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Portrait vivant d’une autrice illustratrice : Ianna Andréadis

La BBthèque vous propose ce jour de découvrir un nouveau portrait vivant d’une autrice illustratrice : qui qui qui aujourd’hui ? Mais c’est bien sûr :

Ianna Andréadis 

Ianna Andréadis photo 1 - portrait vivant - BBthèque

Portrait d’Ianna Andréadis – Crédit photo : Franck Bordas


Pour ce portrait vivant, Ianna Andréadis a accepté de répondre aux questions suivantes :

Qui suis-je ?

Je suis artiste, peintre et photographe, auteur de livres.

Comment et pourquoi j’ai choisi de faire ce métier ? Qu’est-ce qui me plaît et me motive dans cette profession ?

J’ai toujours voulu devenir peintre depuis mon adolescence à Athènes et je suis venue faire mes études à l’Ecole des Beaux-Arts à Paris.

Très attirée par les livres et l’édition, j’ai commencé à faire des albums en lithographies, avec l’atelier Franck Bordas.

livres-en-tissus Ianna AndréadisA la naissance de mes enfants, en 1995 et 1997, j’ai réalisé les premiers livres en tissus pour eux. C’étaient des imagiers en tissus wax où j’utilisais les motifs de ces tissus africains. J’ai rencontré Elisabeth Lortic, de l’association des Trois Ourses, qui diffusaient et exposaient des livres d’artistes en direction des enfants et ça été le début d’une grande histoire de livres, d’amitié, de rencontres.

DCF 1.0A cette époque j’ai fait mon premier livre de photos pour les enfants, Couleurs Nature, avec l’éditrice Fani Marceau aux éditions du Seuil.

Par la suite j’ai rencontré l’éditrice Brigitte Morel avec qui j’ai réalisé depuis tous mes livres de photos, aux Editions du Panama et maintenant les Editions des Grandes Personnes.

Des rencontres m’ont amenée à réaliser des livres de dessins au Mexique avec Petra Ediciones, en Inde avec Tara Books, au Japon avec One Stroke, en Grèce avec Agra…

J’apprécie énormément la complicité avec mes éditeurs et éditrices.

J’aime faire des livres, c’est l’aboutissement d’une idée et d’un travail collectif de réalisation, il y a la transmission de l’idée et le partage grâce à la diffusion et la vie du livre.

Comment je travaille pour concevoir un livre ? 

C’est toujours en parallèle d’un projet en cours, que ça soit en dessin ou en photos, inspiré par la nature, les voyages, la ville ou même le quotidien. Tous mes projets sont reliés entre eux et sont des rebondissements, des suites de mes expériences.

Pour ma nouvelle collection de livre photos pour les tout-petits aux Editions des Grandes Personnes, l’idée et l’envie est de montrer et sensibiliser les enfants à la beauté de la nature. Cela fait suite à mes précédents livres, Bêtes de Brousse, réalisé en famille lors de voyages en Afrique du sud, ou Une année en forêt. Avec ces « Histoires « , …du cerisier, du ciel, de la forêt lointaine, de l’eau… mes documentaires sans texte, je veux aller à l’essentiel avec 12 double pages, 24 photos seulement !

Je choisis parmi mes photos de mon fonds d’archives, ou bien je fais des photos en vue du projet.

Ensuite, je compose les double-pages avec des rapprochements, des analogies, des contraires, des contrastes… C’est ce rapprochement qui crée l’ « histoire », la réflexion, en comparant les deux images et qui au delà de chaque sujet abordé sont aussi l’occasion de parler de couleurs, du pareil / différent,  du loin / du proche , du grand / du petit, etc.

J’ai ainsi des élément d’un domino que j’assemble en jouant avec les images, pour faire une histoire et construire le « chemin de fer » du livre.

Comment j’imagine mes jeunes lecteurs quand je conçois des livres ?

Mes premiers livres, je les ai faits pour mes enfants, je voyais exactement les besoins de leur âge et j’expérimentais en direct !

Maintenant, je conçois mes livres sans penser aux lecteurs, mais en pensant au livre en soi, à ce que je veux montrer, à l’équilibre, au rythme, aux couleurs, etc.

C’est mon éditrice qui pense aux lecteurs et fait ses remarques selon les attentes des enfants.

Je conçois mes livres comme si… ils étaient pour des « Grandes Personnes » 🙂 Je veux qu’ils apportent un nouveau regard à tous les âges.

Est-ce qu’il m’arrive de discuter avec les enfants autour de mes livres ?

Oui, lors de rencontres dans des classes, dans les Salons du livre ou dans le cadre d’Ateliers à l’occasion d’expositions autour de mon travail.

