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Papa, maman, quel talent !

Les parents à l’honneur dans la BBthèque aujourd’hui, avec un très bel album polonais de Malgorzata Swedrowska (textes) et Joanna Bartosik (illustrations), publié aux éditions Thierry Magnier :

Papa, maman, quel talent !

Cet album en papier épais de qualité, format carré, dit au bébé lecteur en 48 pages la palette de talents de son papa et sa maman, et au-delà, chante pour tous les jeunes enfants les qualités des parents, le tout comme dit par le tout-petit :

Ma maman sait faire beaucoup de choses. […]

Mon papa sait faire beaucoup de choses.

Le fond de la page, toujours blanc, se voit enrichi à chaque page d’un exemple de talent du papa ou de la maman, en phrases et en images. Le propos est profondément paritaire : à tour de rôle, on commence par la maman puis on parle du papa, puis on commence par le papa puis on parle de la maman ; les activités traduisent une réalité s’affranchissant d’un discours « genré » : parfois, ma maman plante des clous ; parfois, mon papa prépare la soupe ; mon papa concocte des projets ; ma maman construit des histoires, mon papa leur donne vie, etc. Aucun rôle ou mission pré-établi.e ici, tant l’enfant restitue leurs rôles à travers les instants vécus.

C’est un livre non seulement à l’intérieur duquel les parents sont très présents, c’est même au-delà un livre dont les parents sont les héros. Les héros des enfants, en toute simplicité et… ensemble ; ils sont complémentaires entre eux et dans leurs relations à l’enfant. Ainsi, chaque double page incarne ce mariage de compétences, permettant au bébé lecteur d’apprécier les liens entre les activités et actions : ma maman allume le feu, mon papa étanche ma soif ; ma maman cligne de l’œil, mon papa tend l’oreille…

Une magnifique et émouvante déclaration d’amour d’un enfant à ses parents.

Ma maman et mon papa sont tout pour moi.

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Récolte de pommes

Il était une fois une pomme, deux pommes, trois pommes, deux histoires pour ta pomme et pour moi : aujourd’hui la BBthèque vous présente trois albums qui font la part belle à ce fruit d’automne.

Quel est ce fruit ?

d’Anne Crausaz

En couverture de ce livre, dédié « aux desserts de ma mère », une belle pomme… habitée et traversée par de toutes petites bêtes : ces toutes petits bêtes, une grande, une petite, vont constituer, une fois n’est pas coutume, les alliés des tout-petits lecteurs en les guidant à travers les différents fruits qui poussent de-ci, de-là.

– Où vas-t-on, Madame Fourmi ?

-Tu verras, jeune fourmi ! Suis-moi, écoute les indice et devine ! […]

« Pas la peine de m’éplucher, ma peau est pleine de vitamines. Ma chair se croque pour n’en laisser que le trognon. Qui suis-je ? »

Dans ce jeu de devinettes servi par les très belles illustrations d’Anne Crausaz, la toute petite fourmi et le tout petit lecteur découvrent d’abord l’extérieur d’un fruit vu de très près, avant de rentrer (par de petits trous) à l’intérieur du fruit, représenté également en gros plan, puis d’en ressortir et de s’en éloigner pour l’apprécier avec la distance nécessaire pour bien l’identifier et/ou le reconnaître : c’est une pomme ! Sont aussi ainsi visités : le cerise, la fraise, le melon, l’abricot, la figue, la poire…. avant que n’arrive l’heure du goûter où nous est servie une salade de tous ces fruits ! Bon appétit les tout petits. Et si vous voulez lire en complément d’autres livres au top sur les fruits, rendez-vous ici.

Dans une toute petite pomme

de Corinne Dreyfuss

Le voyage à l’intérieur de la pomme se poursuit avec un autre animal non moins minuscule qui a élu domicile dans ce fruit. Voici Corinne Dreyfuss qui nous raconte une histoire, un conte :

Il était un tout petit ver qui vivait dans une toute petite pomme.

Il s’était creusé un nid doux entre deux tout petits pépins.

