0

Petits explorateurs

La BBthèque emboîte le pas des bébés explorateurs et lecteurs à la fois, en chroniquant ici plusieurs livres, accessibles dès la petite enfance, qui disent la découverte du monde… et de soi :

attends-moi !

de Claire Garralon

Il était une fois un petit poisson rouge et un plus grand : sa maman. La maman dit au petit : « allez, on va faire un tour, suis-moi ! » Le petit peine à suivre sa maman : « Maman, attends-moi », tant et si bien que la panique semble le gagner quand sa maman devient hors de portée… de vue. Il cherche et appelle sa maman en pleurant, avant de retrouver le sourire en s’apercevant que sa maman est juste devant lui.

Ils ne pouvaient en effet être loin de l’autre, nous disent les illustrations qui jusqu’alors nous laissaient penser que les poissons étaient dans une grande étendue d’eau, à l’image vraisemblablement du ressenti du jeune enfant : en fait, ils vivent dans un bocal… à poissons rouges, ce dont la maman est parfaitement au courant ! Un bocal… tout rond.

Coucou… caché ! C’est reparti pour un tour, en relisant depuis le début cet album tout cartonné qui dit tout à la fois les séparations et les premières explorations ?

Vole, petit oiseau !

d’Emma Robert et Romain Lubière

C’est l’histoire d’un oiseau qui, à peine sorti du nid, effectue son premier envol :

Vole, petit oiseau, tu as tant de choses à découvrir…

L’album, tout cartonné, suit le vol de l’oiseau, et le bébé lecteur découvre ainsi le monde tel que le parcourt l’animal voyageur dans les airs : les champs colorés, les montagnes poilues, les forêts, les déserts, la banquise, les mers et océans, les savanes arides, les villes… et leurs habitants : vaches, chameaux, ours polaires, antilopes, humains, etc.

Un tour du monde à hauteur d’oiseau, qui initie les tout-petits à la géographie.

Mouha

de Claude Ponti

Mouha, c’est l’histoire d’un.e jeune enfant (toi ? moi !) qui se nomme Mouha. Mouha vit dans un arbre-maison dans les hauteurs. Tout de jaune vêtue comme en bébé-pyjama, et un peu très décoiffée, Mouha est très curieuse de descendre pour voir le monde en bas :

Je suis sûre qu’en bas de l’arbre maison, sur le sol de par terre, où je ne suis jamais allée, il y a plein de choses inconnues que je n’ai jamais vues, des animaux et des personnes inconnues, belles et intéressantes, plein d’occasions belles et intéressantes, plein de plantes belles et intéressantes, plein de bruits, de couleurs, d’odeurs, d’aventures belles et intéressantes ».

Et hop ! Elle se laisse tomber et son voyage commence. Elle trouve un oisillon tombé du nid itou également, qu’elle prend pour compagnon. Elle croise le chemin de Blaise, le poussin masqué, qui lui délivre un message très important :

Ici, sur le sol de par terre, ce qui a l’air vrai ne l’est pas toujours, et ce qui a l’air méchant ou gentil, ne l’est pas toujours non plus.

Certaines personnes, parfois venues de loin, ou d’ailleurs, seront là à temps et au bon moment.

Ce qui est important, c’est que tu es importante.

A part ça, j’aime ta coiffure.

Elle poursuit sa route avec un drôle d’engin, le Bourlingue-Œil. Après avoir vu les arbres, elle découvre les pierres, et de nouveaux animaux. Certains d’entre eux sont des alliés, d’autres non. Il faut être très beaucoup malin pour passer son chemin quand on tombe sur quelqu’un ou quelqu’une qui, comme dans la mythologie, te pose une énigme pour statuer sur ton destin. Chemin faisant, Mouha aiguise sa motricité, mais aussi son sens de l’observation et son esprit logique, sa géométrie (voyage au pays des cubes) et sa créativité (peindre des coccinelles pour les sortir du doute d’être des coccinelles si elles ne sont pas rouges)

L’album, en papier, dans un format paysage, se donne à lire à travers une succession d’images (trois par page), de séquences, telle une histoire à dérouler, un peu comme dans une bande dessinée. La toute jeune lectrice, le tout jeune lecteur, y apprend à grandir en observant, en écoutant, en pensant, en jouant, en faisant, seul, et avec, ou parfois contre, autrui. Un récit initiatique entre réalisme et fiction, avec des mots d’enfants qui disent leur propre expérience de ce grand monde dans lequel ils font leurs premiers pas.

