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Ouste le loup

Lumière sur un tout-cartonné qui aborde la question de la peur du noir en évoquant la technique du papier découpé… découpant l’espace pour mieux rappeler les mille et unes couleurs du jour à l’heure où tombe la nuit. J’ai nommé :

Les yeux du loup

de Javier Sobrino et Lucie Müllerová
aux éditions L’atelier du poisson soluble

Cet album, petit format carré, est un tout-cartonné qui représente des papiers découpés pour illustrer l’histoire narrée. L’histoire d’un enfant, Arián, qui s’adresse au bébé lecteur à la première personne pour lui exposer son problème :

Je m’appelle Arián.

Et quand on me couche, j’ai peur de m’endormir seul.

Etre plongé dans le noir ne me plaît pas du tout…

… car j’ai l’impression que le loup va venir et me manger.

Des images de bêtes menaçantes peuplent alors les pages du livre et l’imagination du petit Arián, qui sait très bien comment riposter et, généreux, livre au bébé lecteur la solution qu’il a trouvée pour surmonter sa peur du noir :

  • allumer la lampe de chevet
  • jouer, mentalement ou physiquement, avec ses jouets… beaucoup de peluches, douces, inoffensives, représentant pourtant dans la vraie vie des animaux dangereux : ours, tigre…
  • avec les parents, un moment câlin et une histoire du soir regorgeant de personnages auxquels s’identifier

Bien entouré de ses êtres de vérité et de fiction, trouver le sommeil, apaisé.

Mention spéciale aux illustrations, signées de l’artiste tchèque Lucie Müllerová, qui s’inspire, donc, du procédé de papier découpé, sur fonds de couleurs vives à mesure que l’enfant surmonte sa peur du noir (place au jaune, au bleu, à l’orange, au rouge, au violet !) ce qui donne une très belle ampleur graphique et esthétique à cet album, ode à la lumière et aux spectres de couleurs sublimant littéralement le noir et la peur que cette (non)couleur peut provoquer.

Vous pouvez feuilleter quelques extraits en ligne ici pour vous faire une idée…

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Quand Dr Seuss aide l’enfant à faire un choix…

Dr Seuss est un auteur-illustrateur américain incontournable de la littérature jeunesse anglo-saxonne (parmi ses personnages : the cat in the hat, the lorax, the grinch, etc.), dont la maison d’édition Le Nouvel Attila s’attelle à traduire l’œuvre en français depuis quelques temps, exercice « jubilatoire » selon ledit traducteur, Stephen Carrière (entretien à lire ici)… Je vous parle aujourd’hui d’un de ces livres :

On cherche un bon copain

le bon copain étant ici, un animal de compagnie : deux enfants, un frère, une sœur, visitent une animalerie après que leur père leur ait dit qu’ils pouvaient choisir UN animal de compagnie. Les voilà qui cherchent, cherchent et cherchent parmi toutes ces drôles de bêtes laquelle, précisément, choisir ! et de se projeter, chacun ou ensemble, dans une vie avec chacun de ces êtres différents… ou plusieurs à la fois.

Tout un album sur l’art — difficile, mais néanmoins nécessaire — de faire un choix : drôle, tonique, foisonnant d’idées, tout en rythmes et en rimes, donnant tellement la parole aux enfants avec un vocabulaire, une syntaxe, des trésors d’imagination, un débit et une fougue si caractéristiques des petits lecteurs qui, passés l’apprentissage des premiers mots, deviennent en un rien de temps des êtres de parole dont il est difficile voire impossible d’arrêter le flux ! Les illustrations elles-mêmes, ici, semblent issues de l’imaginaire des jeunes personnages et donc des jeunes lecteurs qui s’identifient à ceux-ci… On cherche un bon copain, donc, on se cherche, on se questionne, mais, au final, on trouve et on est bien content. Le tout est tout simplement… réjouissant.

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Aleph

Janik Coat, auteur-illustrateur jeunesse chroniquée dans la BBthèque pour sa très belle série de tout-cartonnés sur les couleurs publiée aux éditions MeMo, publie chez Albin Michel Jeunesse un livre-concept très graphique, personnel et pourtant universel, livre de naissance joliment intitulé Aleph, complété d’un sous-titre s’adressant au bébé devant par la même occasion bébé lecteur, « ton premier livre » :

Un premier livre des plus originaux dans le paysage des livres pour les tout-tout-petits, ne serait-ce qu’en matière d’objet :

  • par sa texture.. et son odeur : un album non tout cartonné, mais en papier épais, dont le bébé prend plaisir à entendre le bruit si particulier des pages tournées et sentir l’odeur du papier
  • par son volume : 104 pages… un vraie petite encyclopédie pour tout-tout-petit
  • par son (grand) format, approchant du carré (28 x 27 cm)
  • par sa couverture et sa quatrième de couverture (cartonnées) muettes et rosées, représentant un éléphant (somme de savoirs, l’éléphant)
  • par le primat qu’il accorde à la lecture de l’image, le texte étant absent de 100 pages du livre et présent seulement pour le titre, quelques personnages et la légende, finale, des images. Un imagier, donc, 99% muet, réalisé avec des pochoirs délimitant à merveille l’image même.

