0

Le livre qui se penche sur ton berceau

Jamais deux sans trois : après Le visiteur d’Iching Hung et Tu vas voir de Frédérique Bertrand, voici tout comme d’Henri Meunier, un tout aussi chouette livre de naissance, paru au Rouergue, qui se distingue par sa gaie fantaisie :

Ici, ce sont toutes sortes de fées de France et de Navarre qui viennent se pencher sur le berceau du bébé pas-encore-né ou tout-juste-né et qui lui adressent une tendre prédiction se fondant toujours sur un effet miroir : tu seras tout comme moi, mon fils, ma fille, mon filleul, ma filleule, etc. !

Le ton, résolument ludique, des images comme des mots, plaira aux tout-petits comme aux plus grands, l’écart entre la fée et le bébé, traduit visuellement, étant proprement hilarant :

« Oouh oouh ! » dit le loup, tu auras de l’appétit et tu auras bon goût, comme moi

[à ma gauche, un loup avec fourchette et couteau ; à ma droite, un biberon]

« Grooar », dit le lion, tu auras des rêves majestueux et tu trôneras, comme moi

[à ma gauche, le roi lion sur son siège ; à ma droite, un pot et du papier toilette]

Cet album traduit avec beaucoup de bienveillance les tout premiers échanges qui ont presque toujours lieu à l’occasion d’une naissance, entre un nouveau-né et ses êtres les plus proches, ce qu’ils lui disent, la part d’eux-mêmes qu’ils ne manquent pas de projeter sur cette toute petite et toute nouvelle personne, tandis que celle-ci entend, perçoit et reçoit ces premiers gestes et mots destinés à elle seule.

Il dit l’amour, mais aussi, fondamentalement, l’humour, dès le premier souffle de vie. Car l’événement met en joie et après le premier cri viendront les sourires et les rires nourris de complicité : l’histoire, qui se dit comme une ritournelle, se donne aussi à voir comme un spectacle, un théâtre pour tout public friand de bons sentiments ET de second degré — quand la base est là, on peut passer ensemble au niveau suivant. Place à la comédie, parodie des visites à la maternité, et entrée, par l’intertextualité, du bébé lecteur en lecture et littérature ! En effet, en fait, dans ce livre, les proches venus rencontrer le bébé ne ressemblent pas tant que ça à des parents, je dirais même plus, quelques-unes des fées réunies rappellent à s’y tromper des personnages tout droit sortis du folklore et patrimoine de la littérature jeunesse : le loup grand dévoreur depuis les temps anciens, le lion indétrônable roi des animaux, la grenouille qui veut qu’on l’embrasse… tant d’avatars issus de notre imaginaire fécond depuis des générations ! Vous reconnaîtrez-vous dans l’un de ces multiples personnages, papa coq, maman poule, maman coq, papa poule et tonton Robert ? Quand l’adulte fait le clown, fait l’enfant, pour accueillir et faire rire son propre enfant !

Bref, un livre-caresse dont le bébé est le héros… tout comme le reste de sa famille, les amis, et puis aussi les livres pour tout-petits… youpi, hohoho, hahaha, tralala et hihihi !

0

Classiques revisités : c’est bon pour les bébés !

Oui oui deux nouveaux livres dans la collection Bon pour les Bébés imaginée et réalisée au Seuil Jeunesse par Thierry Dedieu ! Une collection qui marie un très grand format cartonné pour de tous petits lecteurs (des livres presque de la taille des bébés !), un graphisme noir sur blanc pour les tous petits yeux et des mots audacieux pour des toutes petits oreilles qui peuvent tout entendre, le tout pour des tout petits ⇒ très grands cerveaux !

Le premier titre est plutôt classique, l’autre… l’est tout autant, finalement, sur les rangs de l’école primaire… mais adressé et conçu pour les 0-3 ans… ça on n’avait jamais vu ^^

Mon premier donc :

LE TOUT PETIT VER TOUT NU

Qui a vu, dans la rue, tout menu, le petit ver de terre ?

Qui a vu, dans la rue, tout menu, le petit ver tout nu ?

