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Aleph

Janik Coat, auteur-illustrateur jeunesse chroniquée dans la BBthèque pour sa très belle série de tout-cartonnés sur les couleurs publiée aux éditions MeMo, publie chez Albin Michel Jeunesse un livre-concept très graphique, personnel et pourtant universel, livre de naissance joliment intitulé Aleph, complété d’un sous-titre s’adressant au bébé devant par la même occasion bébé lecteur, « ton premier livre » :

Un premier livre des plus originaux dans le paysage des livres pour les tout-tout-petits, ne serait-ce qu’en matière d’objet :

  • par sa texture.. et son odeur : un album non tout cartonné, mais en papier épais, dont le bébé prend plaisir à entendre le bruit si particulier des pages tournées et sentir l’odeur du papier
  • par son volume : 104 pages… un vraie petite encyclopédie pour tout-tout-petit
  • par son (grand) format, approchant du carré (28 x 27 cm)
  • par sa couverture et sa quatrième de couverture (cartonnées) muettes et rosées, représentant un éléphant (somme de savoirs, l’éléphant)
  • par le primat qu’il accorde à la lecture de l’image, le texte étant absent de 100 pages du livre et présent seulement pour le titre, quelques personnages et la légende, finale, des images. Un imagier, donc, 99% muet, réalisé avec des pochoirs délimitant à merveille l’image même.

Le contenu n’est pas en reste… Pourquoi ce titre ? Aleph : c’est la première lettre, dans les alphabets hébreux et arabe ; par extension, elle signifie le début, le commencement… En intitulant son imagier pour tout-tout-petit Aleph, Janik Coat programme et accompagne, par son livre, les premiers pas du bébé dans sa lecture du livre mais aussi du monde. Chaque page va offrir au regard du bébé lecteur une illustration d’un sujet ou objet plus ou moins familier, avec un temps de respiration (parfois, l’image n’est présente que sur une page, l’autre reste vierge, pour la mettre en valeur).

  • Au départ, ce sont des formes élémentaires : un rond, un carré, un triangle, et d’autres formes simples, parfois sans nom…
  • Puis viennent les formes plus complexes décrivant des objets, des aliments et même des êtres vivants… : un arbre, une pomme, une maison… puis des couverts, deux personnes en train de s’enlacer, un ciel bleu et nuageux, un doudou, un robot…
  • Ces formes décrivent, pour certaines, d’abord, la réalité : l’arbre, la pomme, etc.
  • Ces formes décrivent, pour d’autres, ensuite, la fiction : personnages de contes (un roi, une sorcière, une princesse) et même personnages de l’auteur-illustrateur issus de cet album ou d’autres albums (Aleph l’éléphant, déjà présent sur la couverture et la quatrième de couverture, revient vers la fin de l’album ; on découvre aussi Popov, Cyrus et Romi…) dont Janik Coat fait le choix d’écrire leur nom à côté de leur représentation.

Les dernières pages montrent à l’enfant un arc-en-ciel puis un cœur, symbolisant l’amour du livre, l’amour du monde, l’amour de l’adulte ou grand enfant accompagnant le tout petit dans cette lecture. Puis vient la clé de l’ouvrage, sur la toute dernière page : la légende de chacune de ses grandes images, réduites chacune à un petit symbole, une toute petite icône, et associées à un mot ou expression, si l’adulte ou le grand enfant accompagnant le tout-petit dans cette lecture souhaite mettre en mots ce voyage dans les images.

Je ne peux que vous inciter à prendre en main ce (méga, méta, alpha) livre riche et étonnant, et à en partager la lecture avec un tout petit n’enfant.

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Jouons avec les formes

Encore des maths à portée des tout-petits ! De même que son compatriote Yusuke Yonezu, Manami Fuchida est notamment l’auteur-illustratrice d’une série de livres tout-cartonnés, parus en 2010 et invitant les bébés à jouer avec les formes, en l’occurrence en France aux éditions Didier Jeunesse, collection Jouons avec… :

les carrés…

les triangles… et les ronds !

