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Sens et essence de l’art… expliqués aux tout-petits

Pour ouvrir l’année en beauté, la BBthèque vous présente ce jour un ouvrage d’éveil artistique, publié aux éditions Phaidon et conçu par Tamara Shopsin & Jason Fulford :

L’art sens dessus dessous 

Pourquoi ce titre ? Parce que le bébé lecteur est invité par les concepteurs de l’ouvrage à manipuler dans tous les sens ce livre-objet tout cartonné :

Viens voir ! Regarde bien, regarde en haut, regarde en bas, de près, de loin, et même derrière toi.
Surtout, ne t’arrête jamais de regarder !

Huit ensembles d’œuvres modernes — issues des collections du Whitney Museum de New York — sont ainsi montrées aux bébés lecteurs :

  • la sérigraphie Noir et blanc kaléïdoscopique de Carmen Herrera (2009) qu’on peut regarder indifféremment (ou pas) à l’endroit ou à l’envers
  • la sculpture Femmes et chien de Marisol (1963-64) dont on peut faire le tour pour apprécier les multiples représentations et volumes
  • la série Flowers d’Andy Warhol (1970) dont les motifs restent identiques quand les couleurs varient
  • la photographie d’un dessin de rue réalisé au sol par des enfants, signée Helen Levitt (vers 1940), à regarder par terre
  • un mobile d’Alexandre Calder, Grand rouge (1959), à regarder en l’air
  • un tableau explosif (1967) de Roy Lichtenstein à observer de près et de loin
  • la démarche de photographies / autoportraits de Cindy Sherman (née en 1964) que le bébé lecteur est invité à essayer grâce à un dispositif de miroir inséré dans le livre
  • l’oeuvre d’art mystère, avec la démarche de Christo qui, avec Paquet sur un diable (1973), créé un objet et l’enveloppe sans jamais dire ce que c’était… avant de l’exposer dans un musée !

La lecture de cet ouvrage est une expérience à part pour les tout-petits : d’une part, elle met en jeu leurs facultés d’observation ; d’autre part, elle développe les liens entre l’œuvre (photographie, sculpture, arts plastiques…) produite par un.e artiste et sa réception dès le plus jeune âge, en se fondant sur le geste de l’artiste mais aussi du spectateur : prendre connaissance d’une œuvre d’art, c’est ainsi pour le tout petit spectateur une action dans laquelle il s’implique d’une façon ou d’une autre, à laquelle il participe devenant ainsi spectacteur ; cette démarche lui pose des questions, ouvre des portes, renouvelle le regard qu’il peut porter, sur l’art, mais aussi sur le monde qu’il représente. Enfin, la lecture de cet ouvrage donne, in fine, une mine d’idées d’activités créatives à réaliser avec les tout-petits… artistes !

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Imagiers bilingues #2

La BBthèque a a cœur de présenter régulièrement des livres pour bébés qui contribuent à l’éveil des tout-petits aux cultures d’ici et d’ailleurs, à commencer par la découverte de langues différentes. Ainsi, la rubrique « Bilingue » s’enrichit aujourd’hui d’une palette de nouveaux premiers documentaires à destination de la petite enfance, au travers de nouvelles parutions de deux éditeurs distincts, Hikari d’une part, Léon Art & Stories d’autre part.

Mes imagiers… arabe, chinois, vietnamien

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Connaissez-vous la série d’imagiers bilingues japonais, signée Julie Blanchin Fujita aux éditions Hikari, dont le premier volume a été chroniqué ici-même dans la BBthèque ? La collection s’est depuis agrandie, avec l’ouverture à d’autres langues, et, partant, à de nouvelles contrées : voici que paraissent des imagiers bilingues français/arabe, français/vietnamien et français/chinois, dans le même format tout-petit carré et tout cartonné. Ces trois ouvrages, très facilement maniables par les toutes petites mains, ménagent des ouvertures vers d’autres écritures, d’autres expressions, grâce à une approche combinant illustrations, graphies et éléments de prononciation, transposition, traduction et définition. Mon imagier arabe, co-signé Olfa Berhouma et Sakakibara, présente ainsi douze mots emblématiques de cette langue (chameau, thé à la menthe, dattes, désert du Sahara…), de même que Mon imagier vietnamien signé Olivier Blanchain (le bun cha, les marionnettes d’eau, les gecko…) tandis que Mon imagier chinois (premier du nom), signé Kai Hua Cheng, recense les douze animaux du calendrier chinois (rat, buffle, tigre…).