C’est toujours émouvant pour moi d’arriver dans des classes où les enfants ont travaillé à partir de mes livres avec leur maîtresses ; ils ont des questions, des impressions, des réactions…

Ianna Andréadis photo 2 - portrait vivant - BBthèque

Cette année j’ai eu la joie d’être invitée au Salon du livre de Saint-Paul-Trois-Châteaux et j’ai rencontré beaucoup de classes maternelles autour des mes derniers livres, nous avons assemblé des pages en associant des photos pour imaginer de nouveaux livres.

C’est toujours très stimulant pour moi de voir comment les enfants réagissent aux images et comment les livres peuvent former leur regard.


La BBthèque remercie profondément Ianna Andréadis d’avoir participé à l’aventure du portrait vivant et vous invite, dès le plus jeune âge, à voyager et interroger le monde avec l’œuvre de cette autrice à la palette grande ouverte sur mille et une découvertes.

Pourquoi ne pas commencer par lire les premiers documentaires de la collection récente publiée aux Editions Les Grandes Personnes et chroniqués ici et ? Et poursuivre par les tous autres livres d’Ianna Andréas : livre photos, livres dessinés et livres en tissus, dont voici la liste complète ci-dessous !

Livres de photos

Du glacier au torrent – Histoires de l’eau, Editions des Grandes Personnes, Paris, 2020  

La fourmi et le paresseux – Histoires de la forêt lointaine, Editions des Grandes Personnes, Paris, 2020 

Du soleil à la lune – Histoires du ciel, Editions des Grandes Personnes, Paris, 2019

Du printemps à l’hiver- Histoires du cerisier, Editions des Grandes Personnes, Paris, 2019

Fenêtres sur Athènes ΑΘΗΝΑ ΘΕΑ, textes de Jean-Christophe Bailly, Aude Mathé, Yannis Tsiomis, Denys Zacharopoulos, édition bilingue, Agra, Athènes, 2016

Bêtes de brousse, avec Franck Bordas, Fernand et Pierre-Takis Bordas, Edition des Grandes Personnes, 2012, Paris

Cosmopolis / Ivry-sur-Seine, texte de Laurent Boudier, Editions du Panama, 2007

Une année en forêt, arbres et rochers de Fontainebleau, avec Franck Bordas, Editions du Panama, 2007

Edition mexicaine, Cronica de un bosque encantado, Petra ediciones, 2007

Chantier ouvert au public, récit de la construction du musée du quai Branly, avant-propos de Stéphane Martin, Editions du Panama et du Musée du quai Branly, 2006

Couleurs Nature, photos de l’agence PHO.NE, Éditions du Seuil Jeunesse, 2002

Éclipse 11 août 99,  texte de Laurent Boudier, 16 photos d’agence de presse, Franck Bordas éditeur, 2000

Livre dessinés

Winter, Editions One Stroke, Tokyo, 2019

Αγκάθια και αμάραντα (Chardons et immortelles)  texte de Manolis Charos, Editions Agra, Athènes, 2019

Manasa, Légendes de serpents indiens, SSSS Snake art and allegory,   texte de Gita Wolf, coédition musée du quai Branly et Tara books, Inde 2010

Au loin le monde est tout petit, Agnès Chaumié, Enfance et musiques, Paris, 2010

L’aile bleue des contes : l’oiseau,  anthologie commentée de Fabienne Raphoz, illustrée de 70 dessins, Editions José Corti 2009

Bestiaire aztèque / Bestiario azteca texte d’Elisabeth Foch, coédition du musée du quai Branly / Petra Ediciones, 2008

Un bestiario de la prehistoria, préface de Jean Clottes, Petra Ediciones 2007

Cactus, texte de Elisabeth Foch, Petra Ediciones, Guadalajara, Mexique, 2005

Dias / Tonaltin, texte de Elisabeth Foch, Petra Ediciones, Guadalajara, Mexique, 2005 ( prix « Nouveaux Horizons »  à la Foire du livre de jeunesse de Bologne, 2006 ) ( édition française,  La pierre du soleil, éditions Circonflexe)

Livres en tissu

Exposés et diffusés par les Trois Ourses (éditions limitées entre 4 et 40 exemplaires)

Le Petit livre des couleurs, 1997

Le Livre des fleurs, 1997

Le Livre d’Afrique, 1997

Dis-voir…, 1998

Le Grand Marché, 2000

Le Livre à compter, 2003

Villes, 2003

Oiseaux, 2011

Toucans, 2011

Vols, 2011

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Dessine-moi une forme ou une idée

S’il-te-plaît dessine-moi… une forme, qui fait des trucs.

S’il-te plaît dessine-moi… mon humeur, mes idées.

