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2 comptines, 1 poule, 1 canard

Dans la BBthèque cette semaine, voici deux comptines volatiles, revisitées avec brio par deux grands auteurs-illustrateurs jeunesse pour le plaisir des yeux et des oreilles des tout-petits :

« Une poule sur un mur … »

par Thierry Dedieu

Un nouveau titre signé Dedieu dans l’excellente collection Bon pour les bébés au Seuil jeunesse, c’est toujours une bonne nouvelle — pour mémoire, cette collection combine notamment un grand format pour tout-petit lecteur et des illustrations noir et blanc exclusivement.

Retour aux fondamentaux avec cette comptine si triviale et musicale à la fois, tellement universelle qu’elle fait systématiquement le bonheur des très jeunes enfants, et ce tout particulièrement quand les paroles de la comptine sont servies par des illustrations aussi expressives, mention spéciale à la poule dont le bébé lecteur épouse les mouvements de tête, les mouvements de cou, les mouvements de bec, pour, avec un large sourire, picoti… picota, picoter sa nourriture, le pain dur, lever la queue puis lever le camp !

« Un petit canard au bord de l’eau … »

par Jeanne Ashbé

Publié dans la collection Pastel des éditions de l’Ecole des loisirs, le nouvel album de Jeanne Ashbé exprime dès la couverture sa substantifique moelle : une coquille d’oeuf (dont le bébé lecteur appréciera le volume du bout des doigts) en train de se fêler car il est l’heure pour un caneton de voir le jour… ou comment naître au monde, mais aussi grandir — faire ses premiers pas, connaître son premier envol, sous le regard protecteur et bienveillant d’une maman.

Bon…, s’intitule cet album de naissance : comme une maman dirait, murmurerait, scanderait, chantonnerait, commenterait chaque petit ou grand événement par autant de « bon… », « bon bon bon »…, « bon… jour, toi », « bon… zour », jolie répétition de sonorités pour les bébés, et au-delà, jeux et choix de mots qui disent tout l’amour que le parent porte à l’enfant et qui nourrit la confiance de celui-ci envers le monde qu’il découvre, sécurité affective te voici te voilà.

Place ensuite… à une musique un peu plus complexe, une comptine, revisitée, qui correspond à un deuxième temps : le caneton va devenir canard, car voici qu’au bord de la mare la comptine narre l’autonomisation progressive de ce petit être en devenir. « Un petit canard au bord de l’eau… il est si beau… il est si beau… » (se mirer dans l’eau, prendre conscience de soi : je suis un être à part entière à présent), « un petit canard au bord de l’eau… il est si beau qu’il tombe dans l’eau… Plouf ! » « Bon… bon… booon »… commente la mère cane, large sourire au bec, de voir le jeune canard ressortir la tête de l’eau après ce plongeon involontaire et premier, l’air de dire l’air de dire, tu es tombé, ce n’est pas grave, tu t’es relevé maintenant, c’est en faisant qu’on apprend, bref, bon… voilà qui est fait… alors… on passe à une nouvelle étape : le petit canard, mais aussi ses comparses (si ce n’est toi c’est donc ta sœur… ou ton frère), barbotent ainsi, ensuite, derrière leur mère, avant de s’envoler ensemble dans les airs !

« Bon voyage, petit canard ! » dit le mot de la fin, montrant notre petit canard sans frère, sans sœur, sans maman, mais volant comme un grand… en souriant.

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Les contraires de Pittau & Gervais

Pittau & Gervais sont de retour dans la BBthèque au Seuil Jeunesse avec un premier documentaire, anthologie des contraires (72 pages s’il-vous-plaît) sobrement intitulée Les contraires, où ils déclinent pour illustrer cette notion… toute une troupe d’éléphants :

L’éléphant en creux d’abord sur la couverture du livre, qui constitue un excellent pochoir éléphantesque à qui pourrait en avoir besoin. Et puis le dessin d’éléphant qui est contenu dedans. Grand. Petit. C’est d’ailleurs avec ces deux mots que démarre la série des contraires, et le défilé de trompes… avec tout un tas de variations fantastiques autour du dessin d’éléphant.

