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Pimpanicaille

Eveil musical dans la BBthèque aujourd’hui… mais aussi éveil artistique, avec la publication à l’Ecole des loisirs de Pimpanicaille, par Jean Colombain et une myriade de bambins :

Un album tout-cartonné aux couleurs vives et aux dessins naïfs et premiers… car ils sont réalisés par des enfants ! Toutes les images de l’ouvrage proviennent en effet d’une collection de dessins & peintures d’enfants réalisés dans les années 1950, un magnifique univers visuel, qui vient rencontrer la poésie de comptines revisitées. Pas moins de vingt-sept ritournelles et chansonnettes détournées, écho de rengaines connues des petits comme des grands, que Jean Colombain, l’auteur de ce recueil original, imagine en écho aux dessins d’enfants avant de soumettre à son tour un répertoire inédit aux enfants d’aujourd’hui. Des comptines en couleurs, qui marient avec succès l’ancien et le nouveau… la répétition et la création. Un petit extrait ?

Si j’étais une girafe, 

Je monterais sans escalier

A la lucarne du grenier.

Veux-tu que je t’emmène 

Là-haut dans la plaine,

Pour cueillir des fleurs

De toutes les couleurs ?

 

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Boîte à rituels

La BBthèque vous présente aujourd’hui non pas un livre mais un kit plutôt pratique, série de 30 fiches pour aborder les rituels du quotidien en gestes et en musiques, bref par le biais de jeux autour des comptines :

Dans la boîte, on trouve un petit livret d’explications et trente fiches de comptines, réalisées par une psycho-motricienne et formatrice pour la petite enfance, Pascale Pavy, et illustrées tout en douceur par Hélène Chetaud. L’idée est la suivante : une fiche = une comptine = un rituel = un besoin chez le jeune enfant, assorti d’une proposition de réponse (mimée, rythmée, chantée) pour l’accompagner dans ses premiers apprentissages et le guider vers l’autonomie. Le rituel se donne ainsi à lire sous forme de carte plastifiée, support pour l’adulte comme pour l’enfant. Et les cartes sont classées en quatre grandes catégories, facilement repérables grâce à un code couleur :

  • cartes jaunes : début et fin de journées (réveil, séparation, endormissement)
  • cartes bleues : actions quotidiennes (continence, alimentation, sociabilisation)
  • cartes rouges : apprentissage des émotions
  • cartes violettes : calmer les peurs et anxiété

Parmi les comptines, on trouve beaucoup de reprises de chansons classiques pour enfant, dont les textes sont changés pour parler du sujet abordé. Par exemple, « sur le pont d’Avignon » devient « sur le pont de la colère », avec les paroles suivantes :

Sur le pont de la colère, on ne tape pas, on ne tape pas

Sur le pont de la colère, on s’y prend tout autrement

Les petits enfants font comme ça …

[mimer à l’enfant deux respirations profondes pour l’inviter à trouver le calme]

et puis encore comme ça…

[mime bis]

Le concept, ludique et sympa, permet d’aborder dans la joie, la bonne humeur voire la dérision, des questions critiques pour et avec les tout-petits ; il constitue une porte d’entrée pour anticiper ou aborder en légèreté des sujets complexes avec les bébés. L’affaire est d’autant plus drôle à partager avec les enfants quand ces derniers connaissent les versions originales des comptines… ce qui ouvre la voie (et la voix !) au second degré ! Quelques extraits ici (parmi lesquels le pont de la colère, hihihi ^^)…

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Chat noir chat blanc

Ceci n’est pas une chronique consacrée à une adaptation pour les bébés d’un film d’Emir Kusturica ! Pourtant, le titre du livre présenté aujourd’hui ici est bien chat noir chat blanc (OK d’accord, sans virgule entres les deux et sans majuscule). C’est un album format carré, en noir et blanc, c’est dit dans le titre, essentiellement, il est signé Claire Garralon aux éditions MeMo, qui met les canards de côté (ceux-ci et puis aussi ceux-là) pour s’intéresser aux chats :

C’est l’histoire d’un chat, noir, qui habite une maison blanche ; d’un autre chat, blanc, qui habite une maison noire ; c’est l’histoire de la rencontre de ces deux chats, pas si évidente que ça.

Le choix du noir et blanc traduit visuellement (quelle esthétique, rencontrant une remarquable efficacité narrative) les ressorts de la relation à l’autre, par essence différent de soi : comment faire connaissance, comment se lier, comment devenir amis ? L’envie semble un pré-requis ; ici pas de souci. L’envie est d’ailleurs tellement forte que tout semble possible… sauf qu’elle se heurte, semble-t-il en premier lieu, à un certain nombre d’obstacles : comment approcher ce chat noir qui vit dans un monde blanc alors que je suis tout blanc dans un monde tout noir… et inversement ?

Comme dans sa parabole à becs (coin-coin C’est ma mare oui oui je l’ai déjà dit mais je le répète, un livre génial chroniqué ici), Claire Garralon parvient ici encore à mettre la philosophie & l’éducation civique à portée des tout-petits, comme un B-A-ba du vivre-ensemble, tout simplement. Une histoire des plus félines qui dit l’essence-même de la socialisation : l’art de se rencontrer pour jouer à deux et plus encore.

