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Une maison très spéciale

Maurice Sendak et Ruth Krauss font enfin leur entrée dans la BBthèque, par un album classique (1953) qui nous arrive en France en 2019 grâce à la traduction de Françoise Morvan et aux éditions MeMo. Cet album rythmé et joyeux, hymne à l’imagination et à la construction de l’identité des petits, s’apparente à une comptine d’enfant, un enfant racontant la maison de ses rêves :

Une maison très spéciale

Dans cet album, où le fond est de couleur ocre, où l’enfant (qui est le narrateur) constitue le seul (personnage) doté de couleurs (peau blanche et haut blanc, cheveux noirs et salopette bleue) et où les autres êtres et objets sont dessinés au crayon noir uniquement, l’enfant à salopette bleue, heureux, chantonne SA version de SA maison.

Je connais une maison — pas une maison d’ânon ou d’écureuil des bois — pas une maison qu’on voit — pas au bord d’une rue ni d’une route non plus — oh juste une maison qui est à moi Moi MOI.

Dans cette maison il y a… un lit, une étagère, des chaises, des portes, des murs, une table… et chacun de ces éléments est, c’est à préciser, très spécial. Dans cette maison l’enfant peut apporter un tas de trésors : une tortue, un lapin, une souris, des ouistitis et même un lion ! qui s’attaque, c’est jouissif, au mobilier. C’est une maison où il fait bon de bouger en bonne compagnie : se dire des secrets, rire à s’en rouler par terre, jouer, mimer, chanter, courir… sans jamais devoir s’arrêter. C’est le royaume où on peut clamer « ENCORE » sans que personne ne dise « STOP ».

Cette maison, il y a plein d’endroits où elle n’est pas, et un seul lieu où elle est : la tête de l’enfant qui l’imagine, qui la construit, qui la dessine, qui la chante (sur un air de jazz qui plus est), qui la danse, qui la dit et redit… et qui s’en réjouit.

Un bonheur de lecture avec les petits.

 

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Bienvenue dans ma maison d’édition

Ceci n’est pas un livre, ou plutôt si, ceci est un livre sur la création d’un livre. Sa fabrication. A l’approche de l’édition 2019 du Salon du livre jeunesse de Montreuil, et à l’occasion des 10 ans des éditions Hélium, lumière aujourd’hui, dans la BBthèque, sur un joli livre-objet qui permet de montrer aux jeunes enfants comment on construit les livres :

Bienvenue dans ma maison d’édition

de Didier Cornille et Sophie Strady

Vu de l’extérieur, côté recto, c’est une enveloppe, qui représente comme des rayonnages de bibliothèques contenant des livres de couleurs et formes variées et autour desquels gravitent les acteurs du livre — éditeurs, personnages, lecteurs… Qu’y a-t-il derrière ces étagères ? Qui sont ces protagonistes ?

L’enveloppe s’ouvre et se déplie pour former, côté verso, une maison bien particulière : une maison d’édition. L’atelier graphique sous les toits, au-dessus des espaces dévolus à l’édition, mais aussi à la réception et relecture de manuscrits, à la gestion des droits et de la promotion ainsi que le service presse, tandis que le rez-de-chaussée abrite le département de fabrication.

 

L’édition de livres est également illustrée dans ce livre-objet par de mini livre(t)s semblant correspondre à autant de productions de la maison d’édition que de composantes du travail de l’éditeur. Dix petits livres sont contenus dans le grand livre et traitent de sujets comme :

  • le patrimoine livresque : tant d’histoires classiques commençant par « il était une fois » , et tant d’héros ici déclinés en abécédaire, A comme Ali Baba et Auteur, B comme Babar et Bébé, C comme petit Chaperon rouge, etc.
  • l’expérience du lecteur : la première histoire d’un enfant fait partie du cycle des premières fois pour tout un chacun, et la lecture en partage à haute voix avec les plus jeunes est toujours la bienvenue (quand bien même animée par un chien stupide comme le raconte le tout premier mini-livre)
  • le travail des auteurs, qu’il s’agisse de textes (on parle alors d’auteur) ou d’images (on parle alors d’illustrateur)
  • le travail de l’éditeur et le vocabulaire afférent, à travers : un imagier du livre, un guide des métiers du livre, un manuel d’introduction à la typographie et, pour les plus grands, à la correction orthographique
  • un travail pour tous, avec un manuel à destination des lecteurs pour leur permettre de fabriquer leurs propres livres !

