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La vie dans la banquise

Par ces fortes températures, toute sensation de fraîcheur, même livresque, est la bienvenue ! C’est pourquoi la BBthèque vous propose de faire un petit tour sur la banquise ce jour… avec le premier documentaire suivant paru aux éditions du Ricochet :

La p’tite banquise

de Marie Lescroart et Chloé du Colombier

Sur la Terre, sais-tu où il fait le plus froid ?

Au pôle Nord tout en haut et au pôle Sud tout en bas.

Ainsi commence le livre, avec la représentation graphique de la terre, donnant la part belle à ces contrées blanches et glacées, avant de pénétrer plus avant dans ces pays et paysages. Il y est question du climat qui y règne, et de la faune qui l’habite : focus sur des animaux (l’ours blanc, les pingouins, les manchots, les orques…) et leurs modes de vie, sur les étonnantes capacités de nombre d’entre eux à changer d’apparence pour se fondre dans le décor d’une saison à l’autre, leurs trucs pour se protéger du froid, etc. Il est même question, au printemps, des oiseaux du monde entier qui viennent y pondre leurs bébés !

Un premier documentaire bien emmené et très adapté pour les jeunes enfants.

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Au-delà des bestiaires

Place aux animaux dans la BBthèque ce jour, à travers deux splendides livres qui empruntent chacun au bestiaire tout en emmenant ce genre classique pour le tout jeune public vers d’autres genres favorisant itou également, et plus encore quand ils sont combinés avec le premier, l’éveil des tout-petits, et leur promettant un voyage vers un ailleurs, imaginaire et/ou réel : le livre d’art d’une part, le récit d’autre part.

L’art des tout-petits : animaux

Mon premier est le nouveau titre de la collection mettant l’art à portée des tout-petits aux éditions Palette qui (se) consacrent (à) l’éveil artistique. L’ours Pompon en vedette, il convie les jeunes enfants à retrouver les animaux dont ils sont familiers dans des œuvres d’art (peintures, sculptures) d’époques et de styles différents.

Le chat est ainsi dépeint par Suzanne Valadon (Bouquet et chat, 1919), le chien par Franz Marc (Chien couché dans la neige, 1910-1911), le cheval par Xu Beihong (Cheval galopant, 1937), l’on retrouve sur des fresques antiques les dauphins (Fresque des dauphins, 1550-1450 avant J-C) et le lion (Lion de la porte d’Ishtar à Babylone vers 575 avant J-C), et bien d’autres représentations d’animaux à travers une mini histoire thématique de l’art, pensée comme internationale.

Chaque reproduction de chef d’œuvre est accompagnée, comme dans le titre précédent de la collection, par une question semi-ouverte à choix fermé, pour amorcer un dialogue entre les lecteurs et les images, et s’en donner à cœur joie dans le grand jeu de l’observation et de l’interprétation. Le papier, épais, et la couverture, douce et rembourrée, contribuent au plaisir de ce voyage muséal par l’entremise de l’objet livre, dès le plus jeune âge.

Oui, qu’on soit tout-petit (lecteur) ou très-grand (artiste), on connaît tous les animaux, qui nous étonnent, nous intriguent voire nous fascinent.

Quelques extraits ici !

Jusqu’en haut 

Mon second est un livre dont l’arbre est la structure, et ses habitants ses héros. Il est signé Emilie Vast aux éditions MeMo.

Le récit met en scène une ascension au sommet de l’arbre des différents animaux le fréquentant ; une ascension qui constitue également une remontée à la source (le pourquoi du comment) de l’incident qui constitue le point de départ de l’histoire, au tout début du livre.

Mais rentrons plutôt dans le vif du sujet : nous sommes dans une forêt tropicale, et plus précisément au sein de la forêt amazonienne, poumon vert de la planète dans la mesure où elle produit 20% de l’oxygène de la Terre ! Elle abrite végétaux, minéraux, animaux… réunis dans un écosystème extrêmement riche mais menacé par l’exploitation humaine. Emilie Vast met ici en scène ces animaux que nous, adultes, connaissons mal et peu, et les donne ainsi à voir à tous les jeunes lecteurs… sous la forme d’une enquête presque policière !

