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Papa, maman, quel talent !

Les parents à l’honneur dans la BBthèque aujourd’hui, avec un très bel album polonais de Malgorzata Swedrowska (textes) et Joanna Bartosik (illustrations), publié aux éditions Thierry Magnier :

Papa, maman, quel talent !

Cet album en papier épais de qualité, format carré, dit au bébé lecteur en 48 pages la palette de talents de son papa et sa maman, et au-delà, chante pour tous les jeunes enfants les qualités des parents, le tout comme dit par le tout-petit :

Ma maman sait faire beaucoup de choses. […]

Mon papa sait faire beaucoup de choses.

Le fond de la page, toujours blanc, se voit enrichi à chaque page d’un exemple de talent du papa ou de la maman, en phrases et en images. Le propos est profondément paritaire : à tour de rôle, on commence par la maman puis on parle du papa, puis on commence par le papa puis on parle de la maman ; les activités traduisent une réalité s’affranchissant d’un discours « genré » : parfois, ma maman plante des clous ; parfois, mon papa prépare la soupe ; mon papa concocte des projets ; ma maman construit des histoires, mon papa leur donne vie, etc. Aucun rôle ou mission pré-établi.e ici, tant l’enfant restitue leurs rôles à travers les instants vécus.

C’est un livre non seulement à l’intérieur duquel les parents sont très présents, c’est même au-delà un livre dont les parents sont les héros. Les héros des enfants, en toute simplicité et… ensemble ; ils sont complémentaires entre eux et dans leurs relations à l’enfant. Ainsi, chaque double page incarne ce mariage de compétences, permettant au bébé lecteur d’apprécier les liens entre les activités et actions : ma maman allume le feu, mon papa étanche ma soif ; ma maman cligne de l’œil, mon papa tend l’oreille…

Une magnifique et émouvante déclaration d’amour d’un enfant à ses parents.

Ma maman et mon papa sont tout pour moi.

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Dessine-moi une forme ou une idée

S’il-te-plaît dessine-moi… une forme, qui fait des trucs.

S’il-te plaît dessine-moi… mon humeur, mes idées.

La BBthèque vous présente aujourd’hui deux albums qui illustrent et racontent la constitution de desseins par le dessin lui-même en construction. Des livres combinant éveil artistique et éveil des tout-petits à d’autres notions variées telles que les formes, mais aussi les actions et les émotions :

O

de Lucie Phan

Lucie Phan, dont vous avez peut-être pu déjà découvrir le fantastique Croc croque (non ? séance de rattrapage ici), sort un nouvel album, tout cartonné et format carré, s’adressant à nouveau aux tout-petits en jouant avec les lettres, les couleurs et les formes, 100% à hauteur des bébés lecteurs.

Au commencement c’est l’histoire de O, un cercle rouge donc… qui roule : deux coups de crayon noir et le voilà dévalant une pente… et cogner à la double page suivante le deuxième protagoniste qui n’est autre qu’un carré bleu. BOum. C’est une première rencontre, l’auteur-illustrateur-démiurge donne aux deux formes des yeux pour leur permettre de (se) voir, mais aussi de quoi évoluer et grandir chacun côte à côte en bonne entente : elle leur dessine ainsi des jambes, pour marcher, grimper… tomber ! Continue d’explorer la motricité en leur donnant des bras, créé leur capacité d’écoute en leur attribuant des oreilles et leur confère pour finir une bouche qui leur permettra tant de parler que de manger. En quatrième couverture, surprise, le duo de formes rond rouge & carré bleu élargit son univers en rencontrant un troisième personnage, un triangle… jaune !

