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Chut vs Boum-boum : une histoire de voisins

Je vous présente aujourd’hui un joli album pour les plus grands des bébés, qui met en scène deux lapins que tout sépare… hormis le fait qu’ils deviennent, pour le meilleur et pour le pire… voisins :

A l’origine, il y avait un lapin qui habitait seul (dans une maison en bois perchée tout en haut d’un arbre). Ce lapin-là aimait être tranquille et calme, son moment préféré était la nuit quand tout le monde est endormi, tant le moindre bruit l’importunait considérablement pour ne pas dire démesurément : CHUT criait-il de plus en plus souvent à tout bruit à son sens inconvenant. Dommage pour ce lapin-là, son nouveau voisin n’était pas du tout son semblable. Ce lapin-ci aimait la fête, la musique, les amis, le bruit… la vie. Conflits d’intérêts garanti. Meilleurs ennemis.

Oui, mais… il arrive un moment où ce lapin-là vit un drame (sa maison détruite), et qui est là ? Ce lapin-ci ! Ce lapin-ci qui va aider ce lapin-là à rebâtir son toit, reconstruire sa vie. Les deux lapins apprennent à se connaître et à devenir… bons voisins et même amis. Ils mettent même en place un pont pour se rendre chez l’un, chez l’autre ; et quand de nouvelles maisons apparaissent, les passerelles entre les habitations se multiplient.

Chut ! : une histoire, signée Morgane de Cadier et Florian Pigé aux éditions HongFei Cultures, sur l’apprentissage de la vie en société, en même temps qu’elle peut aider les bébés lecteurs, par mimétisme, à gérer leurs fortes émotions : réussir à identifier l’insatisfaction, la colère ; surmonter peu à peu cet état d’énervement ; laisser place à un sentiment plus apaisant et constructif… le contentement… voire le bonheur, qui pointe, plus vite souvent qu’il n’y paraît, le bout de son museau.

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Anthony Browne fait un carton

Anthony Browne, auteur et illustrateur britannique prolifique, va (re)faire un carton, avec la réédition chez Kaléïdoscope de trois de ses albums à succès… en tout-cartonnés, spécialement conçus, donc, pour les bébés !

Anthony Browne aime mettre en scène les singes de tout bord, et notamment les chimpanzés. Dans cette petite collection de trois livres, un bébé chimpanzé tout sourire s’exprime à la première personne pour expliquer…

  • quels livres il aime et pourquoi (les livres drôles, les histoires de monstres et de dinosaures, les histoires pour apprendre à lire ou à compter, etc.),
  • ce qu’il aime pratiquer comme activités (dessiner, jouer se déguiser, se cacher, faire des acrobaties, prendre un bain, rêver…),
  • ou bien encore comment il se sent à un instant T ou de temps en temps (parfois je m’ennuie, parfois je me sens seul, parfois je suis très heureux, parfois je suis triste, et ainsi de suite…).

La force de ces albums réside dans les illustrations, entre imaginaire et réalisme, qui par leur grande expressivité parlent énormément au jeune enfant, tant elles donnent littéralement sens aux situations décrites. Ces trois albums se lisent comme des imagiers thématiques et dynamiques, car tout en actions : mon premier est une typologie de livres pour enfants en cours de lecture, mon second la liste des activités affectionnées par le narrateur et, en miroir, le bébé lecteur ; mon dernier est un inventaire des émotions et sensations éprouvées par tout un chacun dans son corps et dans sa tête ! L’occasion, avec ce fabuleux support imagé, de mettre en mots et en scène, avec les tout petits lecteurs, ces différents éléments fondamentaux du quotidien qui leur font nécessairement écho…

En somme, des livres aussi pratiques qu’emblématiques de la petite enfance, mis à portée des mains exploratrices des plus jeunes lecteurs grâce à ce format tout cartonné.

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Ouste le loup

Lumière sur un tout-cartonné qui aborde la question de la peur du noir en évoquant la technique du papier découpé… découpant l’espace pour mieux rappeler les mille et unes couleurs du jour à l’heure où tombe la nuit. J’ai nommé :

Les yeux du loup

de Javier Sobrino et Lucie Müllerová
aux éditions L’atelier du poisson soluble

Cet album, petit format carré, est un tout-cartonné qui représente des papiers découpés pour illustrer l’histoire narrée. L’histoire d’un enfant, Arián, qui s’adresse au bébé lecteur à la première personne pour lui exposer son problème :

Je m’appelle Arián.

Et quand on me couche, j’ai peur de m’endormir seul.

Etre plongé dans le noir ne me plaît pas du tout…

… car j’ai l’impression que le loup va venir et me manger.

Des images de bêtes menaçantes peuplent alors les pages du livre et l’imagination du petit Arián, qui sait très bien comment riposter et, généreux, livre au bébé lecteur la solution qu’il a trouvée pour surmonter sa peur du noir :

  • allumer la lampe de chevet
  • jouer, mentalement ou physiquement, avec ses jouets… beaucoup de peluches, douces, inoffensives, représentant pourtant dans la vraie vie des animaux dangereux : ours, tigre…
  • avec les parents, un moment câlin et une histoire du soir regorgeant de personnages auxquels s’identifier

Bien entouré de ses êtres de vérité et de fiction, trouver le sommeil, apaisé.