Au départ, il y a Coati, qui, au sol, cherche à se sustenter avec de fruits. Quand PAF Ocelot lui tombe dessus ! Coati, gêné par la chute, demande à Ocelot pourquoi il lui est tombé ainsi sur le dos. Ocelot répond en relatant l’incident précédent dont lui-même a été victime l’instant d’avant : Ibis l’ayant piqué, il était tombé ; les deux animaux montent rejoindre Ibis pour lui demander la raison de son coup de bec. Ibis incrimine Tamandua et son coup de queue, et voilà les trois animaux en train de monter d’un cran pour interroger Tamandua. De branche en branche, d’animaux en animaux, se reconstitue la réaction en chaîne qui a conduit à la chute d’Ocelot sur Coati : un petit rhume dans la forêt humide, pour le petit Singe-Ecureuil… qui n’aurait, suppose l’auteur, pas bien appliqué les leçons de sa maman Singe-Ecureuil lui recommandant chaudement de bien enrouler sa queue autour de son cou… pour ne pas attraper froid…

Les illustrations, fines, modernes, opposant un arbre noir à des animaux de couleurs, montrent tant des points de détails (animaux, végétaux) que des vues d’ensemble, par un jeu d’alternance qui n’oublie pas d’inviter ses protagonistes principaux, les animaux, à jouer à cache-cache entre eux et avec le jeune lecteur : on les aperçoit, on les devine presque tous, et ce presque dès le début, mais ce n’est qu’au fur et à mesure du récit qu’on les découvre véritablement, et qu’on reconstitue l’histoire.

A la toute fin, sur la dernière double-page du livre, Emilie Vast dresse le portrait des différents animaux présentés, en révélant au tout jeune lecteur leurs principales caractéristiques. On retrouve ainsi : Coati, Ocelot, Ibis rouge, Tamandua, Toucan, Paresseux, Singe hurleur, Ara bleu et Singe Écureuil… êtres fragilisés par un avenir incertain.

Quelques extraits !

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Flic flac vs Plic ploc !

L’eau dans toutes ses formes aujourd’hui dans la BBthèque, avec deux albums dont les titres, sonores, disent d’emblée leur approche sensorielle de cet élément fondamental, qui peut prendre une forme liquide quand il s’agit de pluie (flic, flac !) mais aussi quand la banquise fond (plic, ploc…) et que ça pose bien question. Voici donc : Flic flac, de Fred Eclair et Julie Brouant aux éditions Benjamins Media (collection Taille S) et Plic ploc banquise, de Claire Garralon aux éditions MeMo (collection Tout-petits memômes) :

Flic flac

de Fred Eclair et Julie Brouant

Un ciré et des bottes… jaunes + des escargots + le bruit de l’eau : ou comment mettre en scène dès la page de couverture la folle aventure que représente pour les petits une promenade juste après la pluie ! Cet album, format carré, raconte comment un jeune garçon, au sortir de la sieste, s’apprête à prendre l’air… et pour ce faire, colle son nez à la fenêtre afin d’analyser le temps qu’il fait : le ciel est gris, il a visiblement beaucoup plu, mais les nuages commencent à faire place à des éclaircies. Un goûter et hop, une sortie, bien habillé, avec papa ! Tout est sensation, tout est jeu pour le jeune narrateur : écouter le bruit de l’eau, jouer avec son reflet dans les flaques, sauter entre les flaques voire à deux pieds joints DANS une flaque (splash !), observer et toucher la foule d’escargots, en sauver quelques uns, en adopter même un, ramener des cailloux lavés de peu à la maison ! Cet album doux et joyeux, hymne aux trottoirs mouillés et aux bébés réchauffés par tant de jeux, est accompagné d’un CD où l’histoire est lue par un jeune lecteur de 10 ans, Bérenger Martel, ponctuée de moments musicaux. A lire en complément du poétique et sonore Ainsi fait la pluie, de Heyna Bé et Baptistine Mésange, aux éditions Dyozol.

Plic ploc banquise

de Claire Garralon

Cet album, carré également, mais plus grand, s’ouvre sur un autre bruit, qui, quant à lui, fait souci :

Ploc.

Plic ploc.

Y a la banquise qui fond !

Catastrophe ! Y a la banquise qui fond !

