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Cache-cache

Amis de la gravure sur bois, vous serez comme moi heureux de lire le bel album de May Angeli, variante tendre, ludique et bucolique autour du coucou/caché, paru dernièrement aux éditions des éléphants :

Les protagonistes de l’histoire sont des animaux… et les héroïnes les voici en couverture : une grande jument, La Grise… et sa cadette, Brunette. La petite, Brunette, se cache sous la robe de son aînée… ce qui a le don d’irriter cette dernière. Aussi celle-ci lui propose un jeu d’extérieur : une partie de cache-cache ! Elle lui explique les règles. Mais voici que les autres animaux, le Chat, l’Oiseau, le Chien… s’en mêlent et s’emmêlent dans lesdites règles ! Finalement, Brunette en vient à se cacher si bien que la Grise craint de l’avoir perdue ! Tout revient dans l’ordre quand le cercle des joueurs s’élargit, dans la convivialité et la bonne humeur…

Un joli moment de lecture à partager avec les jeunes lecteurs, qui respire l’enfance, l’ennui, la camaraderie et les chamailles, l’apprentissage de la séparation et la joie des retrouvailles.

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Croque la vie avec Ploc

C’est stimulant, de chroniquer Ploc, sorti cette année aux éditions MeMo. Stimulant tant Mélanie Rutten développe dans ce tout-cartonné, sa première œuvre destinée aux bébés, un univers diantrement original, tendre, pêchu et plein de charmes : formes, couleurs, mots et caractères, dans ce livre extraordinaire, tout concourt à transporter tout-petits et grands vers une mythologie imaginaire à même de refléter les premiers apprentissages de la vie.

Les illustrations, peut-être, d’abord :

Oui, les images, mélange de peintures aquarelles et encre de Chine, donnent le ton, ainsi que les formes et noms des personnages de l’histoire : Ploc, Tine, Baba, Bubu… une bande d’amis que Mélanie Rutten introduit auprès des touts-petits en mettant en scène une tranche de leur vie, un petit bout de journée en leur compagnie, riche en émotions et enseignements, dans un cadre extérieur respirant la fraîcheur.

L’histoire, bien évidemment, ensuite. Mélanie Rutten ne craint pas de donner à lire un récit plutôt long pour son jeune public : un texte précis dans son vocabulaire, ses descriptions, ses actions, un vrai texte de grands pour les tout petits enfants.

Au début du livre et de la journée, il y a ce que chacun sait déjà faire, et, souvent, ce ne sont pas les mêmes choses que leurs petits voisins. Et voici qu’interviennent tout naturellement les bénéfices, les bienfaits de la socialisation : observer et apprendre (de) la différence… en collectivité vive la complémentarité ! Savoir se définir soi-même, par rapport à autrui ; imiter, partager, échanger, jouer ensemble, dans la joie et la bonne humeur, la frustration aussi, la peur, la colère, la tristesse quand un objet auquel on tient se casse… réparer les dégâts, soigner les blessures, relativiser, s’embrasser !

A la fin du livre et de la journée, chaque petit être ressort grandi de cette exposition au grand air et de cette interaction avec autrui : certains ont développé leurs compétences, quand d’autres ont appris à gérer leurs émotions. Le rideau peut tomber, sur un moment qui réunit et contente tout le monde : le goûter avec un superbe gâteau… ! Bon appétit chers amis, et continuez de bien croquer la vie…

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Ma petite vie et mes petits bobos

Deux petits imagiers, formats paysage, très mignons rejoignent la BBthèque : co-signés Alexandra Remise (textes) et Mathilde Cabanas (illustrations) chez Marcel & Joachim, voici donc Ma petite vie et Mes petits bobos, dans une nouvelle collection intitulée, forcément, « Mes petits livres » !

Dans mon premier, l’enfant narrateur décrit, à la première personne et par ses mots d’enfants sur ma gauche, par ses dessins enfantins sur ma droite (illustrations schématiques, avec beaucoup d’associations d’idées), les différents éléments qui constituent son environnement quotidien.

Dans mon second, même principe à l’œuvre, sauf que ce sont les petits bobos qui sont cette fois passés en revue : un inventaire qui collectionne les cris de douleur grâce à nos amies les onomatopées, permet d’identifier les petits incidents et gros accidents, les si nombreuses maladies que chopent les tout-petits, les souffrances liées à la croissance (euh vous avez dit dents de lait ?), les médicaments… et l’amour des parents ! Oui, car ce livre-là, il se termine par un super lot de consolation : des bibis, des bisous, pour les bobos, les bobos !