0

Grrr (in/off)

Réveiller le monstre qui est en soi, et pourquoi pas ? Aujourd’hui dans la BBthèque, nous partons à la rencontre de petites bêtes rouges, à poils, queues et crêtes dorsales, qui ne sont jamais contents : ils pensent « Grrr », donc ils le sont !

Cette histoire, écrite par Clémence Sabbagh et Agathe Moreau aux éditions Diplodocus, met ainsi en forme (par un graphisme très sympa) et en scène (on tire vers la bande dessinée) un état émotionnel dont nous sommes tous victimes un jour ou l’autre : le mécontentement, poussé à son paroxysme dans la communauté des Grrr en ce qu’ils ne semblent, en fait, jamais contents, ni du temps qu’il fait, ni de ce qu’ils font, ni de ce qu’ils mangent, ni de vivre ensemble, tout est sujet à râler et demeurer insatisfait.

Et puis… un jour… quelque chose de nouveau survient. Quelque chose de nouveau et surprenant, qui va permettre à chacun de sortir de cet état. Quelque chose de rien du tout, pourtant : trois petits pois (qui sont rouges, comme eux). Ces trois petits pois, que tout le monde peut voir car ils apparaissent sur la façade d’une haute tour de la ville, suscitent d’abord l’interrogation, l’étonnement, la recherche du pourquoi du comment. Le lendemain, les petits pois se sont multipliés ! Les Grrr passent de la curiosité à l’enthousiasme pour ce prodige, auxquels ils adhèrent parce qu’il les motive : les voici même, tous sourires, qui poursuivent cette aventure inouïe en ajoutant, avec leurs crayons, leurs pinceaux, d’autres pois, de toutes les couleurs cette fois, et puis d’autres formes, des lignes, triangles, rectangles, etc. pour finir écrire des mots délivrant toutes sortes de messages, personnels ou universels, dans un grand vent de parole libérée…

Les Grrr sont désormais si contents qu’ils entraînent tout le monde dans leurs débordements de joie… y compris cette petite fille narratrice, image du bébé lecteur, qui conclut l’histoire, un pinceau vert à la main et sa maison (murs et sols) remplie de ses dessins, en interpellant en ces termes ses parents :

Les Grrr font comme ça et pas autrement, tu les connais pas ?

On leur consacre chaque année une journée, une journée où tout le monde peint et dessine ensemble sur les murs.

Et surtout, surtout, où il est interdit de râler !

Un album résolument positif qui apprivoise nos émotions avec humour et fantaisie. Youpi !

0

Un manteau de mots

Un nouveau livre de naissance dans la BBthèque gagnant à être connu :

Le manteau de mots

d’Arnaud Alméras 

& Vincent Bourgeau

Un très joli album en papier, paru aux éditions Gallimard jeunesse, qui démarre avec ces mots :

Ta maman et moi, nous cueillons des mots pour t’en faire un cadeau.

Les premiers mots de parents s’émerveillant de leur enfant grandissant : la récolte est riche en émotions, mais aussi en surprises, tendresse, délicatesse, amusement, fierté, répétition en mode perroquet, étonnements, bercements, caresses, confiance, patience, sourires et bienveillance, etc. Les premiers mots de parents exprimant et échangeant avec leur enfant sur tous ces sentiments : « elle est si petite », « bonjour ma libellule », « regarde, elle fait un sourire », « tu vois, c’est magique, je souffle et ça bouge ! », etc. (et au passage ces mots dits plus qu’écrits sont retranscrits dans des petites bulles ou phylactères, comme dans une BD pour les bébés !). Et pendant ce temps-là, pendant que tous ces mots commencent à former une puis plusieurs trames, l’enfant grandit, de la sortie de maternité à la position assise, debout, la marche, les chutes et jeux… apprentissages de la vie et petits pas vers une plus grande autonomie. L’amour et la tendresse transmis par les parents au fil des premiers mois et des premières pages de la vie de l’enfant l’accompagneront pour le reste de sa vie :

De tous ces mots, nous te faisons un manteau doux et chaud.

Un manteau de mots, pour aller découvrir le monde.