Il était au chaud et à l’abri, il grandissait doucement, dans la toute petite pomme.

Dans cet album et premier documentaire tout à la fois, format paysage, la pomme est représentée de l’intérieur et de l’extérieur, dans son environnement, en mouvement : chahutée par la brise, secouée en cas de choc, roulant au sol quand la branche lâche. Pour le petit habitant qui est devenu plus grand, il est temps de sortir de son cocon rond et vitaminé ; « c’était un long chemin à faire, cela dura un très long moment », puis il voit et vit le grand air, et se trouve projeté par le vent loin de sa toute petite pomme. Une larme coule mais il n’a d’autre choix que de poursuivre son chemin seul, et découvre ainsi ses propres attributs, des petites pattes, comme une chenille, un appétit nouveau, dévorer les feuilles devenues ainsi des feuilles pleines de trous. Le petit ver (qui est en fait une chenille) se tisse alors son propre cocon… et deviendra bientôt papillon. Une histoire douce qui évoque la gestation, la naissance et les premiers pas d’un petit être. Et qui n’est pas sans faire écho à la génialissime Chenille qui faisait des trous de monsieur Eric Carle…

Les trois pommes

de Maria Keil

Cet album format portrait se distingue par un choix graphique fort, signé d’une grande dame de l’illustration portugaise, Maria Keil : des personnages dessinés en noir et blanc et formés de pièces détachées assemblées et désassemblées à loisir comme des pantins, des photos de pommes détourées de taille démesurément grande par rapport à la taille des personnages, des phylactères pour représenter le texte sous forme de dialogues. Entre ces enfants et ces biens se tissent des potentialités variées…

Au départ, un garçon a trois pommes ; en les regardant il décide d’en garder une pour lui et de donner les autres à ces amis, dans la mesure où il aime bien avoir beaucoup d’amis. Ainsi, il salue une petite fille qui vient vers lui et lui donne une pomme, elle est ravie. Il fait de même avec une deuxième petite fille. Mais c’est un enfant qui ne sait pas encore vraiment compter et qui ne perçoit pas encore non plus toutes les conséquences de ses choix : aussi, quand vient un troisième enfant, il part pour lui donner une pomme, mais comme la sienne reste la sienne, il reprend une pomme à l’une des filles pour l’attribuer un nouveau venu, générant déception et contestation, et reproduit son erreur avec un quatrième enfant avant que n’arrive un cinquième marmot. La petite assemblée se dispute mais quelques acteurs commencent à reprendre le dessus pour trouver une solution, qui sera, bien entendu, de couper la poire la pomme en deux !

Super bonus : les jeunes lecteurs peuvent poursuivre l’histoire en photocopiant les pages de garde du livre, puis en découpant les pièces détachées (visages, bras, vêtements, jambes, etc.) et constituer leur propre histoire…

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Le chemin de la vie

La BBthèque aujourd’hui vous présente trois nouveaux et superbes livres qui racontent le chemin de la vie aux tout-petits, de la conception à la fin de vie, en passant par toutes les péripéties qu’entre-temps l’on vit :

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Hariki

de Lucie Félix

Réjouissons-nous : Lucie Félix, l’auteur-illustratrice de Prendre & donner, La promenade de Petit Bonhomme, Coucou !… est de retour, avec un livre-objet de toute beauté, qui dit, en couleurs et en mouvements, l’origine de la vie sur Terre à ceux qui viennent précisément tout juste de la découvrir.

En effet, les protagonistes de ce livre animé sont des cellules… aux noms ludiques (Harikos, Harikis !, qui plairont beaucoup aux tout-petits) et aux comportements fondamentalement exploratoires : et si j’allais ici, et si j’allais par là, tout seul ou en bonne compagnie ? Des personnages hauts en couleurs curieux de parcourir le monde à plusieurs et de se mélanger les uns les autres pour grandir et changer.

L’acteur de ces rencontres, de ces actions, dans ce livre, n’est autre que le bébé lecteur, qui fait glisser les micro-personnages d’un point A à un point B, écrivant sa propre histoire tout en reconstituant la grande Histoire.

