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Ma maison, ta maison, sa maison…

Dans la BBthèque aujourd’hui, nous partons à la découverte de maisons, et de ce qu’est une habitation, à travers deux très beaux livres récents : Ma maison, de Laëtitia Bourget et Alice Gravier aux éditions Les Grandes Personnes, et Tu habites où ? de Judith Gueyfier aux éditions Rue du monde.

Ma maison

Mon premier est un livre accordéon, tout cartonné et grand format (22,3 X 34 cm), qui propose au bébé lecteur, d’un côté un parcours vers la maison, de l’autre un parcours dans la maison… de quelqu’un ou quelqu’une, l’histoire ne le dit pas, pourtant un narrateur invisible guide les pas du lecteur, qui est à la fois son invité et son double : l’hôte de la demeure, dans les deux sens du terme peut-être ?

Le trajet pour se rendre à « MA MAISON » (une belle maison en bois… dans les bois) prend un petit moment, un temps de train, un temps de bus, un temps de marche, l’occasion d’une promenade riche en découvertes, invitant les jeunes enfants à ouvrir grands leurs yeux et à observer tant le panorama global que les mille et un détails, encouragés par la jaquette souple de l’album qui propose de chercher-trouver quelques éléments identifiés (végétaux, animaux) dans le paysage.

Hop on retourne le livre et on rentre dans « MA MAISON », au sein de laquelle le bébé lecteur va évoluer, de pièce en pièce, avec le narrateur toujours invisible mais toujours présent, par les m et le otspas à pas : entrée, buanderie, salon, salle à manger, cuisine, cellier, toilettes et salle de bains, chambres… et jardin. La maison est habitée de meubles, d’objets, de jouets… mais aucun humain n’apparaît, les auteurs ouvrant ainsi des possibilités d’interprétations et d’identifications multiples : … cette maison, qui y réside donc, quelle vie mènent ses habitants, quels sont leurs caractères, quel est leur quotidien ? … et cette maison, si elle était mienne, comment je la vivrais ? comment je l’habiterais ? comment je l’agencerais ? L’enfant lecteur, tel un apprenti architecte, peut en effet manipuler le livre accordéon ou leporello et décider de la configuration des différentes pièces au sein de l’habitation. Comme à l’extérieur, il est invité également à retrouver les détails recensés dans la jaquette.

Une double fresque réaliste & poétique à la fois, bienveillante (c’est une invitation à visiter ma maison…), ludique (cherche et trouve) et modulable (emboîte mon pas, cher invité, fais comme chez toi…).

Tu habites où ?

Mon second est un tout cartonné format petit carré (15 X 15 cm), qui propose au tout-petit un tour du monde des maisons d’ici et ailleurs : tu habites où ? Dans cet imagier des habitations du monde, chaque page décrit par l’illustration, et des mots simples en complément, un type de maison, avec un jeu de correspondances supplémentaire entre la page de gauche et celle de droite : une maison…

  • sur pilotis… sur des roues
  • en pierre… en terre
  • là-haut sur la montagne… là-haut dans la ville
  • en glace… en bois
  • tout seul (le phare)… en famille (la yourte)
  • en bleu… en rouge
  • pauvre (bidonville) et riche (palais)
  • sur la rivière… dans la forêt

pour finir par la voix du narrateur, le bébé lecteur lui-même, qui, entouré de ces seize habitations, conclut, en jouant à la maison de poupée : « Moi, j’habite sur la Terre avec vous tous » !

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J’ai perdu ma langue

Et si on prenait un peu le temps de rire avec les bébés ? J’ai le livre du moment qu’il vous faut : J’ai perdu ma langue, de Michaël Escoffier et Sébastien Mourrain aux éditions du Seuil jeunesse, qui se sont, je suis prête à le parier, bien amusés aussi à pondre ce drôle de livre-jeu tout cartonné !

Tout a commencé ainsi :

Hier, en mangeant une glace, j’ai perdu ma langue.

dit le texte sur la page de gauche, comme écrit à la main ; l’image, à droite, montre le narrateur la main devant sa bouche, comme si, surpris, il disait « oh ! » ou « oups » !  C’est embêtant, de perdre sa langue… heureusement les auteurs eux l’ont bien pendue, et ils entament toute une quête pour retrouver la langue… baladeuse.

Oui baladeuse car au gré de l’enquête (premier roman policier pour bébé ^^ ?), cherche et trouve Charlie ta langue, les auteurs jouent avec leur petit lecteur par l’image, page de droite, s’amusant à placer à chaque fois le même visuel de langue… employé pour tout autre chose : le képi rouge du policier, un gâteau aux fruits rouges, un parapluie au-dessus d’une brave dame, un bain, une fleur, un bec de canard, etc. Tant de personnages qui veulent aider le narrateur à remettre la main sur la langue, mais qui n’y parviennent pas, parlent de ce qu’ils ne connaissent pas, extrapolent parfois (aurait-elle été enlevée par des extraterrestres ?)… jusqu’à ce que la glace elle-même s’insurge :

« Vous racontez n’importe quoi ! » s’est écriée ma glace. « Les extraterrestres, ça n’existe pas. »

J’ai baissé les yeux : ma langue était là, depuis le début, juste sous mon nez !