A partir d’éléments de géométrie simple et en utilisant les couleurs primaires, Lucie Phan dessine, dans ce court et compact album au graphisme ludique et dynamique, un monde évolutif, qui prend littéralement corps au fur et à mesure de la lecture… et illustre à merveille le développement des tout-petits.

mes idées noires

de Leticia Rose

Lumière à présent sur un premier documentaire qui relève haut la main un pari difficile : dessiner des émotions, en déployant un graphisme de haut vol fondé sur un travail autour de la couleur. Le noir et blanc pour commencer, puis les couleurs, beaucoup de couleurs, une fois les idées noires apprivoisées… et dépassées.

quand je n’ai pas le moral,

dans ma tête se faufilent mes idées noires,

ces mauvaises pensées qu’on laisse venir et qui s’installent quand on se sent mal

dit le texte, jaune sur fond noir (le jaune dit déjà la lumière dans la nuit, une lueur d’espoir que la suite du récit matérialisera), sur la page de gauche, tandis que sur la page de droite, 6 à 9 toutes petites spirales noires crayonnées sur fonds blanc illustrent ces idées émergentes, qui vont prendre une place grandissante. Les pages suivantes décrivent par les mots et par l’image ce que ces idées, spirales noires croissantes jusqu’à remplir la double page de noir, opèrent chez le narrateur : elles apportent tristesse, découragement, fatigue, elles peuvent oppresser aussi, occuper tout l’esprit.

Quand réapparaît la couleur : le narrateur commence à nouveau à voir le verre non plus à moitié vide, mais à moitié plein, en se mettant à penser aux idées joyeuses. Celles que ses idées noires aurait comme emprisonné (et l’illustration de montrer des billes de couleurs derrière des barreaux noirs, sur fond blanc) ou noyé (et l’illustration de mettre en scène les billes multicolores au fond d’une mer noire). Si les idées noires fourmillent, les idées colorées jaillissent du cœur et montent jusqu’au cerveau, pour irradier à nouveau le corps et l’esprit. « C’est un peu comme si elles coloriait mes idées noires » dit le texte, quand l’illustration montre des dessins de spirales noires sur lesquelles on aurait redessiné avec des crayons de couleur. « Ou comme si mes idées noires étaient mangées par mes idées joyeuses » : le graphisme s’inspire alors du jeu pacman avec des ronds colorés de taille moyenne et gueule ouverte mangeant des cercles noirs devenus petits. La guerre est déclarée, reste à choisir son camp, et, puisque le travail est déjà bien entamé, se concentrer sur ces bulles colorées et joyeuses et les imaginer grandir, grandir et occuper tout l’écran de ses pensées.

En une trentaine de pages, le tout jeune lecteur vit, grâce à la démarche artistique adoptée, une expérience de lecture, à la fois distanciée et immersive, de ces émotions universelles (tristesse / gaieté ; malheur / bonheur…) qui traversent tout un chacun et qu’il est essentiel de connaître pour pouvoir les gérer. Ici, c’est le dessin, esthétique et didactique, qui donne corps aux idées et permet de les maîtriser. Un livre-clé, qui donne de nouvelles idées : pourquoi ne pas inviter les jeunes enfants à dessiner eux aussi leurs ressentis ?

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A partir de l’imagier

La chronique du jour dans la BBthèque réunit des livres qui mettent les jeunes lecteurs à contribution, réinventant et dépassant le genre de l’imagier :

Dans ces deux premiers documentaires, le livre constitue le socle pour transmettre au tout-petit le sens des mots par leur illustration ; puis vient le temps d’appropriation, qui engage le bébé lecteur au-delà du livre, dans la vie en général ; cet engagement est porté ci-dessous par des démarches participatives convoquant d’autres médias.

Blabl

l’imagier qui parle

Edouard Manceau livre ici un imagier sonore, avec CD et téléchargement possible MP3. Le principe de l’ouvrage imprimé est de donner à voir et lire aux tout jeunes lecteurs, par double page, toute une série d’images et de mots correspondant à ce que les illustrations désignent : en parcourant le livre, l’enfant enrichit sa connaissance du monde et son vocabulaire d’une centaine de mots.

La lecture se métamorphose à l’écoute de l’enregistrement audio qui l’accompagne : quand les jeunes lecteurs deviennent auditeurs, ils rencontrent une autre lecture, une autre appréciation de l’imagier. Ainsi, par leurs oreilles ils entendent deux enfants et un adulte qui lisent le livre, eux aussi… et dérivent dans leur lecture en racontant des histoires à partir des mots figurant sur le papier.

