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La BBthèque chez soi… lectures confinées

La BBthèque poursuit son exploration et son partage d’idées et ressources de qualité à consulter et pratiquer depuis chez soi pendant la période de confinement imposé dans la crise sanitaire actuelle. Au menu du jour : un parcours lecture ! Et pour ce faire : explorer tout d’abord sa bibliothèque matérielle à fond les ballons, avant d’élargir le cas échéant ses horizons grâce aux initiatives immatérielles proposées actuellement par les acteurs des métiers du livre : auteurs-illustrateurs, éditeurs, bibliothécaires, sans oublier les libraires.

Explorer ma bibliothèque à fond !

Commencer par lire à haute voix les livres pour enfants qu’on a à la maison.

Et une fois qu’on a fait cela une première fois, on les ré-explore ! On peut les regrouper par thème, par auteur, par illustrateur, par couleur, par collections pour ceux qui en ont beaucoup…. On peut chercher les ressemblances, les différences, les complémentarités. On peut chercher ceux qui nous font rire, peur, pleurer, bouger. On peut mettre en scène l’histoire, la transformer en petites scènes de théâtre avec son enfant, en jouant des rôles, en jouant avec son corps, sa voix. On peut varier les lecteurs-acteurs : un parent, un autre parent, un grand frère, une grande sœur… On peut varier les lecteurs-spectateurs.

On peut faire raconter l’histoire à l’enfant, la lui faire dessiner sur des feuilles blanches, lui donner forme avec de la pâte à modeler, inventer une suite ou un commencement.

On peut instaurer tous les jours un temps « silence on lit » où toutes les personnes, petites et grandes, dans la maison, prennent un lire ou deux et le lisent… en silence et en autonomie, et ce y compris pour les tout-petits.

On peut partager ses lectures avec ses proches, en réalisant des petites vidéos de type « lectures filmées » : l’enfant choisit dans sa bibliothèque le livre dont il souhaite voir la lecture filmée, l’adulte le lit à haute voix et filme l’album avec son téléphone pendant qu’il le lit, en mettant l’enfant à contribution pour tourner les pages, émettre le cas échéant des commentaires, effectuer des bruitages… Partager ensuite cette lecture vécue avec sa famille ou ses amis, afin qu’ils puissent la découvrir à leur tour, et, en retour si le cœur leur en dit, vous adresser une lecture filmée d’un album de leurs bibliothèques.

On peut enrichir la bibliothèque d’un à plusieurs album.s qu’on créé de A à Z avec son enfant, si si ! Créer un imagier ou un abécédaire par exemple, en dessinant, en découpant, en collant, en photographiant, en imprimant, en écrivant, etc. On peut même se lancer dans cette très grande aventure en ayant pour coach Claude Ponti en personne, qui, dans le contexte de confinement actuel, propose à tout enfant qui le souhaite de réaliser « ton album perso à toi tout seul et personne d’autre » avec de nouvelles chozafères tous les jours déposées ici sur le drive de M. Ponti.

 

Élargir mes horizons sur la toile

La bibliothèque matérielle peut être enrichie d’une plongée dans des bibliothèques immatérielles, si vous éprouvez l’envie d’élargir avec vos petits bouts (sauf les bébés pour qui les sélections suivantes sont moins adaptées) les horizons de vos lecteurs en herbe en allant faire un tour sur le web. Petite sélection ci-dessous :

Du côté des éditeurs : pourquoi ne pas commencer par un conte abracadabrant, partagé en ligne par les éditions La Joie de lire, avant de mettre un bref instant le nez dans le pré en compagnie de la vache Marta elle-même friande d’aventures poétiques en montgolfière ou dans les mers, et de s’amuser à lire chaque jour une nouvelle fable revisitée. On poursuit par les lectures filmées de magnifiques livres-objets au programme de la série de vidéos présente sur le site des éditions des Grandes Personnes. On regarde aussi les classiques lectures filmées de l’Ecole des loisirs, parmi lesquelles C’est moi le plus beau de Mario Ramos, Ma vallée de Claude Ponti, Le train des souris de Kazuo Iwamura, mais aussi des titres d’Alain Mets, Alex Sanders et Pierrick Bisinski, Claude Boujon… On peut se lancer dans le feuilleton, ou roman-photo, du bébé chien Dachenka, de Karel Čapek, à visionner ici sur le site des éditions MeMo. Mention spéciale aux éditeurs réunis sur le site de La Bernique qui nous délivrent quotidiennement des pastilles antivirus : rendez-vous tous les jours sur http://labernique.com/pastilleantivirus/ pour prendre vos médicaments (albums lus, albums à lire, parmi lesquels le confinement animal dans Tous aux abris ! et activités autour des livres).