Mon parcours artistique bilingue anglais/français

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Connaissez-vous la collection Mini Léon de Léon Art & Stories ? Il s’agit d’une série d’ouvrages souples, so-signés Hélène Kérillis, Guillaume Trannoy (traduction Régine Bobée) et combinant une approche docu/fiction, pour susciter l’éveil artistique des bébés lecteurs d’une part, l’éveil linguistique d’autre part, à travers l’utilisation symétrique des langues française et anglaise. Les deux nouveaux titres de la série, Noir & Blanc (Black & White) et Bleu (Blue) ne dérogent pas pas à cette règle du bilinguisme intégral, et présentent, pour illustrer chacune de ces couleurs, des œuvres d’art de Tina Palmer, Pekla Halonen, Antoine Watteau, Pierre Soulages, Wilhelm Hammershoi, Enos, Georges Braque, Sofonisba Anguissola, Jan Asselijn, Frans Hals, Pablo Pocasso, Otto Therodore Leyde,Cathy Banneville, Maurice Denis ; Franz Marc, Claude Monet, Sandy Skoglund, Yves Klein, Odilon Redon, Andrea Mantegna, Sarah Butterfield, Mary Cassat, Edouard Manet, Kawase Hasui et Watanabe Shozaburo, Edgar Degas, Fritz Thaulow, France Bihannic.

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Bienvenue dans ma maison d’édition

Ceci n’est pas un livre, ou plutôt si, ceci est un livre sur la création d’un livre. Sa fabrication. A l’approche de l’édition 2019 du Salon du livre jeunesse de Montreuil, et à l’occasion des 10 ans des éditions Hélium, lumière aujourd’hui, dans la BBthèque, sur un joli livre-objet qui permet de montrer aux jeunes enfants comment on construit les livres :

Bienvenue dans ma maison d’édition

de Didier Cornille et Sophie Strady

Vu de l’extérieur, côté recto, c’est une enveloppe, qui représente comme des rayonnages de bibliothèques contenant des livres de couleurs et formes variées et autour desquels gravitent les acteurs du livre — éditeurs, personnages, lecteurs… Qu’y a-t-il derrière ces étagères ? Qui sont ces protagonistes ?

L’enveloppe s’ouvre et se déplie pour former, côté verso, une maison bien particulière : une maison d’édition. L’atelier graphique sous les toits, au-dessus des espaces dévolus à l’édition, mais aussi à la réception et relecture de manuscrits, à la gestion des droits et de la promotion ainsi que le service presse, tandis que le rez-de-chaussée abrite le département de fabrication.

 

L’édition de livres est également illustrée dans ce livre-objet par de mini livre(t)s semblant correspondre à autant de productions de la maison d’édition que de composantes du travail de l’éditeur. Dix petits livres sont contenus dans le grand livre et traitent de sujets comme :

  • le patrimoine livresque : tant d’histoires classiques commençant par « il était une fois » , et tant d’héros ici déclinés en abécédaire, A comme Ali Baba et Auteur, B comme Babar et Bébé, C comme petit Chaperon rouge, etc.
  • l’expérience du lecteur : la première histoire d’un enfant fait partie du cycle des premières fois pour tout un chacun, et la lecture en partage à haute voix avec les plus jeunes est toujours la bienvenue (quand bien même animée par un chien stupide comme le raconte le tout premier mini-livre)
  • le travail des auteurs, qu’il s’agisse de textes (on parle alors d’auteur) ou d’images (on parle alors d’illustrateur)
  • le travail de l’éditeur et le vocabulaire afférent, à travers : un imagier du livre, un guide des métiers du livre, un manuel d’introduction à la typographie et, pour les plus grands, à la correction orthographique
  • un travail pour tous, avec un manuel à destination des lecteurs pour leur permettre de fabriquer leurs propres livres !

Ainsi se déroule le circuit du livre :

  1. L’auteur-illustrateur imagine son livre
  2. Mise au point du projet avec l’éditeur
  3. Conception de la maquette
  4. Relecture
  5. Photogravrure
  6. Gravure des plaques
  7. Impression
  8. Reliure et façonnage
  9. Envoi à la presse et aux spécialistes
  10. Réunion avec les libraires et bibliothécaires
  11. Tournée des représentants en librairie
  12. Les livres partent chez les libraires
  13. Jour de dédicace : l’auteur rencontre ses lecteurs…

Et, surprise, cette dédicace a lieu à la « Librairie aux chiens lecteurs » !