Large/Etroit, Long/Court, Devant/Derrière… le duo d’auteurs s’amuse avec le duo d’éléphants, et tout ce que cette donnée permet de réaliser conceptuellement et graphiquement : oppositions entre les notions, points de rencontre, lignes de séparation, positions, volumes, formes, ajout, retrait, habillage, transformation…

L’humour comme le jeu lient les double-pages entre elles (une double page : un mot et son contraire), donnant lieu à une lecture riche, à plusieurs niveaux : l’enfant découvre des mots, des notions, des oppositions qu’il peut dire et redire et qui s’appliquent à l’occasion parfaitement au modèle pris, soit des éléphants dans la vraie vie, mais le plus souvent n’ont rien à voir (mais alors rien du tout) avec les éléphants (vous avez déjà vu un éléphant bouché ? ou un éléphant débouché ?). Et pourtant ce sont des éléphants qui vont donner l’exemple… parce que des éléphants, c’est connu, c’est visible, c’est marrant (et ça trompe énormément). En plus, ils ont d’excellentes bouilles, ces éléphants. L’enfant s’y attache (énormément). Et ils sont malléables, façonnables, alors on en redemande (forcément).

La démarche adoptée fait recette auprès des tout-petits comme des plus grands : elle développe à merveille l’éveil des jeunes lecteurs, sollicités bien au-delà d’une approche basique des contraires, tant par la richesse, la diversité voire la complexité du vocabulaire notions abordées, que par leur représentation ludique stimulant les capacités de compréhension mais aussi de déduction des enfants.

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Festin de crêpes pour tout-petits

En ce mois de fête des chandelles, voici une chronique gourmande sur un livre qui dévoile aux tout-petits le secret de fabrication des CRÊPES… Un livre de cuisine avec une recette unique, en format géant, tout cartonné et noir et blanc, dernière parution au sein de la collection Bon pour les bébés signée Thierry Dedieu au Seuil Jeunesse :

Comme de coutume dans cette collection, l’auteur s’inscrit dans un genre — ici le livre de cuisine — à l’intérieur duquel il livre aux bébés lecteurs, précisément, un texte tel quel, sans accompagnement autre que la mise en scène et l’illustration… qui restituent ici merveilleusement l’énergie et la tonicité dont doit faire preuve un cuisinier pour la réussite de son plat.

Le texte donc, cette fois, est constitué d’une recette de pâte à crêpes (pour 6 personnes, miam), écrite comme un livre de cuisine de ma mère-grand, recette complétée d’instructions pour cuisiner et déguster les crêpes elles-mêmes (ne pas s’arrêter en bon chemin) :

  1. Réunir les ingrédients dans un récipient
  2. Mélanger/fouetter
  3. Parfumer
  4. Laisser reposer (zzzzzzzzzzz)
  5. Cuire
  6. Tartiner !

Et toc ! Voici le tout-petit coiffé d’une toque, avec cette toute première recette à partager en famille ou en collectivité avec des plus grands : écouter et voir comment on fabrique un mets aussi simple et bon qu’une crêpe, et, au-delà, faire le lien entre le texte lu et la réalité pour peu que l’enfant soit associé à un atelier crêpe !

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Voilà l’été !

Oui oui oui ça y est l’été nouveau est arrivé ! Et dans la BBthèque on va fêter cet événement de calendrier avec un magnifique tout cartonné… intitulé Voilà l’été ! Il est signé Pauline Kalioujny au Seuil jeunesse, et c’est un livre qui s’adresse aux petits bébés… tant par les mots et images que par les volumes : ici, l’approche tactile est privilégiée.

voila l ete pauline kalioujny

Dans ce premier documentaire à la fois moderne et intemporel, une histoire : celle d’une petite fille qui vit pleinement le passage à la saison estivale, de même qu’un certains nombre d’animaux, échos des premières expériences de cette jeune vacancière : c’est le moment de… se protéger du soleil, se jeter à l’eau, faire la planche, etc.

A chaque double page, le bébé lecteur découvre les couleurs et sensations estivales avec ses yeux observateurs, ses oreilles (buvant les mots lus à haute voix par l’adulte lecteur) et ses petits doigts explorateurs : sur les deux premières pages, il est invité à toucher, comme le parent en train de l’ajuster, le chapeau, en relief, de l’enfant arborant déjà ses lunettes de soleil, de même que le crabe s’abrite derrière un rocher également à tâter ; pour jouer dans l’eau, l’enfant prend sa bouée (3D) tandis que les dauphins (3D) s’amusent tout autant sur la p(l)age d’à côté ; quand la fillette flotte, comme l’oiseau, le bébé lecteur peut sentir du bout des doigts toutes les parties de leurs corps qui restent à la surface de l’eau, c’est beau et rigolo ; inversement, quand elle plonge la tête sous l’eau pour observer la vie sous-marine (tant et tant de poissons), il y a tout à voir mais rien à toucher ! la chasse à l’ombre se poursuit ensuite, par un jeu de rabats : le lézard lézarde, l’enfant… aussi ; derniers jeux de plein air, puis quête, comme les petites bêtes butineuses, d’un goûter 100% nature, fruits et baies de saison, avant de s’endormir, au frais dans la maison, à l’instar du chat, dans des draps palpables tant ils semblent confortables, et rêver… rêver de devenir une sirène, peut-être, souriante et heureuse femme-poisson, qui nage nage nage comme les poissons qui prennent forme quand on pose le doigt sur leurs écailles.