La BBthèque vous présente aujourd’hui deux albums qui illustrent et racontent la constitution de desseins par le dessin lui-même en construction. Des livres combinant éveil artistique et éveil des tout-petits à d’autres notions variées telles que les formes, mais aussi les actions et les émotions :

O

de Lucie Phan

Lucie Phan, dont vous avez peut-être pu déjà découvrir le fantastique Croc croque (non ? séance de rattrapage ici), sort un nouvel album, tout cartonné et format carré, s’adressant à nouveau aux tout-petits en jouant avec les lettres, les couleurs et les formes, 100% à hauteur des bébés lecteurs.

Au commencement c’est l’histoire de O, un cercle rouge donc… qui roule : deux coups de crayon noir et le voilà dévalant une pente… et cogner à la double page suivante le deuxième protagoniste qui n’est autre qu’un carré bleu. BOum. C’est une première rencontre, l’auteur-illustrateur-démiurge donne aux deux formes des yeux pour leur permettre de (se) voir, mais aussi de quoi évoluer et grandir chacun côte à côte en bonne entente : elle leur dessine ainsi des jambes, pour marcher, grimper… tomber ! Continue d’explorer la motricité en leur donnant des bras, créé leur capacité d’écoute en leur attribuant des oreilles et leur confère pour finir une bouche qui leur permettra tant de parler que de manger. En quatrième couverture, surprise, le duo de formes rond rouge & carré bleu élargit son univers en rencontrant un troisième personnage, un triangle… jaune !

A partir d’éléments de géométrie simple et en utilisant les couleurs primaires, Lucie Phan dessine, dans ce court et compact album au graphisme ludique et dynamique, un monde évolutif, qui prend littéralement corps au fur et à mesure de la lecture… et illustre à merveille le développement des tout-petits.

mes idées noires

de Leticia Rose

Lumière à présent sur un premier documentaire qui relève haut la main un pari difficile : dessiner des émotions, en déployant un graphisme de haut vol fondé sur un travail autour de la couleur. Le noir et blanc pour commencer, puis les couleurs, beaucoup de couleurs, une fois les idées noires apprivoisées… et dépassées.

quand je n’ai pas le moral,

dans ma tête se faufilent mes idées noires,

ces mauvaises pensées qu’on laisse venir et qui s’installent quand on se sent mal

dit le texte, jaune sur fond noir (le jaune dit déjà la lumière dans la nuit, une lueur d’espoir que la suite du récit matérialisera), sur la page de gauche, tandis que sur la page de droite, 6 à 9 toutes petites spirales noires crayonnées sur fonds blanc illustrent ces idées émergentes, qui vont prendre une place grandissante. Les pages suivantes décrivent par les mots et par l’image ce que ces idées, spirales noires croissantes jusqu’à remplir la double page de noir, opèrent chez le narrateur : elles apportent tristesse, découragement, fatigue, elles peuvent oppresser aussi, occuper tout l’esprit.

Quand réapparaît la couleur : le narrateur commence à nouveau à voir le verre non plus à moitié vide, mais à moitié plein, en se mettant à penser aux idées joyeuses. Celles que ses idées noires aurait comme emprisonné (et l’illustration de montrer des billes de couleurs derrière des barreaux noirs, sur fond blanc) ou noyé (et l’illustration de mettre en scène les billes multicolores au fond d’une mer noire). Si les idées noires fourmillent, les idées colorées jaillissent du cœur et montent jusqu’au cerveau, pour irradier à nouveau le corps et l’esprit. « C’est un peu comme si elles coloriait mes idées noires » dit le texte, quand l’illustration montre des dessins de spirales noires sur lesquelles on aurait redessiné avec des crayons de couleur. « Ou comme si mes idées noires étaient mangées par mes idées joyeuses » : le graphisme s’inspire alors du jeu pacman avec des ronds colorés de taille moyenne et gueule ouverte mangeant des cercles noirs devenus petits. La guerre est déclarée, reste à choisir son camp, et, puisque le travail est déjà bien entamé, se concentrer sur ces bulles colorées et joyeuses et les imaginer grandir, grandir et occuper tout l’écran de ses pensées.

En une trentaine de pages, le tout jeune lecteur vit, grâce à la démarche artistique adoptée, une expérience de lecture, à la fois distanciée et immersive, de ces émotions universelles (tristesse / gaieté ; malheur / bonheur…) qui traversent tout un chacun et qu’il est essentiel de connaître pour pouvoir les gérer. Ici, c’est le dessin, esthétique et didactique, qui donne corps aux idées et permet de les maîtriser. Un livre-clé, qui donne de nouvelles idées : pourquoi ne pas inviter les jeunes enfants à dessiner eux aussi leurs ressentis ?