Monsieur le Chat, lui, monte à bord du voilier pour prolonger son périple, accompagné de son nouveau compagnon à moustaches.

Poétique et artistique, cet album tout cartonné, en format paysage, constitue une invitation à la contemplation et au voyage pour les bébés lecteurs, observateurs et rêveurs en herbe, qui aiment aussi regarder devant, d’abord tout près et puis plus loin, là-bas, tout là-bas.

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Cache-cache-caméléon

Avez-vous déjà joué à cache-cache avec un caméléon ? Après la lecture de cet article, vous ne pourrez plus dire non ! Car aujourd’hui je vous présente un drôle d’album intitulé Caméléon, signé Jean Gourounas aux éditions L’atelier du poisson soluble… Tout un programme… haut en couleurs :

Au début, on le voit tout entier, mon caméléon, avec toutes ses couleurs : sa tête bleue, ses yeux blanc, son ventre rouge, sa queue jaune, ses pattes vertes. Oui, on le voit dans son intégralité, perché sur sa branche d’arbre grise elle même dessinée sur un fond noir de chez noir. Et comme on le voit même drôlement bien, c’est l’occasion ou jamais pour l’auteur de nous le présenter :

Là, c’est mon caméléon.

Regarde comme il est joli.

Mais les choses ne tardent pas à se gâter… et mon caméléon va peu à peu, tiens-toi bien, disparaître… car un caméléon ça a un don… c’est de maîtriser l’art du camouflage en prenant la couleur qu’il veut… !

Donc cher bébé lecteur, si tu regardes la tête du caméléon et uniquement sa tête, et bien… elle se fond dans le décor devenu bleu comme elle… et on ne voit plus guère le bout du nez du caméléon, non, on ne voit plus que ses deux yeux, un peu circonspects ! Et puis si tu te focalises sur son ventre, rouge… malheureux, voici que, désormais, et la tête, et le ventre, se confondent avec le fond devenu rouge à son tour ! Si tu lui chatouilles les pattes, vertes… elles partiront à leur tour, dans le vert ambiant… Si tu lui gratouilles la queue, jaune (fluo), tu ne verra plus qu’une paire d’yeux sur fond jaune (fluo). Et si tu regardes ton caméléon droit dans le blanc des yeux… ploup ils se feront eux aussi la malle sur un fond blanc !

Aie aie aie l’angoisse de la page blanche… comment la dépasser ? C’est pourtant bien simple, elle n’est pas complètement, intégralement blanche, la page. Parce que sur la page, il n’y a pas qu’un caméléon qui change de couleur quand tu repères une de ses couleurs. Il y a aussi une branche, grise, qui jusqu’ici tient le coup (oui, car elle ne change pas de couleur à tout bout de champ comme notre ami le caméléon). Et tu veux que je te dise, chez bébé lecteur ? Dans ce monde, la branche sur laquelle on se pose, on peut s’y fier (du moins pour le moment) et l’auteur d’ironiser quand le caméléon s’est envolé :

Là, c’est la branche de mon caméléon.

Regarde comme elle est jolie.

Oui car si le caméléon change de couleur, la branche, dans l’ensemble, non… !

Echo joyeux aux classiques et géniaux Va-t-en, Grand Monstre Vert ! et Bonne nuit, Petit Monstre Vert d’Ed Emberley, Caméléon est un tout-cartonné au trait alerte & expressif, aux couleurs vives vives, qui permet d’aborder par les biais de l’humour (qu’est-ce qu’on rit) et du jeu (qu’est-ce qu’on joue), des notions très variées et pourtant essentielles : la présence et l’absence, le changement et la permanence, les couleurs, ou encore les parties du corps… Encore !!

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Mes animaux tout doux

Les caresses de bébés ? Extra ! Les livres qui recueillent les caresses des bébés ? Pas toujours extra… !!!  Mais celui que je vous présente aujourd’hui, si, si, c’est bien son cas : Mes animaux tout doux, paru dans la collection « blanc noir » aux éditions Tourbillon, et signé Xavier Deneux, réussit cet exploit !

Mes animaux tout doux - Xavier Deneux

Ce bestiaire carré et tout-carton invite le jeune enfant à une promenade… où il va rencontrer, avec ses yeux et, ô joie, ses doigts :

  • sur les toits, une souris et un chat…
  • en campagne, une taupe sur sa motte de terre et un lapin blotti en son terrier..
  • à l’orée d’une forêt, un loup chassant le mouton…
  • dans le ciel (en pleine nuit noire !) une chouette et une chauve-souris…
  • quand tout là-bas, par un climat polaire, une famille pingouins voisine une famille ours !

Dans ce livre aux illustrations sobres, seuls les animaux sont « tactiles », favorisant la motricité fine des bébés : si le paysage environnant est simplement dessiné sur le carton du livre, nos amies les bêtes sont chacune constituées de tissus divers et variés, permettant de distinguer notamment les animaux à poils d’autres à peau plus feutrée, et rendant tout ce beau monde tout à fait vivant !… Le sens de la vue est également judicieusement sollicité, grâce aux illustrations noir et blanc très contrastées, avec parfois, toutefois, une toute petite touche de couleur bien dosée (rose l’oreille de la toute petite et vulnérable souris, rouge la langue du loup affamé… que de bonnes idées !) et un graphisme épuré qui touche au vif du sujet.

Un grand bravo et merci à Xavier Deneux pour cet imagier tactile d’excellente qualité !


 

Pour vous aider à trouver ce livre en librairie ou en bibliothèque municipale, en voici les références complètes :

Mes animaux tout doux [Texte imprimé] / Xavier Deneux. – Paris : Tourbillon, DL 2014 (impr. en Chine). – 1 vol. (non paginé [12] p.) : ill. ; 17 cm. – (Blanc noir).
Livre cartonné
ISBN 979-10-276-0003-8 (rel.) : 13,99 EUR