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Récolte de pommes

Il était une fois une pomme, deux pommes, trois pommes, deux histoires pour ta pomme et pour moi : aujourd’hui la BBthèque vous présente trois albums qui font la part belle à ce fruit d’automne.

Quel est ce fruit ?

d’Anne Crausaz

En couverture de ce livre, dédié « aux desserts de ma mère », une belle pomme… habitée et traversée par de toutes petites bêtes : ces toutes petits bêtes, une grande, une petite, vont constituer, une fois n’est pas coutume, les alliés des tout-petits lecteurs en les guidant à travers les différents fruits qui poussent de-ci, de-là.

– Où vas-t-on, Madame Fourmi ?

-Tu verras, jeune fourmi ! Suis-moi, écoute les indice et devine ! […]

« Pas la peine de m’éplucher, ma peau est pleine de vitamines. Ma chair se croque pour n’en laisser que le trognon. Qui suis-je ? »

Dans ce jeu de devinettes servi par les très belles illustrations d’Anne Crausaz, la toute petite fourmi et le tout petit lecteur découvrent d’abord l’extérieur d’un fruit vu de très près, avant de rentrer (par de petits trous) à l’intérieur du fruit, représenté également en gros plan, puis d’en ressortir et de s’en éloigner pour l’apprécier avec la distance nécessaire pour bien l’identifier et/ou le reconnaître : c’est une pomme ! Sont aussi ainsi visités : le cerise, la fraise, le melon, l’abricot, la figue, la poire…. avant que n’arrive l’heure du goûter où nous est servie une salade de tous ces fruits ! Bon appétit les tout petits. Et si vous voulez lire en complément d’autres livres au top sur les fruits, rendez-vous ici.

Dans une toute petite pomme

de Corinne Dreyfuss

Le voyage à l’intérieur de la pomme se poursuit avec un autre animal non moins minuscule qui a élu domicile dans ce fruit. Voici Corinne Dreyfuss qui nous raconte une histoire, un conte :

Il était un tout petit ver qui vivait dans une toute petite pomme.

Il s’était creusé un nid doux entre deux tout petits pépins.

Il était au chaud et à l’abri, il grandissait doucement, dans la toute petite pomme.

Dans cet album et premier documentaire tout à la fois, format paysage, la pomme est représentée de l’intérieur et de l’extérieur, dans son environnement, en mouvement : chahutée par la brise, secouée en cas de choc, roulant au sol quand la branche lâche. Pour le petit habitant qui est devenu plus grand, il est temps de sortir de son cocon rond et vitaminé ; « c’était un long chemin à faire, cela dura un très long moment », puis il voit et vit le grand air, et se trouve projeté par le vent loin de sa toute petite pomme. Une larme coule mais il n’a d’autre choix que de poursuivre son chemin seul, et découvre ainsi ses propres attributs, des petites pattes, comme une chenille, un appétit nouveau, dévorer les feuilles devenues ainsi des feuilles pleines de trous. Le petit ver (qui est en fait une chenille) se tisse alors son propre cocon… et deviendra bientôt papillon. Une histoire douce qui évoque la gestation, la naissance et les premiers pas d’un petit être. Et qui n’est pas sans faire écho à la génialissime Chenille qui faisait des trous de monsieur Eric Carle…

Les trois pommes

de Maria Keil

Cet album format portrait se distingue par un choix graphique fort, signé d’une grande dame de l’illustration portugaise, Maria Keil : des personnages dessinés en noir et blanc et formés de pièces détachées assemblées et désassemblées à loisir comme des pantins, des photos de pommes détourées de taille démesurément grande par rapport à la taille des personnages, des phylactères pour représenter le texte sous forme de dialogues. Entre ces enfants et ces biens se tissent des potentialités variées…

Au départ, un garçon a trois pommes ; en les regardant il décide d’en garder une pour lui et de donner les autres à ces amis, dans la mesure où il aime bien avoir beaucoup d’amis. Ainsi, il salue une petite fille qui vient vers lui et lui donne une pomme, elle est ravie. Il fait de même avec une deuxième petite fille. Mais c’est un enfant qui ne sait pas encore vraiment compter et qui ne perçoit pas encore non plus toutes les conséquences de ses choix : aussi, quand vient un troisième enfant, il part pour lui donner une pomme, mais comme la sienne reste la sienne, il reprend une pomme à l’une des filles pour l’attribuer un nouveau venu, générant déception et contestation, et reproduit son erreur avec un quatrième enfant avant que n’arrive un cinquième marmot. La petite assemblée se dispute mais quelques acteurs commencent à reprendre le dessus pour trouver une solution, qui sera, bien entendu, de couper la poire la pomme en deux !

