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Le Père Noël est une princesse

Vous avez déjà sûrement vu un proche (parent, ami, illustre inconnu… vous-même peut-être ?) se déguiser en Père Noël dans le courant du mois de décembre… Votre bébé, a priori, non ! … Mais il s’apprête à découvrir, quand il feuillettera avec vous l’album chroniqué ce jour ici, que le Père Noël (aussi) sait se déguiser ! Sacrée farce… car, le saviez-vous ? selon ce livre, le Père Noël (aussi) se travestit !! Scoop pour les tout-petits, sans nuire pourtant, rassurez-vous, à la magie. Explication-démonstration avec Bonjour Père Noël, par Michaël Escoffier et Matthieu Maudet à l’Ecole des loisirs :

La nuit de Noël, le Père Noël, vêtu de rouge et blanc, traverse le ciel étoilé dans son traîneau porté par ses rennes aux museaux rouges… une hotte pleine de cadeaux sur son dos.

Première escale chez un piou-piou qui place, en pole position, dans sa liste au Père Noël, une maison de poupées… malheur, le Père Noël n’en a plus en stock !! Qu’à cela ne tienne, à défaut d’avoir tout, le Père Noël sait faire preuve de créativité et de générosité : le voici qui offre au piou-piou son chapeau pointu découpé et transformé en maison de poupées ! En seulement deux escales supplémentaires, devinez quoi… notre Père Noël, à force de déshabiller Paul (lui-même) pour habiller Pierre (petit enfant n°1, petit enfant n°2, petit enfant n°3, etc.) se retrouve, scandale, presque à poil (mais rien de choquant, car le Père Noël a de jolis dessous blancs)…

C’est sans compter sur la générosité (vive la réciprocité… bel esprit des fêtes de fin d’année) des enfants envers celui qui est dépeint comme un super-héros par ces mêmes petits marmots : voici que l’un d’entre eux, une girafe (qui, hihi, a bien grandi d’un hiver à l’autre), troque le costume du Père Noël nouvellement acquis contre le déguisement qu’elle avait reçu l’an passé… Ce qui donne lieu à la surprise finale… : quand arrive, dans la dernière chaumière (en tout cas le livre s’arrête là… mais certainement on pourrait concevoir une suite…), quatrième escale… hum… est-ce encore le Père Noël, quand il revêt une robe, des chaussures, une chevelure et une couronne de princesse ??? Les lapins qui accueillent la demoiselle-noël-à-barbe sont en tout cas très surpris… et le bébé lecteur aussi !

Un album tout cartonné et très coloré, type première bande dessinée, qui dit, avec humour, bienveillance et facétie, l’esprit de noël — le don comme le partage — tout en présentant de joyeuses alternatives à une optique 100% consommation, avec des cadeaux de fait recyclés et « do-it-yourself »… L’album, mutin, illustre que l’habit ne fait pas le moine, en jouant avec les codes masculin-féminin (c’est la mère noël qui…) et, au-delà, avec la très populaire (et très appropriée, vu le sujet) thématique du déguisement qu’affectionnent tant les enfants dans leurs jeux d’imitation et de travestissement dès l’âge de 2-3 ans !

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Papa pas à pas

Lumière sur un album tendre et lumineux mettant à l’honneur la relation naissante papa-enfant, écrit par Philip Waechter, adapté en français par Bernard Friot et publié chez Milan Jeunesse en 2009 :

Papa pas à pas

papa-pas-a-pas-waechter

– Tu n’as pas l’impression de trouver tous les bébés mignons ?
– Non, seulement le mien. 

Ou comment un père — la mère apparaît quelquefois aussi, mais ici, c’est la figure aimante du père qui est au cœur du propos — fait connaissance avec ce nouveau petit être grandissant qu’est son enfant : la naissance du bébé — et de manière concomitante celle du parent —, le retour à la maison, le rituel du dimanche (lire les journaux), la gestion du mal de ventre, les balades les mauvais jours comme les bons, la relaxation, les casse-croûtes, les premières conversations — « bbbllleuuubbbllleuuu » vs « bbbllleuuubbbllleuuu »…—, la maladie et la guérison, les matchs de foot à la radio, la séquence purée à la betterave ou la sortie chaotique au restaurant, les bébés nageurs, le bac à sable, la sieste à l’ombre de l’arbre…

Succession de scènes de cette nouvelle vie quotidienne, portée par des illustrations épurées et des mots tout simples : pour chaque page, le titre éventuel de la saynète virant parfois au sketch, le dessin la représentant, un dialogue, une description… comme un récit illustré tendant vers la bande dessinée, un peu à la Sempé.

Or donc…

Elle est pas belle la vie ? 

conclut le jeune père en s’adressant à son enfant souriant, déjà un peu plus grand, qu’il prend dans ses bras tout en continuant de marcher, poursuivant pas à pas son devenir de papa.

 

 

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Quand l’art nous transporte !