Ainsi se déroule le circuit du livre :

  1. L’auteur-illustrateur imagine son livre
  2. Mise au point du projet avec l’éditeur
  3. Conception de la maquette
  4. Relecture
  5. Photogravrure
  6. Gravure des plaques
  7. Impression
  8. Reliure et façonnage
  9. Envoi à la presse et aux spécialistes
  10. Réunion avec les libraires et bibliothécaires
  11. Tournée des représentants en librairie
  12. Les livres partent chez les libraires
  13. Jour de dédicace : l’auteur rencontre ses lecteurs…

Et, surprise, cette dédicace a lieu à la « Librairie aux chiens lecteurs » !

Un premier documentaire original et bien conçu sur les dessous et les fondements du livre, à partager avec les plus grands des bébés lecteurs… et au-delà.

NB : piège ou coquille ? sur la quatrième de couverture, le terme de bibliothécaire a perdu son h (snif). En espérant qu’il le retrouve bientôt.

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A partir de l’imagier

La chronique du jour dans la BBthèque réunit des livres qui mettent les jeunes lecteurs à contribution, réinventant et dépassant le genre de l’imagier :

Dans ces deux premiers documentaires, le livre constitue le socle pour transmettre au tout-petit le sens des mots par leur illustration ; puis vient le temps d’appropriation, qui engage le bébé lecteur au-delà du livre, dans la vie en général ; cet engagement est porté ci-dessous par des démarches participatives convoquant d’autres médias.

Blabl

l’imagier qui parle

Edouard Manceau livre ici un imagier sonore, avec CD et téléchargement possible MP3. Le principe de l’ouvrage imprimé est de donner à voir et lire aux tout jeunes lecteurs, par double page, toute une série d’images et de mots correspondant à ce que les illustrations désignent : en parcourant le livre, l’enfant enrichit sa connaissance du monde et son vocabulaire d’une centaine de mots.

La lecture se métamorphose à l’écoute de l’enregistrement audio qui l’accompagne : quand les jeunes lecteurs deviennent auditeurs, ils rencontrent une autre lecture, une autre appréciation de l’imagier. Ainsi, par leurs oreilles ils entendent deux enfants et un adulte qui lisent le livre, eux aussi… et dérivent dans leur lecture en racontant des histoires à partir des mots figurant sur le papier.

Bla-bla : non seulement l’imagier parle, mais, surtout, il invite et encourage les tout-petits à se lancer dans la grande aventure du langage écrit et oral… et dans le bain du récit, mais aussi du dialogue et de la conversation !

Tip Tap

Mon imagier interactif

Anouck Boisrobert et Louis Rigaud, habitués des livres en volume, développent une nouvelle approche ludique dans cet imagier qui, huit ans après sa première publication, continue d’être réédité fort de son succès, et qui se donne à lire… mais aussi à jouer. Ici, le livre imprimé est accompagné d’une application, à télécharger sur un appareil mobile (de type tablette) ou ordinateur, qui permet au jeune lecteur de prolonger sa lecture en jouant avec les mots.

Dans le livre, chaque double-page présente le champ lexical d’un univers (la maison, le jardin, les saisons, la ferme, les transports…) ou d’une notion (les contraires, les ordres de grandeur, les couleurs, les chiffres…) au travers d’un graphisme coloré dont l’adulte reconnaît l’origine numérique. L’ensemble des deux cents mots ainsi introduits est redistribué utilement dans un index clôturant l’ouvrage.

En lançant le jeu sur l’écran, l’enfant s’approprie le vocabulaire présenté dans l’imagier papier et s’emparant des éléments créés par Anouck Boisrobert et Louis Rigaud pour formuler ses propres histoires au sein de l’univers proposé. Comment ? En tapant, sur le clavier, les lettres du mot de son choix parmi ceux présentés dans l’imagier papier, faisant ainsi apparaître l’illustration du mot. Puis, en combinant d’autres mots, et donc d’autres images, il peut composer autant de scènes qu’il le souhaite et le cas échéant en garder la trace en sauvegardant son travail voire en l’imprimant. Vous pouvez visionner ici une expérience utilisateur dans la vidéo de présentation de l’imagier par l’éditeur.

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Grrr (in/off)

Réveiller le monstre qui est en soi, et pourquoi pas ? Aujourd’hui dans la BBthèque, nous partons à la rencontre de petites bêtes rouges, à poils, queues et crêtes dorsales, qui ne sont jamais contents : ils pensent « Grrr », donc ils le sont !