Car ces cellules ne sont pas sans évoquer, aussi, les bébés eux-mêmes… D’ailleurs la narratrice conte l’Histoire comme si elle s’adressait à ses propres enfants à qui elle lirait une histoire du soir : « et maintenant, […] mes Harikos nouveaux, au dodo ! »

Un trésor de livre pour les tout-petits.

Une maman c’est comme une maison

d’Aurore Petit

Dès la page de couverture, des couleurs vives, une femme, un enfant, enlacés, l’un avec l’autre interagissant. C’est le portrait d’une maman, hommage à toutes les mères du monde. C’est l’histoire des origines de l’enfant, qu’il conservera avec lui quand il sera plus grand.

Dans cet album de 48 pages, chaque page écrit et illustre ce qu’est une maman, en utilisant le biais de l’anaphore imagée : « Une maman, c’est comme… ». Au fil des pages, le temps passe : au début, la maman est comme une maison abritant le tout-petit encore lové dans son ventre rond ; puis la maman est comme un véhicule marchant d’un bon pas, vers la maternité peut-être ; puis la maman est comme un nid quand elle tient entre ses bras un nouveau-né… Le papa aussi est présent dans les images, parfois. La relation au fil des pages entre la femme et l’enfant continue de se construire, une mère et son petit, fille ou garçon : « une maman, c’est doux », « une maman, c’est comme un refuge », « une maman, c’est comme un miroir », une maman, c’est comme une île »… et d’évoluer tout en conservant sa qualité.

Et voici qu’un jour l’enfant se met debout. « Une maman, c’est comme une cascade » quand elle est émue.

Il fait ses tout premiers pas, en partant des bras de son papa… pour rejoindre tout seul sa maman qui lui tend les bras un mètre plus loin. « Une maman, c’est comme une récompense ».

Et puis le voici autonome, heureux de marcher seul, confiant, sous le regard bienveillant de ses parents. « Une maman, c’est comme une maison… »

Immense coup de cœur pour ce livre-somme sur la maternité vue comme un foyer, et tellement plus encore : un album-poème aux illustrations modernes, qui transforme des scènes de vie quotidiennes en un tableau universel de l’origine de la vie.

Les rides

par JR

Et voici pour finir un très beau livre de photographies, à découvrir dès le plus jeune âge, fruit du travail de l’artiste et photographe JR dont c’est le premier livre pour la jeunesse. Ce premier livre d’art, que l’auteur dédie à « nos grand-parents », fait le choix de mettre à l’honneur un sujet original et difficile parfois : les rides… montrées sous l’angle des histoires qu’elles racontent.

Les rides racontent les histoires de toute une vie.

La page de couverture, sur fond très coloré, montre une personne très ridée, que le bébé lecteur peut effleurer de ses doigts. Puis le texte vient expliquer, accompagné de portraits : « nous avons tous deux yeux, un nez, une bouche… » « … et certains d’entre nous ont des rides ». Pourquoi des rides ? Parce qu’elles apparaissent avec l’âge. Quelles sont leurs caractéristiques physiques ? Elles semblent se graver doucement et progressivement comme des rayures sur la peau. Comment ? Quand on rit, quand on aime, quand on s’amuse, quand on se repose, quand on réfléchit… Quand on vit.

Chaque ride raconte une histoire ; chaque personne âgée et ridée a vécu mille et une histoires… à te raconter. Magnifique ouverture au dialogue intergénérationnel : le propos est sublime, et les photographies, noir et blanc, aussi, mettant en scène des modèles ayant tous le point commun d’avoir un certain âge et d’exposer les effets de l’âge avec naturel et beauté. A la fin du livre d’ailleurs, JR présente « les histoires qui se cachent derrière les rides de ce livre », en rédigeant de courtes bibliographies des modèles.