Le contenu n’est pas en reste… Pourquoi ce titre ? Aleph : c’est la première lettre, dans les alphabets hébreux et arabe ; par extension, elle signifie le début, le commencement… En intitulant son imagier pour tout-tout-petit Aleph, Janik Coat programme et accompagne, par son livre, les premiers pas du bébé dans sa lecture du livre mais aussi du monde. Chaque page va offrir au regard du bébé lecteur une illustration d’un sujet ou objet plus ou moins familier, avec un temps de respiration (parfois, l’image n’est présente que sur une page, l’autre reste vierge, pour la mettre en valeur).

  • Au départ, ce sont des formes élémentaires : un rond, un carré, un triangle, et d’autres formes simples, parfois sans nom…
  • Puis viennent les formes plus complexes décrivant des objets, des aliments et même des êtres vivants… : un arbre, une pomme, une maison… puis des couverts, deux personnes en train de s’enlacer, un ciel bleu et nuageux, un doudou, un robot…
  • Ces formes décrivent, pour certaines, d’abord, la réalité : l’arbre, la pomme, etc.
  • Ces formes décrivent, pour d’autres, ensuite, la fiction : personnages de contes (un roi, une sorcière, une princesse) et même personnages de l’auteur-illustrateur issus de cet album ou d’autres albums (Aleph l’éléphant, déjà présent sur la couverture et la quatrième de couverture, revient vers la fin de l’album ; on découvre aussi Popov, Cyrus et Romi…) dont Janik Coat fait le choix d’écrire leur nom à côté de leur représentation.

Les dernières pages montrent à l’enfant un arc-en-ciel puis un cœur, symbolisant l’amour du livre, l’amour du monde, l’amour de l’adulte ou grand enfant accompagnant le tout petit dans cette lecture. Puis vient la clé de l’ouvrage, sur la toute dernière page : la légende de chacune de ses grandes images, réduites chacune à un petit symbole, une toute petite icône, et associées à un mot ou expression, si l’adulte ou le grand enfant accompagnant le tout-petit dans cette lecture souhaite mettre en mots ce voyage dans les images.

Je ne peux que vous inciter à prendre en main ce (méga, méta, alpha) livre riche et étonnant, et à en partager la lecture avec un tout petit n’enfant.

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De quoi rêves-tu dans le noir ?

C’est l’hiver, la nuit tombe tellement tôt… c’est le moment ou jamais de se plonger dans un réjouissant livre phosphorescent pour faire briller les yeux des jeunes enfants :

De quoi rêves-tu ?, écrit et illustré par Hector Dexet aux éditions Amaterra, est un album qui joue définitivement la carte du passage du jour à la nuit, histoire idoine du soir dans la mesure où il met en scène des rêves… des rêves d’animaux d’abord (tes doudous, bébé lecteur…) et puis ceux du bébé lecteur lui-même (si ce n’est lui, c’est donc son frère)… représenté sous sa couette, endormi, en train de rêver, apaisé, lui aussi.

Explication : chaque double page représente, en pleine lumière, de jour donc, un petit être, et interroge ce qui se passe dans sa tête, une fois la nuit tombée quand il se trouve, de fait, plongé dans le noir le plus complet… La forme et le fond se marient ici à merveille pour offrir un très chouette spectacle aux enfants : grâce à la physique, la lecture devient magique… ! Car en plus de l’illustration et du texte classiques, chaque double page est doublée d’une illustration et d’un texte phosphorescents ; après le temps de lecture éclairé (sur un fauteuil placé à côté d’une lampe qui l’éclaire par au-dessus, c’est parfait…), on éteint la lumière et l’histoire phosphorescente prend le relais, donnant corps aux rêves les plus fous des différents personnages !

On peut lire tout le livre suivant cette technique, suscitant plaisir et émerveillement chez le jeune enfant : j’allume puis j’éteins, j’éteins puis j’allume, selon si j’allume ou si j’éteins, je ne vois ni ne lis la même histoire… Ce sont deux faces cachées qui se complètent, et puis c’est aussi un moyen intéressant, drôle et ludique, de surmonter et la peur du noir, et l’angoisse de la mise au lit, quand elles surgissent chez le tout-petit : notre sommeil aussi est rempli de vie…

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Bêtes en devinettes

Amis de la gravure sur bois, après Cache-Cache, May Angeli revient jouer avec les petits lecteurs aux éditions des éléphants, sortant cette fois-ci du tapis d’autres bêtes et puis aussi des devinettes, or donc, Bêtes en devinettes :

 

Têtu, moi ? C’est ce qu’on dit.

Devine qui je suis ?

Du matin au soir, je barbote dans la mare.

Devine qui je suis ?

Dans ce livre-objet qui se lit en format paysage, on commence toujours par poser la devinette : avec des mots, mais aussi des motifs gravés… tels de menus indices.