Une belle journée du matin à la nuit tombée, dans la vague de l’été ! Demain… jeux de sable ?

Pssst et pour continuer dans les lectures bébé & été, suivez le tag BBthèque #été !

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J’ai perdu ma langue

Et si on prenait un peu le temps de rire avec les bébés ? J’ai le livre du moment qu’il vous faut : J’ai perdu ma langue, de Michaël Escoffier et Sébastien Mourrain aux éditions du Seuil jeunesse, qui se sont, je suis prête à le parier, bien amusés aussi à pondre ce drôle de livre-jeu tout cartonné !

Tout a commencé ainsi :

Hier, en mangeant une glace, j’ai perdu ma langue.

dit le texte sur la page de gauche, comme écrit à la main ; l’image, à droite, montre le narrateur la main devant sa bouche, comme si, surpris, il disait « oh ! » ou « oups » !  C’est embêtant, de perdre sa langue… heureusement les auteurs eux l’ont bien pendue, et ils entament toute une quête pour retrouver la langue… baladeuse.

Oui baladeuse car au gré de l’enquête (premier roman policier pour bébé ^^ ?), cherche et trouve Charlie ta langue, les auteurs jouent avec leur petit lecteur par l’image, page de droite, s’amusant à placer à chaque fois le même visuel de langue… employé pour tout autre chose : le képi rouge du policier, un gâteau aux fruits rouges, un parapluie au-dessus d’une brave dame, un bain, une fleur, un bec de canard, etc. Tant de personnages qui veulent aider le narrateur à remettre la main sur la langue, mais qui n’y parviennent pas, parlent de ce qu’ils ne connaissent pas, extrapolent parfois (aurait-elle été enlevée par des extraterrestres ?)… jusqu’à ce que la glace elle-même s’insurge :

« Vous racontez n’importe quoi ! » s’est écriée ma glace. « Les extraterrestres, ça n’existe pas. »

J’ai baissé les yeux : ma langue était là, depuis le début, juste sous mon nez !

Je l’ai remise à sa place vite fait, bien fait. Vous ne me croyez pas ?

Regardez [et le narrateur, espiègle comme un enfant, de tirer la langue, fin de l’histoire] !

Ou comment, par un jeu de rappels en cascades, entrer dans l’esprit rêveur d’un enfant lapant une glace par beau temps ; occupé à manger, il ne dit mot mais n’en pense pas moins… et s’imagine mille et une histoires, l’une en entraînant une autre, avant de revenir vers le point de départ. Un livre-jeu très graphique, très sympa, à lire et relire avec les tout-petits !

Hé, pssst ! Si tu cherches ta langue, je crois savoir où elle est…

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Jardiner avec un bébé

Un livre 100% printanier aujourd’hui dans la BBthèque, qui invite, par les mots, l’image et l’action, les bébés à jardiner via un très chouette premier documentaire tout-cartonné :

Ce livre, signé Corinne Dreyfuss au Seuil jeunesse, propose au tout-petit, en le prenant par la main, une promenade au jardin, où l’adulte explique et indique à l’enfant ce qu’est la nature au printemps, comment travailler la terre, planter un graine, l’arroser, faire pousser des fruits, des fleurs, observer la vie des fourmis, souffler comme le vent dans l’herbe, attraper une sauterelle, un papillon, sentir les fleurs, chasser les oiseaux, manger une poire tombée de l’arbre… L’occasion d’échanger avec les jeunes enfants sur la vie des plantes et des petits animaux, ce qui se passe au dehors, quand le printemps pointe le bout de son nez… et toutes les activités associées. Prendre le temps, au repos, de mettre des mots sur ce qu’on observe au quotidien ; par le livre-jeu, susciter l’éveil et la curiosité des bébés… et les inviter, fondamentalement, à vivre et revivre cette formidable aventure à l’air frais.