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Du côté des bibliothèques : vous pouvez consulter Gallicadabra, la bibliothèque numérique pour les enfants créée par la Bibliothèque nationale de France. Il s’agit d’une application qui propose notamment une sélection d’une cinquantaine de classiques de la littérature pour la jeunesse, lus par des comédiens et relevant de genres comme les contes, fables, comptines, abécédaires. La BBthèque vous invite aussi à penser à consulter le site web de votre bibliothèque municipale, qui pourrait bien vous proposer des ressources jeunesse en ligne de grande qualité pendant ce confinement généralisé !

Les librairies ne sont pas en reste : pourquoi ne pas vous rapprocher de votre libraire préféré par mail ou via son site web, sa page facebook, ou autre moyen de communication numérique ? Il ou elle a sûrement des coups de cœur à partager avec vous… Mettons-nous en appétit pour lire de nouveaux livres à la fin du confinement !

*** La BBthèque vous souhaite d’excellentes lectures confinées… et partagées ! ***

 

 

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Premiers documentaires animaliers

Dans la BBthèque aujourd’hui, trois séries ou collections d’ouvrages qui proposent aux très jeunes enfants de découvrir le monde animal :

Cher animal, comment es-tu ?

Mon premier est édité par Hélium, et signé Olivia Cosneau : il s’agit de deux livres flip-flap, qui jouent avec le principe du volet à soulever, coucou qui est caché, pour faire découvrir aux tout-petits ce que font les animaux d’une part, comment ils (trans)portent leurs enfants d’autre part, avec des effets de surprise qui plaisent toujours beaucoup aux bébés lecteurs. Une première approche de la faune ludique et colorée.

Pourquoi… ? Parce que…

Deux ouvrages en miroir signés Petra Bartíková et Jana K. Kudrnová aux éditions Kimane, qui font la part belle aux illustrations et éclairent pour chaque animal un comportement particulier, lui permettant notamment de communiquer ou de se reproduire : pourquoi la poule couve son œuf, pourquoi le suricate monte la garde, pourquoi le caméléon change de couleur… comment les cygnes ou encore les paons et les ours blancs se font la cour. Une première approche scientifique du monde animal, servie par de belles illustrations.

Une vie de…

Les éditions du Ricochet et Alicia Quillardet proposent, quant à eux, une collection dont chaque nouveau livre s’attache à décrire le quotidien d’une espèce, comme un récit de vie. Ainsi, la collection compte déjà plusieurs titres : Une vie de girafe, Une vie de manchot, Une vie d’ours, Une vie de dauphin, liste complétée récemment de deux nouveaux titres, Une vie de macaque et Une vie de chouette. Dans ces ouvrages format portrait, le jeune lecteur emboîte le pas de l’animal mis à l’honneur, pénétrant ainsi son environnement, ses comportements, son alimentation, son rapport aux autres, sa façon de communiquer ou encore de faire des bébés ! Une première approche immersive et contée de la vie animale.

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Adulte = (un peu, beaucoup…) Enfant !

Pépite pour les petits et les grands, dans la BBthèque aujourd’hui ! Un livre pour savoir à quoi ça ressemble d’être un adulte, par Henry Blackshaw, aux éditions du Seuil Jeunesse. Et la quatrième de couverture de préciser :

Un livre pour les enfants qui veulent savoir ce que c’est d’être un adulte.

Un livre pour les adultes qui veulent savoir ce que c’est d’être toujours un enfant.

Alors… un adulte… ça ressemble à quoi ? Scoop : à… un enfant… celui qu’il a été un jour… tout comme toi, bébé lecteur !

Chers enfants,

Saviez-vous que tous les adultes ont un enfant qui vit en eux ?

Mais si… regarde bien sur l’image de la couverture : tu le vois, cet enfant contenu dans l’adulte ! Oui ? Maintenant que l’auteur-illustrateur t’a révélé cette grande vérité invisible à l’œil nu, ouvre grand tes yeux de bébé lecteur, afin d’imaginer, donner corps, avec Henry Blackshaw, à tous ces enfants contenus dans ces corps devenus grands. Tu t’apercevras peut-être que les attitudes de ces adultes, vis-à-vis de leur âme d’enfant, sont très variables, d’un individu à l’autre, et même d’un jour à l’autre. Si un adulte très occupé ou stressé tend à contenir son enfant en lui, sa part d’enfance finit souvent… toujours !? par le rattraper. Oui, tout adulte est encore finalement un peu beaucoup un enfant : regarde celui-ci qui danse, celle-là qui joue, ceux que la peur ou l’amour gagnent, et les plus âges d’entre nous qui font les 400 coups !