Super bonus : les jeunes lecteurs peuvent poursuivre l’histoire en photocopiant les pages de garde du livre, puis en découpant les pièces détachées (visages, bras, vêtements, jambes, etc.) et constituer leur propre histoire…

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Cot cot cot & moi moi moi

Jean Gourounas revisite, aux éditions de l’Atelier du poisson soluble, un grand classique du conte pour enfants : la petite poule rousse, cette histoire où une petite poule, rousse, mène un projet à bien (transformer un grain de blé en bon pain croustillant) en demandant régulièrement de l’aide à ses voisins (un cochon, un carnard, un chat) sans qu’elle ne l’obtienne jamais, et décide donc de savourer seule, à la fin, le fruit de son travail.

L’originalité et l’intérêt de cette nouvelle version, qui préserve à merveille le sens et l’esprit de ses ancêtres, réside dans son approche ludique, qui s’exprime tant par des jeux graphiques sur les codes et les formes (la poule se réduit à une crête rouge, un œil noir et un bec jaune), que par des jeux de mots (répétitions et variantes, expressions figurées, onomatopées, typographie), qui donnent envie de poursuivre le temps de lecture par des activités (écriture, théâtre, géométrie, collages, etc.)… Le conte s’en trouve rajeuni pour le bonheur des petits et des plus grands qui se l’approprient.

Bref, je n’ai plus que quatre mots à vous dire ou à vous écrire :

cot ! groin ! coin ! miou !

tout en vous invitant à feuilleter à votre tour l’aventure de cette nouvelle petite poule rousse : par ici !

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Caché… premier roman pour bébé

Voici un album sans texte

non au contraire, une fois n’est pas coutume,

un album sans image… autrement dit…

UN PREMIER ROMAN POUR LES BÉBÉS !

Si ! Intitulé Caché et signé Corinne Dreyfuss aux éditions Thierry Magnier :

Mention spéciale pour la couverture très pop de ce tout-cartonné, presque orange fluo avec une typo qui s’efface et joue elle-aussi, comme le titre du livre, à cache-cache ! Caché, dit le titre ; trouvé, dit la couleur vive vive vive ! Et puis on ouvre le livre, et là, place — typique du tip top livre pour tout-petit — au noir (de l’écriture) sur blanc (de la page). Dans ce livre d’un genre inédit, roman jusqu’au format (13*22 cm)  — avec, qui-plus-est, chapitres, numéro et titres, ainsi que rappel des titres et pagination dans l’en-tête de chaque double-page —, point d’illustrateur mais un(e) auteur-typographe de talent : ici, c’est le texte seul, qui tient lieu d’image(s), par la mise en page et la typographie. Place aux mots, donc, au langage… à portée des bébés. Comment ?

  • par la scénographie de l’écrit : le récit se fait théâtre
  • par les choix de sujet et d’objet du récit : le jeu se fait langage

L’objet, c’est une partie de cache-cache… dont le bébé est le héros. Car celui qui est caché… il ne le sait pas encore, il le saura seulement à la toute fin… c’est le bébé lecteur, avec qui l’adulte lit cette histoire.

  • Chapitre 1 : dedans ; je finis de compter jusqu’à 10 et je vais te chercher, petit caché ! je t’appelle, je t’écoute, mais je ne te trouve pas. Je sors donc et j’atteins le…
  • Chapitre 2 : dehors ! oh des animaux, je les entends (onomatopées cui-cui * x, bzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz…), je les salue, mais toi où es-tu ? je regarde un peu partout, de près et de loin, rien. Alors je rentre.
  • Chapitre 3 : toc toc toc. Probablement je ne suis pas loin de te trouver… je te cherche de manière plus approfondie. Assis, à quatre pattes… je monte et je descends… mais on dirait que tu es vraiment bien caché. Alors je profite sans le vouloir d’une petite distraction pour que, sans le vouloir non plus, tu me révèles ta cachette ! Et là… littéralement… je te vois ! Oui ! Car le fond de la dernière double page n’est plus blanc, mais, comme une matière aluminium, un miroir où tu te reflètes : oui, c’est donc bien toi… et moi… que je vois… que tu vois ! Nous sommes de nouveau réunis.
  • Alors… si on recommençait… ? Chacun son tour ? Cette fois, tu tiens le livre et c’est moi qui me cache… 1, 2, 3, 4, 5… c’est parti !