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Livres sur les émotions… et + encore

La BBthèque vous propose aujourd’hui un focus sur de nouveaux livres tip top qui parlent aux tout-petits de leurs premières émotions :

Mes premières émotions dans l’art

Mes premières émotions dans l'art - palette

Mon premier combine apprentissage de l’émotion et éveil artistique : chaque émotion ou sensation est illustrée, incarnée, représentée par une œuvre d’art. Chaque tableau reproduit sert en effet de prétexte pour évoquer et partager avec le tout jeune lecteur une situation imaginée liée à une émotion, un sentiment ou un état physique, exprimés également par des onomatopées et un court texte les décrivant :

  • la joie qu’on lit dans Les Rieuses (Charles Emile Auguste Carolis-Duran) — hi hi hi
  • la tristesse du Vieil homme dans la douleur (Vincent Van Gogh) — snif ! snif !
  • la surprise illustrée dans Time to play (Charles Burton Barber) — OH !!!
  • le dégoût transparaissant dans Gorgée amère (Adriaen Brouwer) — BEURK !!!!!

mais aussi la peur, la colère, la honte, la jalousie, l’amour, la sérénité, la douleur, la faim, la chaleur et la fatigue mis en sons, mots et images, dans une approche qui privilégie le dialogue, entre l’enfant et l’oeuvre d’art d’une part, entre l’enfant et l’adulte d’autre part : « et toi, qu’inventes-tu pour faire rire tes amis ? est-ce que tu sais que tu es un rayon de soleil pour eux lorsque tu leur apportes de la joie » ?

Pas de panique, petit crabe 

Pas de panique, petit crabe - Chris Haughton

Mon second est l’histoire d’une première fois, et de toutes les craintes qu’une première fois peut susciter : l’aventure d’un bébé (Petit Crabe), qui va passer un cap, en compagnie d’un adulte (Très Grand Crabe) qui va l’encourager et l’accompagner. « Petit Crabe et Très Grand Crabe vivent dans une simple mare. Aujourd’hui, ils ont décidé d’aller voire L’OCÉAN ! ». Perspective ô combien excitante. Le chemin est long (double page fournie et agrémentée de moult onomatopées), éprouvant mais aussi enthousiasmant : « Je peux aller où je veux » dit Petit Crabe. Quand les deux protagonistes arrivent au bord de la falaise, à deux pas de l’Océan… Vient l’heure de se jeter à l’eau. Panique à bord pour le jeune crabe, refroidi dans son élan, tentant de faire marche arrière. Son aîné le rassure tout en l’encourageant à surmonter sa peur : « Pas de panique, Petit Crabe, descendons juste un peu plus loin. Je pense que tu vas adorer. » A petits pas, calmement, doucement mais sûrement, les deux crabes trouvent le chemin adéquat pour pénétrer le grand océan… plonger et baigner dans le monde aquatique que le jeune crabe découvre complètement. La peur est maîtrisée, et même oubliée, vive la liberté !

Un album initiatique aux textes et illustrations magnifiques, à lire et relire avec les jeunes enfants.

Bienvenue Tristesse

bienvenue tristesse eva eland

Toucher la couverture du livre, pour commencer : ce monstre doux et vert-bleu matérialisant la tristesse, le tout jeune lecteur peut d’emblée le palper. Dans cet album sobre, pudique et poétique, un tout jeune enfant voit arriver à la porte de chez lui un (mal-)être qu’il n’avait pas anticipé : Tristesse. « Parfois, Tristesse arrive sans prévenir ». Tristesse pénètre dans la maison avec sa valise, l’enfant reste muet.. « Elle te tourne autour », Tristesse s’approche de l’enfant. « Elle s’assied à côté de toi », tout tout près, trop près. Tu veux la cacher, t’en séparer, mais elle est là, parfois même elle se confond avec toi. Si c’est comme ça, autant lui reconnaître son identité, lui parler, et l’écouter, vous pourrez mieux cohabiter… et vous séparer, le moment venu.

Un album touchant et marquant, à partager avec les tout-petits lecteurs quelle que soit leur humeur.

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Vous retrouverez **ici** la sélection « BBthèque » de livres sur les émotions à destination des 0-3 ans !

