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Moi, j’ai peur du loup (ou pas)

Extra, Emilie Vast & les éditions MeMo sont de retour dans la BBthèque, avec un nouvel album qui s’attelle à un sujet universel : la peur (en l’occurrence, celle du loup) ; une émotion à apprendre à connaître pour mieux en tempérer les effets, et pour se faire, quoi de mieux que la dialectique pour le très jeune public ? C’est l’histoire donc, non pas d’un loup, mais de deux lapins, un brun, un beige, qui discutent de la peur qu’éprouve l’un, le brun, vis-à-vis du loup. Le titre de ce récit constitue le point de départ de cette confession :

Lapin brun : « Je peux te confier un secret ? »

Lapin beige : « Oui, bien sûr ! »

Lapin brun : « Moi, j’ai peur du loup. »

Lapin beige : « Ah oui ? Pourquoi ? »

Le lapin brun met des mots sur sa peur en l’expliquant : j’ai peur du loup, parce que… 1, il a de grandes dents, 2, il a de grands yeux, 3, il a une grande queue, etc. Le lapin beige, lui, qui n’éprouve pas ou plus cette peur, et porte donc un regard (plus) neutre et/ou apaisé sur l’animal redouté par son camarade, associe systématiquement les descriptions successives faites par le lapin brun à de tout autres bêtes, dont les lapins n’ont strictement rien à craindre : 1, celui qui a de grandes dents, c’est le morse, et le morse, il vit dans des pays froids où nous n’allons pas ; celui qui a de grands yeux, c’est le hibou, qui vit de nuit quand nous sommes à l’abri ; 3, celui qui a une grande queue, c’est l’écureuil et nous sommes amis avec lui, etc.

Tout du long de la discussion entre les deux amis, véritable raisonnement s’appuyant sur force représentations, deux points de vue se confrontent (thèse/antithèse, argument/contre-argument) pour arriver à un constat commun : mais en fait, l’image que le premier se fait du loup n’a rien à voir avec le loup tel qu’il est ! C’est sa peur qui rend cette bête si effrayante ; si on prend le temps de l’analyse, de l’observation, de la réflexion et de la discussion, le loup reste, peut-être, mais la peur, quant à elle, s’envole, et c’est un véritable soulagement.

Le propos, brillant, est servi par un graphisme sobre et précis, avec des personnages expressifs et attachants ; l’histoire se lit… en riant, grâce à la complicité des narrateurs à l’image des lecteurs, mais aussi grâce à tous les jeux de représentation, qui constituent autant de surprises pour le jeune enfant : quand lapin brun évoque de grandes dents, il pense au loup, quand lapin beige entend grandes dents, il pense au morse, et Emilie Vast de dessiner d’abord des grandes dents (sans tête ni corps associé), puis la page suivante l’image qu’en a le deuxième lapin… les mêmes dents replacées dans un autre contexte, sur un autre corps, une autre tête, celle de monsieur morse… et ainsi de suite pour les autres parties du corps de ce loup monté et démonté de toutes pièces.

Quelques extraits ici !

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Rétro-pop-up !

Oyez, oyez, les éditions Hélium ont l’excellente idée de remettre au goût du jour, en cette fin d’année, un illustrateur tchèque des années 1960 : Rudolf Lukeš… sous forme d’albums… pop-up !

Rétro + pop-up rétro-pop-up

Magnifiques couleurs &illustrations, superbes pliages & volumes…

Chaque double page vient découvrir un animal en action dans son environnement, et l’enfant, et l’adulte accompagnant, s’amusent à animer la bête en ouvrant et fermant l’ouvrage à grande ou petite vitesse !

Un théâtre d’images à la fois fantaisiste et réaliste, accompagné de petits textes de type premiers documentaires, présentant en quelques mots le héros de papier (découpé) si bien croqué…

Les détails corporels, l’expressivité des regards, expressions, mines, gestes, postures et interactions avec la compagnie (souvent l’animal parent est entouré, surplombé, chevauché… de ses enfants) constituent les primes qualités de cette série de bestiaires vifs, instructifs et interactifs.

