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Flic flac vs Plic ploc !

L’eau dans toutes ses formes aujourd’hui dans la BBthèque, avec deux albums dont les titres, sonores, disent d’emblée leur approche sensorielle de cet élément fondamental, qui peut prendre une forme liquide quand il s’agit de pluie (flic, flac !) mais aussi quand la banquise fond (plic, ploc…) et que ça pose bien question. Voici donc : Flic flac, de Fred Eclair et Julie Brouant aux éditions Benjamins Media (collection Taille S) et Plic ploc banquise, de Claire Garralon aux éditions MeMo (collection Tout-petits memômes) :

Flic flac

de Fred Eclair et Julie Brouant

Un ciré et des bottes… jaunes + des escargots + le bruit de l’eau : ou comment mettre en scène dès la page de couverture la folle aventure que représente pour les petits une promenade juste après la pluie ! Cet album, format carré, raconte comment un jeune garçon, au sortir de la sieste, s’apprête à prendre l’air… et pour ce faire, colle son nez à la fenêtre afin d’analyser le temps qu’il fait : le ciel est gris, il a visiblement beaucoup plu, mais les nuages commencent à faire place à des éclaircies. Un goûter et hop, une sortie, bien habillé, avec papa ! Tout est sensation, tout est jeu pour le jeune narrateur : écouter le bruit de l’eau, jouer avec son reflet dans les flaques, sauter entre les flaques voire à deux pieds joints DANS une flaque (splash !), observer et toucher la foule d’escargots, en sauver quelques uns, en adopter même un, ramener des cailloux lavés de peu à la maison ! Cet album doux et joyeux, hymne aux trottoirs mouillés et aux bébés réchauffés par tant de jeux, est accompagné d’un CD où l’histoire est lue par un jeune lecteur de 10 ans, Bérenger Martel, ponctuée de moments musicaux. A lire en complément du poétique et sonore Ainsi fait la pluie, de Heyna Bé et Baptistine Mésange, aux éditions Dyozol.

Plic ploc banquise

de Claire Garralon

Cet album, carré également, mais plus grand, s’ouvre sur un autre bruit, qui, quant à lui, fait souci :

Ploc.

Plic ploc.

Y a la banquise qui fond !

Catastrophe ! Y a la banquise qui fond !

Aux premières loges de cet événement, un petit manchot et un ourson polaire, qui, constatant ce phénomène inquiétant, vont jouer le rôle de lanceurs d’alerte auprès des « autres » : « il faut prévenir les autres », s’exclament-ils, et ces deux enfants mettent immédiatement à exécution cette intention. Les voici informant du danger les lièvres, les otaries, les morses, le béluga, la baleine et leurs papas… La plupart d’entre eux ont conscience du problème, mais se sentent impuissants : nous croisons les pattes pour que ça s’arrête, disent les uns, nous n’avons pas la solution, complètent les autres. Alors comment agir ? Claire Garralon présente deux points de vus différents à travers les réponses paternelles : un manchot illustrant la méconnaissance ou le déni (mais n’importe quoi, la banquise ne fond pas) ; un ours exprimant une attente et un espoir, dirigé vers les hommes :

Ne vous inquiétez pas les petits,

l’Homme le sait et,

c’est sûr, il va s’en occuper.

A nous de jouer ! conclut ainsi Claire Garralon, dans cet album qui, avec un graphisme épuré, aux couleurs blanches et bleues de la glace et l’eau, grises et beiges de la faune polaire, sensibilise les tout-petits et les plus grands au problème du réchauffement climatique. La conclusion du livre est aussi une introduction, invitation à l’action : c’est à nous tous, aujourd’hui et demain, qu’il appartient de comprendre comment l’écosystème fonctionne et le préserver. Après avoir mis à la portée des tout-petits des notions de philosophie et d’éducation civique dans C’est ma mare et Chat noir chat blancClaire Garralon poursuit ainsi dans Plic ploc banquise, dont vous trouverez des extraits ici, sa formidable entreprise qui consiste à construire un BA-ba du vivre-ensemble, et ce dès le plus jeune âge.

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Poule bleue

Claire Garralon et les éditions MeMo sont de retour dans la BBthèque, avec un album qui parlera autant aux enfants qu’aux parents… et aux mamans tout particulièrement ! C’est l’histoire d’une poule… d’une

Poule bleue

poule bleue claire garralon.jpg

Hier, 

Poule bleue a pondu trois œufs.

Très fière,

elle les a couvés, couvés, couvés.

Tout est dit ou presque dans les deux premières double pages : l’histoire se projette vers l’avenir, la ponte et la couvade (répétée), c’est du passé…. à moins que… non !? et si c’était aussi un présent dont une jeune mère (poule) peine à se départir ?

De cette couvée,

trois poussins sont nés :

un violet, un rouge, un bleu.

Très fière, 

Poule bleue les a montrés, montrés, montrés.

Mais elle a surtout continuer à les couver, couver, couver.