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Classiques revisités : c’est bon pour les bébés !

Oui oui deux nouveaux livres dans la collection Bon pour les Bébés imaginée et réalisée au Seuil Jeunesse par Thierry Dedieu ! Une collection qui marie un très grand format cartonné pour de tous petits lecteurs (des livres presque de la taille des bébés !), un graphisme noir sur blanc pour les tous petits yeux et des mots audacieux pour des toutes petits oreilles qui peuvent tout entendre, le tout pour des tout petits ⇒ très grands cerveaux !

Le premier titre est plutôt classique, l’autre… l’est tout autant, finalement, sur les rangs de l’école primaire… mais adressé et conçu pour les 0-3 ans… ça on n’avait jamais vu ^^

Mon premier donc :

LE TOUT PETIT VER TOUT NU

Qui a vu, dans la rue, tout menu, le petit ver de terre ?

Qui a vu, dans la rue, tout menu, le petit ver tout nu ?

C’est une comptine, une ritournelle pour enfants, un texte qui se dit bien, qui se lit bien, qui a tout pour plaire aux bébés lecteurs :

  • ses sonorités, plaisantes à écouter — il y a essentiellement des mots en u, qui font un petit tour, s’en vont et puis reviennent, qui s’agencent d’une certaine façon puis se réagencent pour constituer la narration et retourner complètement la situation : « dans la rue », « tout menu », « tout nu », « la grue », « qui a vu », « a voulu », « manger cru », « n’a pas pu », « disparu », etc.
  • un sujet qui parle beaucoup aux petits n’enfants : un TOUT PETIT ÊTRE (tiens, tiens, comme le tout petit lecteur) TOUT NU (les tout-petits aiment très souvent être tout nu) parvenant à surmonter l’inévitable danger qui le guette (en l’occurrence… la dévoration) !
  • les illustrations qui exploitent avec bonheur et succès le potentiel comique de la comptine : la taille du ver (presque aussi grand finalement que la grue !), son élasticité, aussi, font de lui un vrai héros, personnage principal de l’histoire, acteur du récit, auquel (mais si !), par jeu, les lecteurs s’identifient.

Mon second, accrochez-vous bien…

LA TABLE DE DEUX !

Oui, vous avez bien lu, le titre de cet album pour les 0-3 ans correspond bien à l’intitulé d’une table de multiplication, la première qui plus est (autant commencer par le commencement). Le titre est programmatique, dans la mesure où l’album lui-même contient textuellement, il fallait l’oser, rien de plus, rien de moins, toute la table de deux (une page par multiplication s’il-vous-plaît).

Ce n’est pas la première fois que Dedieu introduit dans cette collection des notions de mathématiques auprès des tout-petits : il avait démarré fort, d’ailleurs, avec rien de moins que le théorème de Pythagore, qui résonnait comme une formule magique plutôt qu’un énoncé géométrique ! Le principe, dans La table de deux, est un peu le même, et se révèle, porté par la mise en scène imaginée et réalisée par Dedieu, extrêmement réjouissant, plaçant la notion de jeu au cœur de l’album et, par la même, au cœur du calcul mathématique :

  • avec la typographie : les chiffres, signes et résultats de multiplication sont ici liés — écrits tout attachés (« deuxfoisundeux », « deuxfoisdeuxquatre »…) —,   à lire et dire aussi liés, reflet (un brin ironisé) de l’apprentissage-même des tables de multiplications que le bébé lecteur ne manquera pas de devoir faire quand il sera un peu plus grand — réciter, réciter, réciter les tables de multiplications !
  • avec les illustrations, qui expriment par l’image les résultats de ces multiplications : en plus d’observer les belles compositions en miroir dessinées par Dedieu où les animaux à compter vivent leur propre vie (certains se suivent, d’autres s’assemblent, se pourchassent, etc.) , l’enfant s’amuse peu à peu à compter lui-même, deux (lapins), quatre (rats), six (escargots), huit (geckos), dix (libellules), douze (oiseaux), quatorze (grenouilles) tentant de manger seize (moustiques), dix-huit (poissons), vingt (araignées, et si on multipliait aussi par le nombre de pattes et d’yeux ? ^^)

Une histoire, eh oui, on-ne-peut-plus rythmée, pour le plaisir de conter et de compter avec les bébés !