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Portrait vivant d’une auteure & illustratrice : Isabelle Simler

La BBthèque a la grande joie aujourd’hui de vous présenter un nouveau portrait vivant d’une auteure illustratrice, au travers d’un entretien exclusif avec… Isabelle Simler !

Isabelle Simler


L’auteure et l’illustratrice de Doux rêveurs, D’après nature, Heure bleue, Plume et de bien d’autres livres se prête ainsi à l’exercice du portrait vivant en nous proposant ses réponses à ces quelques questions :
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Qui suis-je ?

Je m’appelle Isabelle Simler, je suis auteure et illustratrice. 
Je passe la plupart de mon temps à observer, dessiner, chercher des idées, trouver les mots qui résonnent avec mes illustrations, imaginer des livres.
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Comment et pourquoi j’ai choisi de faire ce métier ?

Je suis illustratrice depuis très longtemps mais je n’ai pas toujours fait des livres. Avant cela, je faisais des dessins pour la presse, des images pour la publicité et des dessins animés pour la télévision.
En 2011, j’ai publié mon premier album Plume et rencontré mon éditeur, Jean Poderos aux Editions courtes et longues. Une rencontre déterminante et le début d’une belle aventure. Depuis je ne fais plus que des livres.
J’ai choisi ce métier car j’avais envie de mener mes projets en toute liberté, c’est aussi pour cette raison que je suis auteure et illustratrice de mes albums. Ainsi je peux suivre les envies et lubies qui me passent par la tête, creuser les sujets qui m’intéressent et naviguer à un rythme qui est le mien. Comme pour beaucoup d’illustrateurs, le dessin est venu tôt et m’a toujours accompagné. Assez vite, j’ai eu le sentiment qu’il m’était précieux, comme un écart, une alcôve, un moyen de se singulariser.

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Comment je travaille pour écrire un livre ? 

Le point de départ de mon travail est la plupart du temps l’observation. Si l’on se penche sur n’importe quel objet vivant, même commun et qu’on le regarde avec attention, il recèle un trésor de curiosités. Et ce qu’il nous révèle devient une matière fascinante à interpréter. Le dessin est pour moi un prétexte à observer les choses de plus près. J’ai besoin de me documenter, d’observer dans le détail, de fouiller pour mieux comprendre. Et de cette part documentaire va naître la narration, la fiction.
Ce qui m’intéresse, c’est la liberté d’interprétation, le point de vue, plus sensible que didactique. J’aime l’idée que la réalité et l’imaginaire soient perméables l’un à l’autre et que l’imaginaire se nourrit de détails scientifiques. Ce mouvement de bascule entre l’observation et la rêverie est au cœur de mon travail.
Dans les grandes lignes, les étapes de création d’un album sont : 
  • Des dessins et croquis de recherche aux crayons de couleurs
  • Une documentation fouillée sur le sujet
  • La réalisation du « chemin de fer », c’est à dire le déroulé du livre dessiné en petit sur une grande feuille
  • La création des illustrations, sur une tablette graphique la plupart du temps.

Le travail sur le texte est mêlé à celui des images, suivant les albums, il peut se faire en amont, en parallèle ou à la fin.

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Comment j’imagine mes jeunes lecteurs quand j’écris ?

Je ne crois pas que j’imagine un lecteur au moment ou je fais un livre mais si c’était le cas, je ne suis pas sûre qu’il serait jeune, je l’imaginerais plutôt sans âge.
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Est-ce qu’il m’arrive de discuter avec les enfants autour de mes livres ?

Oui très souvent, lors des rencontres scolaires ou des ateliers. Le regard que les enfants portent sur mes albums est très précieux et leurs remarques sont souvent pertinentes et surprenantes. Ce retour direct et spontané sur mon travail est très stimulant, il me donne l’énergie et l’envie de poursuivre. 

Un vif merci à Isabelle Simler pour sa disponibilité et cet éclairage sur son univers !