Cette histoire, écrite par Clémence Sabbagh et Agathe Moreau aux éditions Diplodocus, met ainsi en forme (par un graphisme très sympa) et en scène (on tire vers la bande dessinée) un état émotionnel dont nous sommes tous victimes un jour ou l’autre : le mécontentement, poussé à son paroxysme dans la communauté des Grrr en ce qu’ils ne semblent, en fait, jamais contents, ni du temps qu’il fait, ni de ce qu’ils font, ni de ce qu’ils mangent, ni de vivre ensemble, tout est sujet à râler et demeurer insatisfait.

Et puis… un jour… quelque chose de nouveau survient. Quelque chose de nouveau et surprenant, qui va permettre à chacun de sortir de cet état. Quelque chose de rien du tout, pourtant : trois petits pois (qui sont rouges, comme eux). Ces trois petits pois, que tout le monde peut voir car ils apparaissent sur la façade d’une haute tour de la ville, suscitent d’abord l’interrogation, l’étonnement, la recherche du pourquoi du comment. Le lendemain, les petits pois se sont multipliés ! Les Grrr passent de la curiosité à l’enthousiasme pour ce prodige, auxquels ils adhèrent parce qu’il les motive : les voici même, tous sourires, qui poursuivent cette aventure inouïe en ajoutant, avec leurs crayons, leurs pinceaux, d’autres pois, de toutes les couleurs cette fois, et puis d’autres formes, des lignes, triangles, rectangles, etc. pour finir écrire des mots délivrant toutes sortes de messages, personnels ou universels, dans un grand vent de parole libérée…

Les Grrr sont désormais si contents qu’ils entraînent tout le monde dans leurs débordements de joie… y compris cette petite fille narratrice, image du bébé lecteur, qui conclut l’histoire, un pinceau vert à la main et sa maison (murs et sols) remplie de ses dessins, en interpellant en ces termes ses parents :

Les Grrr font comme ça et pas autrement, tu les connais pas ?

On leur consacre chaque année une journée, une journée où tout le monde peint et dessine ensemble sur les murs.

Et surtout, surtout, où il est interdit de râler !

Un album résolument positif qui apprivoise nos émotions avec humour et fantaisie. Youpi !

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Jeux d’équilibres

Après plusieurs chroniques consacrées à des premiers documentaires, la BBthèque vous propose aujourd’hui une réjouissante plongée dans une histoire, une vraie, qui commence par « il était une fois » : renouons avec les joies de la fiction, avec un album, Il était une fois… la traversée, co-signé Véronique Massenot et Clémence Pollet, aux éditions HongFei Cultures.

Un livre haut (en couleurs), qui s’amuse à parler de solidarité, mais aussi de relations humaines animales avec les rapports de force qui existent au départ… et ceux qui se révèlent à l’arrivée. Les illustrations, empruntant à la technique de la gravure, sont de toute beauté, et servent un verbe très entraînant, comme un conte pour les yeux et oreilles des bébés lecteurs. Quand l’équilibre tient littéralement à un fil…

L’histoire, donc :

Un jour, dans la jungle, un éléphant voulut traverser le fleuve. Mais deux tigres amoureux, bien rayés comme il faut, s’avancèrent derrière lui…
« Attends-nous, bel éléphant ! Nous voulons traverser sans mouiller nos fourrures. Peux-tu nous prendre sur ton dos ? »
L’éléphant hausse les épaules. « Bien sûr. Pour un animal aussi fort que moi, un tigre, deux tigres… ce n’est pas grand chose : montez ! ».

Si le livre est haut, c’est comme dans Bloub°bloub°bloub de Yuichi Kasano, parce qu’il va se former, au fur et à mesure des pages, une véritable pyramide humaine bestiale :

un perroquet
sur un cobra

sur quatre mangoustes

sur trois singes

sur deux tigres

sur un éléphant

Tout roule comme sur des roulettes tandis que la traversée progresse, quand survient l’élément minuscule qui va perturber le plus gros des animaux : « une petite (toute petite ») araignée » qui « se laisse doucement (très doucement) tomber d’un arbre sur la tête du perroquet ». Boum badaboum, patatras ! L’éléphant perd pied et entraîne tout son convoi dans sa chute : PLOUUUUUFF !

Principe de l’arroseur arrosé, c’est en définitive cette petite (toute petite) bête qui va sauver les autres bêtes et constituer une pyramide d’un genre inédit, donnant lieu à un nouveau jeu d’équilibre.