Aux premières loges de cet événement, un petit manchot et un ourson polaire, qui, constatant ce phénomène inquiétant, vont jouer le rôle de lanceurs d’alerte auprès des « autres » : « il faut prévenir les autres », s’exclament-ils, et ces deux enfants mettent immédiatement à exécution cette intention. Les voici informant du danger les lièvres, les otaries, les morses, le béluga, la baleine et leurs papas… La plupart d’entre eux ont conscience du problème, mais se sentent impuissants : nous croisons les pattes pour que ça s’arrête, disent les uns, nous n’avons pas la solution, complètent les autres. Alors comment agir ? Claire Garralon présente deux points de vus différents à travers les réponses paternelles : un manchot illustrant la méconnaissance ou le déni (mais n’importe quoi, la banquise ne fond pas) ; un ours exprimant une attente et un espoir, dirigé vers les hommes :

Ne vous inquiétez pas les petits,

l’Homme le sait et,

c’est sûr, il va s’en occuper.

A nous de jouer ! conclut ainsi Claire Garralon, dans cet album qui, avec un graphisme épuré, aux couleurs blanches et bleues de la glace et l’eau, grises et beiges de la faune polaire, sensibilise les tout-petits et les plus grands au problème du réchauffement climatique. La conclusion du livre est aussi une introduction, invitation à l’action : c’est à nous tous, aujourd’hui et demain, qu’il appartient de comprendre comment l’écosystème fonctionne et le préserver. Après avoir mis à la portée des tout-petits des notions de philosophie et d’éducation civique dans C’est ma mare et Chat noir chat blancClaire Garralon poursuit ainsi dans Plic ploc banquise, dont vous trouverez des extraits ici, sa formidable entreprise qui consiste à construire un BA-ba du vivre-ensemble, et ce dès le plus jeune âge.

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Mini bestiaires pour apprendre à compter ou encore s’initier au japonais… !

Les bébés lecteurs ont une appétence singulière pour les extrêmes, en matière de formats livresques : les albums gigantesquement géants et ceux tout tout tout… petits. Les minis, concentrés de riches contenus et livres-objets à manipuler par les petites mains. Comme celui-ci, ou comme ceux présentés aujourd’hui, qui empruntent chacun au genre du bestiaire… combiné avec d’autres approches suscitant l’éveil des jeunes enfants :

1 chien, 10 chats !

par Martine Perrin

Ce tout cartonné, format carré de 9 x 9 cm s’il-vous-plaît, est tout à la fois un bestiaire (faisant l’apologie du plein air !), un livre-jeu et un livre pour apprendre à compter (de 1 à 10)… tout en s’amusant à coucou-cacher et à nommer/dénombrer les animaux rencontrés au quotidien, à la campagne ou dans un jardin.

Grâce à un trou rond présent une page sur deux et aux jeux de graphisme autour ce trou-trou, l’enfant se lance dans une partie de devinette : je vois un bout de l’image mais pas tout, qu’y a-t-il d’autre ? et trouve la réponse à ses questions à la page suivante, en même tant que, dans le trou, prend place le nombre illustré sur la double page dévoilée, et ce de manière extrêmement lisible. Dans mon jardin, il y a ainsi… 1… chien ; il y a aussi une pente et sur la pente… 2… escargots ; il y a un arbre et en haut de l’arbre… 3… oiseaux ; etc.

A la toute fin, surprise, tout le jardin, montré jusqu’ici par bribes, comme autant de gros plans sans corrélation apparente les uns avec les autres, est représenté globalement dans l’espace avec une sorte de jeu fait plan, par lequel l’enfant comprend son aménagement, ainsi que les habitats respectifs des petits êtres qu’il vient de rencontrer, de la niche au poulailler, la mare au pied de l’arbre, la terre en pente au dessus du terrier. Une invitation pour le jeune enfant à observer son environnement, et à le traduire en mots et en nombres.

Quelques images ici !

Mon imagier japonais : les animaux

de Julie Blanchin Fujita

Cet autre premier documentaire tout cartonné, un poil plus grand que le précédent (10 x 10 cm), propose au bébé lecteur de l’initier à la langue mais aussi à la faune japonaise. Dans cet imagier bilingue (français-japonais) de 22 petites pages, chaque double page présente un animal… occidental ou extrême-oriental : le moineau, le papillon, l’ours noir d’Asie, le poisson rouge, le chat, le scarabée, le chien viverrin, la libellule, la luciole, le chien akita.

Sur chaque page de gauche, l’illustration de l’animal, réalisée à la peinture à l’eau ; sur chaque page de droite, le mot lui-même : écrit comme à la main en langue française pour commencer, puis en japonais, et ce de plusieurs façons différentes : comment le mot se prononce (grâce à sa transcription en lettres latines) et comment il s’écrit (sa graphie  : kanji, hiragana et katakana !). Une belle introduction à une autre culture…

Quelques images à découvrir ici.