La BBthèque invite toutes et tous à plonger dans les albums riches et sensibles d’Isabelle Simler, qui constituent autant de voyages précieux et merveilleux dans la nature si diverse et variée :

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Vous retrouverez notamment à ces liens les beaux livres suivants d’Isabelle chroniqués dans la BBthèque :
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Portrait vivant d’une autrice-illustratrice : Lucie Félix

Surprise : la BBthèque vous propose aujourd’hui de découvrir un nouveau portrait vivant d’une autrice illustratrice ! Lumière aujourd’hui sur :

Lucie Félix

Lucie Félix - portrait vivant - BBthèque


Lucie Félix s’est prêtée au jeu du portrait vivant en nous livrant ses réponses à ces quelques questions :

Qui suis-je ?

Une petite fille qui a bien grandi et beaucoup changé, mais qui a toujours aimé lire et dessiner, et toujours aimé jouer !

Comment et pourquoi j’ai choisi de faire ce métier ?

Petite, je voulais être paléontologue, ou dessinatrice. En grandissant, j’ai un peu oublié, tant ces métiers me semblaient inaccessibles ! Puis finalement, j’ai passé un master de paléontologie, avant de faire une école d’art, de rencontrer mon éditrice aux Grandes personnes, et de sortir mon premier livre Deux yeux ?

DEUX-YEUX_Lucie Félix

Ensuite, je me suis mise à rencontrer mes lecteurs, dans des écoles ou des bibliothèques, et cela m’a reconnectée avec ma “petite fille intérieure”. J’ai été très touchée par la vulnérabilité, l’exigence, mais aussi la force de l’Enfance. Les enfants sont un lectorat exceptionnel : ils sont spontanés, exigeants, curieux, joueurs… comment rêver mieux ?

Comment je travaille pour écrire un livre ?

Je fais beaucoup d’observation des habitudes de lecture des enfants : comment interagissent-ils avec le livre, où, dans quelles circonstances… Cela se passe lors d’ateliers, de rencontres scolaires, ou avec mes propres enfants. Je conçois aussi des ateliers artistiques, plastiques, ou d’expression, et ces moments me permettent aussi d’observer les enfants, de mieux comprendre comment ils fonctionnent, quelles sont leurs besoins.

J’ai ainsi pris conscience de choses toutes bêtes mais qu’il m’a fallu réapprendre. Par exemple, le fait qu’un livre est en grande partie un lien entre un enfant et la personne qui lui fait la lecture, donc qu’il y a beaucoup d’affectif qui passe dans ces moments de lecture. Aussi, le fait que l’exploration du monde passe beaucoup par le corps, la manipulation chez les tout-petits. Typiquement, Coucou est un livre fenêtre entre deux personnes, fait pour mettre en valeur les échanges, et aussi un dispositif fait pour créer des espaces de narration dans lesquelles le bébé est amené à bouger. Prendre et Donner est basé sur l’idée que l’enfant donne sens aux mots par son geste. Dans La promenade de Petit Bonhomme et Hariki, l’enfant joue ou fait bouger le petit personnage, ce qui lui facilite la compréhension du récit…

Bien sûr, à l’origine de chaque livre, il y a aussi comme une sorte de vision plastique, un objet que je rêve, surtout des impressions liées à la matière et aux couleurs, auxquelles j’essaie de donner corps, en m’appuyant sur mes idées de manipulations venant de mes observations…

Comment j’imagine mes jeunes lecteurs quand j’écris ?

Je les imagine heureux, avec un joli sourire, dans leur lit avec un parent qui prend bien soin d’eux, ou à l’école avec leur copains, assis en tailleur, ou se roulant sur les tapis accueillants d’une bibliothèque… Les enfants peuvent se montrer très créatifs quand il s’agit de trouver des endroits pour lire ! Tout y passe, sous la table de la cuisine, dans une cabane sous des couvertures, au parc, dans les escaliers, aux toilettes, sous le lit des parents…

Est-ce qu’il m’arrive de discuter avec les enfants autour de mes livres ?

J’écoute ce que disent les enfants spontanément dans les ateliers, je les observe beaucoup. Comme je le disais précédemment, ces moments sont très importants. Les livres peuvent servir de point de départ à des conversations, mais en fait c’est plutôt l’inverse !