Je l’ai remise à sa place vite fait, bien fait. Vous ne me croyez pas ?

Regardez [et le narrateur, espiègle comme un enfant, de tirer la langue, fin de l’histoire] !

Ou comment, par un jeu de rappels en cascades, entrer dans l’esprit rêveur d’un enfant lapant une glace par beau temps ; occupé à manger, il ne dit mot mais n’en pense pas moins… et s’imagine mille et une histoires, l’une en entraînant une autre, avant de revenir vers le point de départ. Un livre-jeu très graphique, très sympa, à lire et relire avec les tout-petits !

Hé, pssst ! Si tu cherches ta langue, je crois savoir où elle est…

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Quand Dr Seuss aide l’enfant à faire un choix…

Dr Seuss est un auteur-illustrateur américain incontournable de la littérature jeunesse anglo-saxonne (parmi ses personnages : the cat in the hat, the lorax, the grinch, etc.), dont la maison d’édition Le Nouvel Attila s’attelle à traduire l’œuvre en français depuis quelques temps, exercice « jubilatoire » selon ledit traducteur, Stephen Carrière (entretien à lire ici)… Je vous parle aujourd’hui d’un de ces livres :

On cherche un bon copain

le bon copain étant ici, un animal de compagnie : deux enfants, un frère, une sœur, visitent une animalerie après que leur père leur ait dit qu’ils pouvaient choisir UN animal de compagnie. Les voilà qui cherchent, cherchent et cherchent parmi toutes ces drôles de bêtes laquelle, précisément, choisir ! et de se projeter, chacun ou ensemble, dans une vie avec chacun de ces êtres différents… ou plusieurs à la fois.

Tout un album sur l’art — difficile, mais néanmoins nécessaire — de faire un choix : drôle, tonique, foisonnant d’idées, tout en rythmes et en rimes, donnant tellement la parole aux enfants avec un vocabulaire, une syntaxe, des trésors d’imagination, un débit et une fougue si caractéristiques des petits lecteurs qui, passés l’apprentissage des premiers mots, deviennent en un rien de temps des êtres de parole dont il est difficile voire impossible d’arrêter le flux ! Les illustrations elles-mêmes, ici, semblent issues de l’imaginaire des jeunes personnages et donc des jeunes lecteurs qui s’identifient à ceux-ci… On cherche un bon copain, donc, on se cherche, on se questionne, mais, au final, on trouve et on est bien content. Le tout est tout simplement… réjouissant.

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Caché… premier roman pour bébé

Voici un album sans texte

non au contraire, une fois n’est pas coutume,

un album sans image… autrement dit…

UN PREMIER ROMAN POUR LES BÉBÉS !

Si ! Intitulé Caché et signé Corinne Dreyfuss aux éditions Thierry Magnier :

Mention spéciale pour la couverture très pop de ce tout-cartonné, presque orange fluo avec une typo qui s’efface et joue elle-aussi, comme le titre du livre, à cache-cache ! Caché, dit le titre ; trouvé, dit la couleur vive vive vive ! Et puis on ouvre le livre, et là, place — typique du tip top livre pour tout-petit — au noir (de l’écriture) sur blanc (de la page). Dans ce livre d’un genre inédit, roman jusqu’au format (13*22 cm)  — avec, qui-plus-est, chapitres, numéro et titres, ainsi que rappel des titres et pagination dans l’en-tête de chaque double-page —, point d’illustrateur mais un(e) auteur-typographe de talent : ici, c’est le texte seul, qui tient lieu d’image(s), par la mise en page et la typographie. Place aux mots, donc, au langage… à portée des bébés. Comment ?

  • par la scénographie de l’écrit : le récit se fait théâtre
  • par les choix de sujet et d’objet du récit : le jeu se fait langage

L’objet, c’est une partie de cache-cache… dont le bébé est le héros. Car celui qui est caché… il ne le sait pas encore, il le saura seulement à la toute fin… c’est le bébé lecteur, avec qui l’adulte lit cette histoire.

  • Chapitre 1 : dedans ; je finis de compter jusqu’à 10 et je vais te chercher, petit caché ! je t’appelle, je t’écoute, mais je ne te trouve pas. Je sors donc et j’atteins le…
  • Chapitre 2 : dehors ! oh des animaux, je les entends (onomatopées cui-cui * x, bzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz…), je les salue, mais toi où es-tu ? je regarde un peu partout, de près et de loin, rien. Alors je rentre.
  • Chapitre 3 : toc toc toc. Probablement je ne suis pas loin de te trouver… je te cherche de manière plus approfondie. Assis, à quatre pattes… je monte et je descends… mais on dirait que tu es vraiment bien caché. Alors je profite sans le vouloir d’une petite distraction pour que, sans le vouloir non plus, tu me révèles ta cachette ! Et là… littéralement… je te vois ! Oui ! Car le fond de la dernière double page n’est plus blanc, mais, comme une matière aluminium, un miroir où tu te reflètes : oui, c’est donc bien toi… et moi… que je vois… que tu vois ! Nous sommes de nouveau réunis.
  • Alors… si on recommençait… ? Chacun son tour ? Cette fois, tu tiens le livre et c’est moi qui me cache… 1, 2, 3, 4, 5… c’est parti !

