0

Croque la vie avec Ploc

C’est stimulant, de chroniquer Ploc, sorti cette année aux éditions MeMo. Stimulant tant Mélanie Rutten développe dans ce tout-cartonné, sa première œuvre destinée aux bébés, un univers diantrement original, tendre, pêchu et plein de charmes : formes, couleurs, mots et caractères, dans ce livre extraordinaire, tout concourt à transporter tout-petits et grands vers une mythologie imaginaire à même de refléter les premiers apprentissages de la vie.

Les illustrations, peut-être, d’abord :

Oui, les images, mélange de peintures aquarelles et encre de Chine, donnent le ton, ainsi que les formes et noms des personnages de l’histoire : Ploc, Tine, Baba, Bubu… une bande d’amis que Mélanie Rutten introduit auprès des touts-petits en mettant en scène une tranche de leur vie, un petit bout de journée en leur compagnie, riche en émotions et enseignements, dans un cadre extérieur respirant la fraîcheur.

L’histoire, bien évidemment, ensuite. Mélanie Rutten ne craint pas de donner à lire un récit plutôt long pour son jeune public : un texte précis dans son vocabulaire, ses descriptions, ses actions, un vrai texte de grands pour les tout petits enfants.

Au début du livre et de la journée, il y a ce que chacun sait déjà faire, et, souvent, ce ne sont pas les mêmes choses que leurs petits voisins. Et voici qu’interviennent tout naturellement les bénéfices, les bienfaits de la socialisation : observer et apprendre (de) la différence… en collectivité vive la complémentarité ! Savoir se définir soi-même, par rapport à autrui ; imiter, partager, échanger, jouer ensemble, dans la joie et la bonne humeur, la frustration aussi, la peur, la colère, la tristesse quand un objet auquel on tient se casse… réparer les dégâts, soigner les blessures, relativiser, s’embrasser !

A la fin du livre et de la journée, chaque petit être ressort grandi de cette exposition au grand air et de cette interaction avec autrui : certains ont développé leurs compétences, quand d’autres ont appris à gérer leurs émotions. Le rideau peut tomber, sur un moment qui réunit et contente tout le monde : le goûter avec un superbe gâteau… ! Bon appétit chers amis, et continuez de bien croquer la vie…

Publicités
1

Betty voit rouge

Gros coup de cœur pour cet album qui parle si bien de la colère :

Betty voit rouge

de Steve Antony

aux éditions Milan
collection Les histoires des tout-petits

betty-voit-rouge-colère-antony

Où l’on suit Betty, un tout jeune singe au féminin, qui a faim mais ne cesse de rencontrer de menues difficultés l’empêchant de se rassasier tout de suite – maintenant – toute seule comme elle voudrait ! Obstacles = déconvenues = frustration = colère = pleurs, sanglots, hurlements, roulades par terre !

Qui aurait cru qu’essayer de manger par soi-même une banane pouvait déclencher de telles émotions pour un(e) tout(e) petit(e) ? Et pourtant… que de gestes à comprendre puis réussir à effectuer : éplucher le fruit… en autonomie ; le manger sans le « casser » et en faire tomber la moitié, etc. ! C’est l’expérience de l’impasse qui met Betty dans tous ses états ; puis, au bout d’un moment, la crise prend naturellement fin dans l’esprit et le corps du petit être tourmenté : une accalmie… prolongée grâce à un précieux adjuvant, en l’occurrence un certain Monsieur Toucan (soit vous et moi dans dans la vraie vie), qui guide la jeune Betty dans la maîtrise de ses émotions et dans la résolution du problème ayant causé la colère de la demoiselle. Avec lui, la jeune Betty achève de surmonter sa colère intense mais passagère, retrouve le calme et thésaurise sur son apprentissage… afin de parvenir à manger par elle-même cette satanée banane (ou si ce n’est-elle, l’une de ses sœurs) tout en confiance et bonne humeur, une prochaine fois.

Tout est bon à prendre dans cet album tout cartonné : le choix universel de la banane comme objet de convoitise, le sens du récit à suspens avec de multiples rebondissements (alias répétitions de crises… et sorties de crise), l’efficacité graphique (succession de situations illustrées comme de mini bandes dessinées, code couleur rouge colère / jaune repos, etc.), les mots, l’état d’esprit à la fois humoristique et bienveillant… En bref, la formule parfaite pour aborder, avec tact et psychologie, la question de la colère, mais aussi celle, plus large, de l’école de la vie, avec les tout petits.

Le début de l’album à feuilleter en ligne (clic sur l’image ci-dessous) pour vous faire une idée :

Betty voit rouge - feuilleter