Au départ donc, il faut une envie, si possible partagée, et cette envie, ici, survient tout à fait naturellement, comme chez le jeune enfant : et si on se rencontrait ? Cette idée, cette volonté se met à influencer, à faire évoluer notre état d’esprit et notre vision du monde, et faire tomber les obstacles qu’on s’imaginait voir ici et là. Claire Garralon dit en effet aux tout-petits, ici, la possibilité, que dis-je, la nécessité, et in fine, combien il est en réalité aisé, de trouver un terrain d’entente afin de vivre à la fois individuellement et collectivement, un facteur commun au-delà des spécificités de chacun — un tiers-lieu où presque tout devient possible, où 1+1 =2 voire 3 et plus encore si on veut.

En substance, l’album dit : tout n’est pas noir ou blanc ! Si les chats blancs ne peuvent rencontrer les chats noirs dans leur univers tout blanc, et réciproquement, qu’à cela ne tienne, pourquoi toujours tout voir en noir et blanc ? Où est la nuance là-dedans ? Le monde est, en fait, à y regarder de nouveau et de plus près, constitué de tant et tant de couleurs, pourvu qu’on sorte d’une relation on/off ô combien limitante… Les couleurs que l’on construit ensemble, chat noir, chat blanc, gris, jaune ou encore rouge — chacun peut y mettre son empreinte, sa patte —, une fois qu’on a compris qu’il est essentiel d’avoir un esprit ouvert et donc libre… autres pré-requis pour inventer, communiquer, construire une société nourrie d’échanges et d’interactions.

Ainsi l’album, essentiellement en noir et blanc, revêt sur sa double-page finale toutes les couleurs de l’existence, magistrale leçon de vie pour les jeunes enfants, qui, de fait, font aussi pour partie leurs premiers apprentissages du vivre ensemble par le jeu collectif : et si on jouait à chat ?

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Croque la vie avec Ploc

C’est stimulant, de chroniquer Ploc, sorti cette année aux éditions MeMo. Stimulant tant Mélanie Rutten développe dans ce tout-cartonné, sa première œuvre destinée aux bébés, un univers diantrement original, tendre, pêchu et plein de charmes : formes, couleurs, mots et caractères, dans ce livre extraordinaire, tout concourt à transporter tout-petits et grands vers une mythologie imaginaire à même de refléter les premiers apprentissages de la vie.

Les illustrations, peut-être, d’abord :

Oui, les images, mélange de peintures aquarelles et encre de Chine, donnent le ton, ainsi que les formes et noms des personnages de l’histoire : Ploc, Tine, Baba, Bubu… une bande d’amis que Mélanie Rutten introduit auprès des touts-petits en mettant en scène une tranche de leur vie, un petit bout de journée en leur compagnie, riche en émotions et enseignements, dans un cadre extérieur respirant la fraîcheur.

L’histoire, bien évidemment, ensuite. Mélanie Rutten ne craint pas de donner à lire un récit plutôt long pour son jeune public : un texte précis dans son vocabulaire, ses descriptions, ses actions, un vrai texte de grands pour les tout petits enfants.

Au début du livre et de la journée, il y a ce que chacun sait déjà faire, et, souvent, ce ne sont pas les mêmes choses que leurs petits voisins. Et voici qu’interviennent tout naturellement les bénéfices, les bienfaits de la socialisation : observer et apprendre (de) la différence… en collectivité vive la complémentarité ! Savoir se définir soi-même, par rapport à autrui ; imiter, partager, échanger, jouer ensemble, dans la joie et la bonne humeur, la frustration aussi, la peur, la colère, la tristesse quand un objet auquel on tient se casse… réparer les dégâts, soigner les blessures, relativiser, s’embrasser !

A la fin du livre et de la journée, chaque petit être ressort grandi de cette exposition au grand air et de cette interaction avec autrui : certains ont développé leurs compétences, quand d’autres ont appris à gérer leurs émotions. Le rideau peut tomber, sur un moment qui réunit et contente tout le monde : le goûter avec un superbe gâteau… ! Bon appétit chers amis, et continuez de bien croquer la vie…

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Oncle Teddy

L’atelier Saje fait son entrée dans la BBthèque, avec Oncle Teddy, grand livre tout cartonné publié aux éditions Marcel & Joachim :

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Un album qui joue la carte du muet : tout se lit dans les images, design, mettant en scène les activités d’un petit ours avec son grand baby-sitter, l’oncle Teddy (oui da, un homme, que dis-je… un mâle), tel un inventaire de jeux et loisirs à partager régulièrement ensemble, adulte et jeune enfant.

Chaque double-page représente ainsi une activité : jeux d’eau, sports d’hiver, patin à glace, équipée sous la pluie, fête foraine, arts martiaux, balade en deux roues (tricycle pour le petit, moto pour le grand), activité cuisine & dégustation, bain moussant et brossage de dents, et même, la nuit tombée, quand les rêves les plus fous prenant le relais d’une dense journée, la transformation du duo en paire de super-héros ! Avec, toujours, sur la page de gauche, le petit ours auquel s’identifiera le bébé lecteur… et, sur la page de droite, l’oncle Teddy qui veille sur lui.