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Images du quotidien

François Delebecque, aux éditions des Grandes Personnes, est l’auteur prodige d’une série d’imagiers tout cartonnés de tip top qualité : un imagier de la plage, un imagier des animaux et aussi un imagier des jouets (en cliquant sur les liens vous accédez à la page de l’éditeur avec des extraits en ligne de chacun de ces titres)…

 

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Sur les pages de couverture, nul titre, chut, ici, ce sont les images qu’on lit. Une approche visuelle qui commence toujours par la silhouette de l’objet représenté. Même principe à l’œuvre à l’intérieur de ces livres formats carrés : à chaque page, le bébé lecteur lit d’abord un dessin noir & blanc associé au mot qui lui correspond, avant de découvrir, par un jeu de rabats, l’image en couleurs, superbe version photo, de l’objet représenté.

La réalisation est splendide, le concept, combinant intelligemment média photo et dessins très contrastés, proprement génial, à même de parler aux apprentis lecteurs, d’autant que c’est une partie de cache-cache & de devinettes à laquelle le photographe et plasticien François Delebecque les convie ici, doublée d’un éveil artistique plaçant en douceur l’enfant au cœur de la double question : comment voir le réel, comment représenter la réalité ?

Last but not least : voici que sort aussi un jeu de loto sur la nature signé du même auteur… chez le même éditeur ! 6 thématiques : les animaux de la ferme, les animaux sauvages, les petites bêtes mais aussi les fleurs, les fruits et les légumes. 6 cartes par thématiques, représentant chacune la silhouette en noir sur blanc de l’objet représenté, comme dans les livres. Chaque carte est à replacer par l’enfant sur la planche thématique adéquate : on retrouve ainsi 6 planches comportant chacune 6 photos des mêmes objets représentés. Un jeu riche et beau, pour prolonger la lecture par de nouvelles expériences ludiques… Quelques images ici !

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Un crocodile à la plage

Place aujourd’hui à un album qui sent bon l’été et les vacances au bord de l’eau :

Nageur comme fossile

de Natacha Andriamirado et Delphine Renon

En format paysage, portée par des illustrations pastel tendres, ludiques et d’une précision rare, voici l’histoire d’un fréquentant hors norme à la plage : ce crocodile, Fossile, qui, si, si, avec bonhomie et bienveillance, dans le sable et avec ses autres compagnons de jeux & bronzage prend racine. De toute sa longueur, et sans se départir, ni de ses lunettes, ni de ses tongs, ni de ses serviettes, il occupe le terrain sans mettre dans l’eau ni les pieds, ni les mains, ni rien. Lui, c’est le gardien. Le conseiller. Il est bien entouré, les auteurs de l’album nous ont présenté ses vingt-quatre amis dès la première double page : Gramme l’hippopotame, Clapin le lapin, Dandelion le lion… Avec un sourire sage, calme et (en apparence ?) tranquille, il les observe, les guide, les encourage à jouer, nager, s’amuser avec l’eau…

Mais son sourire se fend progressivement, jusqu’à ce que Fossile montre des dents… de peur s’entrechoquant : scoop !

Fossile a peur

d’aller dans l’eau.

Heureusement, Fossile a des amis… et sait les écouter :

Impossible !

Les crocodiles n’ont peur de rien !

Encore moins de l’eau !

Fossile, ne soit pas si inquiet […] Allez viens !

Crois-nous, ce n’est pas la mer à boire.

Ragaillardi, le voici qui plonge à son tour & à grand fracas, SPLASSSHHH ! dans l’eau, ouvrant une gueule béante pour dévoiler maintenant un sourire franc (son ami le poussin en profite d’ailleurs pour lui brosser une dent) ! Voilà, en toute simplicité, sa peur apprivoisée, et désormais, Fossile le crocodile aime beaucoup lézarder sur le sable ET nager dans l’eau.

Un livre très sympa, qui invite par ailleurs les jeunes lecteurs à nommer les animaux, à les compter grâce à un joli et discret système de points de couleurs et à repérer certaines des sempiternelles activités qui font tout le charme d’une journée à la plage : jeux d’anneau, jeux de balle, épuisette et coquillages.

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Au marché, je choisis…

Gaïa Stella, illustratrice et graphiste italienne, avec la complicité des éditions Hélium, a l’excellente idée de publier un livre-jeu sur le thème de « je fais mon marché », plus vrai que nature, à destination des tout-petits lecteurs / imitateurs !

Cet imagier tout cartonné relève à la fois du livre, du puzzle et… du sac de courses (en tissu qui plus est), si si si. Mais comment donc ? Sur chaque double page, le tout-petit découvre des familles de fruits et de légumes, distingués par leur forme, leur origine, leur goût… Sur la gauche, se trouve toujours reproduit comme un étalage de marché : pêche, grappe de raisin, figue, prunes, abricots… Sur la droite, le choix de l’enfant : en l’occurrence, une poire. Ce choix est matérialisé par son aspect détachable et manipulable : c’est une pièce de puzzle, son recto représente le fruit ou le légume cueilli, son verso le même aliment ouvert… voire consommé ! Le bébé gourmand, mangeur, lecteur… s’amuse alors à glisser une à une ses provisions dans le petit sac rouge fourni avec l’album !