Beaucoup, beaucoup de choses à dire et à vivre avec ce livre qui dit tout l’amour des mots en partage avec les petits minots : d’abord qu’il est, contrairement à ce qu’il paraît, extrêmement facile et plaisant à lire avec un tout-petit ; ensuite qu’il appelle à jouer avec l’enfant, avec les mots, avec le sens ; enfin qu’il éveille et éveille et éveille le bébé lecteur, pour qui le texte prend toute une nouvelle dimension.

A ce propos je vous recommande aussi, et vivement, la lecture de l’avant-propos du livre (oui car dans les grands romans, il y a aussi toujours un avant-propos), préface signée du pédopsychiatre Patrick Ben Soussan dont voici quelques extraits :

Ouvrez Caché ! Sans que vous en preniez conscience, le cerveau de votre bébé accomplit d’incroyables prouesses : ses yeux parcourent l’espace — vous appelez cela une page mais lui n’en sait rien encore — en de rapides et précis petits mouvements, de haut en bas et de gauche à droite —  très vite, dans sa première année, votre enfant a compris qu’il y a un sens à la lecture. […]

Il lit Caché ! Pas à pas, il refait le chemin, reconnaît visuellement les lettres, analyse leur séquence, découpe les mots en sons — la conscience phonologique, disent les pros —, s’adonne à la découverte du principe alphabétique — qui dit la correspondance entre l’oral et l’écrit — , déchiffre puis analyse le sens du mot formé, de la phrase, de la page. […]

Corinne Dreyfuss a écrit Caché ! en se souvenant sûrement qu’à l’origine, l’écriture était le langage de l’absence. Et que le livre convie aux retrouvailles. […]

Difficile de se représenter cet OVNI ? Quelques extraits à découvrir sur le site de l’éditeur… avant de filer en bibliothèque ou librairie se procurer ce livre de génie.

 

 

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De l’art de partager

La philosophie & l’éducation civique pour les tout-petits : pari complètement réussi avec C’est ma mare ! un livre à la fois mignon, drôle, intelligent et profond, signé Claire Garralon aux éditions MeMo en ce début d’année.

c est ma mare claire garralon

Voici un canard…

Oh ! quelle jolie mare !

C’est ma mare !

Arrive un canard blanc…

Oh ! Quelle jolie mare !

C’est ma mare !

Non, c’est la mienne ! 

répond le canard jaune.

Le canard blanc réfléchit.

On n’a qu’à la partager en 2 ?

D’accord !

Petit à petit, des canards de toutes les couleurs pataugent chacun dans leur coin (coin) sur une mare partagée en parts égales : le meilleur des mondes !?

MAIS voilà qu’un canard noir se présente au bord de la mare … Tandis que la communauté palmipède résidente lui exprime son souci de ne plus vouloir/pouvoir partager davantage, le petit dernier rétorque qu’il souhaite seulement nager tout en s’amusant… en bonne compagnie ! Et hop revoilà la notion de partage revue et corrigée : à l’invitation du nouveau venu, les frontières factices des espaces individuels tombent, pour faire place à un espace d’échanges, une aire de jeu où les uns discutent, se rencontrent, se bécotent, presque, quand d’autres se suivent, vont leur bonhomme de chemin, font un tour sur la terre ferme ou piquent une tête dans l’eau ! La mare s’anime et s’emplit de vie.

QUAND survient… un (énorme) hippopotame qui, par son poids, par sa taille, en impose tant aux canards… que tous se barrent ! Tandis que notre nouvel ami (ou ennemi ?) savoure son bain tranquillou pépère dans SA mare, un autre concurrent s’approche… car, le saviez-vous ? il y a d’autres hippopotames, et chacun d’entre eux aspire aussi à nager dans SA mare… Mais quand les occupants de la mare changent d’échelle sans la mare… il y a peu d’espoir de reproduire l’histoire des canards !

Le récit, fondé sur des répétitions et des écarts, maniant le suspens à la perfection, et servi par des dessins stylés, sobres, ronds et colorés (comment ne pas reconnaître dans la représentation des canards les jouets de bain bien-aimés de nos bambins), s’appuie sur un vocabulaire et une syntaxe simples, clairs et directs, à même de parler à tout âge…. et d’amener les plus jeunes à la réflexion.


the-light-bulb-363064_640Pour vous aider à trouver ce trésor en librairie ou en bibliothèque, en voici les références complètes :

C’est ma mare [Texte imprimé] / Claire Garralon. – Nantes : MeMo, 2016. – 1 vol. (30 p.) : ill. en coul., couv. ill. en coul. ; 23 cm.
ISBN 978-2-35289-280-9 : 13 EUR