Un énorme merci à Lucie Félix d’avoir répondu à l’appel du portrait vivant ce mois de juillet ! La BBthèque vous recommande chaudement de lire en jouant et de jouer en lisant les géniaux livres-objets de Lucie Félix publiés aux éditions Les Grandes Personnes, parmi lesquels ceux-ci chroniqués ici-même :

 

 

Et d’accompagner ces lectures d’une visite du  site internet ludique de Lucie Félix  !Site internet Lucie Félix

 

 

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Portrait vivant d’une autrice illustratrice : Ianna Andréadis

La BBthèque vous propose ce jour de découvrir un nouveau portrait vivant d’une autrice illustratrice : qui qui qui aujourd’hui ? Mais c’est bien sûr :

Ianna Andréadis 

Ianna Andréadis photo 1 - portrait vivant - BBthèque

Portrait d’Ianna Andréadis – Crédit photo : Franck Bordas


Pour ce portrait vivant, Ianna Andréadis a accepté de répondre aux questions suivantes :

Qui suis-je ?

Je suis artiste, peintre et photographe, auteur de livres.

Comment et pourquoi j’ai choisi de faire ce métier ? Qu’est-ce qui me plaît et me motive dans cette profession ?

J’ai toujours voulu devenir peintre depuis mon adolescence à Athènes et je suis venue faire mes études à l’Ecole des Beaux-Arts à Paris.

Très attirée par les livres et l’édition, j’ai commencé à faire des albums en lithographies, avec l’atelier Franck Bordas.

livres-en-tissus Ianna AndréadisA la naissance de mes enfants, en 1995 et 1997, j’ai réalisé les premiers livres en tissus pour eux. C’étaient des imagiers en tissus wax où j’utilisais les motifs de ces tissus africains. J’ai rencontré Elisabeth Lortic, de l’association des Trois Ourses, qui diffusaient et exposaient des livres d’artistes en direction des enfants et ça été le début d’une grande histoire de livres, d’amitié, de rencontres.

DCF 1.0A cette époque j’ai fait mon premier livre de photos pour les enfants, Couleurs Nature, avec l’éditrice Fani Marceau aux éditions du Seuil.

Par la suite j’ai rencontré l’éditrice Brigitte Morel avec qui j’ai réalisé depuis tous mes livres de photos, aux Editions du Panama et maintenant les Editions des Grandes Personnes.

Des rencontres m’ont amenée à réaliser des livres de dessins au Mexique avec Petra Ediciones, en Inde avec Tara Books, au Japon avec One Stroke, en Grèce avec Agra…

J’apprécie énormément la complicité avec mes éditeurs et éditrices.

J’aime faire des livres, c’est l’aboutissement d’une idée et d’un travail collectif de réalisation, il y a la transmission de l’idée et le partage grâce à la diffusion et la vie du livre.

Comment je travaille pour concevoir un livre ? 

C’est toujours en parallèle d’un projet en cours, que ça soit en dessin ou en photos, inspiré par la nature, les voyages, la ville ou même le quotidien. Tous mes projets sont reliés entre eux et sont des rebondissements, des suites de mes expériences.

Pour ma nouvelle collection de livre photos pour les tout-petits aux Editions des Grandes Personnes, l’idée et l’envie est de montrer et sensibiliser les enfants à la beauté de la nature. Cela fait suite à mes précédents livres, Bêtes de Brousse, réalisé en famille lors de voyages en Afrique du sud, ou Une année en forêt. Avec ces « Histoires « , …du cerisier, du ciel, de la forêt lointaine, de l’eau… mes documentaires sans texte, je veux aller à l’essentiel avec 12 double pages, 24 photos seulement !

Je choisis parmi mes photos de mon fonds d’archives, ou bien je fais des photos en vue du projet.

Ensuite, je compose les double-pages avec des rapprochements, des analogies, des contraires, des contrastes… C’est ce rapprochement qui crée l’ « histoire », la réflexion, en comparant les deux images et qui au delà de chaque sujet abordé sont aussi l’occasion de parler de couleurs, du pareil / différent,  du loin / du proche , du grand / du petit, etc.

J’ai ainsi des élément d’un domino que j’assemble en jouant avec les images, pour faire une histoire et construire le « chemin de fer » du livre.

Comment j’imagine mes jeunes lecteurs quand je conçois des livres ?

Mes premiers livres, je les ai faits pour mes enfants, je voyais exactement les besoins de leur âge et j’expérimentais en direct !

