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Un coeur qui bat

Encore un très beau livre tout-cartonné sur la mise au monde d’un enfant : co-signé Virginie Aladjidi (texte) et Joëlle Jolivet (illustrations, je dirais même plus, gravures) chez Thierry Magnier, collection Tête de lard, un livre-zoom intitulé Un cœur qui bat.

un coeur qui bat joelle jolivet virginie aldjidi.jpg

Couverture superbe : un fauteuil en forme de cœur ❤ accueille une maman dont le cœur bat ❤ en portant, en son sein, un autre petit cœur qui bat déjà ❤

De double page en double page, les auteurs amènent peu à peu le regard des bébés lecteurs vers cette vie naissante, par un jeu participatif de questions-réponses permettant de situer la conception d’un être humain dans son environnement immédiat et moins immédiat :

Dans l’univers, savez-vous ce qu’il y a ?

Il y a la Terre.

Sur la Terre, savez-vous ce qu’il y a ?

Un pays.

Dans ce pays, savez-vous ce qu’il y a ?

Un jardin.

En bref et pour continuer la série d’emboîtements : univers > planète Terre > pays > jardin > immeuble > appartement > salon > fauteuil > maman > bébé < maman < fauteuil < salon < appartement < immeuble < jardin < pays < planète Terre < univers ! Le tout, rythmé, s’ouvrant et se fermant comme un conte randonnée, où l’être à venir paraît tout à la fois infiniment petit à l’échelle de l’univers & infiniment grand déjà aux yeux de ses proches et parents… rapprochement ultime de l’universel et de l’intime :

Un battement

au cœur

du bébé

de la maman

assise

dans le fauteuil

du salon

de l’appartement

de l’immeuble

du jardin

d’un pays

sur la Terre

qui tourne

dans l’univers.

Un album tendre et profond, à lire et relire avec son voire ses enfants, à l’occasion d’une naissance ou tout au long de la vie.

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Conti, conta, comptines

Minute poésie pour les tout-petits ! aux éditions belges A pas de loups, sous la plume de Dominique Descamps (D. D. pour les intimes) … qui dédie son livre Conti, conta, comptines :

« A toutes les petites oreilles qui aiment la musique des mots. »

conti conta comptines - dominique descamps.jpg

Dans cet album aux couleurs pastels, où la linogravure règne en maître, c’est un univers inédit, intemporel voir immémoriel… qui s’ouvre visuellement au bébé lecteur… et à ses parents. Et pourtant, le propos, lui, parle du présent en décrivant, non sans humour et tendresse, en de jolies tournures mettant en valeur des mots de tous les jours, une journée lambda (enfin presque : c’est dimanche, on a le temps et on le prend !) dans son lent et riche déroulement… ! à la campagne, oui, messieurs-dames, en compagnie des animaux :

De grand matin,

Le coq a lancé son refrain

Comme il chante faux

Tout le monde reste au dodo

 

Tôt, très tôt dans les branches

Se tient un concert d’oiseaux

Pourtant aujourd’hui c’est dimanche !

Pour eux, pas de repos

Chaque rencontre des bébés narrateurs et lecteurs avec une bête — coq, oiseau, souris, vache, écureuil, loup… — constitue ici un instant de poésie, et la journée de commencer, continuer et s’achever comme une ronde rimée et rythmée de ces échanges malicieux et nourriciers avec le langage, les images, la nature et le bon air frais.

A lire d’urgence avec les petits enfants dès les premières lueurs du printemps… !

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COMPTER avec ses doigts !

Une bonne nouvelle pour les amoureux de la photo et des réalisations créatives et ludiques de Claire Dé : celle-ci est de retour avec un nouveau livre aux éditions Les Grandes Personnes, au programme clair, net et précis :

COMPTE sur tes doigts !

compte sur tes doigts claire de.jpg

Le titre ne le dit pas, la couverture, si, et tout le reste de ce tout cartonné aussi : ici, le bébé lecteur apprend à compter avec ses doigts certes, ses petites mains, mais aussi avec la nature, car cet imagier de type 1,2, 3… avec additions au passage s’il-vous-plaît, pratique avec brio le land art ! Un jeu de correspondances visuelles (formes, couleurs, matières, sens…*), esthétiquement très réussi, aide les tout-petits à mieux se repérer dans leurs premiers apprentissages mathématiques… Au-delà, par le réalisme du livre, l’enfant est invité à s’emparer, à son tour, de mille et uns trésors dehors… pour mieux (les) compter, conter et recompter… sur le bout de ses dix doigts !

