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Ca veut dire quoi, être normal.e ?

Aujourd’hui, la BBthèque vous présente un livre au top, paru aux éditions Kaléïdoscope, qui aborde la question de l’identité de soi au regard des autres, sujet fondamental à l’heure des premières sociabilisations, en crèche par exemple, puis à l’école :

Les gens normaux

de Michaël Escoffier et Laure Monboulou

Le point de départ de l’album, c’est un.e enfant (Logan) qui dit à un.e autre enfant (Zita) qu’il.elle n’est pas normal.e. L’enfant recevant cette remarque s’interroge : ça veut dire quoi, être normal.e ? Pose d’abord la question à ses parents (réponse lambda mais qui ne lui suffit pas : être normal.e, c’est ressembler aux autres, faire comme tout le monde), puis se résout à mener sa propre enquête. Voici l’enfant supposé.e pas normal.e, Zita, en train d’observer et de prendre en notes, « méthodiquement », nous précise-t-on, dans diverses situations du quotidien, les caractéristiques et comportements de chacun de ses camarades :

  • quelle est la tendance en matière capillaire : peut-on dire que la norme c’est cheveux courts garçons / cheveux longs filles, ou y a-t-il des exceptions ?
  • comment les uns et les autres croisent leurs bras ? la plupart comme ci, mais certains comme cela
  • avec quoi on mange les frites : ketchup ou mayo ? ici le match est équilibré… mais il y a un.e enfant qui est allergique aux pommes de terre, donc c’est bon on peut le.la classer dans la catégorie des « pas normaux »

Zita arrive au terme de son enquête et analyse les résultats : deux groupes, dans la catégorie « pas normal » il y a plein d’enfants, presque tous en fait ; dans la catégorie « normal » il n’a qu’un.e enfant, Logan. « Quelque chose cloche… » Zita se met à espionner Logan… jusqu’à trouver la faille : Logan fait les boucles du « f » comme personne… il n’est donc pas normal NON PLUS !

Conclusion, que Zita court annoncer comme une bonne nouvelle à ses camarades :

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LES GENS NORMAUX N’EXISTENT PAS !

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Desservi par un graphisme enfantin et écrit 100% à hauteur d’enfant avec toute l’ingénuité, la détermination et l’intelligence de l’enfance, cet album est à lire et relire aux jeunes enfants, pour prendre conscience que, si nous sommes tous des être humains, chaque humain a sa propre identité, que rien ne sert donc de normer.

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3 gibbons, 1 colibri & 1 chanson

Connaissez-vous les Trois Gibbons de Kenji Abe ? Ces trois personnages, déjà présentés ici dans la BBthèque, invitent les jeunes lecteurs, dans une série de beaux albums publiés par les éditions MeMo, à partager avec eux leur riche quotidien, qui marie routine et événements surprenants, à l’image de l’opération de sauvetage d’un bébé crocodile. D’aventure en aventure, ces êtres responsables et volontaires font l’expérience de la relation à l’autre et développent un état d’esprit ouvert et solidaire, comme à l’occasion de cette rencontre avec une nouvelle amie, à plumes cette fois-ci :

Les Trois Gibbons

et la chanson du colibri

de Kenji Abe

trois gibbons chanson colibri kenji abe

Dans ce nouvel épisode, Ibbon, Nibbon et Sabbon croisent le chemin d’une petite femelle colibri (toute jaune), emportée par une tornade et désormais loin des siens, rompue de fatigue et littéralement perdue. « Comment faire » ? se demandent les trois comparses, question qu’ils s’étaient posée de la même façon pour sauver un petit mâle crocodile (tout vert) dans un épisode précédent. Même objectif : ils veulent aider cet être en détresse, et s’en donnent les moyens.

Les voici sillonnant l’océan, avec la demoiselle colibri, sur un bateau à voile (coque jaune, voile blanche), s’enquérant sur chaque île qui abrite des colibris : est-ce l’île de notre colibri ? … Jusqu’à eux-mêmes se retrouver dans la situation de leur amie : fatigués et perdus. Impasse ?

Rebondissement ! Une deuxième voie est possible, ouverte cette fois-ci par la colibri, qui ne se doute pas que son action va se muer en solution ! En effet, observant le sommeil gagner ses protecteurs gibbons, la petite colibri se met à chantonner, pour les bercer, un air de sa composition. L’air est entendu par l’un(e) de ses pairs qui, au vol, l’apprend instantanément et reproduit le chant. Une chaîne musicale se constitue dans le ciel, jusqu’à venir aux oreilles des parents de l’oiselle égarée ; ils parviennent à reconstituer la chaîne et retrouver leur enfant. Comme un geste de réciprocité et de remerciement, le chœur des colibris guident ensuite les trois gibbons pour leur permettre de rentrer eux aussi dans leur maison.

