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Nouveaux livres à gogo #10 : dans les jardins

Depuis le 11 mai, la BBthèque met en lumière des albums récents que vous pouvez vous procurer dans vos librairies indépendantes préférées. Aujourd’hui, la BBthèque vous invite à une virée livresque dans les jardins, oui au soleil ou au frais ! Au menu de cette chronique, trois ouvrages pour jardiniers en herbe ou autres promeneurs en extérieur :

  • Dans mon petit jardin, de Lenia Major et Clémence Pollet aux éditions du Ricochet
  • Les bêtes minuscules de Tatsu Nagata au Seuil Jeunesse
  • Les P’tites coccinelles de Fleur Daugey et Chloé du Colombier aux éditions du Ricochet

Dans mon petit jardin - Lenia Major et Clémence Pollet

Mon premier est l’histoire d’une petite fille à qui ses proches préparent une surprise dans le jardin de la maison : « Je t’ai préparé un carré dans mon potager. Fais-y pousser ce qu’il te plaît. » La petite fille investit à fond ce qu’elle appelle « mon petit jardin », et les jeunes lecteurs suivent dans le temps cette activité tout à la fois bêcheuse, joyeuse, gourmande… au travers d’illustrations grand format souvent vues d’en haut. Chaque double page commence par l’énoncé du lieu investi « Dans mon petit jardin… », et partage avec les jeunes lecteurs une nouvelle découverte ! Un livre entre documentaire et fiction qui donne très envie de jardiner et éveille l’attention à la nature.

Les bêtes minuscules de Tatsu Nagata - Seuil Jeunesse

Mon deuxième est issu de la collections très savante d’ouvrages du célèbre savant de papier, Tatsu Nagata : il s’agit d’une anthologie de ses observations scientifiques sur les bêtes minuscules, bref une encyclopédie des toutes petites bêtes pour les tout-petits enfants ! Réunis dans ce volume somme : la coccinelle, le pou, la fourmi, la libellule, le moustique, le gendarme et le ver de terre. Les illustrations sont à la fois réalistes et humoristiques, elles visent à dire la dynamique – la vie – et l’essentiel. Les petites bêtes ne sont pas si petites sur le papier, ce qui permet de mieux les appréhender… mieux les admirer ou… mieux les éloigner quand elles nous embêtent !? Une anthologie pour apprendre en riant et rire en apprenant.

Les P'tites coccinelles - Flaure Daugey et Chloé du Colombier

Mon troisième s’intéresse à une petite bête en particulier, celle qu’on dit parfois être du bon (ah bon ?) dieu : la coccinelle… et plus précisément la coccinelle à sept points. Les coccinelles sont souvent rouges quand elles sont adultes, mais comment sont-elles à leur naissance ? Ce premier documentaire décrit la genèse de la coccinelle (que de transformations avant de devenir la coccinelle qu’on connaît !), son alimentation, ses pérégrinations, son truc pour tromper l’ennemi et assurer sa survie, et son sommeil quand les saisons froides prennent le relais. Un album à la portée des plus jeunes pour découvrir ce coléoptère et son cycle de vie.

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Adulte = (un peu, beaucoup…) Enfant !

Pépite pour les petits et les grands, dans la BBthèque aujourd’hui ! Un livre pour savoir à quoi ça ressemble d’être un adulte, par Henry Blackshaw, aux éditions du Seuil Jeunesse. Et la quatrième de couverture de préciser :

Un livre pour les enfants qui veulent savoir ce que c’est d’être un adulte.

Un livre pour les adultes qui veulent savoir ce que c’est d’être toujours un enfant.

Alors… un adulte… ça ressemble à quoi ? Scoop : à… un enfant… celui qu’il a été un jour… tout comme toi, bébé lecteur !

Chers enfants,

Saviez-vous que tous les adultes ont un enfant qui vit en eux ?