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Un pur bonheur visuel, expérience de lecture riche en surprises pour les plus petits… et les plus grands. Réjouissant.

Et pour clore ce billet, quelques infos des plus intéressantes sur l’auteur-illustrateur de ces livres : Rudolf Lukeš (1923-1976), artiste tchèque qui passa de la réalisation de décors pour le cinéma à l’illustration de livres jeunesse : diplômé de l’Académie des Beaux-Arts de Prague, il travaille pour le grand écran jusqu’à ce que le parti communiste, en raison du refus de l’artiste d’y adhérer, l’oblige à cesser cette activité à la fin des années 1940 ; en 1960, il se ressource en tant qu’illustrateur jeunesse, mais dans l’anonymat. C’est en 1965 qu’il créé anonymement cette série de pop-up… qui porte aujourd’hui son nom.

 

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Et plouf !!

Pour accompagner la fin de l’été, place aujourd’hui à Bloub°bloub°bloub, de Yuichi Kasano :

bloub bloub bloub

Un album rayonnant, réjouissant, qui, en plein cagnard, met en scène une mer calme, trop calme, avec un petit bonhomme, muni de sa gigantesque bouée et suivi de près par son souriant papa à lunettes, qui court se mettre à l’eau pour avoir moins chaud : le voici, content comme tout, qui profite du monde marin en clapotant. Une mouette à observer, chouette. Puis, oh…, des bulles… un bruit… « bloub°bloub°bloub », qu’est-ce que c’est ? « Flouch ! » mais… c’est son papa qui se trouve en-dessous de lui, et qui le soulève, le coquin ! Qu’est-ce qu’on rigole !! Mais, mais… que se passe-t-il encore ? de nouveau « bloub°bloub°bloub » ? Ah la la, une créature marine qui soulève à son tour le papa ! A qui le tour ? On continue ?

Dans ce livre cartonné qui se lit de haut en bas, de double page en double page se constitue une pyramide d’êtres vivants, animaux et humains, tous blagueurs autant qu’ils sont : madame Tortue, monsieur Morse, madame Baleine, monsieur Poulpe, sans oublier madame Mouette, et tantôt ils rient de leur plaisanterie, tantôt, tel est surpris qui croyait surprendre, pris à leur propre jeu, se montrent relativement inquiets quant à leur capacité à conserver bien longtemps l’équilibre précaire de cette drôle de tour. Un vrai travail de groupe, quand soudain…. PLOUFFFFF ! youpi, tout le monde à l’eau !!

Un jeu d’eau magnifié par un enfant facétieux, qui s’est comme « monté » toute une histoire, pour mieux pouvoir la démonter, et recommencer à loisir, de préférence accompagné, une fois n’est pas coutume, non d’une maman mais bien d’un papa, mi-complice, mi-vigilant ! L’inventivité et la fantaisie du propos sont merveilleusement servies par une narration enthousiaste, du point de vue du jeune héros, qui nous raconte donc sa petite aventure en mer, elle-même illustrée par un graphisme épuré et superbement expressif, permettant de saisir les moindres nuances des réactions à l’effet de surprise ! Une lecture idéale pour des vacances estivales… et pour les bébés nageurs en toute saison !


Pour vous aider à trouver ce livre en librairie ou en bibliothèque municipale, en voici les références complètes :

the-light-bulb-363064_640Bloub, bloub, bloub [Texte imprimé] / Yuichi Kasano. – Paris : l’École des loisirs, DL 2014 (impr. en Malaisie). – 1 vol. (non paginé [21] p.) : ill. en coul., couv. ill. en coul. ; 17 x 18 cm.
. – Trad. de : Who is that came out of the sea ?

ISBN 978-2-211-21729-3 (rel.) : 8,70 EUR