0

A cat out of the box

Lumière aujourd’hui sur, dixit la quatrième de couverture, « un drôle de livre qui joue au chat et à la souris avec toutes sortes de boîtes en jonglant avec les contraires » : je n’aurais pas mieux dit… tout un programme pour ce joueur de chat… et le bébé lecteur qui joue avec lui !

Petite boîte,

grosse boîte

de Caryl Hart & Edward Underwood

L’album, grand format, publié aux éditions Circonflexe, est illustré avec des dessins sobres et drôles, comme des gags en pagaille avec effet boule de neige, mettant en scène… des boîtes et un chat, qui passe de l’une à l’autre en les comparant (grand / petit, géant / minuscule…, quelles couleurs, quels motifs, quels formats), en les testant (je peux monter dessus => elle est solide ; elle s’écrase sous mon poids ? => pas tant que ça ; oups cette boîte là me fait glisser), en se les appropriant (ma boîte n’est pas ta boîte, et vice-versa ; celle-là est chouette pour dormir et même ronfler, cette autre pour marcher, cette troisième pour se couvrir avant de sortir, cette quatrième pour me planquer), en interagissant avec d’autres amateurs de boîtes (mais qu’y a-t-il dans cette boîte à trou ? une souris !!! à pourchasser… ou à aimer dans le cadre d’une nouvelle amitié… c’est dans la boîte mesdames et messieurs, monsieur le chat et dame souris sont désormais amis !!).

Un parcours haut en couleurs et tellement drôle, qui permet d’aborder énormément de notions avec les jeunes lecteurs : l’un et le multiple, les différences et les contraires, les conséquences de nos actes, tout ce qu’on peut faire avec des boîtes, le pouvoir du jeu & de l’expérimentation, mais aussi de l’observation, de l’analyse et de l’imagination, être un ou… deux, interagir avec les objets et avec autrui. Psst… pour feuilleter les premières pages de cette histoire, rendez-vous ici : https://www.circonflexe.fr/catalogue/eveil/grosse-boite-petite-boite !

0

Le Père Noël est une princesse

Vous avez déjà sûrement vu un proche (parent, ami, illustre inconnu… vous-même peut-être ?) se déguiser en Père Noël dans le courant du mois de décembre… Votre bébé, a priori, non ! … Mais il s’apprête à découvrir, quand il feuillettera avec vous l’album chroniqué ce jour ici, que le Père Noël (aussi) sait se déguiser ! Sacrée farce… car, le saviez-vous ? selon ce livre, le Père Noël (aussi) se travestit !! Scoop pour les tout-petits, sans nuire pourtant, rassurez-vous, à la magie. Explication-démonstration avec Bonjour Père Noël, par Michaël Escoffier et Matthieu Maudet à l’Ecole des loisirs :

La nuit de Noël, le Père Noël, vêtu de rouge et blanc, traverse le ciel étoilé dans son traîneau porté par ses rennes aux museaux rouges… une hotte pleine de cadeaux sur son dos.

Première escale chez un piou-piou qui place, en pole position, dans sa liste au Père Noël, une maison de poupées… malheur, le Père Noël n’en a plus en stock !! Qu’à cela ne tienne, à défaut d’avoir tout, le Père Noël sait faire preuve de créativité et de générosité : le voici qui offre au piou-piou son chapeau pointu découpé et transformé en maison de poupées ! En seulement deux escales supplémentaires, devinez quoi… notre Père Noël, à force de déshabiller Paul (lui-même) pour habiller Pierre (petit enfant n°1, petit enfant n°2, petit enfant n°3, etc.) se retrouve, scandale, presque à poil (mais rien de choquant, car le Père Noël a de jolis dessous blancs)…

C’est sans compter sur la générosité (vive la réciprocité… bel esprit des fêtes de fin d’année) des enfants envers celui qui est dépeint comme un super-héros par ces mêmes petits marmots : voici que l’un d’entre eux, une girafe (qui, hihi, a bien grandi d’un hiver à l’autre), troque le costume du Père Noël nouvellement acquis contre le déguisement qu’elle avait reçu l’an passé… Ce qui donne lieu à la surprise finale… : quand arrive, dans la dernière chaumière (en tout cas le livre s’arrête là… mais certainement on pourrait concevoir une suite…), quatrième escale… hum… est-ce encore le Père Noël, quand il revêt une robe, des chaussures, une chevelure et une couronne de princesse ??? Les lapins qui accueillent la demoiselle-noël-à-barbe sont en tout cas très surpris… et le bébé lecteur aussi !