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Au menu de chacun de ces albums, une approche ludique des formes géométriques primaires : chaque double page met en images une saynette déclinant divers assemblages de la forme annoncée dans le titre du livre, pour représenter des objets ou encore moments du quotidien, avec pour seul texte une onomatopée bien ciblée.

Sobres, créatifs, colorés, ces petits livres carrés éveillent et stimulent le sens de l’observation et de la construction des très jeunes enfants, invitent au dialogue avec le parent lecteur, le tout dans une veine pop, grâce à l’heureux cocktail de graphisme, de scénographie et d’onomatopées.

Nota bene : à se procurer pour l’heure en bibliothèque ou médiathèque seulement, car ces trois titres sont hélas en arrêt de commercialisation…

 

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Micha au cirque

Lumière sur un album très graphique sur l’univers du cirque, signé Isaure Fouquet aux éditions MeMo, qui présentent en ces termes cette illustratrice-plasticienne :

Isaure Fouquet […] crée un bestiaire enfantin et symbolique peuplé d’animaux hybrides et singuliers. Inspirée par les civilisations anciennes, l’art primitif, Picasso ou encore Le Douanier Rousseau, elle développe une poésie graphique et chimérique.

Micha au cirque

MIcha est un (drôle de) chat (mi animal, mi homme… ?) qui se lance dans des aventures acrobatiques, en tombant nez-à-nez, à l’occasion d’une promenade, sur une camionnette de cirque ! Aussitôt, il emboîte, enthousiaste, le pas d’un zèbre, pénètre dans le chapiteau, et découvre, souple et agile de corps et d’esprit, les jeux circassiens en s’y essayant bon an mal an au(x)…

  • trampoline : hop !
  • trapèze… balèze
  • jonglage (5 balles)
  • jeux d’équilibriste avec un ballon
  • monocycle
  • (mini) piano
  • haltères… oh hisse…
  • au cerceau… hulo hoop !
  • au cercle de feu… chaud !

Chaque double page présente ainsi, de façon très visuelle (trois couleurs : rouge, noir, blanc), y compris le brin de texte souvent accompagné d’onomatopées, un numéro de cirque effectué par l’artiste circassien improvisé, qui décidément n’a peur de rien et se débrouille, d’ailleurs, plutôt bien… Le voici, ce MIcha, endosse tous les rôles l’un après l’autre, découvrant par l’acte les métiers du spectacle, jusqu’à se vêtir des habits du maître de cérémonie, pour, précisément, clore, par un beau discours, cette (drôle de) représentation !

Un album simple et beau (quelques images à découvrir ici), jouant à fond la carte de l’investissement à 100%, mais aussi de l’immersion, de l’imitation et de l’apprentissage ou acquisition de compétences vitesse grand V, pour et par les bébés lecteurs, spectateurs et acteurs… qui, à cet âge, expérimentent comme MIcha, corps et âme, avec autant de plaisir que de sérieux, absolument tout par le jeu… !

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Les félins en formes, ou la géométrie avec les chats

Vous n’avez encore jamais vu de chat… comme ça ! Après LES OISEAUX (couleurs) et LES CHIENS (contraires), voici qu’Elo, aux éditions Sarbacane, explore les formes avec LES CHATS… qu’elle forme et déforme afin que le bébé lecteur identifie et manipule à son tour les formes !

Oui, la créatrice franco-suédoise Elo livre ainsi un nouvel imagier des plus réussis, avec ce fil rouge du chat déformable à merci, ce qui est par ailleurs très rigolo. Le résultat ? Un premier documentaire, aux tons colorés et joyeux, sous forme de livre-jeu avec des volets et rabats à soulever par le jeune enfant : un chat rond (vert), présenté de face, surprise, est entouré d’un chat (jaune à taches) l’encerclant ; un chat (violet à pois) de côté, en mode triangle, se transforme, déplié, en chat blanc tout étalé, format carré (chat ou coussin félin ?), un chat jaune à poids qui fait le pont (arc) d’un côté devient un chat violet qui fait le gros dos (ovale), une queue en ligne droite mute si vite en zig zag, etc.

On devine, dès la première page, toute l’affection portée à ces êtres à quatre pattes, compagnons quotidiens, à travers ces mises en scènes originales de félins… si proches pourtant du modèle original tant Elo capte bien les expressions et attitudes de cet animal domestique… ou rebelle à la domestication !

