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Bébé B-A-ba : bébé dictionnaire ou dictionnaire pour bébé

Après un tout premier roman pour les bébés (souvenez-vous… il s’appelle Caché et il est chroniqué ici), Corinne Dreyfuss relève un nouveau défi : avec l’illustratrice Kei Lam, elle écrit un tout premier dictionnaire pour les tout-petits publié en 2019 aux éditions Thierry Magnier… La BBthèque vous présente ainsi aujourd’hui :

Bébé Béaba : le tout premier dico

Corinne Dreyfuss & Kei Lam

Ce premier documentaire, présentant globalement le même aspect matériel que le premier roman pour bébés (dimensions du livre, format portrait… serait-ce le début d’une nouvelle collection !??), mélange et réunit en un seul objet des caractéristiques standard des livres pour bébés — c’est un tout cartonné, qui marie texte et images en donnant la part belle à des illustrations colorées — et des attributs des livres pour public plus âgé voire adulte — c’est un dictionnaire, liste de mots avec définition classés par ordre alphabétique.

Or donc, il s’agit d’un dictionnaire pour tout-petit, qui référence une trentaine de mots qui fondent les premiers échanges entre les bébés et les adultes, à commencer par les parents. Ces mots sont sélectionnés pour ce qu’ils désignent dans l’environnement familier et quotidien du jeune enfant (miam miam : manger, joujoux : tes jouets ; mamma : maman ; papa : papa), comme pour leurs sonorités (miam miam : onomatopée, tout comme à dada, blabla, cuicui, glagla) ou encore pour ce qu’ils ne manqueront pas d’évoquer comme sensation (caca : ça pue / cracra : c’est sale / guili guili : ça chatouille) ; ils ont une valeur éducative, aussi, parfois (pipi : c’est dans la couche ou dans le pot). Ces premiers mots, constitution d’un vocabulaire et d’une vocalisation balbutiant.e.s, figurent rarement dans un dictionnaire pour adulte, ni pour enfant : ce sont des vrai-faux mots dont l’usage est restreint aux parents, encadrants et enfants qui pourraient les utiliser pendant cette période spécifique de premier apprentissage intuitif du langage qu’est la petite enfance. Ils sont illustrés avec force humour, par des dessins sobres et expressifs, sur fonds de couleurs alternées ; à chaque page, on retrouve une image du bébé parleur / bébé lecteur, qui tour à tour, en fonction des termes qu’il incarne, prend des airs ravi, coquin, triste, conspirateur, observateur, serein, aventureux, etc. Tout ce que les mots nous permettent de vivre et d’exprimer…

Une démarche originale qui permet d’aborder avec le bébé lecteur de nombreuses notions, parmi lesquelles et de manière privilégiée : la parole, et de l’amener pas à pas vers la lecture et l’écriture, jusqu’à un jour, au sortir de la petite enfance, reconnaître et distinguer des lettres, par ordre alphabétique s’il-vous-plaît… l’heure sera alors venue d’écrire ou de consulter un nouveau dictionnaire, sans doute. Celui qui complétera le B-A-ba par de nouvelles images, de nouvelles expressions, de nouveaux mots.

Quelques images pour vous faire une idée :

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Les contraires de Pittau & Gervais

Pittau & Gervais sont de retour dans la BBthèque au Seuil Jeunesse avec un premier documentaire, anthologie des contraires (72 pages s’il-vous-plaît) sobrement intitulée Les contraires, où ils déclinent pour illustrer cette notion… toute une troupe d’éléphants :

L’éléphant en creux d’abord sur la couverture du livre, qui constitue un excellent pochoir éléphantesque à qui pourrait en avoir besoin. Et puis le dessin d’éléphant qui est contenu dedans. Grand. Petit. C’est d’ailleurs avec ces deux mots que démarre la série des contraires, et le défilé de trompes… avec tout un tas de variations fantastiques autour du dessin d’éléphant.