Bla-bla : non seulement l’imagier parle, mais, surtout, il invite et encourage les tout-petits à se lancer dans la grande aventure du langage écrit et oral… et dans le bain du récit, mais aussi du dialogue et de la conversation !

Tip Tap

Mon imagier interactif

Anouck Boisrobert et Louis Rigaud, habitués des livres en volume, développent une nouvelle approche ludique dans cet imagier qui, huit ans après sa première publication, continue d’être réédité fort de son succès, et qui se donne à lire… mais aussi à jouer. Ici, le livre imprimé est accompagné d’une application, à télécharger sur un appareil mobile (de type tablette) ou ordinateur, qui permet au jeune lecteur de prolonger sa lecture en jouant avec les mots.

Dans le livre, chaque double-page présente le champ lexical d’un univers (la maison, le jardin, les saisons, la ferme, les transports…) ou d’une notion (les contraires, les ordres de grandeur, les couleurs, les chiffres…) au travers d’un graphisme coloré dont l’adulte reconnaît l’origine numérique. L’ensemble des deux cents mots ainsi introduits est redistribué utilement dans un index clôturant l’ouvrage.

En lançant le jeu sur l’écran, l’enfant s’approprie le vocabulaire présenté dans l’imagier papier et s’emparant des éléments créés par Anouck Boisrobert et Louis Rigaud pour formuler ses propres histoires au sein de l’univers proposé. Comment ? En tapant, sur le clavier, les lettres du mot de son choix parmi ceux présentés dans l’imagier papier, faisant ainsi apparaître l’illustration du mot. Puis, en combinant d’autres mots, et donc d’autres images, il peut composer autant de scènes qu’il le souhaite et le cas échéant en garder la trace en sauvegardant son travail voire en l’imprimant. Vous pouvez visionner ici une expérience utilisateur dans la vidéo de présentation de l’imagier par l’éditeur.

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Eau, ciel & terre

Hommage aux éléments avec cette chronique, ancrée dans la nature ce jour, dans la BBthèque, sur quatre nouveaux livres tip top :

  • Hé, l’eau ! d’Antoinette Portis aux éditions Le Genevrier
  • Quelque chose de merveilleux, de Shin Sun-Jae et Emilie Vast aux éditions MeMo
  • Une pierre dans l’univers, de Brendan Wenzel aux éditions Kaléïdoscope
  • Pop corn, de Sarah Cheveau aux éditions Les Grandes Personnes

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Mon premier est un documentaire sur l’eau, dont le cycle est raconté du point de vue d’une petite fille de 3 ans, Zoé : « Hé, l’eau ! On se connaît ! Tu es partout. » Zoé, et le bébé lecteur avec elle, fait le tour des multiples occurrences de l’eau, le livre devient ici imagier : robinet, arroseur, douche, tuyau, ruisseau, bassin, flaque, goutte de rosée, larme, verre, etc. Et une fois que Zoé a terminé ce tour d’horizon, elle clame « Hé, l’eau, merci ! ». L’imagier est alors complété de 3 pages documentaires, pour présenter auprès des plus jeunes : les différents états de l’eau, le cycle de l’eau, et les enjeux de préservation. Un livre responsable et instructif.

Mon deuxième est le récit d’un arbre, raconté par l’un de ses habitants : le chêne, cette merveille aux yeux des écureuils. Au début de l’histoire, l’écureuil trouve un tout petit chêne de Mongolie, un bébé chêne, au pied de sa très grande maman chêne, sur les branches de laquelle l’écureuil peut grimper et atteindre des sommets. L’écureuil aime tout de cet arbre qu’il habite et qui l’habite en retour : les racines inscrites dans la terre, les fleurs comme le pollen du printemps, puis les glands qui feront naître de nouveaux chênes, le vent, le jaunissement des feuilles à l’automne, le refuge à l’intérieur du tronc pour passer l’hiver bien au chaud… Ce récit tout en poésie, attentif à la magnificence de l’arbre comme à ses moindres détails, dit aux tout-petits le prodige naturel d’un écosystème se répétant chaque année, quand revient le printemps. Un livre merveilleux.

