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Une histoire de pieds… en éventail

L’été se poursuit dans la BBthèque, qui fait honneur, une fois n’est pas coutume, aux pieds d’ici et d’ailleurs, avec un éloge du pied dans tous ses états :

Les pieds en éventail

de Sandra Le Guen & Marjorie Béal

aux éditions Les P’tits Bérets

Dans ce tout cartonné format carré aux couleurs vives de l’enfance et de l’été, seuls comptent les pieds pourvu qu’ils trouvent rimes à leurs pieds : les pieds nus de Léo qui pataugent dans l’eau, ceux de Charlotte qui ne jurent que par les bottes, ceux de Lisette qui préfèrent les grosses chaussettes, ceux de mamie jolis mais rabougris, ceux de la grande sœur qui se peint les ongles de toutes les couleurs, etc.

Et puis il y a les pieds du narrateur : qui sont-ils, que font-ils ? « Et mes petits pieds à moi… ça dépend des fois ! » Comme quoi… Sur les dernières double pages de cet album, les pieds de l’enfant sont ainsi entraînés dans toute une série d’actions : jouer, pédaler, dévaler, courir, marcher, danser, nager, sauter… Autant dire qu’ils en font des choses et dès le plus jeune âge, ces petits pieds ! Et même se reposer… les doigts en éventail.

Bref… la poésie… c’est le pied en été !? Une lecture-détente à partager avec les petits qui découvrent dès la petite enfance leur corps et celui d’autrui, ainsi que les activités physiques diverses et variées en développant leur motricité.

Psssst : (au moins) un escargot figure sur chaque double page, le bébé lecteur saura-t-il le retrouver ?

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2 comptines, 1 poule, 1 canard

Dans la BBthèque cette semaine, voici deux comptines volatiles, revisitées avec brio par deux grands auteurs-illustrateurs jeunesse pour le plaisir des yeux et des oreilles des tout-petits :

« Une poule sur un mur … »

par Thierry Dedieu

Un nouveau titre signé Dedieu dans l’excellente collection Bon pour les bébés au Seuil jeunesse, c’est toujours une bonne nouvelle — pour mémoire, cette collection combine notamment un grand format pour tout-petit lecteur et des illustrations noir et blanc exclusivement.

Retour aux fondamentaux avec cette comptine si triviale et musicale à la fois, tellement universelle qu’elle fait systématiquement le bonheur des très jeunes enfants, et ce tout particulièrement quand les paroles de la comptine sont servies par des illustrations aussi expressives, mention spéciale à la poule dont le bébé lecteur épouse les mouvements de tête, les mouvements de cou, les mouvements de bec, pour, avec un large sourire, picoti… picota, picoter sa nourriture, le pain dur, lever la queue puis lever le camp !

« Un petit canard au bord de l’eau … »

par Jeanne Ashbé

Publié dans la collection Pastel des éditions de l’Ecole des loisirs, le nouvel album de Jeanne Ashbé exprime dès la couverture sa substantifique moelle : une coquille d’oeuf (dont le bébé lecteur appréciera le volume du bout des doigts) en train de se fêler car il est l’heure pour un caneton de voir le jour… ou comment naître au monde, mais aussi grandir — faire ses premiers pas, connaître son premier envol, sous le regard protecteur et bienveillant d’une maman.

Bon…, s’intitule cet album de naissance : comme une maman dirait, murmurerait, scanderait, chantonnerait, commenterait chaque petit ou grand événement par autant de « bon… », « bon bon bon »…, « bon… jour, toi », « bon… zour », jolie répétition de sonorités pour les bébés, et au-delà, jeux et choix de mots qui disent tout l’amour que le parent porte à l’enfant et qui nourrit la confiance de celui-ci envers le monde qu’il découvre, sécurité affective te voici te voilà.

Place ensuite… à une musique un peu plus complexe, une comptine, revisitée, qui correspond à un deuxième temps : le caneton va devenir canard, car voici qu’au bord de la mare la comptine narre l’autonomisation progressive de ce petit être en devenir. « Un petit canard au bord de l’eau… il est si beau… il est si beau… » (se mirer dans l’eau, prendre conscience de soi : je suis un être à part entière à présent), « un petit canard au bord de l’eau… il est si beau qu’il tombe dans l’eau… Plouf ! » « Bon… bon… booon »… commente la mère cane, large sourire au bec, de voir le jeune canard ressortir la tête de l’eau après ce plongeon involontaire et premier, l’air de dire l’air de dire, tu es tombé, ce n’est pas grave, tu t’es relevé maintenant, c’est en faisant qu’on apprend, bref, bon… voilà qui est fait… alors… on passe à une nouvelle étape : le petit canard, mais aussi ses comparses (si ce n’est toi c’est donc ta sœur… ou ton frère), barbotent ainsi, ensuite, derrière leur mère, avant de s’envoler ensemble dans les airs !