Large/Etroit, Long/Court, Devant/Derrière… le duo d’auteurs s’amuse avec le duo d’éléphants, et tout ce que cette donnée permet de réaliser conceptuellement et graphiquement : oppositions entre les notions, points de rencontre, lignes de séparation, positions, volumes, formes, ajout, retrait, habillage, transformation…

L’humour comme le jeu lient les double-pages entre elles (une double page : un mot et son contraire), donnant lieu à une lecture riche, à plusieurs niveaux : l’enfant découvre des mots, des notions, des oppositions qu’il peut dire et redire et qui s’appliquent à l’occasion parfaitement au modèle pris, soit des éléphants dans la vraie vie, mais le plus souvent n’ont rien à voir (mais alors rien du tout) avec les éléphants (vous avez déjà vu un éléphant bouché ? ou un éléphant débouché ?). Et pourtant ce sont des éléphants qui vont donner l’exemple… parce que des éléphants, c’est connu, c’est visible, c’est marrant (et ça trompe énormément). En plus, ils ont d’excellentes bouilles, ces éléphants. L’enfant s’y attache (énormément). Et ils sont malléables, façonnables, alors on en redemande (forcément).

La démarche adoptée fait recette auprès des tout-petits comme des plus grands : elle développe à merveille l’éveil des jeunes lecteurs, sollicités bien au-delà d’une approche basique des contraires, tant par la richesse, la diversité voire la complexité du vocabulaire notions abordées, que par leur représentation ludique stimulant les capacités de compréhension mais aussi de déduction des enfants.

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Abécédaires : donner corps et voix aux lettres

L’Année 2019 dans la Bébéthèque s’ouvre sur deux ABcédaires, qui revisitent le genre en version « augmentée », l’un par la 3D, l’autre par une approche sonore : ABC en relief, de Pittau et Gervais aux éditions des Grandes Personnes (2016) ; Le bruit des lettres, de Jeanne Boyer et Julien Billadeau chez Benjamin médias (2018).

ABC en relief

de Pittau et Gervais

Dans ce premier documentaire, petit format carré, les lettres prennent vie… par la magie de la mise en volume.

Dans l’ABC 3D de Marion Bataille, paru en 2008 aux éditions Albin Michel, la lettre elle-même était en relief… et je ne résiste pas à l’envie de partager avec vous ces images pour celles et ceux qui ne connaissent pas cette oeuvre d’art :


Dans l’ABC en relief de Pittau et Gervais, ce ne sont pas les lettres qui sont en relief, mais des mots qui commencent par chacune d’entre elles; le langage est linéaire, mais la réalité qu’il représente, non ; ainsi chaque page comprend une lettre bien lisible, et donne à voir, dans une approche ludique et scénographique, par un système de rabats souvent doublé d’une ingénierie pop-up, l’illustration 3D d’un mot dont l’initiale est constituée par cette même lettre : A pour artichaut, B pour Bateau, C pour Caméléon, etc. Objets, animaux, végétaux d’ici et d’ailleurs… une lecture à la fois distrayante et instructive ! Quelques images :

Le bruit des lettres

de Jeanne Boyer et Julien Billaudeau

La lettre A fait AAAAH comme quand on accueille un ami que l’on attendait.
La lettre B fait B’ B’ B’ B’ comme les bulles d’une bouteille que l’on plonge dans le bain.
La lettre C fait K’ K’ K’ comme quand on casse la coquille d’un oeuf à la coque…

Jeanne Boyer et Julien Billaudeau abordent quant à eux, aux éditions Benjamins media, collection M, l’alphabet à travers son écriture ou dessin d’une part, et sa sonorité d’autre part, soit le bruit que chaque lettre fait quand on la prononce, quand on l’entend, quand on parle ou qu’on écoute une conversation : jeux de langue, jeux phoniques, jeux musicaux… L’approche adoptée, servie par des illustrations vives et un complément audio (CD MP3 accompagnant l’ouvrage, avec un extrait audio ici !) ouvre la voie à une riche découverte vocale du langage. Les lettres prennent ainsi vie quand elles sont dites, chantées, soufflées, criées, écoutées, sifflées, chuchotées, onomatopées, partagées !

