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Tous les enfants ont droit à…

Le saviez-vous ? La convention internationale des droits de l’enfant, adoptée à l’unanimité par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1989, fête cette année 2019 son trentième anniversaire. Les éditions Rue du Monde, qui portent toujours bien leur nom, s’associent à cet anniversaire par la publication de ces deux ouvrages indispensables, cosignés Alain Serres (textes) et Aurélia Fronty (illustrations) :

Tous les enfants ont droit à la culture

J’ai le droit de sauver ma planète

 

Ces livres de belle taille — format carré, tout papier de qualité (43 pages, 27 x 27 cm) — disent et illustrent les droits des enfants à travers de belles images traduisant la réalité dans toute sa beauté mais pointant aussi les lacunes sur lesquelles continuer de travailler ; ils invitent tout un chacun à connaître et garantir les droits des petits à la culture et à la nature.

Les deux ouvrages partent du point de vue de l’enfant en employant la première personne du singulier pour rendre le jeune lecteur à la fois conscient et agissant à l’intérieur de tous ses droits ainsi rappelés, parmi lesquels :

Un jour, je nais, un jour de soleil ou de pluie. Dans ce pays ou dans un autre. Et aussitôt, je vois des yeux, des bouches et des sourires. J’entends des mots tendres dans la langue que parle ma famille. […] Mais je suis vite curieux des enfants d’ailleurs, des mots étranges qu’ils prononcent. […] Le monde est immense et j’ai le droit de savoir que la Terre, cette énorme boule de roches et d’eau, c’est la maison de tous les humains.

Ici, tout est gratuit ! Gratuits, le Soleil et sa pluie de lumière. Gratuits, les cuicuis, l’ombre des arbres et l’or des pissenlits… Ce n’est pas comme dans ces magasins où il faut tellement de sous ! Dans la nature, j’ai droit à tout [… Et parallèlement… :] Le voilà, le plus beau cadeau à faire à chaque petit Terrien : que les humains prennent soin de notre planète comme de leur enfant.

De beaux livres à lire et relire aux enfants dès l’âge de 2-3 ans, et qui donneront sans nul doute lieu à de féconds développements : l’affirmation de soi, alliée à la conscience des autres et de notre environnement à tous. Où il est fondamentalement question d’une valeur centrale à (re) transmettre à tous : le respect.

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Eau, ciel & terre

Hommage aux éléments avec cette chronique, ancrée dans la nature ce jour, dans la BBthèque, sur quatre nouveaux livres tip top :

  • Hé, l’eau ! d’Antoinette Portis aux éditions Le Genevrier
  • Quelque chose de merveilleux, de Shin Sun-Jae et Emilie Vast aux éditions MeMo
  • Une pierre dans l’univers, de Brendan Wenzel aux éditions Kaléïdoscope
  • Pop corn, de Sarah Cheveau aux éditions Les Grandes Personnes

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Mon premier est un documentaire sur l’eau, dont le cycle est raconté du point de vue d’une petite fille de 3 ans, Zoé : « Hé, l’eau ! On se connaît ! Tu es partout. » Zoé, et le bébé lecteur avec elle, fait le tour des multiples occurrences de l’eau, le livre devient ici imagier : robinet, arroseur, douche, tuyau, ruisseau, bassin, flaque, goutte de rosée, larme, verre, etc. Et une fois que Zoé a terminé ce tour d’horizon, elle clame « Hé, l’eau, merci ! ». L’imagier est alors complété de 3 pages documentaires, pour présenter auprès des plus jeunes : les différents états de l’eau, le cycle de l’eau, et les enjeux de préservation. Un livre responsable et instructif.

Mon deuxième est le récit d’un arbre, raconté par l’un de ses habitants : le chêne, cette merveille aux yeux des écureuils. Au début de l’histoire, l’écureuil trouve un tout petit chêne de Mongolie, un bébé chêne, au pied de sa très grande maman chêne, sur les branches de laquelle l’écureuil peut grimper et atteindre des sommets. L’écureuil aime tout de cet arbre qu’il habite et qui l’habite en retour : les racines inscrites dans la terre, les fleurs comme le pollen du printemps, puis les glands qui feront naître de nouveaux chênes, le vent, le jaunissement des feuilles à l’automne, le refuge à l’intérieur du tronc pour passer l’hiver bien au chaud… Ce récit tout en poésie, attentif à la magnificence de l’arbre comme à ses moindres détails, dit aux tout-petits le prodige naturel d’un écosystème se répétant chaque année, quand revient le printemps. Un livre merveilleux.