« Bon voyage, petit canard ! » dit le mot de la fin, montrant notre petit canard sans frère, sans sœur, sans maman, mais volant comme un grand… en souriant.

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Un manteau de mots

Un nouveau livre de naissance dans la BBthèque gagnant à être connu :

Le manteau de mots

d’Arnaud Alméras 

& Vincent Bourgeau

Un très joli album en papier, paru aux éditions Gallimard jeunesse, qui démarre avec ces mots :

Ta maman et moi, nous cueillons des mots pour t’en faire un cadeau.

Les premiers mots de parents s’émerveillant de leur enfant grandissant : la récolte est riche en émotions, mais aussi en surprises, tendresse, délicatesse, amusement, fierté, répétition en mode perroquet, étonnements, bercements, caresses, confiance, patience, sourires et bienveillance, etc. Les premiers mots de parents exprimant et échangeant avec leur enfant sur tous ces sentiments : « elle est si petite », « bonjour ma libellule », « regarde, elle fait un sourire », « tu vois, c’est magique, je souffle et ça bouge ! », etc. (et au passage ces mots dits plus qu’écrits sont retranscrits dans des petites bulles ou phylactères, comme dans une BD pour les bébés !). Et pendant ce temps-là, pendant que tous ces mots commencent à former une puis plusieurs trames, l’enfant grandit, de la sortie de maternité à la position assise, debout, la marche, les chutes et jeux… apprentissages de la vie et petits pas vers une plus grande autonomie. L’amour et la tendresse transmis par les parents au fil des premiers mois et des premières pages de la vie de l’enfant l’accompagneront pour le reste de sa vie :

De tous ces mots, nous te faisons un manteau doux et chaud.

Un manteau de mots, pour aller découvrir le monde.

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Big bang pop !

Big bang theory for babies… !? Voici aujourd’hui, dans la BBthèque, un nouveau premier documentaire pour les jeunes lecteurs, livre d’initiation à l’histoire, en grand format : Big bang pop ! de Claire Cantais à l’Atelier du poisson soluble.

Ce nouveau récit de l’apparition de la vie & de l’évolution du vivant vient rejoindre le club restreint des albums darwiniens pour petits bambins chroniqués çà et là dans la BBthèque, et s’en rapproche fort dans l’esprit :

Des mots et des images, empruntant à la technique du découpage & du collage, pour parler au tout petit du passé, des origines, du cycle de la vie jusqu’à aujourd’hui… puis demain : mettre les sciences à portée de sens pour les petits enfants.

Dans Big bang pop ! les illustrations incarnent littéralement le mouvement, mais savent aussi figer le temps. Le livre s’adresse au bébé lecteur à la deuxième personne du singulier, et lui parle sans faux semblant, par les faits, scientifiquement, mais aussi avec un peu de l’art oral du conte pour emporter l’auditoire (que de points d’exclamations, d’onomatopées… l’enthousiasme est au rendez-vous) + quelques comparaisons à la clé pour mieux parler aux grands bébés : la boule originelle, BANG, qui tourbillonne comme un manège, par exemple ! La folle agitation d’abord, tempête, puis le retour au calme coïncidant avec la naissance de la vie sur Terre, dans les eaux puis sur la surface terrestre. Quelques pages consacrés aux dinosaures, puis focus sur les mammifères… et en particulier :

Parmi tous les animaux qui se partageait la Terre à cette période, il en est un, petit homme, qui te ressemblait : l’hominidé.

Peu à peu certains de ces hominidés sont devenus des Homo Sapiens, dressés sur leurs deux pieds, fabriquant des outils avec des pierres, maîtrisant le feu.