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Mon papa par M. Eric Carle

Eric Carle (1929-), ce génie de la littérature jeunesse, auteur notamment du non moins génial La chenille qui faisait des trous (en version originale The Very Hungry Caterpillar) où l’enfant vit la croissance et la métamorphose d’une chenille en papillon, en ayant appris au passage à compter, à nommer, à manger, etc., bref, cet auteur génial (je me répète ? noooon) arrive dans la BBthèque aujourd’hui avec un très joli album au titre tout simple et qui plaira beaucoup aux papas… : Mon papa ! édité chez Mijade en langue française en 2018.

Il y a mille et un papas…

Des papas toujours présents.

Des papas qui prennent le temps de jouer.

Des papas qui aiment parler, discuter et aussi écouter.

[…]

Chaque double page représente un papa avec un ou plusieurs de ses enfants, dans une situation donnée qui fait écho à la qualité de chaque papa, à ce que chaque père partage avec sa progéniture. Chaque papa, chaque enfant, est incarné par un type d’animal différent, ainsi le papa qui parle, discute et écoute est bien évidemment un papa perroquet ; le papa protecteur c’est le grand ours enveloppant son petit ourson, etc. Les illustrations sont… à la fois enfantines et… sublimes, colorées, lumineuses et toutes en volumes comme le reste du travail d’Eric Carle, friand de collages. L’enfant voyage à travers la faune et à travers le vaste monde avec tous ces papas, qui lui montrent aussi tout ce qu’est un papa, un papa comme le sien :

Il y a mille et un papas…

mais il n’y en a qu’un comme toi,

MON PAPA !

Un très bel album sur la paternité, à mettre entre les mains de tous les papas, de tous les bébés, de tous les enfants, de toutes les mamans… bref, de tout le monde, en somme.

PS1 destiné aux mamans notamment : Eric Carle vous/nous rend aussi un très bel hommage dans Les kangourous ont-ils une maman ? !

PS 2 : Ne pas oublier de compter le nombre d’occurrences du mot papa (singulier et pluriel) dans le livre d’Eric Carle et dans cet article. C’est très important. Ou pas.

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Ma maison, ta maison, sa maison…

Dans la BBthèque aujourd’hui, nous partons à la découverte de maisons, et de ce qu’est une habitation, à travers deux très beaux livres récents : Ma maison, de Laëtitia Bourget et Alice Gravier aux éditions Les Grandes Personnes, et Tu habites où ? de Judith Gueyfier aux éditions Rue du monde.

Ma maison

Mon premier est un livre accordéon, tout cartonné et grand format (22,3 X 34 cm), qui propose au bébé lecteur, d’un côté un parcours vers la maison, de l’autre un parcours dans la maison… de quelqu’un ou quelqu’une, l’histoire ne le dit pas, pourtant un narrateur invisible guide les pas du lecteur, qui est à la fois son invité et son double : l’hôte de la demeure, dans les deux sens du terme peut-être ?

Le trajet pour se rendre à « MA MAISON » (une belle maison en bois… dans les bois) prend un petit moment, un temps de train, un temps de bus, un temps de marche, l’occasion d’une promenade riche en découvertes, invitant les jeunes enfants à ouvrir grands leurs yeux et à observer tant le panorama global que les mille et un détails, encouragés par la jaquette souple de l’album qui propose de chercher-trouver quelques éléments identifiés (végétaux, animaux) dans le paysage.

Hop on retourne le livre et on rentre dans « MA MAISON », au sein de laquelle le bébé lecteur va évoluer, de pièce en pièce, avec le narrateur toujours invisible mais toujours présent, par les m et le otspas à pas : entrée, buanderie, salon, salle à manger, cuisine, cellier, toilettes et salle de bains, chambres… et jardin. La maison est habitée de meubles, d’objets, de jouets… mais aucun humain n’apparaît, les auteurs ouvrant ainsi des possibilités d’interprétations et d’identifications multiples : … cette maison, qui y réside donc, quelle vie mènent ses habitants, quels sont leurs caractères, quel est leur quotidien ? … et cette maison, si elle était mienne, comment je la vivrais ? comment je l’habiterais ? comment je l’agencerais ? L’enfant lecteur, tel un apprenti architecte, peut en effet manipuler le livre accordéon ou leporello et décider de la configuration des différentes pièces au sein de l’habitation. Comme à l’extérieur, il est invité également à retrouver les détails recensés dans la jaquette.