Un premier documentaire original et bien conçu sur les dessous et les fondements du livre, à partager avec les plus grands des bébés lecteurs… et au-delà.

NB : piège ou coquille ? sur la quatrième de couverture, le terme de bibliothécaire a perdu son h (snif). En espérant qu’il le retrouve bientôt.

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Chien, chat & fables d’enfants

Il y a les fables de La Fontaine qui mettent en scène des animaux, et il y a la faculté universelle des enfants, dès le plus jeune âge, à fabuler sur tout et n’importe quoi, à commencer par les animaux qui accompagnent leur quotidien : chats et chiens. La chronique du jour dans la BBthèque réunit deux livres qui font la part belle à l’imagination hors norme des petits marmots sur ces compagnons bestiaux :

Kiki en promenade

Kiki en promenade est un ovni d’une esthétique rare, avec des illustrations à base de papiers découpés. Kiki c’est un chien, que son maître, Julien, emmène en promenade. Le maître devant, le chien derrière, tenu en laisse. Mais ce que le maître ne sait pas, ce que le maître ne voit pas, c’est que tout du long de cette promenade qui semble de prime abord (et peut-être est-ce le cas au final) inscrite et figée dans le le train-train quotidien, Kiki le chien, un poil abattu, vit milles et une aventures improbables auxquelles il survit, grâce à une chaîne incroyable de métamorphoses-événements. Kiki est attrapé par un aigle… si bien que Julien promène désormais un aigle ; lui-même attaqué par un tigre, si bien que Julien promène à présent un tigre ; lui-même transfiguré en chauve-souris quand les pas des promeneurs les mènent en un recoin sombre ; elle-même convoitée par un renard, que promène à son tour un Julien qui ne se doute toujours de rien ; lui-même transformé en pieuvre quand les promeneurs mettent les pieds à l’eau ; etc. jusqu’à ce que la forme originelle de Kiki, le chien, ne s’intéresse à ce qui n’est pas lui et reprenne ainsi sa place à lui, derrière son maître : ça tombe bien, la promenade est finie !

L’ordinaire se trouve ainsi enrichi d’une dimension extraordinaire, qui se déploie grâce au processus d’accumulation, aux effets de surprise générés, et au suspens de cette partie de cache-cache à rebondissements qui se joue entre l’animal en laisse et le bébé lecteur d’une part, le maître d’autre part. Un album comique qui illustre à merveille les ressorts de l’imagination.

Marcel super chat

Voici la version féline des affabulations enfantines, où la parole de l’enfant construit littéralement un mythe autour de son chat… devenu Super Chat.

– Dis, ça te dirait de venir chez moi ? Je te présenterai Marcel, mon chat.

– Un chat ? Bof ! … J’en ai déjà un chez moi.

– Oui, mais… sûrement pas comme Marcel ! Lui est EX-CEP-TION-NEL !

La conversation entre deux enfants se focalise ainsi sur le chat du narrateur, qui d’après ce dernier n’est rien de moins qu’un super héros à griffes et moustaches. Et l’enfant de le prouver en narrant tous les exploits, ordinaires et extraordinaires, comme guider une personne âgée, être un as en mécanique, décoller comme une fusée, et puis au final rien de moins que sauver toute l’humanité. Bon et après toutes ces activités, le super chat, il rentre chez lui. Manger sa pâtée. Comme si de rien n’était. Et c’est sans nul doute bien mérité.

Le discours monte, monte, monte, tandis que l’enfant s’emballe dans la fable qu’il monte de toute pièce et qui prend vie avec les illustrations, noir et orange, à la fois sobres, inventives et délicieusement humoristiques. L’orateur met tant de conviction dans son propos que son ami le croit, tandis que les lecteurs sont surpris et sourient : après tout, c’est vrai qu’on ne sait pas grand chose de la journée d’un chat. Qui sait…

Un bon gros mensonge poétique excellent, comme pourraient s’y adonner en toute bonhomie et enthousiasme bon nombre de jeunes enfants.