Mon troisième est le poème d’une pierre… dans l’univers. « A sa place, éternelle, au cœur de l’univers, dans l’eau, l’herbe et la terre, reposait une pierre. Et la pierre est… » Cet album en format paysage, minéral s’il en est, raconte cette pierre, et, au-delà, l’univers à partir de cette pierre : le soleil quand elle fait de l’ombre mais aussi la lumière lunaire qu’elle réverbère, son silence mais aussi son bruit quand quelque chose vient la heurter et se casser contre elle ; sa matière et sa taille différemment perçues selon qui la fréquente, ses couleurs changeant au rythme des saisons et des heures ; etc. « Et la pierre est repère, carte, itinéraire […] La pierre est éphémère et la pierre est millénaire. » A la dernière page, l’auteur-illustrateur interroge le bébé lecteur : et toi, connais-tu une telle pierre ? Un livre repère.

Mon quatrième s’intéresse au ciel…, au cinéma et au pop-corn maison ! Sarah Chevreau, dans ce petit livre animé, format paysage, convie le bébé lecteur à un spectacle, et qui dit pestacle dit pop-corn… Sarah Chevreau commence par expliquer en préambule comment on fabrique le pop-corn : « Faire du pop-corn, c’est facile. Il suffit de mettre un grain de maïs dans une casserole et quand on entend…  Pop ! … c’est prêt ! » et le bébé lecteur de pouvoir toucher du doigts le pop-corn en volume. Ce préambule fait, Sarah Chevreau nous plonge dans la nuit et nous invite à nous installer confortablement et à lever les yeux au ciel : c’est l’étoile du berger qui apparaît en premier, puis petit à petit le ciel se peuple de mille et unes étoiles, que l’homme de tout temps se plaît à relier entre elles pour « dessiner des histoires ». Et, là, magie, le ciel se donne, non pas à déguster comme un pop-corn, mais à lire comme un pop-up : les feuilles se déplient pour donner à voir le ciel et les formes imaginées par l’homme, parmi lesquelles… la casserole. Qui nous ramène au pop-corn. Et si on s’amusait à appliquer aux étoiles la même recette que le maïs ? Voici qui fait pop, et encore pop, pop pop pop pop… dans le ciel ! Rires garantis, et le ciel se trouve enrichi de volumes évoquant, Sarah Chevreau n’a pas peur de le dire, la Voie lactée, avant que juste avant l’aube les étoiles ne s’évanouissent et que seule subsiste… l’étoile du berger. Un album événement — à vivre comme une séance de cinéma.

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Au-delà des bestiaires

Place aux animaux dans la BBthèque ce jour, à travers deux splendides livres qui empruntent chacun au bestiaire tout en emmenant ce genre classique pour le tout jeune public vers d’autres genres favorisant itou également, et plus encore quand ils sont combinés avec le premier, l’éveil des tout-petits, et leur promettant un voyage vers un ailleurs, imaginaire et/ou réel : le livre d’art d’une part, le récit d’autre part.

L’art des tout-petits : animaux

Mon premier est le nouveau titre de la collection mettant l’art à portée des tout-petits aux éditions Palette qui (se) consacrent (à) l’éveil artistique. L’ours Pompon en vedette, il convie les jeunes enfants à retrouver les animaux dont ils sont familiers dans des œuvres d’art (peintures, sculptures) d’époques et de styles différents.

Le chat est ainsi dépeint par Suzanne Valadon (Bouquet et chat, 1919), le chien par Franz Marc (Chien couché dans la neige, 1910-1911), le cheval par Xu Beihong (Cheval galopant, 1937), l’on retrouve sur des fresques antiques les dauphins (Fresque des dauphins, 1550-1450 avant J-C) et le lion (Lion de la porte d’Ishtar à Babylone vers 575 avant J-C), et bien d’autres représentations d’animaux à travers une mini histoire thématique de l’art, pensée comme internationale.

Chaque reproduction de chef d’œuvre est accompagnée, comme dans le titre précédent de la collection, par une question semi-ouverte à choix fermé, pour amorcer un dialogue entre les lecteurs et les images, et s’en donner à cœur joie dans le grand jeu de l’observation et de l’interprétation. Le papier, épais, et la couverture, douce et rembourrée, contribuent au plaisir de ce voyage muséal par l’entremise de l’objet livre, dès le plus jeune âge.

Oui, qu’on soit tout-petit (lecteur) ou très-grand (artiste), on connaît tous les animaux, qui nous étonnent, nous intriguent voire nous fascinent.