Maintenant, je conçois mes livres sans penser aux lecteurs, mais en pensant au livre en soi, à ce que je veux montrer, à l’équilibre, au rythme, aux couleurs, etc.

C’est mon éditrice qui pense aux lecteurs et fait ses remarques selon les attentes des enfants.

Je conçois mes livres comme si… ils étaient pour des « Grandes Personnes » 🙂 Je veux qu’ils apportent un nouveau regard à tous les âges.

Est-ce qu’il m’arrive de discuter avec les enfants autour de mes livres ?

Oui, lors de rencontres dans des classes, dans les Salons du livre ou dans le cadre d’Ateliers à l’occasion d’expositions autour de mon travail.

C’est toujours émouvant pour moi d’arriver dans des classes où les enfants ont travaillé à partir de mes livres avec leur maîtresses ; ils ont des questions, des impressions, des réactions…

Ianna Andréadis photo 2 - portrait vivant - BBthèque

Cette année j’ai eu la joie d’être invitée au Salon du livre de Saint-Paul-Trois-Châteaux et j’ai rencontré beaucoup de classes maternelles autour des mes derniers livres, nous avons assemblé des pages en associant des photos pour imaginer de nouveaux livres.

C’est toujours très stimulant pour moi de voir comment les enfants réagissent aux images et comment les livres peuvent former leur regard.


La BBthèque remercie profondément Ianna Andréadis d’avoir participé à l’aventure du portrait vivant et vous invite, dès le plus jeune âge, à voyager et interroger le monde avec l’œuvre de cette autrice à la palette grande ouverte sur mille et une découvertes.

Pourquoi ne pas commencer par lire les premiers documentaires de la collection récente publiée aux Editions Les Grandes Personnes et chroniqués ici et ? Et poursuivre par les tous autres livres d’Ianna Andréas : livre photos, livres dessinés et livres en tissus, dont voici la liste complète ci-dessous !

Livres de photos

Du glacier au torrent – Histoires de l’eau, Editions des Grandes Personnes, Paris, 2020  

La fourmi et le paresseux – Histoires de la forêt lointaine, Editions des Grandes Personnes, Paris, 2020 

Du soleil à la lune – Histoires du ciel, Editions des Grandes Personnes, Paris, 2019

Du printemps à l’hiver- Histoires du cerisier, Editions des Grandes Personnes, Paris, 2019

Fenêtres sur Athènes ΑΘΗΝΑ ΘΕΑ, textes de Jean-Christophe Bailly, Aude Mathé, Yannis Tsiomis, Denys Zacharopoulos, édition bilingue, Agra, Athènes, 2016

Bêtes de brousse, avec Franck Bordas, Fernand et Pierre-Takis Bordas, Edition des Grandes Personnes, 2012, Paris

Cosmopolis / Ivry-sur-Seine, texte de Laurent Boudier, Editions du Panama, 2007

Une année en forêt, arbres et rochers de Fontainebleau, avec Franck Bordas, Editions du Panama, 2007

Edition mexicaine, Cronica de un bosque encantado, Petra ediciones, 2007

Chantier ouvert au public, récit de la construction du musée du quai Branly, avant-propos de Stéphane Martin, Editions du Panama et du Musée du quai Branly, 2006

Couleurs Nature, photos de l’agence PHO.NE, Éditions du Seuil Jeunesse, 2002

Éclipse 11 août 99,  texte de Laurent Boudier, 16 photos d’agence de presse, Franck Bordas éditeur, 2000

Livre dessinés

Winter, Editions One Stroke, Tokyo, 2019

Αγκάθια και αμάραντα (Chardons et immortelles)  texte de Manolis Charos, Editions Agra, Athènes, 2019

Manasa, Légendes de serpents indiens, SSSS Snake art and allegory,   texte de Gita Wolf, coédition musée du quai Branly et Tara books, Inde 2010

Au loin le monde est tout petit, Agnès Chaumié, Enfance et musiques, Paris, 2010

L’aile bleue des contes : l’oiseau,  anthologie commentée de Fabienne Raphoz, illustrée de 70 dessins, Editions José Corti 2009