Les poussins pourtant sont non seulement sortis de l’œuf, mais ont grandi et gagné en autonomie… Seulement Poule bleue ne se résout pas à les laisser… gambader dans le pré, en compagnie d’autrui (leurs camarades petits, et les parents les accompagnant). Elle tente puis renonce, jusqu’à que les poussins eux-même se mettent à la pousser et à exprimer à haute voix leur besoin, leur envie. Alors elle accepte, elle les suit, les accompagne et les regarde faire leurs premiers pas… Elle verse une larme, c’est difficile de ne plus les avoir complètement sous son aile. Elle comprend en même temps qu’une nouvelle page s’ouvre et s’écrit, et qu’elle peut continuer dans ce cadre inédit à dispenser et recevoir tout l’amour qu’ils se portent :

Aujourd’hui,

Poule bleue laisse ses petits gambader dans les prés. 

Très fière, elle sait que ses poussins iront loin, loin, loin.

Cet album beau et juste, servi par un graphisme ludique aux couleurs vives, parle et interroge la relation mère-enfant dans le temps, de la naissance à l’enfance puis… l’envol — enfin, dans le cas des poussins, c’est plus le fait de gambader en effet seul sur le pré ! Il met en scène ce moment précis de transition si intense et chargé en émotions, tant pour les (tout-) petits — oui, l’histoire peut se lire de leur point de vue… dans la mesure notamment où elle s’adresse aux bébés lecteurs — que pour les parents — papas coq et maman poules, à moins que ce ne soit l’inverse chez vous ?

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Chat noir chat blanc

Ceci n’est pas une chronique consacrée à une adaptation pour les bébés d’un film d’Emir Kusturica ! Pourtant, le titre du livre présenté aujourd’hui ici est bien chat noir chat blanc (OK d’accord, sans virgule entres les deux et sans majuscule). C’est un album format carré, en noir et blanc, c’est dit dans le titre, essentiellement, il est signé Claire Garralon aux éditions MeMo, qui met les canards de côté (ceux-ci et puis aussi ceux-là) pour s’intéresser aux chats :

C’est l’histoire d’un chat, noir, qui habite une maison blanche ; d’un autre chat, blanc, qui habite une maison noire ; c’est l’histoire de la rencontre de ces deux chats, pas si évidente que ça.

Le choix du noir et blanc traduit visuellement (quelle esthétique, rencontrant une remarquable efficacité narrative) les ressorts de la relation à l’autre, par essence différent de soi : comment faire connaissance, comment se lier, comment devenir amis ? L’envie semble un pré-requis ; ici pas de souci. L’envie est d’ailleurs tellement forte que tout semble possible… sauf qu’elle se heurte, semble-t-il en premier lieu, à un certain nombre d’obstacles : comment approcher ce chat noir qui vit dans un monde blanc alors que je suis tout blanc dans un monde tout noir… et inversement ?

Comme dans sa parabole à becs (coin-coin C’est ma mare oui oui je l’ai déjà dit mais je le répète, un livre génial chroniqué ici), Claire Garralon parvient ici encore à mettre la philosophie & l’éducation civique à portée des tout-petits, comme un B-A-ba du vivre-ensemble, tout simplement. Une histoire des plus félines qui dit l’essence-même de la socialisation : l’art de se rencontrer pour jouer à deux et plus encore.

Au départ donc, il faut une envie, si possible partagée, et cette envie, ici, survient tout à fait naturellement, comme chez le jeune enfant : et si on se rencontrait ? Cette idée, cette volonté se met à influencer, à faire évoluer notre état d’esprit et notre vision du monde, et faire tomber les obstacles qu’on s’imaginait voir ici et là. Claire Garralon dit en effet aux tout-petits, ici, la possibilité, que dis-je, la nécessité, et in fine, combien il est en réalité aisé, de trouver un terrain d’entente afin de vivre à la fois individuellement et collectivement, un facteur commun au-delà des spécificités de chacun — un tiers-lieu où presque tout devient possible, où 1+1 =2 voire 3 et plus encore si on veut.

En substance, l’album dit : tout n’est pas noir ou blanc ! Si les chats blancs ne peuvent rencontrer les chats noirs dans leur univers tout blanc, et réciproquement, qu’à cela ne tienne, pourquoi toujours tout voir en noir et blanc ? Où est la nuance là-dedans ? Le monde est, en fait, à y regarder de nouveau et de plus près, constitué de tant et tant de couleurs, pourvu qu’on sorte d’une relation on/off ô combien limitante… Les couleurs que l’on construit ensemble, chat noir, chat blanc, gris, jaune ou encore rouge — chacun peut y mettre son empreinte, sa patte —, une fois qu’on a compris qu’il est essentiel d’avoir un esprit ouvert et donc libre… autres pré-requis pour inventer, communiquer, construire une société nourrie d’échanges et d’interactions.