Quelques extraits ici !

Jusqu’en haut 

Mon second est un livre dont l’arbre est la structure, et ses habitants ses héros. Il est signé Emilie Vast aux éditions MeMo.

Le récit met en scène une ascension au sommet de l’arbre des différents animaux le fréquentant ; une ascension qui constitue également une remontée à la source (le pourquoi du comment) de l’incident qui constitue le point de départ de l’histoire, au tout début du livre.

Mais rentrons plutôt dans le vif du sujet : nous sommes dans une forêt tropicale, et plus précisément au sein de la forêt amazonienne, poumon vert de la planète dans la mesure où elle produit 20% de l’oxygène de la Terre ! Elle abrite végétaux, minéraux, animaux… réunis dans un écosystème extrêmement riche mais menacé par l’exploitation humaine. Emilie Vast met ici en scène ces animaux que nous, adultes, connaissons mal et peu, et les donne ainsi à voir à tous les jeunes lecteurs… sous la forme d’une enquête presque policière !

Au départ, il y a Coati, qui, au sol, cherche à se sustenter avec de fruits. Quand PAF Ocelot lui tombe dessus ! Coati, gêné par la chute, demande à Ocelot pourquoi il lui est tombé ainsi sur le dos. Ocelot répond en relatant l’incident précédent dont lui-même a été victime l’instant d’avant : Ibis l’ayant piqué, il était tombé ; les deux animaux montent rejoindre Ibis pour lui demander la raison de son coup de bec. Ibis incrimine Tamandua et son coup de queue, et voilà les trois animaux en train de monter d’un cran pour interroger Tamandua. De branche en branche, d’animaux en animaux, se reconstitue la réaction en chaîne qui a conduit à la chute d’Ocelot sur Coati : un petit rhume dans la forêt humide, pour le petit Singe-Ecureuil… qui n’aurait, suppose l’auteur, pas bien appliqué les leçons de sa maman Singe-Ecureuil lui recommandant chaudement de bien enrouler sa queue autour de son cou… pour ne pas attraper froid…

Les illustrations, fines, modernes, opposant un arbre noir à des animaux de couleurs, montrent tant des points de détails (animaux, végétaux) que des vues d’ensemble, par un jeu d’alternance qui n’oublie pas d’inviter ses protagonistes principaux, les animaux, à jouer à cache-cache entre eux et avec le jeune lecteur : on les aperçoit, on les devine presque tous, et ce presque dès le début, mais ce n’est qu’au fur et à mesure du récit qu’on les découvre véritablement, et qu’on reconstitue l’histoire.

A la toute fin, sur la dernière double-page du livre, Emilie Vast dresse le portrait des différents animaux présentés, en révélant au tout jeune lecteur leurs principales caractéristiques. On retrouve ainsi : Coati, Ocelot, Ibis rouge, Tamandua, Toucan, Paresseux, Singe hurleur, Ara bleu et Singe Écureuil… êtres fragilisés par un avenir incertain.

Quelques extraits !

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Flic flac vs Plic ploc !

L’eau dans toutes ses formes aujourd’hui dans la BBthèque, avec deux albums dont les titres, sonores, disent d’emblée leur approche sensorielle de cet élément fondamental, qui peut prendre une forme liquide quand il s’agit de pluie (flic, flac !) mais aussi quand la banquise fond (plic, ploc…) et que ça pose bien question. Voici donc : Flic flac, de Fred Eclair et Julie Brouant aux éditions Benjamins Media (collection Taille S) et Plic ploc banquise, de Claire Garralon aux éditions MeMo (collection Tout-petits memômes) :

Flic flac

de Fred Eclair et Julie Brouant

Un ciré et des bottes… jaunes + des escargots + le bruit de l’eau : ou comment mettre en scène dès la page de couverture la folle aventure que représente pour les petits une promenade juste après la pluie ! Cet album, format carré, raconte comment un jeune garçon, au sortir de la sieste, s’apprête à prendre l’air… et pour ce faire, colle son nez à la fenêtre afin d’analyser le temps qu’il fait : le ciel est gris, il a visiblement beaucoup plu, mais les nuages commencent à faire place à des éclaircies. Un goûter et hop, une sortie, bien habillé, avec papa ! Tout est sensation, tout est jeu pour le jeune narrateur : écouter le bruit de l’eau, jouer avec son reflet dans les flaques, sauter entre les flaques voire à deux pieds joints DANS une flaque (splash !), observer et toucher la foule d’escargots, en sauver quelques uns, en adopter même un, ramener des cailloux lavés de peu à la maison ! Cet album doux et joyeux, hymne aux trottoirs mouillés et aux bébés réchauffés par tant de jeux, est accompagné d’un CD où l’histoire est lue par un jeune lecteur de 10 ans, Bérenger Martel, ponctuée de moments musicaux. A lire en complément du poétique et sonore Ainsi fait la pluie, de Heyna Bé et Baptistine Mésange, aux éditions Dyozol.