Bestiaire aztèque / Bestiario azteca texte d’Elisabeth Foch, coédition du musée du quai Branly / Petra Ediciones, 2008

Un bestiario de la prehistoria, préface de Jean Clottes, Petra Ediciones 2007

Cactus, texte de Elisabeth Foch, Petra Ediciones, Guadalajara, Mexique, 2005

Dias / Tonaltin, texte de Elisabeth Foch, Petra Ediciones, Guadalajara, Mexique, 2005 ( prix « Nouveaux Horizons »  à la Foire du livre de jeunesse de Bologne, 2006 ) ( édition française,  La pierre du soleil, éditions Circonflexe)

Livres en tissu

Exposés et diffusés par les Trois Ourses (éditions limitées entre 4 et 40 exemplaires)

Le Petit livre des couleurs, 1997

Le Livre des fleurs, 1997

Le Livre d’Afrique, 1997

Dis-voir…, 1998

Le Grand Marché, 2000

Le Livre à compter, 2003

Villes, 2003

Oiseaux, 2011

Toucans, 2011

Vols, 2011

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Portrait vivant d’une autrice-illustratrice : Elis Wilk

La BBthèque vous propose aujourd’hui de découvrir un nouveau portrait vivant d’une autrice illustratrice ! Aujourd’hui, c’est Elis Wilk qui se livre à nous :

Elis Wilk

Elis Wilk photo 2 - portrait vivant - BBthèque


Pour ce portrait vivant, Elis Wilk a accepté de répondre à ces quelques questions :

Qui suis-je ?

Je suis une femme, une artiste et une jeune maman de 40 ans. J’aime danser, réfléchir, rire, lire, dessiner, discuter avec mes amis pendant des heures, la nature et aussi m’amuser en général. 

Comment et pourquoi j’ai choisi de faire ce métier ?

J’ai toujours aimé lire depuis toute petite. On avait beaucoup d’albums et d’autres livres à la maison et quand j’ai su lire, j’ai dévoré les bandes dessinées et les romans que je trouvais chez moi, chez les amis de mes parents, à la bibliothèque ou ailleurs. 

Au début j’ai fait des études plutôt classiques (scientifiques puis sciences po) qui n’avaient rien à voir avec l’illustration et les livres et je me suis pas mal ennuyée. Je n’étais pas à ma place. 

Mais je ne savais pas que l’on pouvait étudier l’art et que, moi aussi, je pouvais un jour devenir artiste. Après mes études, j’ai travaillé dans un théâtre dans l’éducation artistique. J’ai rencontré beaucoup de gens et vu beaucoup de spectacles avant de partir en Italie et de tout lâcher pour me convertir à l’illustration. J’avais 30 ans, je n’étais plus toute jeune et ce n’était pas simple. Mais j’étais tellement curieuse et passionnée que j’ai réussi à m’améliorer, à apprendre puis à prendre confiance et à devenir enfin une vraie artiste. 

Le livre c’est l’endroit où j’ai trouvé un équilibre entre le dessin, l’histoire et le mystère et aussi la rencontre avec les lecteurs. Je ne voulais pas faire de l’art qui soit juste dans les galeries ou les musées. 

J’aime le fait que les livres soient accessibles et puissent se retrouver chez tout le monde, petits et grands.  

Comment je travaille pour écrire un livre ?

Quand je crée un livre, je me mets à ma table devant une feuille blanche. J’écris les idées qui me viennent pour ne pas les oublier. Souvent les idées s’inspirent du réel et des thèmes que j’aime ou qui me parlent au moment de créer le livre : les inuits pour Dans mon ours, l’amour pour Le loup et la poulette, la relation mère & fils pour Maman?!, la nature et la peur des bruits que vivait mon fils de 3 ans pour L’appel de la lune, la relation entre un enfant et son petit chat pour Que fais-tu petit chat ?, la fragilité de la vie et la poésie du quotidien pour mon prochain album Je suis, etc. 