Mettant en scène les aspects positifs de la propagation d’une information, cet album se distingue par son propos, généreux et confiant dans la construction de liens sociaux, et son graphisme expressif et épuré. Il se rapproche d’un conte initiatique, dont la lecture fait grandir les enfants. Quelques extraits à découvrir par ici sur le site de l’éditeur !

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J’adore pêcher VS J’adore nager

Lumière, dans la BBthèque, sur un ingénieux album tout cartonné & réversible. Non content en effet de proposer une lecture dans un sens comme dans l’autre, ce livre donne un sens à ces deux sens, dans la mesure où ceux-ci incarnent les deux facettes d’un même sujet, perçu de deux points de vues foncièrement différents :

J’adore pêcher

ou J’adore nager

de Thierry Bonneyrat & João Vaz de Carvalho

aux éditions L’Atelier du poisson soluble

Dans cet album aux couleurs et illustrations douces, forestières et aquatiques, le bébé lecteur s’attache à deux personnages qui poursuivent des objectifs diamétralement opposés : l’homme, qui tente de pêcher le poisson ; le poisson, qui tente d’échapper à son prédateur humain.

L’un et l’autre présentent à tour de rôle ce qui les anime, leurs centres d’intérêts : la pêche pour l’un, la nage pour l’autre ; et ce qui leur plaît dans ces activités : l’environnement, la météo, la sociabilisation. Et pourtant… gare au conflit d’intérêts si le pêcheur ou le poisson parvient à ses fins… mettant ainsi fin au bon plaisir (synonyme de vie pour l’un) de l’autre !

Une histoire que l’enfant prend plaisir à manipuler, et dont la lecture peut être renouvelée à loisir, puisqu’elle ne tranche ni en faveur de l’un, ni en faveur de l’autre. Les auteurs incitent ainsi le bébé lecteur à adopter les deux points de vue indifféremment et à envisager un sujet donné sous des angles différents, simultanément… démarche permettant notamment de prendre de la hauteur et de se mettre dans la peau d’autrui l’espace d’un instant.

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Croc croque

Dans la BBthèque aujourd’hui, c’est un crocodile qui vient rendre visite… au bébé lecteur. Vous avez peur ? Peut-être avez-vous raison ! On y va ? Voici donc une chronique sur Croc croque, l’histoire d’un jeune crocro souriant et avenant, écrite et illustrée par Lucie Phan aux éditions de l’Ecole des loisirs :

Dans cet album tout cartonné, format carré, un protagoniste unique à écailles s’adresse au jeune lecteur : il salue son lectorat d’un geste de la main sur la page de la couverture, avant de l’entreprendre en engageant une conversation.

Bonjour !

C’est gentil de venir me voir.

Comment t’appelles-tu ?

Et le bébé lecteur est ainsi invité à se présenter en communiquant son propre prénom à ce crocodile qu’il ne connaît pas encore, et qui lui répond :

Enchanté !

Moi c’est Croc.

Croc pose beaucoup de questions, il s’intéresse aux goûts de son interlocuteur : il lui demande tour à tour quel est son jouet préféré, son livre préféré… son plat préféré. Et après avoir laissé à l’autre le temps de répondre, il exprime à son tour ses loisirs favoris, jusqu’au terrible (prévisible ?) point final du livre :

Moi, tu sais c’est quoi mon plat préféré ?

C’est toi !

Et le crocodile à ce moment de se matérialiser gueule béante se précipitant vers le tout jeune lecteur pour n’en faire qu’une bouchée (pop-up très réussi, qui pousse la perfection jusqu’à mettre en scène l’ouverture puis la fermeture de la gueule du croco n’ayant somme toute pas réussi à attraper sa proie, manquerait plus que ça !).

Mais est-ce vraiment le point final du livre, sa conclusion gravée dans le marbre ? Que nenni, sur la quatrième de couverture, on retrouve Croc plié de rire qui désamorce le propos : « Haha ! je blague ! Je ne croque que des carottes ! »

Un album facétieux qui aborde de manière ludique (sourires et rires à foison, interactivité avec le lecteur, jeux avec l’objet même du livre classiquement plat avec pop-up surprise en point d’orgue) la sensation de peur que l’on ressent dès le plus jeune âge mais aussi la naissance d’une nouvelle amitié… qui, sous le couvert d’une blague, met en relief une interrogation.

En fait, cet album, mine de rien et l’air de tout, dit au tout-petit et à ses parents lecteurs tout ce que comprend la rencontre avec autrui : faire connaissance avec quelqu’un signifie à la fois entrer dans une relation de confiance et/ou de méfiance selon la nature de l’échange, percevoir qu’il y a une part d’inconnu dans le connu (et inversement), apprendre à percevoir les intentions qui animent l’autre dans sa relation à moi. Reste à accompagner les tout-petits dans leurs premières expériences de sociabilisation, en prenant par exemple cet excellent livre comme support.