Un album tout cartonné et très coloré, type première bande dessinée, qui dit, avec humour, bienveillance et facétie, l’esprit de noël — le don comme le partage — tout en présentant de joyeuses alternatives à une optique 100% consommation, avec des cadeaux de fait recyclés et « do-it-yourself »… L’album, mutin, illustre que l’habit ne fait pas le moine, en jouant avec les codes masculin-féminin (c’est la mère noël qui…) et, au-delà, avec la très populaire (et très appropriée, vu le sujet) thématique du déguisement qu’affectionnent tant les enfants dans leurs jeux d’imitation et de travestissement dès l’âge de 2-3 ans !

0

Une journée à jouer

Une nouveauté sympa chez Marcel & Joachim : Une belle journée, de Flora Gressard, avec des photographies signées Stéphane Gaudot.

Le principe est simple, efficace, structuré et structurant : décrire et dérouler la journée d’un jeune enfant à travers de petites mises en scène de ses jouets. Partir de ce qui est familier au bébé, pour rythmer son quotidien.

Chaque moment de la journée fait l’objet d’une double-page : le petit- déjeuner, une séance de jeu (en l’occurrence le spectacle… en route vers l’abstraction), le déjeuner, la sieste, la fête d’anniversaire chez le copain ou la copine, le bain, le dîner, le coucher.

  • Pour chacun de ces moments, un fonds de couleur uni : jaune (réveil soleil), puis bleu (théâtre), orange (miam), gris (repos), rouge (festif), bleu (aquatique), violet (miam), noir (nuit) ;
  • Pour chacun de ces moments, l’assemblage de jouets pour enfants de diverses marques, le tout pris en photos pour incarner ce moment ;
  • Pour chacun de ces mots, une petite bulle de texte, phylactère de bande dessinée, s’adressant au jeune lecteur pour traduire en mots ce qui est représenté par la photo, et l’inviter à jouer, à interagir avec l’image : ce que l’enfant préfère manger, lui proposer de compter les jouets au lieu des moutons pour tomber dans les bras de Morphée, de repérer les couleurs, les différences, etc.

A n’en pas douter, le bébé lecteur jouera d’ailleurs aussi à repérer lesquels des jouets figurant dans ce livre il connaît…

Quelques extraits ici pour vous faire une idée : http://www.marceletjoachim.fr/catalogue/#/une-belle-journee/ !

0

Papa pas à pas

Lumière sur un album tendre et lumineux mettant à l’honneur la relation naissante papa-enfant, écrit par Philip Waechter, adapté en français par Bernard Friot et publié chez Milan Jeunesse en 2009 :

Papa pas à pas

papa-pas-a-pas-waechter

– Tu n’as pas l’impression de trouver tous les bébés mignons ?
– Non, seulement le mien. 

Ou comment un père — la mère apparaît quelquefois aussi, mais ici, c’est la figure aimante du père qui est au cœur du propos — fait connaissance avec ce nouveau petit être grandissant qu’est son enfant : la naissance du bébé — et de manière concomitante celle du parent —, le retour à la maison, le rituel du dimanche (lire les journaux), la gestion du mal de ventre, les balades les mauvais jours comme les bons, la relaxation, les casse-croûtes, les premières conversations — « bbbllleuuubbbllleuuu » vs « bbbllleuuubbbllleuuu »…—, la maladie et la guérison, les matchs de foot à la radio, la séquence purée à la betterave ou la sortie chaotique au restaurant, les bébés nageurs, le bac à sable, la sieste à l’ombre de l’arbre…

Succession de scènes de cette nouvelle vie quotidienne, portée par des illustrations épurées et des mots tout simples : pour chaque page, le titre éventuel de la saynète virant parfois au sketch, le dessin la représentant, un dialogue, une description… comme un récit illustré tendant vers la bande dessinée, un peu à la Sempé.

Or donc…

Elle est pas belle la vie ? 

conclut le jeune père en s’adressant à son enfant souriant, déjà un peu plus grand, qu’il prend dans ses bras tout en continuant de marcher, poursuivant pas à pas son devenir de papa.