Ainsi l’album, essentiellement en noir et blanc, revêt sur sa double-page finale toutes les couleurs de l’existence, magistrale leçon de vie pour les jeunes enfants, qui, de fait, font aussi pour partie leurs premiers apprentissages du vivre ensemble par le jeu collectif : et si on jouait à chat ?

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Assemble ton canard et ton histoire !

Vous souvenez-vous du formidable C’est ma mare de Claire Garralon chroniqué ici ? L’histoire d’une mare occupée par un, deux, trois… une kyrielle de canards contraints d’apprendre l’art du partage. Une très belle leçon philosophique et civique à portée des tout-petits, mais aussi l’occasion pour les bébés lecteurs de faire l’apprentissage des chiffres (un, deux, trois… beaucoup) et des couleurs (voici un canard jaune, voici un canard rouge, etc.).

Voici qu’ils sont de retour, toujours aux éditions MeMo, et qu’ils partent en promenade !

Voici donc de nouveau un canard… mais un autre canard… en pièces détachées ! Si, si, car dès la première page on voit : un grand cercle rouge, un moyen cercle noir, un petit cercle blanc et un tout petit cercle noir, un triangle orange, un demi-cercle jaune, un carré bleu et un rectangle vert, et en assemblant ces diverses formes et couleurs, cher bébé lecteur, tu composeras un canard d’un nouveau type, le canard géométrique, aux couleurs vives qui plus est. Et puis non, en fait, ce n’est pas un canard, c’est une cane. Avec ses canetons. Et cette maman, et ses marmottons, se baladent et trouvent en chemin de nouvelles formes… représentant en fait divers éléments naturels rencontrés sur leur passage : un grand carré bleu pour un lac, un rectangle vert pour l’herbe verte du pré…

Une variante, branchée éveil artistique et mathématiques, au premier titre, donc, plutôt qu’une suite ! Pour les bébés lecteurs & acteurs, une sympathique invitation à jouer, en compagnie de nos amis coin-coin, avec les formes et les couleurs, stimulant l’imagination et la créativité à l’âge des premières abstractions. Ou comment un récit prend littéralement forme…

Quelques extraits à découvrir sur le site de l’éditeur : http://www.editions-memo.fr/la-promenade-des-canards

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De l’art de partager

La philosophie & l’éducation civique pour les tout-petits : pari complètement réussi avec C’est ma mare ! un livre à la fois mignon, drôle, intelligent et profond, signé Claire Garralon aux éditions MeMo en ce début d’année.

c est ma mare claire garralon

Voici un canard…

Oh ! quelle jolie mare !

C’est ma mare !

Arrive un canard blanc…

Oh ! Quelle jolie mare !

C’est ma mare !

Non, c’est la mienne ! 

répond le canard jaune.

Le canard blanc réfléchit.

On n’a qu’à la partager en 2 ?

D’accord !

Petit à petit, des canards de toutes les couleurs pataugent chacun dans leur coin (coin) sur une mare partagée en parts égales : le meilleur des mondes !?

MAIS voilà qu’un canard noir se présente au bord de la mare … Tandis que la communauté palmipède résidente lui exprime son souci de ne plus vouloir/pouvoir partager davantage, le petit dernier rétorque qu’il souhaite seulement nager tout en s’amusant… en bonne compagnie ! Et hop revoilà la notion de partage revue et corrigée : à l’invitation du nouveau venu, les frontières factices des espaces individuels tombent, pour faire place à un espace d’échanges, une aire de jeu où les uns discutent, se rencontrent, se bécotent, presque, quand d’autres se suivent, vont leur bonhomme de chemin, font un tour sur la terre ferme ou piquent une tête dans l’eau ! La mare s’anime et s’emplit de vie.

QUAND survient… un (énorme) hippopotame qui, par son poids, par sa taille, en impose tant aux canards… que tous se barrent ! Tandis que notre nouvel ami (ou ennemi ?) savoure son bain tranquillou pépère dans SA mare, un autre concurrent s’approche… car, le saviez-vous ? il y a d’autres hippopotames, et chacun d’entre eux aspire aussi à nager dans SA mare… Mais quand les occupants de la mare changent d’échelle sans la mare… il y a peu d’espoir de reproduire l’histoire des canards !

Le récit, fondé sur des répétitions et des écarts, maniant le suspens à la perfection, et servi par des dessins stylés, sobres, ronds et colorés (comment ne pas reconnaître dans la représentation des canards les jouets de bain bien-aimés de nos bambins), s’appuie sur un vocabulaire et une syntaxe simples, clairs et directs, à même de parler à tout âge…. et d’amener les plus jeunes à la réflexion.


the-light-bulb-363064_640Pour vous aider à trouver ce trésor en librairie ou en bibliothèque, en voici les références complètes :

C’est ma mare [Texte imprimé] / Claire Garralon. – Nantes : MeMo, 2016. – 1 vol. (30 p.) : ill. en coul., couv. ill. en coul. ; 23 cm.
ISBN 978-2-35289-280-9 : 13 EUR