En général j’écris beaucoup et je ne garde pas tout. Il y a plusieurs histoires possibles, comme des chemins qui bifurquent puis on en choisit un que l’on suit : on développe ainsi une idée et si on voit qu’elle peut tenir sur l’ensemble d’un livre on s’y accroche et on y mêle parfois les idées trouvées dans les autres morceaux d’histoires. C’est un mélange de choses qui prend du temps, comme une ballade où l’on ne peut pas prévoir le paysage suivant, montagne ou forêt à venir, mais on reste confiant, on avance et quand on les aperçoit, on les découvre sereinement, parfois avec surprise et alors on sait qu’on est heureux d’être là. Ensuite, une fois le texte créé, je commence à réfléchir à la technique que j’utiliserai, ceci en dessinant. Je change souvent de technique d’un livre à l’autre. Je fais des essais, pas toujours heureux mais, là encore, j’essaie d’avancer tranquillement dans l’inconnu.

Quand j’ai trouvé la technique adaptée à l’histoire et au livre que je veux faire alors je fais un story-board (petits rectangles – les pages- et dessins rapides au crayon) pour trouver des idées de composition, de rythme etc. et, enfin, je crée chaque illustration qui, là encore, évoluent pas mal avant d’être finalisées. 

Comment j’imagine mes jeunes lecteurs quand j’écris ?

Je ne les imagine pas vraiment. Disons que j’essaie de m’amuser, de me surprendre – on est son premier lecteur – et que le fait d’avoir un enfant m’aide à mieux comprendre les choses qui font vibrer le petit lecteur.

Un livre c’est comme une maison, il faut une solide base et des pièces bien pensées. Ensuite on affine, on décore et on rend cette maison originale et accueillante. 

Est-ce qu’il m’arrive de discuter avec les enfants autour de mes livres ?

Oui je rencontre beaucoup d’enfants. J’adore expliquer comment je travaille, le étapes, les questionnements, etc. Mais ce que j’aime le plus c’est quand les enfants ou les adultes créent à leur tour. 

Je propose souvent des ateliers de création de mini-livres et là c’est génial, après avoir expliqué comment je crée un album, chacun rentre totalement dans la création et construit son propre livre avec passion et originalité quel que soit son âge. 

A chaque fois c’est beau et surprenant cette diversité et cette capacité que les gens ont à créer eux aussi. Petits et grands se connectent à leur créativité, cette part d’enfance inventive, libre et brute qui existe en chacun et là c’est gagné…


Allez, une dernière photo d’Elis Wilk ? La revoici, prenant un bol d’air en dehors de son atelier :

Elis Wilk photo 4 - portrait vivant - BBthèque

Un grand merci à Elis Wilk pour sa participation à l’aventure du portrait vivant. La BBthèque vous invite à vous plonger dans son œuvre qui donne la part belle à l’imagination et la création, le tout avec amour et humour ! Pourquoi ne pas commencer par ses deux livres chroniqués par la BBthèque ? Les voici les voilà :

 

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Portrait vivant d’une autrice-illustratrice : Julia Chausson

La BBthèque vous propose aujourd’hui de découvrir un nouveau portrait vivant d’une autrice illustratrice ! Lumière aujourd’hui sur :

Julia Chausson

photo - Julia Chausson - portrait vivant BBthèque


Pour ce portrait vivant, Julia Chausson a accepté de répondre à ces quelques questions :

Qui suis-je ?

Je suis autrice-illustratrice et graveure. Je créé des livres. Il m’arrive aussi de concevoir des jeux pour les tout-petits et de mettre en scène des spectacles jeunesse avec la Compagnie La Sensible.

Comment et pourquoi j’ai choisi de faire ce métier ?

Vers 10 ans, j’ai été éblouie par les maquettes d’Alexandre Trauner, grand décorateur de cinéma. J’avais trouvé ma voie !

Plus tard, j’ai suivi des études de scénographie à l’école des Arts décoratifs de Paris, où je me suis régalée. En sortant de l’école, j’ai découvert que le travail collectif ne correspondait pas tout à fait à mon tempérament. J’avais besoin de faire tourner mon petit moteur personnel, sans trop de contraintes extérieures.

Très vite, le livre m’est apparu comme un cousin germain du théâtre, mêlant texte et image. Il est comme un spectacle de poche ; la couverture c’est l’affiche. Ouvrir un livre, c’est un rideau qui s’écarte. Puis la narration se déploie dans un temps défini, page après page. Le spectacle s’achève enfin avec la tourne de la 4ème de couverture. Le livre, c’est un espace de création très libre.