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A partir de l’imagier

La chronique du jour dans la BBthèque réunit des livres qui mettent les jeunes lecteurs à contribution, réinventant et dépassant le genre de l’imagier :

Dans ces deux premiers documentaires, le livre constitue le socle pour transmettre au tout-petit le sens des mots par leur illustration ; puis vient le temps d’appropriation, qui engage le bébé lecteur au-delà du livre, dans la vie en général ; cet engagement est porté ci-dessous par des démarches participatives convoquant d’autres médias.

Blabl

l’imagier qui parle

Edouard Manceau livre ici un imagier sonore, avec CD et téléchargement possible MP3. Le principe de l’ouvrage imprimé est de donner à voir et lire aux tout jeunes lecteurs, par double page, toute une série d’images et de mots correspondant à ce que les illustrations désignent : en parcourant le livre, l’enfant enrichit sa connaissance du monde et son vocabulaire d’une centaine de mots.

La lecture se métamorphose à l’écoute de l’enregistrement audio qui l’accompagne : quand les jeunes lecteurs deviennent auditeurs, ils rencontrent une autre lecture, une autre appréciation de l’imagier. Ainsi, par leurs oreilles ils entendent deux enfants et un adulte qui lisent le livre, eux aussi… et dérivent dans leur lecture en racontant des histoires à partir des mots figurant sur le papier.

Bla-bla : non seulement l’imagier parle, mais, surtout, il invite et encourage les tout-petits à se lancer dans la grande aventure du langage écrit et oral… et dans le bain du récit, mais aussi du dialogue et de la conversation !

Tip Tap

Mon imagier interactif

Anouck Boisrobert et Louis Rigaud, habitués des livres en volume, développent une nouvelle approche ludique dans cet imagier qui, huit ans après sa première publication, continue d’être réédité fort de son succès, et qui se donne à lire… mais aussi à jouer. Ici, le livre imprimé est accompagné d’une application, à télécharger sur un appareil mobile (de type tablette) ou ordinateur, qui permet au jeune lecteur de prolonger sa lecture en jouant avec les mots.

Dans le livre, chaque double-page présente le champ lexical d’un univers (la maison, le jardin, les saisons, la ferme, les transports…) ou d’une notion (les contraires, les ordres de grandeur, les couleurs, les chiffres…) au travers d’un graphisme coloré dont l’adulte reconnaît l’origine numérique. L’ensemble des deux cents mots ainsi introduits est redistribué utilement dans un index clôturant l’ouvrage.

En lançant le jeu sur l’écran, l’enfant s’approprie le vocabulaire présenté dans l’imagier papier et s’emparant des éléments créés par Anouck Boisrobert et Louis Rigaud pour formuler ses propres histoires au sein de l’univers proposé. Comment ? En tapant, sur le clavier, les lettres du mot de son choix parmi ceux présentés dans l’imagier papier, faisant ainsi apparaître l’illustration du mot. Puis, en combinant d’autres mots, et donc d’autres images, il peut composer autant de scènes qu’il le souhaite et le cas échéant en garder la trace en sauvegardant son travail voire en l’imprimant. Vous pouvez visionner ici une expérience utilisateur dans la vidéo de présentation de l’imagier par l’éditeur.

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Récolte de pommes

Il était une fois une pomme, deux pommes, trois pommes, deux histoires pour ta pomme et pour moi : aujourd’hui la BBthèque vous présente trois albums qui font la part belle à ce fruit d’automne.

Quel est ce fruit ?

d’Anne Crausaz

En couverture de ce livre, dédié « aux desserts de ma mère », une belle pomme… habitée et traversée par de toutes petites bêtes : ces toutes petits bêtes, une grande, une petite, vont constituer, une fois n’est pas coutume, les alliés des tout-petits lecteurs en les guidant à travers les différents fruits qui poussent de-ci, de-là.

– Où vas-t-on, Madame Fourmi ?

-Tu verras, jeune fourmi ! Suis-moi, écoute les indice et devine ! […]

« Pas la peine de m’éplucher, ma peau est pleine de vitamines. Ma chair se croque pour n’en laisser que le trognon. Qui suis-je ? »

Dans ce jeu de devinettes servi par les très belles illustrations d’Anne Crausaz, la toute petite fourmi et le tout petit lecteur découvrent d’abord l’extérieur d’un fruit vu de très près, avant de rentrer (par de petits trous) à l’intérieur du fruit, représenté également en gros plan, puis d’en ressortir et de s’en éloigner pour l’apprécier avec la distance nécessaire pour bien l’identifier et/ou le reconnaître : c’est une pomme ! Sont aussi ainsi visités : le cerise, la fraise, le melon, l’abricot, la figue, la poire…. avant que n’arrive l’heure du goûter où nous est servie une salade de tous ces fruits ! Bon appétit les tout petits. Et si vous voulez lire en complément d’autres livres au top sur les fruits, rendez-vous ici.