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Dormir… c’est tout un art

Vous souvenez vous de Mon premier livre d’art : l’amour, chroniqué en avril dernier dans la BBthèque ? La collection d’éveil artistique éditée par Phaidon s’étoffe d’un nouveau titre dédié à un sujet non moins essentiel : le sommeil, illustré à travers une belle sélection d’œuvres d’art réalisée par Shana Gozansky. Dormir en effet, c’est tout un art ! Démonstration avec :

Mon premier livre d’art 

LE SOMMEIL

Au menu de cette lecture du soir idéale, une définition du sommeil éclairée par des reproductions de tableaux d’artistes peintres et sculpteurs, d’ici et d’ailleurs, du XIXe au XXIe siècle : ce sont ainsi Yoshitomo Nara, Lucian Freud, Mary Cassat, Utagawa Hiroshige, Jean Cocteau, Winslow Homer, Constantin Brancusi, John Currin, Keith Haring, Rob Pruitt, Antony Gormley, Edvard Munch, Pablo Picasso, Jordan Casteel, Henri Matisse, William Turner, Paul Klee, Vincent Van Gogh, Robert Brackman, Marc Chagall, Edgar Degas, Diego Rivera, Horace Pippin, Henri Rousseau, Yayoi Kusama, Wassily Kandinsky, Kobayashi Kiyoshika, René Magritte, Peter Doig, Georgia O’Keefe, Roy Lichtenstein, Paola Pivi, Takashi Murakami et David Hockney qui nous montrent comment ils voient la nuit et le repos.

Cette définition artistique se décline en plusieurs temps et thèmes, amenant pas à pas le bébé lecteur vers l’art de dormir, qui a un commencement et une fin, avant que le cycle ne se répète et ne s’enrichisse du vécu du jour précédent :

  • typologie des dormeurs : tout le monde dort, mais encore ? Les enfants, les adultes, et les bébés aussi !
  • le besoin de sommeil : à quoi ça sert de dormir ? A grandir, à se reposer, se rétablir et recouvrer une pleine forme au réveil ;
  • les risques du manque de sommeil : si tu ne dors pas assez, tu risques d’être fatigué et sujet à des émotions variées et décuplées… bref
  • il est temps de s’endormir : comment identifier l’arrivée de la nuit (au revoir le soleil, bonjour la lune et les étoiles) donnant le signant des rituels du coucher pour les jeunes enfants
  • place alors aux rêves de toutes sortes
  • avant que la nuit ne s’achève et que vienne le réveil

Un livre d’éveil artistique au top, ou comment bercer les bébés comme dans un musée !

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2 comptines, 1 poule, 1 canard

Dans la BBthèque cette semaine, voici deux comptines volatiles, revisitées avec brio par deux grands auteurs-illustrateurs jeunesse pour le plaisir des yeux et des oreilles des tout-petits :

« Une poule sur un mur … »

par Thierry Dedieu

Un nouveau titre signé Dedieu dans l’excellente collection Bon pour les bébés au Seuil jeunesse, c’est toujours une bonne nouvelle — pour mémoire, cette collection combine notamment un grand format pour tout-petit lecteur et des illustrations noir et blanc exclusivement.

Retour aux fondamentaux avec cette comptine si triviale et musicale à la fois, tellement universelle qu’elle fait systématiquement le bonheur des très jeunes enfants, et ce tout particulièrement quand les paroles de la comptine sont servies par des illustrations aussi expressives, mention spéciale à la poule dont le bébé lecteur épouse les mouvements de tête, les mouvements de cou, les mouvements de bec, pour, avec un large sourire, picoti… picota, picoter sa nourriture, le pain dur, lever la queue puis lever le camp !

« Un petit canard au bord de l’eau … »

par Jeanne Ashbé

Publié dans la collection Pastel des éditions de l’Ecole des loisirs, le nouvel album de Jeanne Ashbé exprime dès la couverture sa substantifique moelle : une coquille d’oeuf (dont le bébé lecteur appréciera le volume du bout des doigts) en train de se fêler car il est l’heure pour un caneton de voir le jour… ou comment naître au monde, mais aussi grandir — faire ses premiers pas, connaître son premier envol, sous le regard protecteur et bienveillant d’une maman.