Plic ploc banquise

de Claire Garralon

Cet album, carré également, mais plus grand, s’ouvre sur un autre bruit, qui, quant à lui, fait souci :

Ploc.

Plic ploc.

Y a la banquise qui fond !

Catastrophe ! Y a la banquise qui fond !

Aux premières loges de cet événement, un petit manchot et un ourson polaire, qui, constatant ce phénomène inquiétant, vont jouer le rôle de lanceurs d’alerte auprès des « autres » : « il faut prévenir les autres », s’exclament-ils, et ces deux enfants mettent immédiatement à exécution cette intention. Les voici informant du danger les lièvres, les otaries, les morses, le béluga, la baleine et leurs papas… La plupart d’entre eux ont conscience du problème, mais se sentent impuissants : nous croisons les pattes pour que ça s’arrête, disent les uns, nous n’avons pas la solution, complètent les autres. Alors comment agir ? Claire Garralon présente deux points de vus différents à travers les réponses paternelles : un manchot illustrant la méconnaissance ou le déni (mais n’importe quoi, la banquise ne fond pas) ; un ours exprimant une attente et un espoir, dirigé vers les hommes :

Ne vous inquiétez pas les petits,

l’Homme le sait et,

c’est sûr, il va s’en occuper.

A nous de jouer ! conclut ainsi Claire Garralon, dans cet album qui, avec un graphisme épuré, aux couleurs blanches et bleues de la glace et l’eau, grises et beiges de la faune polaire, sensibilise les tout-petits et les plus grands au problème du réchauffement climatique. La conclusion du livre est aussi une introduction, invitation à l’action : c’est à nous tous, aujourd’hui et demain, qu’il appartient de comprendre comment l’écosystème fonctionne et le préserver. Après avoir mis à la portée des tout-petits des notions de philosophie et d’éducation civique dans C’est ma mare et Chat noir chat blancClaire Garralon poursuit ainsi dans Plic ploc banquise, dont vous trouverez des extraits ici, sa formidable entreprise qui consiste à construire un BA-ba du vivre-ensemble, et ce dès le plus jeune âge.

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Une journée de bûcheron

Etes-vous prêts pour une virée en forêt ? Si oui, allons-y en bonne compagnie : avec l’un des maîtres de ces bois… alias le bûcheron ! Ce sont les éditions Kilowatt et l’auteur-illustrateur Arnaud Nebbache qui ont l’idée, brillante, de cette aventure en pleine nature, dans un magnifique album et premier documentaire à la fois :

Une journée de bûcheron

une journee de bucheron arnaud nebbache kilowatt

Aux couleurs orangées de l’automne, ce livre décrit, par le point de vue d’un grand connaisseur de la forêt, une journée de A à Z, du lever… au coucher. L’histoire, à l’image de la journée, est articulée en plusieurs phases, entre instantanéité, permanence et attention fine aux menus changements : le réveil, les exercices du matin (pour s’échauffer), la vie d’un arbre, l’écureuil en particulier, l’hivernation et l’hivernation tandis que l’automne progresse, les autres habitants de la forêt, comment se réchauffer, abattre un arbre, dormir dehors si nécessaire, faire du feu, le travail du bois ou la menuiserie, et le repos à la maison seul… ou avec des amis à quatre pattes.

La page de droite se présente toujours comme un imagier de la phase décrite ; tandis que la page de gauche se donne à lire par une grande et superbe illustration accompagnée d’un récit (ou est-ce l’inverse ?), celui de la vie du bûcheron, un homme âgé et expérimenté qui partage avec le tout-petit son savoir-faire, son expérience, sa connaissance du bois et de la forêt.

L’ouvrage offre aux bébés lecteurs une plongée magistrale et empathique dans la vie de la nature… là où la forêt est d’ordinaire matière à angoisses dans les contes pour enfants, ce premier documentaire amène les jeunes enfants à en comprendre la population, animaux et végétation, l’environnement et le facteur temps.