Dans une toute petite pomme

de Corinne Dreyfuss

Le voyage à l’intérieur de la pomme se poursuit avec un autre animal non moins minuscule qui a élu domicile dans ce fruit. Voici Corinne Dreyfuss qui nous raconte une histoire, un conte :

Il était un tout petit ver qui vivait dans une toute petite pomme.

Il s’était creusé un nid doux entre deux tout petits pépins.

Il était au chaud et à l’abri, il grandissait doucement, dans la toute petite pomme.

Dans cet album et premier documentaire tout à la fois, format paysage, la pomme est représentée de l’intérieur et de l’extérieur, dans son environnement, en mouvement : chahutée par la brise, secouée en cas de choc, roulant au sol quand la branche lâche. Pour le petit habitant qui est devenu plus grand, il est temps de sortir de son cocon rond et vitaminé ; « c’était un long chemin à faire, cela dura un très long moment », puis il voit et vit le grand air, et se trouve projeté par le vent loin de sa toute petite pomme. Une larme coule mais il n’a d’autre choix que de poursuivre son chemin seul, et découvre ainsi ses propres attributs, des petites pattes, comme une chenille, un appétit nouveau, dévorer les feuilles devenues ainsi des feuilles pleines de trous. Le petit ver (qui est en fait une chenille) se tisse alors son propre cocon… et deviendra bientôt papillon. Une histoire douce qui évoque la gestation, la naissance et les premiers pas d’un petit être. Et qui n’est pas sans faire écho à la génialissime Chenille qui faisait des trous de monsieur Eric Carle…

Les trois pommes

de Maria Keil

Cet album format portrait se distingue par un choix graphique fort, signé d’une grande dame de l’illustration portugaise, Maria Keil : des personnages dessinés en noir et blanc et formés de pièces détachées assemblées et désassemblées à loisir comme des pantins, des photos de pommes détourées de taille démesurément grande par rapport à la taille des personnages, des phylactères pour représenter le texte sous forme de dialogues. Entre ces enfants et ces biens se tissent des potentialités variées…

Au départ, un garçon a trois pommes ; en les regardant il décide d’en garder une pour lui et de donner les autres à ces amis, dans la mesure où il aime bien avoir beaucoup d’amis. Ainsi, il salue une petite fille qui vient vers lui et lui donne une pomme, elle est ravie. Il fait de même avec une deuxième petite fille. Mais c’est un enfant qui ne sait pas encore vraiment compter et qui ne perçoit pas encore non plus toutes les conséquences de ses choix : aussi, quand vient un troisième enfant, il part pour lui donner une pomme, mais comme la sienne reste la sienne, il reprend une pomme à l’une des filles pour l’attribuer un nouveau venu, générant déception et contestation, et reproduit son erreur avec un quatrième enfant avant que n’arrive un cinquième marmot. La petite assemblée se dispute mais quelques acteurs commencent à reprendre le dessus pour trouver une solution, qui sera, bien entendu, de couper la poire la pomme en deux !

Super bonus : les jeunes lecteurs peuvent poursuivre l’histoire en photocopiant les pages de garde du livre, puis en découpant les pièces détachées (visages, bras, vêtements, jambes, etc.) et constituer leur propre histoire…

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Le chemin de la vie

La BBthèque aujourd’hui vous présente trois nouveaux et superbes livres qui racontent le chemin de la vie aux tout-petits, de la conception à la fin de vie, en passant par toutes les péripéties qu’entre-temps l’on vit :

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Hariki

de Lucie Félix

Réjouissons-nous : Lucie Félix, l’auteur-illustratrice de Prendre & donner, La promenade de Petit Bonhomme, Coucou !… est de retour, avec un livre-objet de toute beauté, qui dit, en couleurs et en mouvements, l’origine de la vie sur Terre à ceux qui viennent précisément tout juste de la découvrir.