Mon troisième est le poème d’une pierre… dans l’univers. « A sa place, éternelle, au cœur de l’univers, dans l’eau, l’herbe et la terre, reposait une pierre. Et la pierre est… » Cet album en format paysage, minéral s’il en est, raconte cette pierre, et, au-delà, l’univers à partir de cette pierre : le soleil quand elle fait de l’ombre mais aussi la lumière lunaire qu’elle réverbère, son silence mais aussi son bruit quand quelque chose vient la heurter et se casser contre elle ; sa matière et sa taille différemment perçues selon qui la fréquente, ses couleurs changeant au rythme des saisons et des heures ; etc. « Et la pierre est repère, carte, itinéraire […] La pierre est éphémère et la pierre est millénaire. » A la dernière page, l’auteur-illustrateur interroge le bébé lecteur : et toi, connais-tu une telle pierre ? Un livre repère.

Mon quatrième s’intéresse au ciel…, au cinéma et au pop-corn maison ! Sarah Chevreau, dans ce petit livre animé, format paysage, convie le bébé lecteur à un spectacle, et qui dit pestacle dit pop-corn… Sarah Chevreau commence par expliquer en préambule comment on fabrique le pop-corn : « Faire du pop-corn, c’est facile. Il suffit de mettre un grain de maïs dans une casserole et quand on entend…  Pop ! … c’est prêt ! » et le bébé lecteur de pouvoir toucher du doigts le pop-corn en volume. Ce préambule fait, Sarah Chevreau nous plonge dans la nuit et nous invite à nous installer confortablement et à lever les yeux au ciel : c’est l’étoile du berger qui apparaît en premier, puis petit à petit le ciel se peuple de mille et unes étoiles, que l’homme de tout temps se plaît à relier entre elles pour « dessiner des histoires ». Et, là, magie, le ciel se donne, non pas à déguster comme un pop-corn, mais à lire comme un pop-up : les feuilles se déplient pour donner à voir le ciel et les formes imaginées par l’homme, parmi lesquelles… la casserole. Qui nous ramène au pop-corn. Et si on s’amusait à appliquer aux étoiles la même recette que le maïs ? Voici qui fait pop, et encore pop, pop pop pop pop… dans le ciel ! Rires garantis, et le ciel se trouve enrichi de volumes évoquant, Sarah Chevreau n’a pas peur de le dire, la Voie lactée, avant que juste avant l’aube les étoiles ne s’évanouissent et que seule subsiste… l’étoile du berger. Un album événement — à vivre comme une séance de cinéma.

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Récolte de pommes

Il était une fois une pomme, deux pommes, trois pommes, deux histoires pour ta pomme et pour moi : aujourd’hui la BBthèque vous présente trois albums qui font la part belle à ce fruit d’automne.

Quel est ce fruit ?

d’Anne Crausaz

En couverture de ce livre, dédié « aux desserts de ma mère », une belle pomme… habitée et traversée par de toutes petites bêtes : ces toutes petits bêtes, une grande, une petite, vont constituer, une fois n’est pas coutume, les alliés des tout-petits lecteurs en les guidant à travers les différents fruits qui poussent de-ci, de-là.

– Où vas-t-on, Madame Fourmi ?

-Tu verras, jeune fourmi ! Suis-moi, écoute les indice et devine ! […]

« Pas la peine de m’éplucher, ma peau est pleine de vitamines. Ma chair se croque pour n’en laisser que le trognon. Qui suis-je ? »

Dans ce jeu de devinettes servi par les très belles illustrations d’Anne Crausaz, la toute petite fourmi et le tout petit lecteur découvrent d’abord l’extérieur d’un fruit vu de très près, avant de rentrer (par de petits trous) à l’intérieur du fruit, représenté également en gros plan, puis d’en ressortir et de s’en éloigner pour l’apprécier avec la distance nécessaire pour bien l’identifier et/ou le reconnaître : c’est une pomme ! Sont aussi ainsi visités : le cerise, la fraise, le melon, l’abricot, la figue, la poire…. avant que n’arrive l’heure du goûter où nous est servie une salade de tous ces fruits ! Bon appétit les tout petits. Et si vous voulez lire en complément d’autres livres au top sur les fruits, rendez-vous ici.