Mention spéciale aux illustrations, signées de l’artiste tchèque Lucie Müllerová, qui s’inspire, donc, du procédé de papier découpé, sur fonds de couleurs vives à mesure que l’enfant surmonte sa peur du noir (place au jaune, au bleu, à l’orange, au rouge, au violet !) ce qui donne une très belle ampleur graphique et esthétique à cet album, ode à la lumière et aux spectres de couleurs sublimant littéralement le noir et la peur que cette (non)couleur peut provoquer.

Vous pouvez feuilleter quelques extraits en ligne ici pour vous faire une idée…

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Un crocodile à la plage

Place aujourd’hui à un album qui sent bon l’été et les vacances au bord de l’eau :

Nageur comme fossile

de Natacha Andriamirado et Delphine Renon

En format paysage, portée par des illustrations pastel tendres, ludiques et d’une précision rare, voici l’histoire d’un fréquentant hors norme à la plage : ce crocodile, Fossile, qui, si, si, avec bonhomie et bienveillance, dans le sable et avec ses autres compagnons de jeux & bronzage prend racine. De toute sa longueur, et sans se départir, ni de ses lunettes, ni de ses tongs, ni de ses serviettes, il occupe le terrain sans mettre dans l’eau ni les pieds, ni les mains, ni rien. Lui, c’est le gardien. Le conseiller. Il est bien entouré, les auteurs de l’album nous ont présenté ses vingt-quatre amis dès la première double page : Gramme l’hippopotame, Clapin le lapin, Dandelion le lion… Avec un sourire sage, calme et (en apparence ?) tranquille, il les observe, les guide, les encourage à jouer, nager, s’amuser avec l’eau…

Mais son sourire se fend progressivement, jusqu’à ce que Fossile montre des dents… de peur s’entrechoquant : scoop !

Fossile a peur

d’aller dans l’eau.

Heureusement, Fossile a des amis… et sait les écouter :

Impossible !

Les crocodiles n’ont peur de rien !

Encore moins de l’eau !

Fossile, ne soit pas si inquiet […] Allez viens !

Crois-nous, ce n’est pas la mer à boire.

Ragaillardi, le voici qui plonge à son tour & à grand fracas, SPLASSSHHH ! dans l’eau, ouvrant une gueule béante pour dévoiler maintenant un sourire franc (son ami le poussin en profite d’ailleurs pour lui brosser une dent) ! Voilà, en toute simplicité, sa peur apprivoisée, et désormais, Fossile le crocodile aime beaucoup lézarder sur le sable ET nager dans l’eau.

Un livre très sympa, qui invite par ailleurs les jeunes lecteurs à nommer les animaux, à les compter grâce à un joli et discret système de points de couleurs et à repérer certaines des sempiternelles activités qui font tout le charme d’une journée à la plage : jeux d’anneau, jeux de balle, épuisette et coquillages.

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Betty voit rouge

Gros coup de cœur pour cet album qui parle si bien de la colère :

Betty voit rouge

de Steve Antony

aux éditions Milan
collection Les histoires des tout-petits

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Où l’on suit Betty, un tout jeune singe au féminin, qui a faim mais ne cesse de rencontrer de menues difficultés l’empêchant de se rassasier tout de suite – maintenant – toute seule comme elle voudrait ! Obstacles = déconvenues = frustration = colère = pleurs, sanglots, hurlements, roulades par terre !

Qui aurait cru qu’essayer de manger par soi-même une banane pouvait déclencher de telles émotions pour un(e) tout(e) petit(e) ? Et pourtant… que de gestes à comprendre puis réussir à effectuer : éplucher le fruit… en autonomie ; le manger sans le « casser » et en faire tomber la moitié, etc. ! C’est l’expérience de l’impasse qui met Betty dans tous ses états ; puis, au bout d’un moment, la crise prend naturellement fin dans l’esprit et le corps du petit être tourmenté : une accalmie… prolongée grâce à un précieux adjuvant, en l’occurrence un certain Monsieur Toucan (soit vous et moi dans dans la vraie vie), qui guide la jeune Betty dans la maîtrise de ses émotions et dans la résolution du problème ayant causé la colère de la demoiselle. Avec lui, la jeune Betty achève de surmonter sa colère intense mais passagère, retrouve le calme et thésaurise sur son apprentissage… afin de parvenir à manger par elle-même cette satanée banane (ou si ce n’est-elle, l’une de ses sœurs) tout en confiance et bonne humeur, une prochaine fois.

Tout est bon à prendre dans cet album tout cartonné : le choix universel de la banane comme objet de convoitise, le sens du récit à suspens avec de multiples rebondissements (alias répétitions de crises… et sorties de crise), l’efficacité graphique (succession de situations illustrées comme de mini bandes dessinées, code couleur rouge colère / jaune repos, etc.), les mots, l’état d’esprit à la fois humoristique et bienveillant… En bref, la formule parfaite pour aborder, avec tact et psychologie, la question de la colère, mais aussi celle, plus large, de l’école de la vie, avec les tout petits.

Le début de l’album à feuilleter en ligne (clic sur l’image ci-dessous) pour vous faire une idée :

Betty voit rouge - feuilleter