En effet, les protagonistes de ce livre animé sont des cellules… aux noms ludiques (Harikos, Harikis !, qui plairont beaucoup aux tout-petits) et aux comportements fondamentalement exploratoires : et si j’allais ici, et si j’allais par là, tout seul ou en bonne compagnie ? Des personnages hauts en couleurs curieux de parcourir le monde à plusieurs et de se mélanger les uns les autres pour grandir et changer.

L’acteur de ces rencontres, de ces actions, dans ce livre, n’est autre que le bébé lecteur, qui fait glisser les micro-personnages d’un point A à un point B, écrivant sa propre histoire tout en reconstituant la grande Histoire.

Car ces cellules ne sont pas sans évoquer, aussi, les bébés eux-mêmes… D’ailleurs la narratrice conte l’Histoire comme si elle s’adressait à ses propres enfants à qui elle lirait une histoire du soir : « et maintenant, […] mes Harikos nouveaux, au dodo ! »

Un trésor de livre pour les tout-petits.

Une maman c’est comme une maison

d’Aurore Petit

Dès la page de couverture, des couleurs vives, une femme, un enfant, enlacés, l’un avec l’autre interagissant. C’est le portrait d’une maman, hommage à toutes les mères du monde. C’est l’histoire des origines de l’enfant, qu’il conservera avec lui quand il sera plus grand.

Dans cet album de 48 pages, chaque page écrit et illustre ce qu’est une maman, en utilisant le biais de l’anaphore imagée : « Une maman, c’est comme… ». Au fil des pages, le temps passe : au début, la maman est comme une maison abritant le tout-petit encore lové dans son ventre rond ; puis la maman est comme un véhicule marchant d’un bon pas, vers la maternité peut-être ; puis la maman est comme un nid quand elle tient entre ses bras un nouveau-né… Le papa aussi est présent dans les images, parfois. La relation au fil des pages entre la femme et l’enfant continue de se construire, une mère et son petit, fille ou garçon : « une maman, c’est doux », « une maman, c’est comme un refuge », « une maman, c’est comme un miroir », une maman, c’est comme une île »… et d’évoluer tout en conservant sa qualité.

Et voici qu’un jour l’enfant se met debout. « Une maman, c’est comme une cascade » quand elle est émue.

Il fait ses tout premiers pas, en partant des bras de son papa… pour rejoindre tout seul sa maman qui lui tend les bras un mètre plus loin. « Une maman, c’est comme une récompense ».

Et puis le voici autonome, heureux de marcher seul, confiant, sous le regard bienveillant de ses parents. « Une maman, c’est comme une maison… »

Immense coup de cœur pour ce livre-somme sur la maternité vue comme un foyer, et tellement plus encore : un album-poème aux illustrations modernes, qui transforme des scènes de vie quotidiennes en un tableau universel de l’origine de la vie.

Les rides

par JR

Et voici pour finir un très beau livre de photographies, à découvrir dès le plus jeune âge, fruit du travail de l’artiste et photographe JR dont c’est le premier livre pour la jeunesse. Ce premier livre d’art, que l’auteur dédie à « nos grand-parents », fait le choix de mettre à l’honneur un sujet original et difficile parfois : les rides… montrées sous l’angle des histoires qu’elles racontent.

Les rides racontent les histoires de toute une vie.

La page de couverture, sur fond très coloré, montre une personne très ridée, que le bébé lecteur peut effleurer de ses doigts. Puis le texte vient expliquer, accompagné de portraits : « nous avons tous deux yeux, un nez, une bouche… » « … et certains d’entre nous ont des rides ». Pourquoi des rides ? Parce qu’elles apparaissent avec l’âge. Quelles sont leurs caractéristiques physiques ? Elles semblent se graver doucement et progressivement comme des rayures sur la peau. Comment ? Quand on rit, quand on aime, quand on s’amuse, quand on se repose, quand on réfléchit… Quand on vit.

Chaque ride raconte une histoire ; chaque personne âgée et ridée a vécu mille et une histoires… à te raconter. Magnifique ouverture au dialogue intergénérationnel : le propos est sublime, et les photographies, noir et blanc, aussi, mettant en scène des modèles ayant tous le point commun d’avoir un certain âge et d’exposer les effets de l’âge avec naturel et beauté. A la fin du livre d’ailleurs, JR présente « les histoires qui se cachent derrière les rides de ce livre », en rédigeant de courtes bibliographies des modèles.