Dans une toute petite pomme

de Corinne Dreyfuss

Le voyage à l’intérieur de la pomme se poursuit avec un autre animal non moins minuscule qui a élu domicile dans ce fruit. Voici Corinne Dreyfuss qui nous raconte une histoire, un conte :

Il était un tout petit ver qui vivait dans une toute petite pomme.

Il s’était creusé un nid doux entre deux tout petits pépins.

Il était au chaud et à l’abri, il grandissait doucement, dans la toute petite pomme.

Dans cet album et premier documentaire tout à la fois, format paysage, la pomme est représentée de l’intérieur et de l’extérieur, dans son environnement, en mouvement : chahutée par la brise, secouée en cas de choc, roulant au sol quand la branche lâche. Pour le petit habitant qui est devenu plus grand, il est temps de sortir de son cocon rond et vitaminé ; « c’était un long chemin à faire, cela dura un très long moment », puis il voit et vit le grand air, et se trouve projeté par le vent loin de sa toute petite pomme. Une larme coule mais il n’a d’autre choix que de poursuivre son chemin seul, et découvre ainsi ses propres attributs, des petites pattes, comme une chenille, un appétit nouveau, dévorer les feuilles devenues ainsi des feuilles pleines de trous. Le petit ver (qui est en fait une chenille) se tisse alors son propre cocon… et deviendra bientôt papillon. Une histoire douce qui évoque la gestation, la naissance et les premiers pas d’un petit être. Et qui n’est pas sans faire écho à la génialissime Chenille qui faisait des trous de monsieur Eric Carle…

Les trois pommes

de Maria Keil

Cet album format portrait se distingue par un choix graphique fort, signé d’une grande dame de l’illustration portugaise, Maria Keil : des personnages dessinés en noir et blanc et formés de pièces détachées assemblées et désassemblées à loisir comme des pantins, des photos de pommes détourées de taille démesurément grande par rapport à la taille des personnages, des phylactères pour représenter le texte sous forme de dialogues. Entre ces enfants et ces biens se tissent des potentialités variées…

Au départ, un garçon a trois pommes ; en les regardant il décide d’en garder une pour lui et de donner les autres à ces amis, dans la mesure où il aime bien avoir beaucoup d’amis. Ainsi, il salue une petite fille qui vient vers lui et lui donne une pomme, elle est ravie. Il fait de même avec une deuxième petite fille. Mais c’est un enfant qui ne sait pas encore vraiment compter et qui ne perçoit pas encore non plus toutes les conséquences de ses choix : aussi, quand vient un troisième enfant, il part pour lui donner une pomme, mais comme la sienne reste la sienne, il reprend une pomme à l’une des filles pour l’attribuer un nouveau venu, générant déception et contestation, et reproduit son erreur avec un quatrième enfant avant que n’arrive un cinquième marmot. La petite assemblée se dispute mais quelques acteurs commencent à reprendre le dessus pour trouver une solution, qui sera, bien entendu, de couper la poire la pomme en deux !

Super bonus : les jeunes lecteurs peuvent poursuivre l’histoire en photocopiant les pages de garde du livre, puis en découpant les pièces détachées (visages, bras, vêtements, jambes, etc.) et constituer leur propre histoire…

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Le chemin de la vie

La BBthèque aujourd’hui vous présente trois nouveaux et superbes livres qui racontent le chemin de la vie aux tout-petits, de la conception à la fin de vie, en passant par toutes les péripéties qu’entre-temps l’on vit :

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Hariki

de Lucie Félix

Réjouissons-nous : Lucie Félix, l’auteur-illustratrice de Prendre & donner, La promenade de Petit Bonhomme, Coucou !… est de retour, avec un livre-objet de toute beauté, qui dit, en couleurs et en mouvements, l’origine de la vie sur Terre à ceux qui viennent précisément tout juste de la découvrir.

En effet, les protagonistes de ce livre animé sont des cellules… aux noms ludiques (Harikos, Harikis !, qui plairont beaucoup aux tout-petits) et aux comportements fondamentalement exploratoires : et si j’allais ici, et si j’allais par là, tout seul ou en bonne compagnie ? Des personnages hauts en couleurs curieux de parcourir le monde à plusieurs et de se mélanger les uns les autres pour grandir et changer.