Mais si… regarde bien sur l’image de la couverture : tu le vois, cet enfant contenu dans l’adulte ! Oui ? Maintenant que l’auteur-illustrateur t’a révélé cette grande vérité invisible à l’œil nu, ouvre grand tes yeux de bébé lecteur, afin d’imaginer, donner corps, avec Henry Blackshaw, à tous ces enfants contenus dans ces corps devenus grands. Tu t’apercevras peut-être que les attitudes de ces adultes, vis-à-vis de leur âme d’enfant, sont très variables, d’un individu à l’autre, et même d’un jour à l’autre. Si un adulte très occupé ou stressé tend à contenir son enfant en lui, sa part d’enfance finit souvent… toujours !? par le rattraper. Oui, tout adulte est encore finalement un peu beaucoup un enfant : regarde celui-ci qui danse, celle-là qui joue, ceux que la peur ou l’amour gagnent, et les plus âges d’entre nous qui font les 400 coups !

Et l’auteur-illustrateur de conclure :

L’enfance est un moment important. On y apprend des choses qu’on ne pourra jamais oublier ! Quand vous serez grands, vous aurez toujours un enfant en vous. […] Promettez-moi que vous prendrez soin de cet enfant en vous. […] Car c’est cet enfant qui rend la vie d’adulte… bien plus amusante !

Un album extraordinaire, par ses propos et ses illustrations qui rendent si palpables les enfants qui subsistent en nous, fondamentalement : l’enfance revêt un caractère essentiel… or il toujours savoir revenir à l’essentiel ; le temps passe, mais l’enfance demeure vivace, source de vie, tel un réservoir d’énergie.

A hauteur de bébé lecteur, de quoi se réjouir et voir les adultes autrement… comme d’autres enfants… quand c’est possible, à certains moments !

Des extraits à découvrir ici. Bonus : sur la couverture du livre imprimé, que tu ne manqueras pas d’acheter, d’emprunter, de consulter… tu peux toucher du doigt l’enfant qui saute au plafond dans l’adulte en costard-cravate !

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Récolte de pommes

Il était une fois une pomme, deux pommes, trois pommes, deux histoires pour ta pomme et pour moi : aujourd’hui la BBthèque vous présente trois albums qui font la part belle à ce fruit d’automne.

Quel est ce fruit ?

d’Anne Crausaz

En couverture de ce livre, dédié « aux desserts de ma mère », une belle pomme… habitée et traversée par de toutes petites bêtes : ces toutes petits bêtes, une grande, une petite, vont constituer, une fois n’est pas coutume, les alliés des tout-petits lecteurs en les guidant à travers les différents fruits qui poussent de-ci, de-là.

– Où vas-t-on, Madame Fourmi ?

-Tu verras, jeune fourmi ! Suis-moi, écoute les indice et devine ! […]

« Pas la peine de m’éplucher, ma peau est pleine de vitamines. Ma chair se croque pour n’en laisser que le trognon. Qui suis-je ? »

Dans ce jeu de devinettes servi par les très belles illustrations d’Anne Crausaz, la toute petite fourmi et le tout petit lecteur découvrent d’abord l’extérieur d’un fruit vu de très près, avant de rentrer (par de petits trous) à l’intérieur du fruit, représenté également en gros plan, puis d’en ressortir et de s’en éloigner pour l’apprécier avec la distance nécessaire pour bien l’identifier et/ou le reconnaître : c’est une pomme ! Sont aussi ainsi visités : le cerise, la fraise, le melon, l’abricot, la figue, la poire…. avant que n’arrive l’heure du goûter où nous est servie une salade de tous ces fruits ! Bon appétit les tout petits. Et si vous voulez lire en complément d’autres livres au top sur les fruits, rendez-vous ici.

Dans une toute petite pomme

de Corinne Dreyfuss

Le voyage à l’intérieur de la pomme se poursuit avec un autre animal non moins minuscule qui a élu domicile dans ce fruit. Voici Corinne Dreyfuss qui nous raconte une histoire, un conte :

Il était un tout petit ver qui vivait dans une toute petite pomme.

Il s’était creusé un nid doux entre deux tout petits pépins.

Il était au chaud et à l’abri, il grandissait doucement, dans la toute petite pomme.