Puis on soulève la page pour confirmer ou infirmer la réponse du bébé joueur… On soulève la page, disais-je, et on se retrouve en fait avec trois nouvelles pages… à déplier, format XXL paysage, pour découvrir la solution : à gauche, un âne ; au milieu, une ânesse ; à droite, un ânon ; ou le tout dans un autre sens, peu importe qui, de la maman, du papa ou de l’enfant, vient en premier ou en dernier.

Un bestiaire de toute beauté…

  • à plier et déplier, manipuler pour, coucou-caché, vérifier si on avait trouvé
  • à toucher tant on sent la texture du procédé
  • afin d’y explorer les scènes représentées, permettant de mieux connaître nos amis les animaux croqués dans leurs environnements respectifs : famille, cadre de vie, occupations…

Le tout servi par de superbes couleurs et illustrations. Un premier documentaire ludique, fortement recommandé !

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Imagier caché

Après l’imagier mouvementé, voici l’Imagier caché

de Véronique Joffre aux éditions Thierry Magnier !

Un très beau livre-jeu tout cartonné qui joue à coucou-caché avec le bébé : grâce à un système de rabats, le tout-petit dévoile ce qu’il ne voit pas tandis que l’adulte prononce le terme correspondant à la petite grande découverte… Sous les plantes, ainsi, les abeilles récoltent et les limaces festoient ; en hiver l’ours hiberne sous la neige et sous la terre pour trouver un peu de chaleur, tandis qu’en été dans le désert, sous le sable se tapit le renard pour trouver un brin de fraîcheur ; le faon se construit, derrière les herbes, un abri, tandis que le félin se cache aussi derrière la broussaille, mais en embuscade ; la cachette des uns (les écureuils) fait la trouvaille des autres (les sangliers)… quelques images, mais dommage, pas de ce qui se cache sous l’image (ah de l’intérêt de tenir un ouvrage dans ses mains !) en cliquant sur cet extrait :

Vous l’aurez compris, ce premier documentaire plein de surprises va bien au-delà du simple imagier… il frise l’encyclopédie : ici, le jeune enfant enrichit son vocabulaire et sa connaissance du monde, tant l’auteur-illustrateur ne se contente pas d’illustrer et de nommer les mots de tous les jours, mais met en scène des animaux en train d’agir dans leur environnement, un vrai petit théâtre de la nature, invitant les tout-petits à observer et respecter l’environnement. De plus, chaque image fonctionne par paire avec sa voisine, pour générer encore plus de sens : au bébé lecteur de comprendre les liens unissant ces images-miroir dynamiques… s’opposent-elles ? se complètent-elles ? est-ce du pareil au même ? ou chaque situation est-elle unique ?

Mention spéciale, enfin, à la double page qui décrit les parents :

  • sur ma gauche, le papa manchot, qui couve l’œuf pondu par sa femelle
  • sur ma droite, la maman poule, qui couvent aussi ses œufs !
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Imagier mouvementé

Dans la BBthèque, on aime vous présenter des imagiers originaux, qui ne se contentent pas d’associer platement une image et un mot lambdas pour le jeune enfant. En voici un nouveau encore, qui relève le niveau du genre pour nos bébés lecteurs, avec brio :

Imagier mouvementé

de Véronique Joffre

On avait déjà vu des animaux en mouvements dans les albums également tout cartonnés Saute et Roule de Tatsudide Matsuoka (pssss par ici) qui déclinait comment chacun de nos amis les animaux saute ou roule ; ici, Véronique Joffre opte plutôt pour un catalogue de verbes, chacun d’entre eux se trouvant associé à un sujet animal : la variante ici, c’est le mouvement… et la bête qui l’accomplit ! Un nouveau bestiaire donc… en mouvements !

Chaque page présente ainsi :

  • par l’image (superbes illustrations !) : un animal dans son environnement
  • par le mot : un verbe qualifiant son action, en l’occurrence sa posture ou sa mobilité, bref, le mouvement qu’il est en train d’effectuer physiquement

Ainsi, dès la première page, le bébé lecteur découvre avec ses yeux un petit escargot sur un grand arrosoir, et entend l’adulte lui lire le mot ramper ; à la page suivante, il voit une autruche se déplaçant au soleil couchant et il entend l’adulte lui lire le mot courir.

Chaque page réussit le pari d’incarner visuellement cette dynamique physique, qui aide le tout-petit à mettre des mots sur son propre corps & sa motricité pour mieux les appréhender ; chaque double-page parvient à mettre en écho deux actions complémentaires :

  • ramper / courir
  • se tapir / se dresser
  • grimper / dévaler
  • s’étirer / se coucher
  • ziguezaguer / virevolter
  • bondir / rouler
  • se pencher / se balancer
  • gonfler / souffler
  • porter / pousser
  • s’accrocher / se suspendre
  • déployer / replier

En en images…

Autant de gestes à mimer, aussi, pour les bébés…

A noter que Véronique Joffre n’en est pas à son premier coup d’essai en termes de réalisation d’imagiers thématiques… Elle avait déjà frappé il y a quelques temps avec un très chouette Imagier mouillé. Et mon petit doigt me dit qu’elle récidivera encore… bientôt… avec encore un autre drôle d’imagier.