Et l’auteur-illustrateur de conclure :

L’enfance est un moment important. On y apprend des choses qu’on ne pourra jamais oublier ! Quand vous serez grands, vous aurez toujours un enfant en vous. […] Promettez-moi que vous prendrez soin de cet enfant en vous. […] Car c’est cet enfant qui rend la vie d’adulte… bien plus amusante !

Un album extraordinaire, par ses propos et ses illustrations qui rendent si palpables les enfants qui subsistent en nous, fondamentalement : l’enfance revêt un caractère essentiel… or il toujours savoir revenir à l’essentiel ; le temps passe, mais l’enfance demeure vivace, source de vie, tel un réservoir d’énergie.

A hauteur de bébé lecteur, de quoi se réjouir et voir les adultes autrement… comme d’autres enfants… quand c’est possible, à certains moments !

Des extraits à découvrir ici. Bonus : sur la couverture du livre imprimé, que tu ne manqueras pas d’acheter, d’emprunter, de consulter… tu peux toucher du doigt l’enfant qui saute au plafond dans l’adulte en costard-cravate !

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Une maison très spéciale

Maurice Sendak et Ruth Krauss font enfin leur entrée dans la BBthèque, par un album classique (1953) qui nous arrive en France en 2019 grâce à la traduction de Françoise Morvan et aux éditions MeMo. Cet album rythmé et joyeux, hymne à l’imagination et à la construction de l’identité des petits, s’apparente à une comptine d’enfant, un enfant racontant la maison de ses rêves :

Une maison très spéciale

Dans cet album, où le fond est de couleur ocre, où l’enfant (qui est le narrateur) constitue le seul (personnage) doté de couleurs (peau blanche et haut blanc, cheveux noirs et salopette bleue) et où les autres êtres et objets sont dessinés au crayon noir uniquement, l’enfant à salopette bleue, heureux, chantonne SA version de SA maison.

Je connais une maison — pas une maison d’ânon ou d’écureuil des bois — pas une maison qu’on voit — pas au bord d’une rue ni d’une route non plus — oh juste une maison qui est à moi Moi MOI.

Dans cette maison il y a… un lit, une étagère, des chaises, des portes, des murs, une table… et chacun de ces éléments est, c’est à préciser, très spécial. Dans cette maison l’enfant peut apporter un tas de trésors : une tortue, un lapin, une souris, des ouistitis et même un lion ! qui s’attaque, c’est jouissif, au mobilier. C’est une maison où il fait bon de bouger en bonne compagnie : se dire des secrets, rire à s’en rouler par terre, jouer, mimer, chanter, courir… sans jamais devoir s’arrêter. C’est le royaume où on peut clamer « ENCORE » sans que personne ne dise « STOP ».

Cette maison, il y a plein d’endroits où elle n’est pas, et un seul lieu où elle est : la tête de l’enfant qui l’imagine, qui la construit, qui la dessine, qui la chante (sur un air de jazz qui plus est), qui la danse, qui la dit et redit… et qui s’en réjouit.

Un bonheur de lecture avec les petits.

 

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Chien, chat & fables d’enfants

Il y a les fables de La Fontaine qui mettent en scène des animaux, et il y a la faculté universelle des enfants, dès le plus jeune âge, à fabuler sur tout et n’importe quoi, à commencer par les animaux qui accompagnent leur quotidien : chats et chiens. La chronique du jour dans la BBthèque réunit deux livres qui font la part belle à l’imagination hors norme des petits marmots sur ces compagnons bestiaux :

Kiki en promenade

Kiki en promenade est un ovni d’une esthétique rare, avec des illustrations à base de papiers découpés. Kiki c’est un chien, que son maître, Julien, emmène en promenade. Le maître devant, le chien derrière, tenu en laisse. Mais ce que le maître ne sait pas, ce que le maître ne voit pas, c’est que tout du long de cette promenade qui semble de prime abord (et peut-être est-ce le cas au final) inscrite et figée dans le le train-train quotidien, Kiki le chien, un poil abattu, vit milles et une aventures improbables auxquelles il survit, grâce à une chaîne incroyable de métamorphoses-événements. Kiki est attrapé par un aigle… si bien que Julien promène désormais un aigle ; lui-même attaqué par un tigre, si bien que Julien promène à présent un tigre ; lui-même transfiguré en chauve-souris quand les pas des promeneurs les mènent en un recoin sombre ; elle-même convoitée par un renard, que promène à son tour un Julien qui ne se doute toujours de rien ; lui-même transformé en pieuvre quand les promeneurs mettent les pieds à l’eau ; etc. jusqu’à ce que la forme originelle de Kiki, le chien, ne s’intéresse à ce qui n’est pas lui et reprenne ainsi sa place à lui, derrière son maître : ça tombe bien, la promenade est finie !