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Cru / Cuit

L’assiette et la bibliothèque font bon ménage, notamment dans la littérature jeunesse, et les auteurs écrivant pour les tout-petits peuvent créer des merveilles de livres sur le manger pour les bébés, comme nous avons pu le voir ensemble à maintes reprises dans la BBthèque : Fruits de saison & Légumes de saison et autres livres-jeux autour des aliments et du corps humain, virées n°1, n°2 et n°3 au marché, avant d’intégrer l’assiette des bébés (ici et ) et de découvrir les bienfaits que les nutriments font au corps humain dans A dévorer des yeux par exemple…

La preuve encore aujourd’hui de ce mariage fécond avec ce petit tout cartonné, format carré, signé Matthieu Saintier et publié aux éditions Le diplodocus cette année :

Cru cuit

Cet imagier et premier documentaire utilise avec bonheur le média photo pour donner à voir, en lecture miroir, les deux versions d’un même aliment, la version crue à gauche, la version cuite à droite.

De double page en double page, le bébé lecteur explore ainsi la pomme, la châtaigne, le fromage, le chocolat, la tomate, le maïs, la fraise, le sucre, les pâtes, la carotte, le poisson et la pomme de terre… dans plusieurs de leurs états, dans la mesure où ils se transforment par l’opération de cuisson. Sur chaque photo, prise de manière rapprochée, l’enfant est présent, et toujours, acteur de l’image, en interaction avec l’aliment : on voit le plus souvent une ou deux petites mains désignant ou touchant l’aliment, si ce n’est un regard observateur ou des bouches gourmandes tant le mets semble appétissant…

Ou comment, dès le plus jeune âge, par une démarche réaliste et sensorielle, mettre la main à la pâte… et l’eau à la bouche tout à la fois. Direction la cuisine, chers bébés lecteurs !

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Mieux connaître le corps humain

Le corps est à l’honneur dans la BBthèque ce jour, avec deux nouveaux livres pour les jeunes enfants qui explorent chacun un petit bout de cette vaste et riche thématique qu’est l’éveil des tout-petits à leur propre constitution physique :

A dévorer des yeux

Mon premier, graphique, muet et épuré, donne à voir, sur fond noir, aux bébés lecteurs, les effets sur l’organisme vivant des différents nutriments. L’association s’effectue par double page : sur la page de gauche, un aliment courant (de l’eau, du lait, des céréales…) ; sur la page de droite, le focus sur la partie du corps sur lequel l’aliment ingéré va agir principalement ; entre les deux, une correspondance visuelle signifiant le lien entre la nourriture et le développement physiologique, en fonction des choix effectués en alimentation. Un parcours muet, disais-je… jusqu’à ce qu’on atteigne la quatrième de couverture, qui récapitule les bienfaits des nutriments présentés (en reprenant chaque illustration nutritive) et délivre à l’adulte lecteur les clés de ce tout-cartonné : un ouvrage « à dévorer des yeux… pour manger moins bête ! ». Ainsi, il nous y est rappelé, par des mots cette fois, que le calcium contenu dans le lait fortifie les os et les dents… Un premier documentaire superbe et extrêmement intéressant pour les petits comme les grands, pouvant donner lieu à de nombreux échanges avec les jeunes enfants ! Vous pouvez feuilleter l’ouvrage en ligne (=> par ici) pour vous faire une première idée.

Le corps, ça parle un peu,

beaucoup, énormément

Mon second explore, dans un tout autre style d’illustrations, le langage du corps et les émotions.

Parfois je m’exprime avec des mots,

et parfois je ne dis rien…

ET POURTANT MON CORPS PARLE !

Et les auteurs de mettre des mots et des images sur la manière dont notre corps s’exprime en fonction de ce que nous ressentons et selon les situations : « j’accours », « je me recroqueville », « je fais la moue », « je bâille », etc. En tout, douze émotions, sensations et sentiments sont passés en revue, avec un petit texte explicatif, rédigé à la première personne, pour aider le jeune enfant et l’adulte accompagnant à formuler et comprendre les ressentis… que le corps vit. Une fort judicieuse idée que de s’atteler à ce sujet très important pour les petits comme les grands.

Vous l’aurez compris, ces deux documentaires pour tout-petits s’avèrent très complémentaires, dans leurs démarches et leurs propos, tout en visant le même objectif : amener les jeunes enfants à (mieux) connaître leur corps… et celui d’autrui.