Dans cet album et premier documentaire tout à la fois, format paysage, la pomme est représentée de l’intérieur et de l’extérieur, dans son environnement, en mouvement : chahutée par la brise, secouée en cas de choc, roulant au sol quand la branche lâche. Pour le petit habitant qui est devenu plus grand, il est temps de sortir de son cocon rond et vitaminé ; « c’était un long chemin à faire, cela dura un très long moment », puis il voit et vit le grand air, et se trouve projeté par le vent loin de sa toute petite pomme. Une larme coule mais il n’a d’autre choix que de poursuivre son chemin seul, et découvre ainsi ses propres attributs, des petites pattes, comme une chenille, un appétit nouveau, dévorer les feuilles devenues ainsi des feuilles pleines de trous. Le petit ver (qui est en fait une chenille) se tisse alors son propre cocon… et deviendra bientôt papillon. Une histoire douce qui évoque la gestation, la naissance et les premiers pas d’un petit être. Et qui n’est pas sans faire écho à la génialissime Chenille qui faisait des trous de monsieur Eric Carle…

Les trois pommes

de Maria Keil

Cet album format portrait se distingue par un choix graphique fort, signé d’une grande dame de l’illustration portugaise, Maria Keil : des personnages dessinés en noir et blanc et formés de pièces détachées assemblées et désassemblées à loisir comme des pantins, des photos de pommes détourées de taille démesurément grande par rapport à la taille des personnages, des phylactères pour représenter le texte sous forme de dialogues. Entre ces enfants et ces biens se tissent des potentialités variées…

Au départ, un garçon a trois pommes ; en les regardant il décide d’en garder une pour lui et de donner les autres à ces amis, dans la mesure où il aime bien avoir beaucoup d’amis. Ainsi, il salue une petite fille qui vient vers lui et lui donne une pomme, elle est ravie. Il fait de même avec une deuxième petite fille. Mais c’est un enfant qui ne sait pas encore vraiment compter et qui ne perçoit pas encore non plus toutes les conséquences de ses choix : aussi, quand vient un troisième enfant, il part pour lui donner une pomme, mais comme la sienne reste la sienne, il reprend une pomme à l’une des filles pour l’attribuer un nouveau venu, générant déception et contestation, et reproduit son erreur avec un quatrième enfant avant que n’arrive un cinquième marmot. La petite assemblée se dispute mais quelques acteurs commencent à reprendre le dessus pour trouver une solution, qui sera, bien entendu, de couper la poire la pomme en deux !

Super bonus : les jeunes lecteurs peuvent poursuivre l’histoire en photocopiant les pages de garde du livre, puis en découpant les pièces détachées (visages, bras, vêtements, jambes, etc.) et constituer leur propre histoire…

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2 comptines, 1 poule, 1 canard

Dans la BBthèque cette semaine, voici deux comptines volatiles, revisitées avec brio par deux grands auteurs-illustrateurs jeunesse pour le plaisir des yeux et des oreilles des tout-petits :

« Une poule sur un mur … »

par Thierry Dedieu

Un nouveau titre signé Dedieu dans l’excellente collection Bon pour les bébés au Seuil jeunesse, c’est toujours une bonne nouvelle — pour mémoire, cette collection combine notamment un grand format pour tout-petit lecteur et des illustrations noir et blanc exclusivement.

Retour aux fondamentaux avec cette comptine si triviale et musicale à la fois, tellement universelle qu’elle fait systématiquement le bonheur des très jeunes enfants, et ce tout particulièrement quand les paroles de la comptine sont servies par des illustrations aussi expressives, mention spéciale à la poule dont le bébé lecteur épouse les mouvements de tête, les mouvements de cou, les mouvements de bec, pour, avec un large sourire, picoti… picota, picoter sa nourriture, le pain dur, lever la queue puis lever le camp !

« Un petit canard au bord de l’eau … »

par Jeanne Ashbé

Publié dans la collection Pastel des éditions de l’Ecole des loisirs, le nouvel album de Jeanne Ashbé exprime dès la couverture sa substantifique moelle : une coquille d’oeuf (dont le bébé lecteur appréciera le volume du bout des doigts) en train de se fêler car il est l’heure pour un caneton de voir le jour… ou comment naître au monde, mais aussi grandir — faire ses premiers pas, connaître son premier envol, sous le regard protecteur et bienveillant d’une maman.