Le « spectacle » peut prendre toutes sortes de formes. Il peut être statique, dynamique, ambigu, absurde, agile… Le dialogue entre le texte et l’image est un point d’articulation, auquel il faut être attentif. Car c’est dans les zones d’ombre que se joue l’essentiel.

Ce qui me plait aussi, c’est la légèreté dans la création. Tout est possible avec peu de moyens : une feuille de papier, quelques crayons, des mots…

Comment je travaille pour écrire un livre ?

La conception d’un livre est assez longue. Les premières idées sont souvent banales, mais je les dessine car elles me permettent d’avancer. Très vite elles sont ensevelies sous de nouvelles idées. Dans ces moments de recherche, j’ai besoin de me nourrir. Littérature, peinture, images… Je regarde tout. Cela va entrer en collision avec ma recherche, faire rebondir le projet dans de nouvelles directions.

C’est comme des strates qu’il faut creuser. J’ai toujours l’impression que si je me contentais des premières idées, je resterais à la surface. J’ai besoin de temps pour chaque livre. Après le temps de la recherche et des croquis, il y a un temps « d’infusion » pendant lequel je me consacre à un autre projet. Y revenir avec un œil neuf est très efficace !

Du coup, j’ai toujours quantité de livres sur le feu. Certains même mijotent pendant des années !

Comment est née la collection de comptines « les petits chaussons » ?

La collection « Les petits chaussons » est née grâce à un livre d’artiste intitulé « Noire du berry », où on voyait une poule noire disparaître sous la neige. Ces livres d’artistes, entièrement réalisés à l’atelier depuis la conception jusqu’à la reliure, n’ont d’autres contraintes que les miennes. Aussi, j’expérimente en toute liberté. Avec ce livre, j’explorais le principe du « bois perdu ». Il s’agit de créer plusieurs images avec une seule plaque de bois, qui est progressivement gravée et imprimée.

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En découvrant ce livre, que je ne destinais pas particulièrement aux enfants, Christine Beigel alors éditrice, m’a proposée de l’associer à la comptine « Une poule sur un mur » et de l’adapter (format, couleur, nombre de pages…). Enfin d’ajouter une « chute » amusante.

Anne Decroly photographie - petits chaussons - Julia Chausson

Chaque titre de la collection décline le principe d’une même image qui progresse par accumulation, suppression, disparition, déplacement, transformation… Principe qui découle de la technique de la gravure sur bois.

Nous avons fait quelques pas de côté, notamment avec le titre « dans la forêt lointaine », qui est un dialogue s’inscrivant dans l’espace du livre : les coucous sont en page de gauche, le hibou est à droite. Ils s’entendent mais ne se voient pas. Tandis que « la petite bête qui monte » est un déplacement vertical dans l’espace d’une grande image.

4 nouveaux titres, toujours aux éditions Rue de monde, sont en préparation pour le printemps 2021 !

Comment j’imagine mes jeunes lecteurs quand j’écris ?

Chaque enfant est différent et je ne peux pas les considérer comme une globalité. D’ailleurs, je crois que je travaille autant pour les adultes que pour les enfants. Je lisais beaucoup de livres à mes enfants quand ils étaient petits et j’appréciais quand leurs formes étaient assez ouvertes pour ne pas s’épuiser.

Est-ce qu’il m’arrive de discuter avec les enfants autour de mes livres ?

Je rencontre souvent les enfants dans leurs classes. Il m’arrive parfois de « tester » un livre en cours de fabrication avec eux !


La BBthèque remercie infiniment Julia Chausson d’avoir participé à cette aventure du portrait vivant, et vous invite, adultes et enfants, à vous plonger dans l’œuvre fine, belle, originale de Julie Chausson… Vous pouvez par exemple commencer par la collection Les petits chaussons, puis poursuivre avec les autres livres & livres d’artistes de Julia Chausson, ses gravures et images, mais aussi les jeux qu’elle conçoit et spectacles qu’elle met en scène ! La BBthèque vous donne rendez-vous pour découvrir plus avant l’ensemble de ces créations sur https://www.juliachausson.com

Site web Julia Chausson