Un livre bien pensé pour les bébés, avec ses répétitions et ses variantes, le jeu d’observation auquel il invite son public, la familiarité et la diversité des sujets abordés, le graphisme simple qui sait montrer la différence de taille entre le petit et le grand mais aussi leur complémentarité, et enfin les couleurs choisies par les auteurs qui, par leur douceur rejouant la rondeur des personnages, enveloppent le tout d’une opportune et agréable tendresse.

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Mini & Mahousse, Mahousse & Mini

Un album ingénieux aujourd’hui dans la BBthèque, livre deux-en-un co-signé Jean Leroy (texte) et Giulia Bruel (illustrations) à l’Ecole des loisirs, dans la collection Loulou & cie qui vient donc s’enrichir de deux nouvelles recrues : mon ami Mahousse (titre du livre) et mon ami Mini :

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En mode recto, lumière sur… l’ami Mahousse, et pas n’importe quel AMI : MON ami, l’ami de Mini, celui qui est MAHOUSSE… Mahousse, non pas comme la souris, mais comme l’imposant éléphant. Et l’ami de l’éléphant, moi donc, aka le narrateur de ce versant de l’histoire, je suis… un tout petit singe, je m’appelle Mini. 

En mode verso donc, lumière sur… l’ami Mini, et pas n’importe quel AMI : MON ami, l’ami de Mahousse, celui qui est MINI !

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Comment se li(sen)t ce(s) livre(s) ? Le bébé lecteur suit d’abord le point de vue de Mini, dressant le portrait de ce en quoi Mahousse est son ami, puis le remerciant de tout ce qu’il fait au quotidien et en continu pour lui, et lui souhaitant une bonne nuit. Arrivé à la moitié du livre, c’en est fini du point de vue de Mini ! Le bébé lecteur est invité à retourner le livre tout cartonné et à prendre la fin comme début, afin d’adopter désormais le point de vue de Mahousse sur son ami Mini : les mots décrivant leur amitié sont identiques à la lettre près, seules les illustrations apportent quelques nuances du fait de la singularité de chaque ami. Ou alors, pourquoi pas lire le livre dans l’autre sens, parce qu’en fait, ce qui est chouette, c’est qu’ici ça revient strictement au même !

Le tout forme une très belle histoire sur l’amitié entre deux êtres différents reposant sur des principes sains et vitaux d’échanges, de partages, de vivre ensemble-et-en-commun, mais aussi de complémentarité et de réciprocité. Car chacun à sa façon :

  • protège l’autre de la pluie
  • lui joue de la musique
  • lui apporte son goûter
  • l’aide à faire sa toilette
  • lui lit une histoire pour s’endormir !

Et au-delà, l’illustration d’un rapport à l’autre… fondamentalement universel, La Fontaine ne nous contredira pas : les touts-petits sont certes portés par l’amour des grands qui les élèvent, mais en tant que grand, on a aussi souvent…, toujours…, besoin d’un plus petit que soi.

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Avec du temps

C’est l’été, on prend le temps… de s’aérer, de se poser, de s’arrêter, de lire, de réfléchir, de prendre la mesure, toute relative, du temps. Dans leur album Avec du temps, édité chez Thierry Magnier, Isabel Minhós Martins et Madalena Matoso déroulent le fil de l’avenir à travers une pléiade de situations et d’actions marquant le passage du temps.

avec du temps

Avec du temps

Un enfant grandit.

Un crayon rétrécit.

(…)

Le pain devient dur 

(et les biscuits mous).

(…)

La frange tombe sur les yeux.

Les yeux s’habituent à l’obscurité.

(…)

Certains livres jaunissent.

(…)

Ce qui était difficile devient facile.

Avec des mots simples et des phrases résolument affirmatives, des illustrations joyeuses et modernes (presque adultes, aka tout public & soooo design), le bébé lecteur apprivoise la notion du temps ; par la projection de son propre développement, il envisage son avenir, ainsi que l’évolution de son environnement : passé, présent, futur… aujourd’hui différant de demain.

Le propos ici adopte un point de vue des plus intéressants : c’est comme si un (vieux) sage, par exemple un parent, ou tout autre adulte dans l’entourage de l’enfant, lui livrait le fruit de son expérience du temps, et ce tout à fait sereinement, en présentant les résultats du temps écoulé sur tel organisme ou objet. Pas d’angoisse : ceci deviendra cela, et cela je te le décris, je te l’ai décrit, tu le connais aussi à présent. Saisir voire anticiper le changement, suivre voire conduire le mouvement, goûter l’imprévisible tout en se ménageant un cadre stable :

Avec du temps, 

on apprend à voir les marques du temps.

Avec du temps, presque tout passe.

Mais les amis, eux, ne disparaissent jamais.

Une lecture évolutive pour tous les âges de l’enfance… et bien au-delà !