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Un coup de main

Elle a déjà été mise à l’honneur dans la BBthèque, la revoici sous les feux de l’actualité littéraire pour les tout-petits lecteurs, cette héroïne du quotidien et des livres pour bambins : LA MAIN ! C’est en effet, en fait, le personnage principal, le prétexte et l’objet, du très joli album Un coup de main, écrit et illustré par Cristina Sitja Rubio, publié aux éditions MeMo au mois de février dernier :

C’est l’histoire, crayonnée, de deux oiseaux, Manuel et Monelle, qui partagent le même toit et font tout ensemble, s’activant du matin au soir :

Comme vous le voyez, on fait des pieds et des mains toute la journée !

Le ton est donné : la suite de l’histoire, c’est la mise en scène, poétique, émouvante, drôle, d’expressions comportant le mot « main », le tout dans la perspective d’obtenir un coup de main.

Quand on croise nos amis, on n’a à peine le temps de leur serrer la main. « Appelle-moi demain ! » […]

Donc un jour, on a pris notre courage à deux mains, et on a décidé de passer la main.

Plusieurs mains se sont levées…

La quête du coup de main (quelques extraits ici) qui s’ensuit est proprement hilarante, en plus de constituer un reflet à la fois positif et réaliste des comportements individuels et des relations sociales qui accompagnent le bébé lecteur dans sa connaissance de lui-même et ses apprentissages de la vie en société. Avec, fondamentalement, cette notion centrale d’amitié : Manuel et Monelle, les inséparables volatiles, se font un nouvel ami, celui qui s’investit. Il s’agit de Firmin, qui leur donne « un fier coup de main » !

Un livre à rires, un livre à grandir, un livre à réfléchir… tant il apprend, mine de rien, et main dans la main, au bébé lecteur à se prendre en main : l’importance de faire des choses avec les dix doigts de ses mains, et si possible avec les copains, savoir qu’on peut demander de l’aide, comment, quand, saisir les fondements, l’essence, de l’entraide et de l’amitié. Un pur bonheur de lecture à partager avec les 0-3 ans… et les plus grands. Un coup de main, oui… un coup de cœur, aussi !

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Le petit questionneur

Chouette, un premier documentaire qui se met à la hauteur des bébés lecteurs alias… les petits questionneurs ! J’ai nommé :

¿?

Le Petit Questionneur

de Constance Verluca, Julien Hirsinger & Jeanne Boyer

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¿?

Ce livre tout cartonné est construit comme un « chat » ou dialogue entre l’adulte (l’auteur, le lecteur) et l’enfant (l’autre lecteur, petit ou grand questionneur itou également), le premier s’adressant au second à la deuxième personne du singulier avec une série d’improbables questions :

Tu préfères Noël ou ton anniversaire ?

Si tu devais ne garder qu’un seul jouet, lequel choisirais-tu ?

Si tu étais le roi ou la reine, que ferais-tu en premier ?

De double page en double page, pléthore de sujets — la vie en société, amis et événements, les émotions, l’alimentation, le présent, le passé et l’avenir… — sont abordés sous l’angle de l’interrogation, invitant le tout-petit à s’exprimer, avec ses phrases balbutiantes, ses premiers mots, et à affirmer ses choix… pour poser, à son tour, des questions.

Un petit aperçu ici : http://www.ecoledesloisirs.fr/livre/petit-questionneur !

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A la découverte du corps humain

Nous ! Tel est le titre programmatique de l’album, très branché physique, signé Hector Dexet aux éditions Amaterra, qui met en mots et en images, pour le bébé lecteur, les corps humains : le tien, le mien, celui de ma voisine, celui de ton voisin.

nous hector dexet

Nous !

… Nous sommes tous différents.

Tous différents d’un point de vue physique, ne serait-ce qu’en termes de couleurs… d’yeux, de cheveux, de peau ! Il y a des filles et des garçons, mais… :

Quel que soit le sexe d’un humain, quelle que soit l’apparence, à l’intérieur, on est presque pareil (système digestif, squelette)… et on vit le même cycle de vie : de la naissance à l’âge adulte, on grandit ! Nous avons peu ou prou tous des pieds & orteils « pour marcher, courir et sauter », des mains & doigts « pour jouer, manipuler et chatouiller », des yeux, un nez, des dents (à brosser), un cœur (pour s’aimer), une bouche et un estomac (pour manger) ! Et chacun a été conçu par un duo : un homme et une femme, un papa et une maman, et a vu le jour après un séjour dans le ventre d’une maman.

Un tout cartonné ludique, notamment grâce à sa conception ajourée (chouette, encore un livre à trous pour ajouter au plaisir des yeux celui de la manipulation), qui, avec ses couleurs vives et son humour facétieux, accompagne l’enfant dans la découverte de soi et d’autrui : apprentissage de la différence et de la similitude, l’individu et la communauté et bien sûr le fonctionnement du corps humain.