Ainsi naît l’histoire de l’humanité : représenter le monde, bâtir, communiquer, inventer, voyager sur Terre, dans les airs et même dans l’univers, et recréer la vie. Ainsi naît… un nouveau bébé… et cher bébé lecteur, il s’agit de toi, qui, à ton tour, va prendre part à cette histoire dans l’Histoire…

Mention spéciale à la couverture du livre, qui montre le bébé se redressant, visant, avec son regard et sa main, l’apparition même de la vie, la cellule originelle représentée comme un ballon portant l’éponyme mention « Big bang pop ! ». On joue ensemble, petit être en devenir ? L’évolution de la vie est un terrain de jeu infini…

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Naître et devenir

Lumière aujourd’hui sur deux beaux, très beaux livres de naissance, l’un et l’autre prouesses graphiques, donc visuelles, au service de récits initiatiques :

Le premier, Le visiteur, est un album muet illustré par Iching Hung aux éditions HongFei Cultures, réalisé avec du papier argenté, de l’aquarelle et de la peinture acrylique. L’auteur, originaire de Taipei et héritière de l’art traditionnel de décoration des temples et spectacles de plein air mêlant toutes sortes d’êtres mythologiques, imaginaires, propose, dans ce livre originel et original, une aussi douce qu’incroyable épopée. Dès les premières planches, un drôle d’être, petit, surpris, radieux, éclot d’une non moins étrange masse sombre, c’est le visiteur sans doute, qui est-il, où est-il, où va-t-il ? Il visite, vadrouille d’un environnement à un autre, de matières en matières, une couleur après l’autre, que de découvertes, parcours dans le temps et l’espace, avant de se retrouver, un peu plus grandi, face à tous les éléments qu’il a croisés enfin réunis, et vus d’un peu plus loin… Métaphore de la gestation ? La visitée serait-elle la maman ? Quelques extraits ici !

Le second, Tu vas voir, est un album peu bavard qui se fonde sur des jeux de regard : signé Frédérique Bertrand aux éditions du Rouergue, il s’adresse au jeune lecteur à la deuxième personne, en lui demandant, d’emblée, d’ouvrir grand ses yeux ; et de fait, c’est un livre qui s’amuse à mettre en scène une paire d’yeux, et ce que cette paire d’yeux est amenée à voir. Une histoire qui parle, au présent, de l’avenir qui s’ouvre et s’offre à l’enfant naissant, avec force humour, tendresse, jeux d’images et de mots.

ouvre grand tes yeux [paire d’yeux]

tu vas voir [paire d’yeux étonnés]

on ne marche pas toujours à quatre pattes, on peut aussi voyager comme ça [image d’un œil compris dans un bateau naviguant sur l’eau sur la page de gauche], ou comme ça [image d’un œil compris dans un bateau et marchant sur le sable, page de droite],

c’est à toi de voir…

Chaque séquence est annoncée, telle une ritournelle, par l’affectueuse et espiègle affirmation « Tu vas voir », pour accompagner ensuite le petit dans ses premiers pas, ses premières fois, et puis ceux et celles qui suivent, aussi.

tu vas voir

il y a des musiques qui nous enchantent, d’autres que ne nous parlent pas

et d’autres que tu inventeras… « Ah, tu verras tu verras !… »

Dans cet ouvrage créé avec le concours du département de l’Ardèche et offert dans ce département à tous les enfants nés en 2018 et 2019 (quelle chance !), de double page en double page, la paire d’yeux est toujours là, seule d’abord, ou presque, on devine l’objet du regard, puis la page suivante son champ de vision l’entoure littéralement, voire la grignote à défaut de la dévorer des yeux ! Une lecture complice entre l’adulte et l’enfant, qui dit les apprentissages dans le temps, mais aussi la liberté, la curiosité, les choix, l’envie et la joie de vivre, fondamentalement.

A lire, au moins une fois, et à relire, au moins cent fois !