Beaucoup, beaucoup de choses à dire et à vivre avec ce livre qui dit tout l’amour des mots en partage avec les petits minots : d’abord qu’il est, contrairement à ce qu’il paraît, extrêmement facile et plaisant à lire avec un tout-petit ; ensuite qu’il appelle à jouer avec l’enfant, avec les mots, avec le sens ; enfin qu’il éveille et éveille et éveille le bébé lecteur, pour qui le texte prend toute une nouvelle dimension.

A ce propos je vous recommande aussi, et vivement, la lecture de l’avant-propos du livre (oui car dans les grands romans, il y a aussi toujours un avant-propos), préface signée du pédopsychiatre Patrick Ben Soussan dont voici quelques extraits :

Ouvrez Caché ! Sans que vous en preniez conscience, le cerveau de votre bébé accomplit d’incroyables prouesses : ses yeux parcourent l’espace — vous appelez cela une page mais lui n’en sait rien encore — en de rapides et précis petits mouvements, de haut en bas et de gauche à droite —  très vite, dans sa première année, votre enfant a compris qu’il y a un sens à la lecture. […]

Il lit Caché ! Pas à pas, il refait le chemin, reconnaît visuellement les lettres, analyse leur séquence, découpe les mots en sons — la conscience phonologique, disent les pros —, s’adonne à la découverte du principe alphabétique — qui dit la correspondance entre l’oral et l’écrit — , déchiffre puis analyse le sens du mot formé, de la phrase, de la page. […]

Corinne Dreyfuss a écrit Caché ! en se souvenant sûrement qu’à l’origine, l’écriture était le langage de l’absence. Et que le livre convie aux retrouvailles. […]

Difficile de se représenter cet OVNI ? Quelques extraits à découvrir sur le site de l’éditeur… avant de filer en bibliothèque ou librairie se procurer ce livre de génie.

 

 

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Les chaussettes

Enfin un livre pour les bébés sur ce sujet central et crucial pour les petits pieds et les petites têtes : les chaussettes 🙂

Les chaussettes

de Mathieu Maudet

les chaussettes mathieu maudet.jpg

L’héroïne de ce premier récit se prénomme Josette, pour rimer avec chaussettes, qui, hormis l’originalité de son prénom, ressemble de près à tous les jeunes enfants… en ce qu’elle ôte ses chaussettes en toutes circonstances et les égare ensuite avec la plus grande constance !

Or donc, quand sa maman lui demande d’enfiler ses chaussettes, en vue d’une sortie, vient la question sempiternelle : oui mais où donc sont-elles ? Les chaussettes de la mini-duchesse ?? Sa mère de l’inviter à les chercher, ce à quoi Josette s’emploie… activement. Pénétrons dans l’esprit de Josette, qui croit que ses chaussettes jouent à cache-cache avec elle… mieux, qu’elles ont une âme, une voix, des yeux, des pattes… pour filer le plus loin possible de leurs petits propriétaires ! Heureusement, à ce jeu-là, Josette est en définitive la plus forte, et la voilà qui s’empare de toutes ses chaussettes et enfile… une paire dépareillée, bien sûr (chut… sous les bottes, on n’en saura rien !).

Ou comment de simples chaussettes, objet trivial mais si souvent coloré, bigarré…. quand il s’agit de couvrir de petits petons, inspirent une telle aventure à une jeune demoiselle… Un album rigolo et rafraîchissant.

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1,2,3… école !

Lumière sur 1,2,3… école !, un  tout cartonné mi-album, mi-documentaire, publié aux éditions Marcel & Joachim dans l’ingénieuse collection « Les maisons de Léon »  et signé Lorea De Vos :

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Le plus de ce l’ouvrage, c’est sa conception architecturale et ludique : pas de hasard, la collection « Les maisons de Léon » dans laquelle il s’inscrit a été co-élaborée par une architecte et une professeur des écoles maternelles… Le concept fort et efficace, c’est que la maison / le bâtiment, représenté(s) en son entier & en 3D sur la page de couverture comme un jeu d’anticipation, se construit au fil de la lecture, grâce à un système de pages… découpées. La scénographie ensuite repose sur le binôme suivant :

  • sur chaque page de gauche : le récit proprement dit, avec les protagonistes, des enfants en petite section (dont, vous l’aurez compris, l’ami Léon)… en quête ici des billes qu’ils ont égarées quelque part dans l’école…
  • et sur chaque page de droite : une (nouvelle) pièce de la bâtisse révélée grâce au principe d’ouverture / de découpe, où le jeune lecteur s’amuse à observer les détails la caractérisant… En l’occurrence, la salle de classe, la cantine, la cour de récréation, les toilettes, etc. où les bambins vont chercher successivement les précieuses billes perdues.

Un livre intéressant, alliant la découverte de l’école à celles des chiffres (ici, on compte les billes perdues… et retrouvées).