L’acteur de ces rencontres, de ces actions, dans ce livre, n’est autre que le bébé lecteur, qui fait glisser les micro-personnages d’un point A à un point B, écrivant sa propre histoire tout en reconstituant la grande Histoire.

Car ces cellules ne sont pas sans évoquer, aussi, les bébés eux-mêmes… D’ailleurs la narratrice conte l’Histoire comme si elle s’adressait à ses propres enfants à qui elle lirait une histoire du soir : « et maintenant, […] mes Harikos nouveaux, au dodo ! »

Un trésor de livre pour les tout-petits.

Une maman c’est comme une maison

d’Aurore Petit

Dès la page de couverture, des couleurs vives, une femme, un enfant, enlacés, l’un avec l’autre interagissant. C’est le portrait d’une maman, hommage à toutes les mères du monde. C’est l’histoire des origines de l’enfant, qu’il conservera avec lui quand il sera plus grand.

Dans cet album de 48 pages, chaque page écrit et illustre ce qu’est une maman, en utilisant le biais de l’anaphore imagée : « Une maman, c’est comme… ». Au fil des pages, le temps passe : au début, la maman est comme une maison abritant le tout-petit encore lové dans son ventre rond ; puis la maman est comme un véhicule marchant d’un bon pas, vers la maternité peut-être ; puis la maman est comme un nid quand elle tient entre ses bras un nouveau-né… Le papa aussi est présent dans les images, parfois. La relation au fil des pages entre la femme et l’enfant continue de se construire, une mère et son petit, fille ou garçon : « une maman, c’est doux », « une maman, c’est comme un refuge », « une maman, c’est comme un miroir », une maman, c’est comme une île »… et d’évoluer tout en conservant sa qualité.

Et voici qu’un jour l’enfant se met debout. « Une maman, c’est comme une cascade » quand elle est émue.

Il fait ses tout premiers pas, en partant des bras de son papa… pour rejoindre tout seul sa maman qui lui tend les bras un mètre plus loin. « Une maman, c’est comme une récompense ».

Et puis le voici autonome, heureux de marcher seul, confiant, sous le regard bienveillant de ses parents. « Une maman, c’est comme une maison… »

Immense coup de cœur pour ce livre-somme sur la maternité vue comme un foyer, et tellement plus encore : un album-poème aux illustrations modernes, qui transforme des scènes de vie quotidiennes en un tableau universel de l’origine de la vie.

Les rides

par JR

Et voici pour finir un très beau livre de photographies, à découvrir dès le plus jeune âge, fruit du travail de l’artiste et photographe JR dont c’est le premier livre pour la jeunesse. Ce premier livre d’art, que l’auteur dédie à « nos grand-parents », fait le choix de mettre à l’honneur un sujet original et difficile parfois : les rides… montrées sous l’angle des histoires qu’elles racontent.

Les rides racontent les histoires de toute une vie.

La page de couverture, sur fond très coloré, montre une personne très ridée, que le bébé lecteur peut effleurer de ses doigts. Puis le texte vient expliquer, accompagné de portraits : « nous avons tous deux yeux, un nez, une bouche… » « … et certains d’entre nous ont des rides ». Pourquoi des rides ? Parce qu’elles apparaissent avec l’âge. Quelles sont leurs caractéristiques physiques ? Elles semblent se graver doucement et progressivement comme des rayures sur la peau. Comment ? Quand on rit, quand on aime, quand on s’amuse, quand on se repose, quand on réfléchit… Quand on vit.

Chaque ride raconte une histoire ; chaque personne âgée et ridée a vécu mille et une histoires… à te raconter. Magnifique ouverture au dialogue intergénérationnel : le propos est sublime, et les photographies, noir et blanc, aussi, mettant en scène des modèles ayant tous le point commun d’avoir un certain âge et d’exposer les effets de l’âge avec naturel et beauté. A la fin du livre d’ailleurs, JR présente « les histoires qui se cachent derrière les rides de ce livre », en rédigeant de courtes bibliographies des modèles.