Par le jeu, le bébé lecteur découvre — littéralement — et nomme — avec l’adulte accompagnant — les formes simples ET complexes : le rond, le cercle, le triangle, le carré, l’arc, l’ovale, la ligne droite, le zig zag, le triangle, le losange, le parallélépipède, le trapèze, le carré, le rectangle, la flèche, l’hexagone, la spirale, la croix. Par la manipulation, le tout-petit fait ses premiers pas en géométrie, observant mais aussi et surtout devenant le créateur des formes qu’il construit.

Pour terminer ce billet… un petit extrait… tout en plis et déplis… magie magie rime avec géométrie !

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Origines

Vous souvenez-vous du magnifique libre-objet Papaye et Mamangue, sur la naissance et la parentalité version fruitée, signée Lydia Gaudin Chakrabarty aux éditions Chandeigne ? Lydia Gaudin récidive, avec un splendide nouvel album intitulé…

Origines 

Un livre tout cartonné, tout en carton découpé, qui se forme littéralement au fur et à mesure de sa lecture à tout âge de la vie pour explorer précisément tous les âges de la vie :

  • Dès la page de couverture, un trou, tout rond, permet de voir les différentes strates du vivant par essence évoluant, comme un judas pénétrant le monde d’autrefois, celui d’avant l’homme, et, au-delà, une invitation, pour le lecteur, à ouvrir grand ses yeux et à libérer ses mains pour explorer cette matière en mouvement…
  • Car à peine le livre ouvert et la lecture commencée, au fil des pages, c’est un défilé à observer et palper : tour à tour de multiples combinaisons de couleurs et de formes sobres et tout en rondeurs, en continuité ou en rupture avec les pages passées, représentent juxtaposée l’histoire plurielle de nos origines minérales (la pierre, les montagnes…)… végétales (les feuilles, les fruits)… animales, qu’il pleuve ou que le soleil réponde présent au rendez-vous.

Une promenade graphique, poétique, à la fois scientifique et spirituelle, tant la planète Terre toute entière et son historicité semblent contenus dans ces quelques pages, et, comme une mise en abîme sublime en couverture, dans cette sphère en volume, ouverture et lecture à la fois infimes et infinies sur le monde, sphérique, dans lequel nous vivons. La dernière de couverture, d’ailleurs, présente, en écho à la couverture, la figure d’un être humain héritier de tout ce processus, avec le deuxième et dernier mot du livre, après le premier qui correspond au titre : « nous ». Une expérience riche pour le jeune enfant, tant d’un point de vue sensoriel que pour se familiariser intelligemment avec les notions de vie ou encore de temps.

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Conte, conte, contera

Les contes traditionnels : un réservoir formidable d’histoires à transmettre aux enfants oralement, et tant de belles éditions pour partager ce patrimoine entre générations ! Pour les tout-petits, ce répertoire, riche, dense, occidental mais aussi international… est toutefois dans un premier temps un peu difficile d’accès… aussi ai-je envie de vous présenter aujourd’hui quelques démarches originales à même de parler aux plus jeunes dès l’âge de deux ou trois ans :

A petits petons

A petits petons : une collection incontournable, chez Didier Jeunesse, qui s’appuie sur le savoir-faire des conteurs pour notre plus grand bonheur ! De l’humour, des illustrations originales (dont certaines avec des papiers découpés) et une narration tonique, qui joue 100% le jeu de l’oralité… répétitions, formules-clés, onomatopées, tout un langage parlant tout particulièrement aux bébés. Au menu… :

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Les petits contes du tapis

Les petits contes du tapis, c’est, comme son nom ne l’indique pas, une collection, éditée au Seuil Jeunesse, d’albums tout-cartonnés très grand format, muets pour l’enfant, parlants pour l’adulte, à lire par ce dernier comme un kamishibai, ce théâtre d’images japonais. Explication : la dernière page du livre concentre sur elle tout le texte, tout le récit, de l’histoire à conter… elle est toujours à portée d’yeux de l’adulte lecteur-conteur, qui narre donc le conte, tandis qu’il tourne, au fur et à mesure, les pages où l’enfant, placé en face, lit les images en toute autonomie et boit ces mots. Un joli répertoire pour cette entrée visuelle et orale dans l’univers des contes… :