Une double fresque réaliste & poétique à la fois, bienveillante (c’est une invitation à visiter ma maison…), ludique (cherche et trouve) et modulable (emboîte mon pas, cher invité, fais comme chez toi…).

Tu habites où ?

Mon second est un tout cartonné format petit carré (15 X 15 cm), qui propose au tout-petit un tour du monde des maisons d’ici et ailleurs : tu habites où ? Dans cet imagier des habitations du monde, chaque page décrit par l’illustration, et des mots simples en complément, un type de maison, avec un jeu de correspondances supplémentaire entre la page de gauche et celle de droite : une maison…

  • sur pilotis… sur des roues
  • en pierre… en terre
  • là-haut sur la montagne… là-haut dans la ville
  • en glace… en bois
  • tout seul (le phare)… en famille (la yourte)
  • en bleu… en rouge
  • pauvre (bidonville) et riche (palais)
  • sur la rivière… dans la forêt

pour finir par la voix du narrateur, le bébé lecteur lui-même, qui, entouré de ces seize habitations, conclut, en jouant à la maison de poupée : « Moi, j’habite sur la Terre avec vous tous » !

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Moi, j’ai peur du loup (ou pas)

Extra, Emilie Vast & les éditions MeMo sont de retour dans la BBthèque, avec un nouvel album qui s’attelle à un sujet universel : la peur (en l’occurrence, celle du loup) ; une émotion à apprendre à connaître pour mieux en tempérer les effets, et pour se faire, quoi de mieux que la dialectique pour le très jeune public ? C’est l’histoire donc, non pas d’un loup, mais de deux lapins, un brun, un beige, qui discutent de la peur qu’éprouve l’un, le brun, vis-à-vis du loup. Le titre de ce récit constitue le point de départ de cette confession :

Lapin brun : « Je peux te confier un secret ? »

Lapin beige : « Oui, bien sûr ! »

Lapin brun : « Moi, j’ai peur du loup. »

Lapin beige : « Ah oui ? Pourquoi ? »

Le lapin brun met des mots sur sa peur en l’expliquant : j’ai peur du loup, parce que… 1, il a de grandes dents, 2, il a de grands yeux, 3, il a une grande queue, etc. Le lapin beige, lui, qui n’éprouve pas ou plus cette peur, et porte donc un regard (plus) neutre et/ou apaisé sur l’animal redouté par son camarade, associe systématiquement les descriptions successives faites par le lapin brun à de tout autres bêtes, dont les lapins n’ont strictement rien à craindre : 1, celui qui a de grandes dents, c’est le morse, et le morse, il vit dans des pays froids où nous n’allons pas ; celui qui a de grands yeux, c’est le hibou, qui vit de nuit quand nous sommes à l’abri ; 3, celui qui a une grande queue, c’est l’écureuil et nous sommes amis avec lui, etc.

Tout du long de la discussion entre les deux amis, véritable raisonnement s’appuyant sur force représentations, deux points de vue se confrontent (thèse/antithèse, argument/contre-argument) pour arriver à un constat commun : mais en fait, l’image que le premier se fait du loup n’a rien à voir avec le loup tel qu’il est ! C’est sa peur qui rend cette bête si effrayante ; si on prend le temps de l’analyse, de l’observation, de la réflexion et de la discussion, le loup reste, peut-être, mais la peur, quant à elle, s’envole, et c’est un véritable soulagement.

Le propos, brillant, est servi par un graphisme sobre et précis, avec des personnages expressifs et attachants ; l’histoire se lit… en riant, grâce à la complicité des narrateurs à l’image des lecteurs, mais aussi grâce à tous les jeux de représentation, qui constituent autant de surprises pour le jeune enfant : quand lapin brun évoque de grandes dents, il pense au loup, quand lapin beige entend grandes dents, il pense au morse, et Emilie Vast de dessiner d’abord des grandes dents (sans tête ni corps associé), puis la page suivante l’image qu’en a le deuxième lapin… les mêmes dents replacées dans un autre contexte, sur un autre corps, une autre tête, celle de monsieur morse… et ainsi de suite pour les autres parties du corps de ce loup monté et démonté de toutes pièces.

Quelques extraits ici !