C’est une comptine, une ritournelle pour enfants, un texte qui se dit bien, qui se lit bien, qui a tout pour plaire aux bébés lecteurs :

  • ses sonorités, plaisantes à écouter — il y a essentiellement des mots en u, qui font un petit tour, s’en vont et puis reviennent, qui s’agencent d’une certaine façon puis se réagencent pour constituer la narration et retourner complètement la situation : « dans la rue », « tout menu », « tout nu », « la grue », « qui a vu », « a voulu », « manger cru », « n’a pas pu », « disparu », etc.
  • un sujet qui parle beaucoup aux petits n’enfants : un TOUT PETIT ÊTRE (tiens, tiens, comme le tout petit lecteur) TOUT NU (les tout-petits aiment très souvent être tout nu) parvenant à surmonter l’inévitable danger qui le guette (en l’occurrence… la dévoration) !
  • les illustrations qui exploitent avec bonheur et succès le potentiel comique de la comptine : la taille du ver (presque aussi grand finalement que la grue !), son élasticité, aussi, font de lui un vrai héros, personnage principal de l’histoire, acteur du récit, auquel (mais si !), par jeu, les lecteurs s’identifient.

Mon second, accrochez-vous bien…

LA TABLE DE DEUX !

Oui, vous avez bien lu, le titre de cet album pour les 0-3 ans correspond bien à l’intitulé d’une table de multiplication, la première qui plus est (autant commencer par le commencement). Le titre est programmatique, dans la mesure où l’album lui-même contient textuellement, il fallait l’oser, rien de plus, rien de moins, toute la table de deux (une page par multiplication s’il-vous-plaît).

Ce n’est pas la première fois que Dedieu introduit dans cette collection des notions de mathématiques auprès des tout-petits : il avait démarré fort, d’ailleurs, avec rien de moins que le théorème de Pythagore, qui résonnait comme une formule magique plutôt qu’un énoncé géométrique ! Le principe, dans La table de deux, est un peu le même, et se révèle, porté par la mise en scène imaginée et réalisée par Dedieu, extrêmement réjouissant, plaçant la notion de jeu au cœur de l’album et, par la même, au cœur du calcul mathématique :

  • avec la typographie : les chiffres, signes et résultats de multiplication sont ici liés — écrits tout attachés (« deuxfoisundeux », « deuxfoisdeuxquatre »…) —,   à lire et dire aussi liés, reflet (un brin ironisé) de l’apprentissage-même des tables de multiplications que le bébé lecteur ne manquera pas de devoir faire quand il sera un peu plus grand — réciter, réciter, réciter les tables de multiplications !
  • avec les illustrations, qui expriment par l’image les résultats de ces multiplications : en plus d’observer les belles compositions en miroir dessinées par Dedieu où les animaux à compter vivent leur propre vie (certains se suivent, d’autres s’assemblent, se pourchassent, etc.) , l’enfant s’amuse peu à peu à compter lui-même, deux (lapins), quatre (rats), six (escargots), huit (geckos), dix (libellules), douze (oiseaux), quatorze (grenouilles) tentant de manger seize (moustiques), dix-huit (poissons), vingt (araignées, et si on multipliait aussi par le nombre de pattes et d’yeux ? ^^)

Une histoire, eh oui, on-ne-peut-plus rythmée, pour le plaisir de conter et de compter avec les bébés !

4

Je suis… (l’évolution de) la vie

Chouette, un nouveau livre ovni dans la BBthèque : Je suis… d’Allegra Agliardi ! je-suis-allegra-agliardiUn petit livre à spirales, édité aux Grandes Personnes et qui, imprimé sur rhodoïd, illustre de manière saisissante l’histoire, sur la planète Terre, de l’évolution de la vie… dont le tout-petit fait pleinement partie.

L’intérêt ici du rhodoïd, matière plastique transparente ? Permettre la superposition des images, dès le premier coup d’œil voir l’alpha et l’oméga de l’histoire de la vie réunis, puis au gré du tournoiement des pages vivre cette évolution pas à pas, ou comment une unique cellule devient poisson (qui nage) → serpent (qui rampe) → mammifère : chien (qui court) → homme (qui pense) et que l’amour s’en mêlant, l’homme et la femme font des enfants :

je (cellule) suis (et en étant je contiens toute mon évolution)

(à présent) (je suis aussi) (comme) une méduse

qui nage

(à présent) (je suis aussi) (comme) un poisson

qui rampe

(à présent) (je suis aussi) (comme) un serpent

je-suis-allegra-agliardi-2je-suis-allegra-agliardi-3

Un premier documentaire au graphisme & matériau intelligents et ludiques, réussissant l’exploit de mettre Darwin à portée des plus petits tout en se lisant presque comme une comptine, devinettes à la clé !