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Raconte à ta façon…

Et, pour finir, lumière sur une nouvelle piste pour conter non plus aux jeunes enfants, mais avec eux, une piste proposée récemment par les éditions Flammarion jeunesse : et si c’était le jeune lecteur lui-même qui nous contait l’histoire ? A son tour de construire et déconstruire le propos, soit à partir de son imaginaire pur s’il ne connaît pas encore l’histoire, soit en inventant sa variante du conte qu’il a déjà entendu de-ci de-là… mais jamais à sa sauce, jamais comme ça ! Sonia Chaine et Adrien Pichelin ont imaginé cette collection, « Raconte à ta façon« , qui achève de transformer le bébé lecteur en bébé conteur, entrée dans le monde de la parole et du récit. Le concept : aucun texte, un album entièrement muet mettant en scène les contes les plus célèbres avec un graphisme épuré, minimaliste car fondé sur des pictogrammes… !

Dans le cas par exemple de Boucle d’Or : un triangle bleu pour la maman de la fillette, un triangle doré pour Boucle d’or elle-même, trois ronds marron de tailles différentes pour chacun des ours, une maison pour la maison, etc. Au début du livre et sur le recto du marque-pages fourni, vous trouverez la légende des pictogrammes, qui peut être communiquée à l’enfant ; au verso du même marque-pages, le texte du conte, pour une lecture classique par l’adulte à l’enfant… ou alors, autres niveaux de lectures démultipliables à l’infini, une interprétation libre, par le tout-petit, de ce monde de pictogrammes : en feuilletant les pages, l’enfant lit, dit, assemble ces symboles simples, qui expriment les protagonistes, le temps, le lieu, l’action, élabore ses propres récits… quand l’enfant devient, à son tour, producteur de contes… la boucle est bouclée… n’est-ce pas, Boucle d’or ?

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Vivons les aventures des trois gibbons…

« Voici Ibbon, Nibbon et Sabbon.

Ce sont les Trois Gibbons. »

Les Trois Gibbons de Kenji Abe, auteur-illustrateur japonais installé à Paris, publié par les éditions MeMo. Non pas un, non pas deux, mais trois, trois petits êtres de papier tout en vivacité, tonicité, le sourire aux lèvres et le poil lustré…

Ces trois petits personnages-là, doux, souples, agiles, tant dans le trait que par l’esprit, partagent avec nous leur petite journée ou parcours du jour : leur promenade, sur un chemin qui descend, roulades au programme, têtes en bas puis de nouveau têtes en haut, grimpette sur le tronc d’un palmier, puis se tenir la main pour, à trois, sauter par dessus la rivière et éviter le crocodile fort intéressé, danser de joie, manger… des bananes, chanter une fois rassasiés, puis rentrer chez soi se reposer.

En bref…

  • Un propos épuré, décrivant une aventure positive et solidaire, à portée des tout-petits, le temps d’une journée.
  • Un graphisme au top, tout en sobriété : des traits légers pour dessiner les corps en mouvements, des visages ronds dont on lit l’expression comme des émoticons (initiant le tout-petit au langage des émotions), le tout en noir et blanc agrémenté de touches de vert (les feuilles des arbres, le crocodile) et de jaune (les bananes !).

Et voici que les trois gibbons… mais aussi le crocodile… reviennent : la suite !

Une autre journée en compagnie des Trois Gibbons, qui cette fois, rencontrent un bébé crocodile en difficulté… et décident, malgré leur peur de cette petite-grosse bête, de le sauver ! Motricité, ingéniosité, générosité, les trois compères sont enchantés d’avoir libéré cette créature tierce… Et la maman ou le papa de l’enfant crocodile l’est tout autant : voici les ennemis devenus amis… ou comment coopérer et ainsi composer au mieux avec autrui  !

Ces premiers récits, jolis, jolis, à découvrir en images sur le site de l’éditeur : ici et .