Bon…, s’intitule cet album de naissance : comme une maman dirait, murmurerait, scanderait, chantonnerait, commenterait chaque petit ou grand événement par autant de « bon… », « bon bon bon »…, « bon… jour, toi », « bon… zour », jolie répétition de sonorités pour les bébés, et au-delà, jeux et choix de mots qui disent tout l’amour que le parent porte à l’enfant et qui nourrit la confiance de celui-ci envers le monde qu’il découvre, sécurité affective te voici te voilà.

Place ensuite… à une musique un peu plus complexe, une comptine, revisitée, qui correspond à un deuxième temps : le caneton va devenir canard, car voici qu’au bord de la mare la comptine narre l’autonomisation progressive de ce petit être en devenir. « Un petit canard au bord de l’eau… il est si beau… il est si beau… » (se mirer dans l’eau, prendre conscience de soi : je suis un être à part entière à présent), « un petit canard au bord de l’eau… il est si beau qu’il tombe dans l’eau… Plouf ! » « Bon… bon… booon »… commente la mère cane, large sourire au bec, de voir le jeune canard ressortir la tête de l’eau après ce plongeon involontaire et premier, l’air de dire l’air de dire, tu es tombé, ce n’est pas grave, tu t’es relevé maintenant, c’est en faisant qu’on apprend, bref, bon… voilà qui est fait… alors… on passe à une nouvelle étape : le petit canard, mais aussi ses comparses (si ce n’est toi c’est donc ta sœur… ou ton frère), barbotent ainsi, ensuite, derrière leur mère, avant de s’envoler ensemble dans les airs !

« Bon voyage, petit canard ! » dit le mot de la fin, montrant notre petit canard sans frère, sans sœur, sans maman, mais volant comme un grand… en souriant.

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Les contraires de Pittau & Gervais

Pittau & Gervais sont de retour dans la BBthèque au Seuil Jeunesse avec un premier documentaire, anthologie des contraires (72 pages s’il-vous-plaît) sobrement intitulée Les contraires, où ils déclinent pour illustrer cette notion… toute une troupe d’éléphants :

L’éléphant en creux d’abord sur la couverture du livre, qui constitue un excellent pochoir éléphantesque à qui pourrait en avoir besoin. Et puis le dessin d’éléphant qui est contenu dedans. Grand. Petit. C’est d’ailleurs avec ces deux mots que démarre la série des contraires, et le défilé de trompes… avec tout un tas de variations fantastiques autour du dessin d’éléphant.

Large/Etroit, Long/Court, Devant/Derrière… le duo d’auteurs s’amuse avec le duo d’éléphants, et tout ce que cette donnée permet de réaliser conceptuellement et graphiquement : oppositions entre les notions, points de rencontre, lignes de séparation, positions, volumes, formes, ajout, retrait, habillage, transformation…

L’humour comme le jeu lient les double-pages entre elles (une double page : un mot et son contraire), donnant lieu à une lecture riche, à plusieurs niveaux : l’enfant découvre des mots, des notions, des oppositions qu’il peut dire et redire et qui s’appliquent à l’occasion parfaitement au modèle pris, soit des éléphants dans la vraie vie, mais le plus souvent n’ont rien à voir (mais alors rien du tout) avec les éléphants (vous avez déjà vu un éléphant bouché ? ou un éléphant débouché ?). Et pourtant ce sont des éléphants qui vont donner l’exemple… parce que des éléphants, c’est connu, c’est visible, c’est marrant (et ça trompe énormément). En plus, ils ont d’excellentes bouilles, ces éléphants. L’enfant s’y attache (énormément). Et ils sont malléables, façonnables, alors on en redemande (forcément).

La démarche adoptée fait recette auprès des tout-petits comme des plus grands : elle développe à merveille l’éveil des jeunes lecteurs, sollicités bien au-delà d’une approche basique des contraires, tant par la richesse, la diversité voire la complexité du vocabulaire notions abordées, que par leur représentation ludique stimulant les capacités de compréhension mais aussi de déduction des enfants.