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Moi, j’ai peur du loup (ou pas)

Extra, Emilie Vast & les éditions MeMo sont de retour dans la BBthèque, avec un nouvel album qui s’attelle à un sujet universel : la peur (en l’occurrence, celle du loup) ; une émotion à apprendre à connaître pour mieux en tempérer les effets, et pour se faire, quoi de mieux que la dialectique pour le très jeune public ? C’est l’histoire donc, non pas d’un loup, mais de deux lapins, un brun, un beige, qui discutent de la peur qu’éprouve l’un, le brun, vis-à-vis du loup. Le titre de ce récit constitue le point de départ de cette confession :

Lapin brun : « Je peux te confier un secret ? »

Lapin beige : « Oui, bien sûr ! »

Lapin brun : « Moi, j’ai peur du loup. »

Lapin beige : « Ah oui ? Pourquoi ? »

Le lapin brun met des mots sur sa peur en l’expliquant : j’ai peur du loup, parce que… 1, il a de grandes dents, 2, il a de grands yeux, 3, il a une grande queue, etc. Le lapin beige, lui, qui n’éprouve pas ou plus cette peur, et porte donc un regard (plus) neutre et/ou apaisé sur l’animal redouté par son camarade, associe systématiquement les descriptions successives faites par le lapin brun à de tout autres bêtes, dont les lapins n’ont strictement rien à craindre : 1, celui qui a de grandes dents, c’est le morse, et le morse, il vit dans des pays froids où nous n’allons pas ; celui qui a de grands yeux, c’est le hibou, qui vit de nuit quand nous sommes à l’abri ; 3, celui qui a une grande queue, c’est l’écureuil et nous sommes amis avec lui, etc.

Tout du long de la discussion entre les deux amis, véritable raisonnement s’appuyant sur force représentations, deux points de vue se confrontent (thèse/antithèse, argument/contre-argument) pour arriver à un constat commun : mais en fait, l’image que le premier se fait du loup n’a rien à voir avec le loup tel qu’il est ! C’est sa peur qui rend cette bête si effrayante ; si on prend le temps de l’analyse, de l’observation, de la réflexion et de la discussion, le loup reste, peut-être, mais la peur, quant à elle, s’envole, et c’est un véritable soulagement.

Le propos, brillant, est servi par un graphisme sobre et précis, avec des personnages expressifs et attachants ; l’histoire se lit… en riant, grâce à la complicité des narrateurs à l’image des lecteurs, mais aussi grâce à tous les jeux de représentation, qui constituent autant de surprises pour le jeune enfant : quand lapin brun évoque de grandes dents, il pense au loup, quand lapin beige entend grandes dents, il pense au morse, et Emilie Vast de dessiner d’abord des grandes dents (sans tête ni corps associé), puis la page suivante l’image qu’en a le deuxième lapin… les mêmes dents replacées dans un autre contexte, sur un autre corps, une autre tête, celle de monsieur morse… et ainsi de suite pour les autres parties du corps de ce loup monté et démonté de toutes pièces.

Quelques extraits ici !

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Mes envolées

Qu’est-ce qui donne des ailes aux enfants ? Les éditions Dyozol, Emma Robert et Célina Guiné misent sur la poésie, dans un très bel album intitulé Mes envolées :

Le jeune enfant s’exprime ici à la première personne, c’est le narrateur, un brin rêveur, qui prend au pied de la lettre les expressions figurées qu’il entend dans son entourage :

Maman me dit souvent que je suis tête en l’air

Papa me dit parfois que je suis dans les nuages

Grand-mère me dit souvent que je n’ai pas les pieds sur terre

Maîtresse me dit que je suis toujours dans la lune

Métaphores de l’envol, l’enfant s’interroge et se dit qu’à la fois en effet il est physiquement là, mais que peut-être une partie de lui, un autre ou le même, un double peut-être, voyage sur Terre et dans les airs !? Pensées à hauteur d’enfant qui valent le déplacement ! Un joli moment de lecture à partager avec les bébés lecteurs, les bébés rêveurs, les bébés voyageurs ; l’occasion aussi d’expliquer aussi aux tout-petits que le langage est constitué de mots mais aussi d’images…