Ingénieux, facétieux et stimulant à souhait pour les tout-petits par définition curieux.

*Quelques extraits à découvrir sur le site de l’éditeur  : portfolio.

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Sous les étoiles…

Sous les étoiles… 

la terre…

Et sur la terre… ?

Au gré du vent…

vole…

un papillon.

Lumière aujourd’hui sur la réédition récente d’un très beau livre, tout cartonné, célébrant la vie en mouvement et les organismes vivants : Sous les étoiles… — du rôle fondamental des points de suspension —, signé Martine Perrin aux éditions Les Grandes Personnes :

Livre-objet, livre-jeu à manipuler… le concept à l’œuvre, c’est un imagier à dévoiler, par un jeu de découpes où le motif rond est roi, accompagné de couleurs vives annonciatrices de l’élément à trouver aux pages suivantes :

  • sous le cercle de la couverture, ciel empli d’étoiles… la Terre, multicolore ;
  • le feuillage, vert, de l’arbre émergera des courbes de la colline ;
  • le soleil, jaune, révélera ses rayons tout là-haut…

De page en page, le bébé lecteur découvre, toujours en quatre temps aka quatre pages — 1 : une image : un complément circonstanciel ; 2 : un cache, rond : un verbe ; 3. un trou, rond : suspens… quel sera l’être derrière la page ? 4. une image : l’être en action, soit le sujet de la phrase ! le tout exprimé via un duo de couleurs complémentaires propre à chaque séquence, mais qu’on retrouvera plus tard… sous une forme un peu différente… car l’existence est faite de résonances — l’essence éternellement renouvelée de la vie sur la planète Terre : le soleil, la pluie et le vent, les animaux volant et nageant, les végétaux fleurissant, et, bien sûr, pour parachever ce tableau, comme un cadeau à l’homme, le bébé naissant du ventre de sa maman :

Et sur la terre…

vient…

un enfant.

Une lecture poétique, graphique, symbolique et magnifique, accessible à tout âge pour les petits enfants… et les futurs ou déjà parents, donnant à voir ce qui ne se voit pas encore…, du moins à première vue.

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Quand un enfant s’endort…

Ceci n’est pas un album, mais un livre à trous. Ceci n’est pas un livre (à trous) mais une affiche ! Ceci est… une publication hybride, solide, modulable, transformable… le tout pour servir un propos poétique et évanescent : les rêves des tout petits enfants ! Un ouvrage beau et original, sobrement intitulé Quand un enfant s’endort, cosigné Malika Doray et Annelore Parot au Seuil Jeunesse. 

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Dans cette histoire si onirique à lire et relire le soir, scoop, perché sur un arbre… un enfant (trop mignon) s’endort… et quand il s’endort… suspens… qu’advient-il ? Tournons la page : « quand un enfant s’endort… un petit rêve apparaît » ! Oui, sur la gauche à la cîme de l’arbre, l’enfant dort (ce n’est pas le cas de tout le monde alentour…), et sur la droite, le livre ménage une ouverture révélant l’objet de ce petit rêve : un chat !

« Quand un deuxième enfant s’endort… son rêve ne tarde pas à arriver ». Un autre petit dormeur ! Un autre rêve… Un drôle d’éléphant ?

« Quand un troisième enfant s’endort… son rêve pointe le bout de son nez… » Oh… une fusée !!

Peu à peu l’arbre du sommeil et de la vie se peuple d’enfants endormis, de doudous et bêtes bienveillantes à cette heure avancée plus ou moins vaillantes, tandis que, sur la page de droite, sont révélés des bouts de chacun de leurs rêves les plus fous ! Car finalement « quand tous les enfants sont endormis, tous les rêves sont réunis »… (non ?). Ce qui est sûr et certain, c’est que… « quand tous les enfants sont endormis… tout un monde entre en vie ! ». Cette leçon vaut bien un poster de rêves et rêveurs, sans doute !