L’ordinaire se trouve ainsi enrichi d’une dimension extraordinaire, qui se déploie grâce au processus d’accumulation, aux effets de surprise générés, et au suspens de cette partie de cache-cache à rebondissements qui se joue entre l’animal en laisse et le bébé lecteur d’une part, le maître d’autre part. Un album comique qui illustre à merveille les ressorts de l’imagination.

Marcel super chat

Voici la version féline des affabulations enfantines, où la parole de l’enfant construit littéralement un mythe autour de son chat… devenu Super Chat.

– Dis, ça te dirait de venir chez moi ? Je te présenterai Marcel, mon chat.

– Un chat ? Bof ! … J’en ai déjà un chez moi.

– Oui, mais… sûrement pas comme Marcel ! Lui est EX-CEP-TION-NEL !

La conversation entre deux enfants se focalise ainsi sur le chat du narrateur, qui d’après ce dernier n’est rien de moins qu’un super héros à griffes et moustaches. Et l’enfant de le prouver en narrant tous les exploits, ordinaires et extraordinaires, comme guider une personne âgée, être un as en mécanique, décoller comme une fusée, et puis au final rien de moins que sauver toute l’humanité. Bon et après toutes ces activités, le super chat, il rentre chez lui. Manger sa pâtée. Comme si de rien n’était. Et c’est sans nul doute bien mérité.

Le discours monte, monte, monte, tandis que l’enfant s’emballe dans la fable qu’il monte de toute pièce et qui prend vie avec les illustrations, noir et orange, à la fois sobres, inventives et délicieusement humoristiques. L’orateur met tant de conviction dans son propos que son ami le croit, tandis que les lecteurs sont surpris et sourient : après tout, c’est vrai qu’on ne sait pas grand chose de la journée d’un chat. Qui sait…

Un bon gros mensonge poétique excellent, comme pourraient s’y adonner en toute bonhomie et enthousiasme bon nombre de jeunes enfants.

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Papa, maman, quel talent !

Les parents à l’honneur dans la BBthèque aujourd’hui, avec un très bel album polonais de Malgorzata Swedrowska (textes) et Joanna Bartosik (illustrations), publié aux éditions Thierry Magnier :

Papa, maman, quel talent !

Cet album en papier épais de qualité, format carré, dit au bébé lecteur en 48 pages la palette de talents de son papa et sa maman, et au-delà, chante pour tous les jeunes enfants les qualités des parents, le tout comme dit par le tout-petit :

Ma maman sait faire beaucoup de choses. […]

Mon papa sait faire beaucoup de choses.

Le fond de la page, toujours blanc, se voit enrichi à chaque page d’un exemple de talent du papa ou de la maman, en phrases et en images. Le propos est profondément paritaire : à tour de rôle, on commence par la maman puis on parle du papa, puis on commence par le papa puis on parle de la maman ; les activités traduisent une réalité s’affranchissant d’un discours « genré » : parfois, ma maman plante des clous ; parfois, mon papa prépare la soupe ; mon papa concocte des projets ; ma maman construit des histoires, mon papa leur donne vie, etc. Aucun rôle ou mission pré-établi.e ici, tant l’enfant restitue leurs rôles à travers les instants vécus.

C’est un livre non seulement à l’intérieur duquel les parents sont très présents, c’est même au-delà un livre dont les parents sont les héros. Les héros des enfants, en toute simplicité et… ensemble ; ils sont complémentaires entre eux et dans leurs relations à l’enfant. Ainsi, chaque double page incarne ce mariage de compétences, permettant au bébé lecteur d’apprécier les liens entre les activités et actions : ma maman allume le feu, mon papa étanche ma soif ; ma maman cligne de l’œil, mon papa tend l’oreille…

Une magnifique et émouvante déclaration d’amour d’un enfant à ses parents.

Ma maman et mon papa sont tout pour moi.

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Dessine-moi une forme ou une idée

S’il-te-plaît dessine-moi… une forme, qui fait des trucs.

S’il-te plaît dessine-moi… mon humeur, mes idées.