Un concept ludique et pédagogique, couplé à une réalisation esthétique mais aussi parfaitement réaliste et pratique, qui ravira les très jeunes enfants avides de faire le marché… comme les grands.

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Trio

Lumière sur une toute nouvelle maison d’édition jeunesse, Dyozol, qui parmi ses trois titres de lancement, publie ce livre formidable délivrant aux très jeunes enfants un message de tolérance tout en éveillant les tout-petits à la géométrie :

TRIO d’un trio d’auteurs :

Franck Bruneau, Ambrogrio Sarfati et Camille Tartakowsky !

Un tout cartonné, petit mais dense format carré, qui, graphiquement et verbalement, met en formes l’environnement du bébé lecteur :

Il était une fois une contrée appelée l’Hexagone [et hop, représentation sur la gauche non pas de la France mais d’un hexagone].

Un jour, monsieur et madame Pythagore sont venus y habiter [et y mettre au monde leur bébé… triangle].

Ce bébé d’apparence triangulaire s’appelle Trio ; sorti de son cocon familial à trois sommets, il va découvrir que l’univers comporte aussi d’autres côtés… des bons… des mauvais ; et, avec son regard neuf et sa grande créativité, il s’attelle tout naturellement à construire le monde dans lequel il veut pouvoir évoluer. A l’école en effet, rendez-vous numéro un de la sociabilité, il cohabite avec d’autres enfants d’origines et formes aussi simples que la sienne, mais pas moins différentes : des ronds (beaucoup de ronds) et des carrés… Que d’heureuses et amusantes combinaisons cette diversité permet : quand Cyclo monte sur Trio, les deux zozos forment les deux éléments d’un toboggan ; quand Trio monte sur Cyclo lui-même porté par Carro, voici le trio transformé en équilibriste ! Mais, vivre ensemble oblige, les conflits prennent parfois le dessus sur les moments de partage constructifs et positifs… En cas d’attaque, Trio sait se défendre physiquement, grâce à ses angles… tandis que l’un de ses camarades, Rondo, en retour, s’oppose à lui par ses idées auto-centrées, utilisant les mots pour monter une communauté contre une autre :

On n’a pas besoin des triangles et des carrés dans la contrée aux six côtés !

Ce à quoi Trio répond dans un premier temps par la meilleure des armes : il réfléchit ! … puis il formule à haute voix, et en images, démonstration iconique et verbale, le fruit de sa méditation : non seulement, géométriquement, triangles et carrés peuvent habiter/constituer ensemble l’hexagone sans le déformer, mais c’est en s’assemblant les uns les autres de mille et une façons qu’ils déclinent toute la richesse de la vie se tramant au quotidien dans la contrée aux six côtés : une glace, c’est un cône avec des boules de sorbets, une montagne : des sommets approchant l’astre solaire… En s’assemblant, les formes simples donnent lieu à des formes complexes, le rejet et la destruction laissent place à autant d’entreprises créatives et constructives : de quoi occuper et réconcilier le trio de formes avant la fin de la récré !

Une remarquable illustration des bénéfices d’une approche constructiviste de l’apprentissage : c’est l’activité du sujet qui permet la construction de la représentation de la réalité qui l’entoure… Ainsi graphiquement mais aussi verbalement, c’est par la pensée suivie de l’action, en l’occurrence collective, que le trio d’amis dépasse dans cet album la représentation abstraite de formes isolées ou de combinaisons de formes élémentaires, pour aller vers la représentation d’un monde figuratif plus riche et fécond − un cône glacé, une montagne et tant d’autres paysages… dans lesquels chaque sujet, chaque personnage, trouve d’autant plus sa place qu’il l’a cherchée, qu’il a participé à son élaboration. La technique illustrative du papier découpé, adoptée dans cet album, concourt au même objectif : inviter les bébés lecteurs à devenir à leur tour des bébés constructeurs — par le découpage, l’assemblage, le collage —  de leurs propres dess(e)ins. Avis aux collectivités et librairies notamment : les éditeurs ont d’ailleurs conçu, autour de Trio, un atelier d’inspiration montessorienne qui s’appuie sur une valise de formes géométriques en volumes en vue de développer auprès des 0-3 ans l’appréhension de l’espace par la manipulation, la création et le langage.

Quelques images et informations supplémentaires sur le site de l’éditeur ainsi que sur leur page facebook !