Un album doux, aux couleurs de la nuit et de la vie, pour aborder sereinement le coucher à l’approche de la nuit. Un livre-comptine à dérouler et narrer comme une comptine, pour conter et compter, avec le(s) bébé(s), les rêveurs autant que les rêves, et apprendre à compter sur eux pour dormir sur nos deux oreilles et faire le plein de merveilles. Une ode tranquille aux imaginaires féconds des tout-petits enfants, jusque dans leur inconscient.

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Tous les câlins du monde

Tous les câlins du monde (bien évidemment publié aux éditions Rue du monde) : voici un titre de livre bien alléchant pour les tout petits enfants et leurs parents…

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A l’occasion d’une balade forestière, Manuela Monari et Evelyn Daviddi racontent comment Papa Ours et Petit Ours voient le monde… un univers d’amour et de tendresse, vu à travers les yeux émerveillés d’un marmot confiant et heureux :

– Regarde, Papa ! Des nuages embrassent la montagne. Et là, les fleurs se serrent fort autour de leur cœur. Tout semble tenir comme collé par du miel !
– Tu sais, Petit Ours, dans l’univers, tout se fait des câlins ! Des poussières et des gaz forment ainsi des étoiles… C’est en s’étreignant très fort que l’air, le feu, l’eau et la terre fabriquent la vie sur notre planète. La mer nous berce dans une vague douce qui nous enveloppe. Le soleil vibrant embrasse la nuit. Et, un peu plus tard, ce sera au tour de l’obscurité d’embrasser la lune.

Ce n’est pas tout ! La verve de Papa Ours s’envole ensuite vers les flocons de neige, le givre, le vent, les nuages, le ciel, la sève, les feuilles, les branches, les nids, les oiseaux, les abeilles, les fleurs… et bien sûr, la douceur du miel :

Tout comme nos pensées embrassent nos rêves pour devenir des idées nouvelles et changer le monde.

Le dialogue filial s’achevant, bien évidemment, sur l’évocation des câlins parents-enfants… et de ceux entre parents qui donnent naissance à tous ces enfants !

Un livre-caresses entre contemplation, imagination et affabulations, servi par des illustrations douces et éternelles.

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Léon… l’étron

Un tout cartonné à l’humour mordant, 100% scato pour les petits marmots : Killoffer, illustrateur, scénariste et dessinateur de bandes dessinées fondateur de la maison d’édition indépendante L’Association, signe, chez Thierry Magnier, un livre « très marron en cacamaïeu » à destination des tout-petits en plein apprentissage du pipi-caca, et de leurs parents qui ont encore, bien souvent tant qu’ils n’ont pas trois ans ces petits anges, le nez dans leur caca.

Le titre et le héros de l’album ? Léon, étron de son état ! Oui, c’est le caca en personne qui vous parle, et en rimes, messieurs dames ! Mais je vois que vous ne me croyez pas… Pourtant, le voici le voilà, ce malheureux caca :

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Oui, Léon est un étron, mais non un joyeux luron : car de fait… le caca, c’est plutôt dégoûtant. Léon a en effet la larme à l’œil : c’est qu’en raison de sa pestilentielle odeur, il attire uniquement les mouches… tous les autres le fuient comme la peste, pas touche ! Le parcours de Léon est semé d’embûches : fuir les rouleaux de papier-toilette, affronter les multiples rejets dont il fait l’objet… jusqu’à, en proie à ses pires tourments, se lover enfin dans sa couche (eh oui bien sûr, Killofer présente son héros caca en train de piquer un somme dans la couche d’un bébé… sans le bébé ! de l’art de redéfinir le mot « couche » !)… Pourtant, Léon prend de bonnes résolutions : se muscler pour sculpter son corps en mode tablette de chocolat, se garnir de noisettes, de cacahuètes, se recouvrir même d’alu pour emballer peser le tout, mais… rien n’à faire, l’odeur le trahit ! Un caca, ce n’est pas du tout du tout du chocolat. Une seule solution alors pour Léon l’étron : admettre sa terrible condition d’étron, et finir… dans la lunette des toilettes !!

Un pari audacieux et astucieux : crotte alors, enfin un album original sur l’apprentissage de la continence, et avec quelle impertinence ! Qu’on se le dise, Léon pourra « trôner » en bonne place dans votre cabinet de lecture…