Bon…, s’intitule cet album de naissance : comme une maman dirait, murmurerait, scanderait, chantonnerait, commenterait chaque petit ou grand événement par autant de « bon… », « bon bon bon »…, « bon… jour, toi », « bon… zour », jolie répétition de sonorités pour les bébés, et au-delà, jeux et choix de mots qui disent tout l’amour que le parent porte à l’enfant et qui nourrit la confiance de celui-ci envers le monde qu’il découvre, sécurité affective te voici te voilà.

Place ensuite… à une musique un peu plus complexe, une comptine, revisitée, qui correspond à un deuxième temps : le caneton va devenir canard, car voici qu’au bord de la mare la comptine narre l’autonomisation progressive de ce petit être en devenir. « Un petit canard au bord de l’eau… il est si beau… il est si beau… » (se mirer dans l’eau, prendre conscience de soi : je suis un être à part entière à présent), « un petit canard au bord de l’eau… il est si beau qu’il tombe dans l’eau… Plouf ! » « Bon… bon… booon »… commente la mère cane, large sourire au bec, de voir le jeune canard ressortir la tête de l’eau après ce plongeon involontaire et premier, l’air de dire l’air de dire, tu es tombé, ce n’est pas grave, tu t’es relevé maintenant, c’est en faisant qu’on apprend, bref, bon… voilà qui est fait… alors… on passe à une nouvelle étape : le petit canard, mais aussi ses comparses (si ce n’est toi c’est donc ta sœur… ou ton frère), barbotent ainsi, ensuite, derrière leur mère, avant de s’envoler ensemble dans les airs !

« Bon voyage, petit canard ! » dit le mot de la fin, montrant notre petit canard sans frère, sans sœur, sans maman, mais volant comme un grand… en souriant.

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Des poules et des oeufs

Des poules et des œufs : c’est le titre d’un livre tout cartonné écrit et illustré par Pauline Kalioujny, publié en 2019 aux éditions Thierry Magnier. Un premier documentaire qui dit et met brillamment en scène cette question, éternelle en ce que la réponse apportée engendre une nouvelle question qui trouve la même réponse que la question initiale, et ainsi de suite sans qu’il ne semble y avoir de fin et, si bien qu’au final on ne sait plus très bien quelle était la première question et on la reformule ainsi : diantre, qui de l’œuf ou de la poule est apparu le premier ?

Sans doute le noterez vous en observant la couverture du livre ci-dessus : cet album est un livre avec un trou… c’est même un livre à trous, comme le lecteur le découvre en feuilletant ce livre-objet à lire, écouter, regarder et manipuler.

Le narrateur est un poussin (représenté par un un tout petit trou en forme de poussin) qui pose une question à sa maman : « Dis, Maman, je suis né comment ? ». Et la maman de répondre : « D’un œuf » (représenté par un petit trou ovale évoquant la forme de l’œuf) ;  « Et d’une poule, et d’un coq ».

L’explication pourrait s’arrêter là, sauf que le petit poussin est curieux et intelligent : maintenant qu’il sait d’où il vient, il demande à sa maman d’où elle vient. L’histoire se répète ainsi, mais plus loin dans le temps, et avec des trous plus grands. A la fin du livre, le bébé lecteur découvre des poules et des œufs (en creux) emboîtés les uns dans les autres, du plus petit au plus grand, comme des matriochka, poupées russes déclinant le thème de la parentalité (lire et relire à ce propos ces deux autres tout cartonnés géniaux De maman en maman et De papa en papa d’Emilie Vast, chroniqués ici).

Une lecture toute en jeux et volumes, jaune poussin, coquille d’or, variantes-répétitions à gogo qui, l’un dans l’autre, dit et échange beaucoup avec le jeune enfant sur la question des origines tout particulièrement.