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Livres sur les émotions… et + encore

La BBthèque vous propose aujourd’hui un focus sur de nouveaux livres tip top qui parlent aux tout-petits de leurs premières émotions :

Mes premières émotions dans l’art

Mes premières émotions dans l'art - palette

Mon premier combine apprentissage de l’émotion et éveil artistique : chaque émotion ou sensation est illustrée, incarnée, représentée par une œuvre d’art. Chaque tableau reproduit sert en effet de prétexte pour évoquer et partager avec le tout jeune lecteur une situation imaginée liée à une émotion, un sentiment ou un état physique, exprimés également par des onomatopées et un court texte les décrivant :

  • la joie qu’on lit dans Les Rieuses (Charles Emile Auguste Carolis-Duran) — hi hi hi
  • la tristesse du Vieil homme dans la douleur (Vincent Van Gogh) — snif ! snif !
  • la surprise illustrée dans Time to play (Charles Burton Barber) — OH !!!
  • le dégoût transparaissant dans Gorgée amère (Adriaen Brouwer) — BEURK !!!!!

mais aussi la peur, la colère, la honte, la jalousie, l’amour, la sérénité, la douleur, la faim, la chaleur et la fatigue mis en sons, mots et images, dans une approche qui privilégie le dialogue, entre l’enfant et l’oeuvre d’art d’une part, entre l’enfant et l’adulte d’autre part : « et toi, qu’inventes-tu pour faire rire tes amis ? est-ce que tu sais que tu es un rayon de soleil pour eux lorsque tu leur apportes de la joie » ?

Pas de panique, petit crabe 

Pas de panique, petit crabe - Chris Haughton

Mon second est l’histoire d’une première fois, et de toutes les craintes qu’une première fois peut susciter : l’aventure d’un bébé (Petit Crabe), qui va passer un cap, en compagnie d’un adulte (Très Grand Crabe) qui va l’encourager et l’accompagner. « Petit Crabe et Très Grand Crabe vivent dans une simple mare. Aujourd’hui, ils ont décidé d’aller voire L’OCÉAN ! ». Perspective ô combien excitante. Le chemin est long (double page fournie et agrémentée de moult onomatopées), éprouvant mais aussi enthousiasmant : « Je peux aller où je veux » dit Petit Crabe. Quand les deux protagonistes arrivent au bord de la falaise, à deux pas de l’Océan… Vient l’heure de se jeter à l’eau. Panique à bord pour le jeune crabe, refroidi dans son élan, tentant de faire marche arrière. Son aîné le rassure tout en l’encourageant à surmonter sa peur : « Pas de panique, Petit Crabe, descendons juste un peu plus loin. Je pense que tu vas adorer. » A petits pas, calmement, doucement mais sûrement, les deux crabes trouvent le chemin adéquat pour pénétrer le grand océan… plonger et baigner dans le monde aquatique que le jeune crabe découvre complètement. La peur est maîtrisée, et même oubliée, vive la liberté !

Un album initiatique aux textes et illustrations magnifiques, à lire et relire avec les jeunes enfants.

Bienvenue Tristesse

bienvenue tristesse eva eland

Toucher la couverture du livre, pour commencer : ce monstre doux et vert-bleu matérialisant la tristesse, le tout jeune lecteur peut d’emblée le palper. Dans cet album sobre, pudique et poétique, un tout jeune enfant voit arriver à la porte de chez lui un (mal-)être qu’il n’avait pas anticipé : Tristesse. « Parfois, Tristesse arrive sans prévenir ». Tristesse pénètre dans la maison avec sa valise, l’enfant reste muet.. « Elle te tourne autour », Tristesse s’approche de l’enfant. « Elle s’assied à côté de toi », tout tout près, trop près. Tu veux la cacher, t’en séparer, mais elle est là, parfois même elle se confond avec toi. Si c’est comme ça, autant lui reconnaître son identité, lui parler, et l’écouter, vous pourrez mieux cohabiter… et vous séparer, le moment venu.

Un album touchant et marquant, à partager avec les tout-petits lecteurs quelle que soit leur humeur.

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Vous retrouverez **ici** la sélection « BBthèque » de livres sur les émotions à destination des 0-3 ans !