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La balade d’Asami

Bientôt le printemps et les cerisiers en fleurs, la BBthèque se met au parfum en chroniquant un album japonisant :

La balade d’Asami

de Delphine Roux et Pascale Moteki

C’est l’histoire d’une petite fille, Asami, qui, livrée à elle-même car sa maman est occupée à gérer la maison, réfléchit (serait-elle en train de concevoir un projet ?) et lui demande l’autorisation de sortir se promener avec son chien, Ito. Sa maman lui répond oui, et lui propose un panier pour l’accompagner dans sa balade. La petite fille et son chien gambadent dehors, il fait beau, et Asami remplit peu à peu son panier de mille trésors au gré des étapes de leur trajet :

  • dans un champ vert, elle cueille des trésors verts : fougère, lierre
  • dans un champ rouge, des trésors rouges : cerises, coquelicots
  • dans un champ bleu, des trésors bleus : fleur de lin, fil de laine échappé d’un nid
  • dans un champ jaune, des trésors jaunes : coquille d’escargot, épi de blé

La cueillette est finie ! Asami et Ito rentrent à la maison. Asami étale le fruit de sa récolte sur la table… puis, « dans le plus doux des secrets, elle fabrique une guirlande de rouge, de bleu, de jaune, de vert…. pour son tout petit frère », une guirlande 100% naturelle et colorée pour le tout petit bébé, avant d’être enlacée, avec ce bébé, dans les bras, tout aussi aimants, de son papa et de sa maman.

Une intention, un moment, une réalisation : la générosité du cœur se dit ici en sobriété.

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Pause lecture, pause goûter

Lumière aujourd’hui sur un trio d’albums réjouissants, signés Anaïs Vaugelade à l’Ecole des Loisirs : Canards, Chatons et Mouche, qui ont (au moins !) quatre points communs

  • leur petit format, aisé à prendre un main
  • leur héros, Amir, petit blond auquel le bébé lecteur s’identifie facilement, et qui interagit avec…
  • des acolytes animaux : maman cane et ses canetons, maman chat et ses chatons, ou la mouche qui fait mouche !
  • une fin gourmande correspondant au moment réconfortant du goûter des bébés protagonistes voire des bébés lecteurs…

Amir est un jeune enfant très attentif à son environnement, avide de découvertes et d’échanges :

Canards

Dans cette adaptation à la sauce Vaugelade d’une comptine anglaise (psst dont il a déjà été question en son et images dans la BBthèque ici !), Amir ajoute son grain de sel : au bord d’une mare, une maman cane ; sur la mare nagent ses cinq petits canards. Le décompte commence :

Un jour, 5 petits canards allèrent nageant, jusque de l’autre côté de la mare, et encore un peu plus loin.

Kwack ! Kwack ! Kwack ! Kwack ! dit maman cane.

4 revinrent.

L’étape d’après, 3 reviennent, puis 2, puis 1… La maman cane ouvre plus large son bec au fil de ces allers-venues décroissantes, haussant le ton à mesure que sa progéniture disparaît. Pendant ce temps, sans un son, un papillon voltige par moments et une grenouille joue à cache-cache parmi les roseaux ; pendant ce temps itou également, sans un mot, Amir apporte à ses amis bipèdes de quoi se ressourcer : des petits biscuits pour le goûter, l’occasion d’une grande réunion familiale de tous les bébés autour de la maman cane !

Chatons

Quand deux bébés chats naissent dans la grange, Amir leur apporte ses jouets pour les partager… avant de constater que les chatons ont d’autres jeux à lui proposer, comme monter sur des escaliers improvisés avec les balles de paille… mais aïe aïe aïe, comment descendre quand l’escalier s’est effondré ? Ouf, les mamans accourent et savent comment consoler leurs bébés : « d’abord, on leur fait un bon câlin… puis, on leur donne un bon goûter ! »

Mouche

Place à un album plus onirique (mais « d’après une histoire vraie » !) : ici, Amir, à l’heure de la sieste à la crèche, dort… ou ne dort pas… ! Toute son attention est concentrée sur les mouvements d’une petite mouche… tant et tant qu’il lui apparaît clairement qu’elle l’interpelle et l’invite à jouer avec elle :

« Bzzt, Bzzt, Amir ! » dit la petite mouche.

« Bzzt, Amir, tu vienz ! »

« Impossible », chuchote Amir, « je ne sais pas marcher au plafond ! »

« NORMALEMENT tu ne zais paz », dit la mouche

« Mais MAINTENANT, tu saiz ! »

Pour Amir, c’est le début d’une aventure… PARANORMALE : le temps d’une sieste sans témoin (autre que nous), le voici exceptionnellement et extraordinairement, et pourtant tout à fait naturellement, doté de toutes les capacités de cet insecte, marcher au plafond, voler, prendre de la hauteur voire la clé des champs… jusqu’à l’arrivée des dames de la crèche, du réveil collectif des enfants, à « l’heure du goûtezzz…. » !