En bref : un album joyeux pour composer à plusieurs (un, deux, trois, quatre…), chercher et trouver mille et un équilibres, observer les détails (le petit (tout petit) fil de la petite (toute petite) araignée), apprendre à relativiser, tisser des liens et traverser les épreuves, avancer (comme cette petite fourmi noire qui mine de rien et sans faire parler d’elle, est passée, elle aussi, de l’autre côté).

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De formes en motifs

Lumière aujourd’hui sur une encyclopédie d’un nouveau genre pour tout-petit :

MON PREMIER LIVRE DE MOTIFS !

C’est un tout cartonné, format paysage et de nombreuses pages, comme une encyclopédie ou un roman du vivant, très facile à prendre en main pour les petites mains. C’est une réalisation de Bobby & June George (pour en savoir plus sur eux, vous pouvez consulter leur site), illustrée par Boyoun Kim, éditée chez Phaidon.

L’idée est excellente : partir des formes élémentaires, les associer les unes aux autres, toujours par paire, faire deviner à l’enfant ce que la répétition de cette juxtaposition engendre, puis nommer et illustrer le motif résultant de cette sérialisation ! Ce premier documentaire met ainsi en scène, pour les bébés lecteurs, une toute nouvelle étape dans leur apprentissage de la géométrie du quotidien… qu’ils s’amuseront à retrouver dans leurs vêtements, les revêtements, et tout autre support de représentation ou d’expression.

On passe ainsi d’une ligne, deux lignes, trois lignes et plus encore… aux rayures ; et si une ligne épaisse voisine une ligne fine, et que ce schéma se répète, cela devient un motif écossais. Plusieurs zigzags donnent des chevrons, plusieurs carrés des damiers, plusieurs cercles des pois, plusieurs losanges un motif en arlequin, plusieurs hexagones un nid d’abeille, etc. Avec un minimum de formes simples, en somme, l’enfant apprend qu’il peut à son tour dessiner le monde !

Un grand bravo pour ce livre-jeu original, qui marie éveil artistique et mathématique, art et géométrie, et, par son approche visuelle, fait intelligemment travailler l’esprit des tout-petits. Vous trouverez quelques extraits de la version originale de ce livre sur le site de l’illustratrice Boyoun Kim, si vous voulez vous faire votre propre idée : http://boyounkim.com/My-First-Book-of-Patterns-by-Phaidon …

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Mini contes pour mini maxi lecteurs

Il y a quelques mois, je publiais un post par ici qui traduisait une quête de premiers contes pour tout-petits… Quelle nouvelle bonne surprise, depuis, que la toute nouvelle collection « Mini Contes » conçue par Attilio et éditée chez Gallimard Jeunesse en 2018… qui permet d’introduire les contes presque dès le berceau ! Elle s’ouvre avec quatre des contes les plus célèbres au monde :

Les couvertures de ces albums tout-cartonnés, petit format carré, représentent très bien les livres eux-mêmes : des dessins simples et modernes, sur un fond blanc, et qui vont raconter, avec des phrases simples et modernes, les contes les plus classiques, le tout servi par un ton joyeux et dynamique.

On retrouve complètement l’esprit originel de ses contes dans ce travail, effectué avec brio par Attilio Cassinelli, d’adaptation de leurs contenus à l’environnement actuel des tout-petits. Ou comment partager avec les plus jeunes la substantifique moelle du patrimoine ancestral en respectant l’esprit mais pas la lettre, réussir sobrement et dans la bonne humeur à faire passer aux enfants présents les messages d’hier et de demain… par l’entremise de petites histoires, mini contes, mine de rien.

Exemple avec Le vilain petit canard :

C’était l’été, le soleil resplendissait.

Maman cane regardait ses petits à peine nés. L’œuf le plus gros n’avait pas encore éclos.

Finalement, l’œuf se brisa. Le dernier petit canard sortit et tous se mirent à marcher à la queue leu leu.

Le petit dernier, qu’on désigne comme le vilain petit canard, est tant et tant rejeté qu’il s’isole jusqu’à s’endormir dans une tanière l’hiver. Quand il se réveille au printemps, il s’est réconcilié avec lui-même et a trouvé ses pareils : laissons le temps au temps, ce vilain petit canard là n’était ni vilain ni canard, mais cygne en devenir, bel oiseau parmi les siens.

Je ne peux que vous conseiller de prendre en main et de partager avec vos mini bambins ces mini contes qui concentrent en eux un maximum de qualités !