La BBthèque vous présente aujourd’hui deux albums qui illustrent et racontent la constitution de desseins par le dessin lui-même en construction. Des livres combinant éveil artistique et éveil des tout-petits à d’autres notions variées telles que les formes, mais aussi les actions et les émotions :

O

de Lucie Phan

Lucie Phan, dont vous avez peut-être pu déjà découvrir le fantastique Croc croque (non ? séance de rattrapage ici), sort un nouvel album, tout cartonné et format carré, s’adressant à nouveau aux tout-petits en jouant avec les lettres, les couleurs et les formes, 100% à hauteur des bébés lecteurs.

Au commencement c’est l’histoire de O, un cercle rouge donc… qui roule : deux coups de crayon noir et le voilà dévalant une pente… et cogner à la double page suivante le deuxième protagoniste qui n’est autre qu’un carré bleu. BOum. C’est une première rencontre, l’auteur-illustrateur-démiurge donne aux deux formes des yeux pour leur permettre de (se) voir, mais aussi de quoi évoluer et grandir chacun côte à côte en bonne entente : elle leur dessine ainsi des jambes, pour marcher, grimper… tomber ! Continue d’explorer la motricité en leur donnant des bras, créé leur capacité d’écoute en leur attribuant des oreilles et leur confère pour finir une bouche qui leur permettra tant de parler que de manger. En quatrième couverture, surprise, le duo de formes rond rouge & carré bleu élargit son univers en rencontrant un troisième personnage, un triangle… jaune !

A partir d’éléments de géométrie simple et en utilisant les couleurs primaires, Lucie Phan dessine, dans ce court et compact album au graphisme ludique et dynamique, un monde évolutif, qui prend littéralement corps au fur et à mesure de la lecture… et illustre à merveille le développement des tout-petits.

mes idées noires

de Leticia Rose

Lumière à présent sur un premier documentaire qui relève haut la main un pari difficile : dessiner des émotions, en déployant un graphisme de haut vol fondé sur un travail autour de la couleur. Le noir et blanc pour commencer, puis les couleurs, beaucoup de couleurs, une fois les idées noires apprivoisées… et dépassées.

quand je n’ai pas le moral,

dans ma tête se faufilent mes idées noires,

ces mauvaises pensées qu’on laisse venir et qui s’installent quand on se sent mal

dit le texte, jaune sur fond noir (le jaune dit déjà la lumière dans la nuit, une lueur d’espoir que la suite du récit matérialisera), sur la page de gauche, tandis que sur la page de droite, 6 à 9 toutes petites spirales noires crayonnées sur fonds blanc illustrent ces idées émergentes, qui vont prendre une place grandissante. Les pages suivantes décrivent par les mots et par l’image ce que ces idées, spirales noires croissantes jusqu’à remplir la double page de noir, opèrent chez le narrateur : elles apportent tristesse, découragement, fatigue, elles peuvent oppresser aussi, occuper tout l’esprit.

Quand réapparaît la couleur : le narrateur commence à nouveau à voir le verre non plus à moitié vide, mais à moitié plein, en se mettant à penser aux idées joyeuses. Celles que ses idées noires aurait comme emprisonné (et l’illustration de montrer des billes de couleurs derrière des barreaux noirs, sur fond blanc) ou noyé (et l’illustration de mettre en scène les billes multicolores au fond d’une mer noire). Si les idées noires fourmillent, les idées colorées jaillissent du cœur et montent jusqu’au cerveau, pour irradier à nouveau le corps et l’esprit. « C’est un peu comme si elles coloriait mes idées noires » dit le texte, quand l’illustration montre des dessins de spirales noires sur lesquelles on aurait redessiné avec des crayons de couleur. « Ou comme si mes idées noires étaient mangées par mes idées joyeuses » : le graphisme s’inspire alors du jeu pacman avec des ronds colorés de taille moyenne et gueule ouverte mangeant des cercles noirs devenus petits. La guerre est déclarée, reste à choisir son camp, et, puisque le travail est déjà bien entamé, se concentrer sur ces bulles colorées et joyeuses et les imaginer grandir, grandir et occuper tout l’écran de ses pensées.

En une trentaine de pages, le tout jeune lecteur vit, grâce à la démarche artistique adoptée, une expérience de lecture, à la fois distanciée et immersive, de ces émotions universelles (tristesse / gaieté ; malheur / bonheur…) qui traversent tout un chacun et qu’il est essentiel de connaître pour pouvoir les gérer. Ici, c’est le dessin, esthétique et didactique, qui donne corps aux idées et permet de les maîtriser. Un livre-clé, qui donne de nouvelles idées : pourquoi ne pas inviter les jeunes enfants à dessiner eux aussi leurs ressentis ?