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J’adore pêcher VS J’adore nager

Lumière, dans la BBthèque, sur un ingénieux album tout cartonné & réversible. Non content en effet de proposer une lecture dans un sens comme dans l’autre, ce livre donne un sens à ces deux sens, dans la mesure où ceux-ci incarnent les deux facettes d’un même sujet, perçu de deux points de vues foncièrement différents :

J’adore pêcher

ou J’adore nager

de Thierry Bonneyrat & João Vaz de Carvalho

aux éditions L’Atelier du poisson soluble

Dans cet album aux couleurs et illustrations douces, forestières et aquatiques, le bébé lecteur s’attache à deux personnages qui poursuivent des objectifs diamétralement opposés : l’homme, qui tente de pêcher le poisson ; le poisson, qui tente d’échapper à son prédateur humain.

L’un et l’autre présentent à tour de rôle ce qui les anime, leurs centres d’intérêts : la pêche pour l’un, la nage pour l’autre ; et ce qui leur plaît dans ces activités : l’environnement, la météo, la sociabilisation. Et pourtant… gare au conflit d’intérêts si le pêcheur ou le poisson parvient à ses fins… mettant ainsi fin au bon plaisir (synonyme de vie pour l’un) de l’autre !

Une histoire que l’enfant prend plaisir à manipuler, et dont la lecture peut être renouvelée à loisir, puisqu’elle ne tranche ni en faveur de l’un, ni en faveur de l’autre. Les auteurs incitent ainsi le bébé lecteur à adopter les deux points de vue indifféremment et à envisager un sujet donné sous des angles différents, simultanément… démarche permettant notamment de prendre de la hauteur et de se mettre dans la peau d’autrui l’espace d’un instant.

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Jeux d’équilibres

Après plusieurs chroniques consacrées à des premiers documentaires, la BBthèque vous propose aujourd’hui une réjouissante plongée dans une histoire, une vraie, qui commence par « il était une fois » : renouons avec les joies de la fiction, avec un album, Il était une fois… la traversée, co-signé Véronique Massenot et Clémence Pollet, aux éditions HongFei Cultures.

Un livre haut (en couleurs), qui s’amuse à parler de solidarité, mais aussi de relations humaines animales avec les rapports de force qui existent au départ… et ceux qui se révèlent à l’arrivée. Les illustrations, empruntant à la technique de la gravure, sont de toute beauté, et servent un verbe très entraînant, comme un conte pour les yeux et oreilles des bébés lecteurs. Quand l’équilibre tient littéralement à un fil…

L’histoire, donc :

Un jour, dans la jungle, un éléphant voulut traverser le fleuve. Mais deux tigres amoureux, bien rayés comme il faut, s’avancèrent derrière lui…
« Attends-nous, bel éléphant ! Nous voulons traverser sans mouiller nos fourrures. Peux-tu nous prendre sur ton dos ? »
L’éléphant hausse les épaules. « Bien sûr. Pour un animal aussi fort que moi, un tigre, deux tigres… ce n’est pas grand chose : montez ! ».

Si le livre est haut, c’est comme dans Bloub°bloub°bloub de Yuichi Kasano, parce qu’il va se former, au fur et à mesure des pages, une véritable pyramide humaine bestiale :

un perroquet
sur un cobra

sur quatre mangoustes

sur trois singes

sur deux tigres

sur un éléphant

Tout roule comme sur des roulettes tandis que la traversée progresse, quand survient l’élément minuscule qui va perturber le plus gros des animaux : « une petite (toute petite ») araignée » qui « se laisse doucement (très doucement) tomber d’un arbre sur la tête du perroquet ». Boum badaboum, patatras ! L’éléphant perd pied et entraîne tout son convoi dans sa chute : PLOUUUUUFF !

Principe de l’arroseur arrosé, c’est en définitive cette petite (toute petite) bête qui va sauver les autres bêtes et constituer une pyramide d’un genre inédit, donnant lieu à un nouveau jeu d’équilibre.

En bref : un album joyeux pour composer à plusieurs (un, deux, trois, quatre…), chercher et trouver mille et un équilibres, observer les détails (le petit (tout petit) fil de la petite (toute petite) araignée), apprendre à relativiser, tisser des liens et traverser les épreuves, avancer (comme cette petite fourmi noire qui mine de rien et sans faire parler d’elle, est passée, elle aussi, de l’autre côté).

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Au-delà de moi

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En couverture de ce joli petit livre cartonné, intitulé Au-delà de moi, et signé Vincent Bourgeau : un bébé point encore né, dormant dans le ventre de sa maman. Dans sa bulle, le bébé.

On ouvre le livre, et oh ! le bébé est non seulement né, mais bien éveillé ! Avide de découvertes, le voici qui crée une nouvelle bulle contenant une énorme question : « qu’est-ce qu’il y a au-delà de moi ? ».

Question… réponse : « il y a le berceau ».

Question… réponse : « et qu’est-ce qu’il y a au-delà du berceau ? »… et ainsi de suite, chaque interrogation trouvant sa solution.

A chaque double page, l’enfant grandissant continue d’explorer son environnement : l’enfant croît, la bulle décroît, pour un découverte pas à pas du couffin, puis de la maman, du papa, de la chambre, de la maison… du dehors… des amis… et de l’univers tout entier, connu et inconnu ! A la fin, positivement, sereinement, les questions se sont transformées en affirmations.

Un graphisme épuré, un style rythmé, bref, un chouette tout petit album à partager sans modération avec les tout petits, pour développer leur ouverture d’esprit !


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Pour vous aider à trouver ce livre en librairie ou en bibliothèque municipale, en voici les références complètes :

Au-delà de moi [Texte imprimé] / Vincent Bourgeau. – [Paris] : T. Magnier, impr. 2010 (impr. en Italie). – 1 vol. (non paginé [22] p.) : ill. en coul., couv. ill. en coul. ; 12 cm. – (Collection Tête de lard).
ISBN 978-2-84420-834-7 (rel.) : 6,50 EUR. 

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Apprendre à relativiser…

notes vagabondes

Jour de printemps, livre vert clair, cartonné oh so graphique,intitulé Pas tant que ça, par l’auteur vénézuelienne Menena Cottin, édité par Thierry Magnier dans la collection Tête de lard en 2014. En l’occurrence, c’est l’histoire, non pas d’un lard, mais d’un têtard, allez, non, d’une grenouille, mais petite, toute petite, et très observatrice : elle ne cesse de s’étonner et s’enthousiasmer des caractéristiques physiques et des comportements d’animaux dont elle croise la route : comme celui-ci est grand… comme celui-là est gros…

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Or cette petite grenouille est loin de connaître tous les animaux : en voici un encore plus grand, un autre encore plus gros !! Et sa prime évaluation d’être, page après page, contredite par un énergumène toujours « plus » que le précédent, qui lui oppose à chaque situation la formule magico-pédagogique : « pas tant que ça » [« ni tanto », en V.O.]. Ainsi, la trompe de l’éléphant bat le long nez du tamanoir en termes de longueur…

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