On connaît tous le peu ragoûtant rat d’égout… mais quid du rat des goûts ? Il y avait Ratatouille côté fourneaux, côté arts plastiques il y a désormais aussi la collection Rat des goûts proposée par la maison d’édition Eliart, spécialisée dans les livres d’art pour petits et grands… ! Avec au menu aujourd’hui ici, en matière d’éveil artistique pour les tout-petits, l’un des titres de cette formidable série :

Des tableaux et des transports

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Un livre tout cartonné de petit format carré, très agréable à manipuler, et qui renouvelle le principe des imagiers : ici, sous les plumes d’Eliane Reynol de Sérésin et Marine Fauvel, le bébé lecteur se voit présenter divers moyens de locomotion (le camion, le tracteur, le train, l’autobus, la voiture, le fiacre, le vélo, la moto, le bateau, la montgolfière, l’hélicoptère, l’avion et la fusée) de diverses façons… Chaque double page consacre ainsi un mode de transport :

  • sur ma gauche,
    • un court texte poético-descriptif : en bref, une définition, en cadence et en rimes s’il-vous-plaît !
    • accompagné d’une petite icône, ou symbole, afin d’introduire une première correspondance visuelle aisément identifiable par tous
  • sur ma droite,
    • la reproduction d’un tableau de grand maître du XIXe ou XXe siècle (Claude Monet, Edward Hopper, Vincent Van Gogh, Francisco de Goya, Sonia Delaunay, Jean-Michel Basquiat, René Magritte, Le Douanier Rousseau…) mettant en scène ledit mot
    • ledit tableau étant commenté avec humour par un drôle de guide / commentateur, qui ronge l’image pour mieux l’éclairer de toute sa contemporanéïté !

Un extrait pour vous faire une idée du voyage dans lequel vous embarquez :
extrait

En bref, un imagier bien pensé, dont la force et l’originalité est de réussir à mettre en résonance, par le jeu et la médiation, le quotidien des enfants avec l’art. A mettre entre les mains de tous les petits curieux…

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Miru Miru

Place à une bande dessinée très jeune public pour les plus grands des bébés, issu, une fois n’est pas coutume sur ce blog, d’une série d’animation produite par Folimage, et créée par Haruna Kishi, Mathilde Maraninchie et Guillaume Lorin.

On y découvre un univers graphique japonais, celui d’Haruna Kishi, dont le dessin est épuré et rond ; les récits*, situés au pays nippon, narrent le quotidien facétieux du héros, cette petite loutre de mer avide de mille découvertes et qui ne semble jamais en reste… dans la mesure où elle a toujours un tour dans son sac !

Pour les jeunes lecteurs, c’est l’occasion de faire connaissance avec des traditions, comme les raviolis japonais dans lesquels le cuisinier glisse un ingrédient surprise (secret professionnel !)…ou encore avec le menu quotidien des grands, comme la visite chez l’esthéticien(ne). Miru Miru dans les deux cas ouvre grand ses yeux voire ses oreilles, observe méticuleusement la scène, puis, imitation oblige, se lance à son tour dans la réalisation… de raviolis « surprises », donc, ou encore de « travestissements » entre amis… à la nuance près qu’il réinvente ce qu’il a saisi avec sa touche fantaisie, dans une logique de partage puisqu’il y associe ses amis. Le voici invitant ainsi ses proches à un repas convivial de raviolis avec des surprises plus improbables les unes que les autres, ou encore se maquillant puis peinturlurant la compagnie, opération camouflage réussie !

En bref, une première BD qui fait sourire et voyager, avec un protagoniste rusé, jovial et social. Une petite série sympa, qui sort de l’auto-centrisme et des chemins battus…

*adaptation : Sophie Furlaud et Samir Senoussi

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Betty voit rouge

Gros coup de cœur pour cet album qui parle si bien de la colère :

Betty voit rouge

de Steve Antony

aux éditions Milan
collection Les histoires des tout-petits

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Où l’on suit Betty, un tout jeune singe au féminin, qui a faim mais ne cesse de rencontrer de menues difficultés l’empêchant de se rassasier tout de suite – maintenant – toute seule comme elle voudrait ! Obstacles = déconvenues = frustration = colère = pleurs, sanglots, hurlements, roulades par terre !

Qui aurait cru qu’essayer de manger par soi-même une banane pouvait déclencher de telles émotions pour un(e) tout(e) petit(e) ? Et pourtant… que de gestes à comprendre puis réussir à effectuer : éplucher le fruit… en autonomie ; le manger sans le « casser » et en faire tomber la moitié, etc. ! C’est l’expérience de l’impasse qui met Betty dans tous ses états ; puis, au bout d’un moment, la crise prend naturellement fin dans l’esprit et le corps du petit être tourmenté : une accalmie… prolongée grâce à un précieux adjuvant, en l’occurrence un certain Monsieur Toucan (soit vous et moi dans dans la vraie vie), qui guide la jeune Betty dans la maîtrise de ses émotions et dans la résolution du problème ayant causé la colère de la demoiselle. Avec lui, la jeune Betty achève de surmonter sa colère intense mais passagère, retrouve le calme et thésaurise sur son apprentissage… afin de parvenir à manger par elle-même cette satanée banane (ou si ce n’est-elle, l’une de ses sœurs) tout en confiance et bonne humeur, une prochaine fois.

Tout est bon à prendre dans cet album tout cartonné : le choix universel de la banane comme objet de convoitise, le sens du récit à suspens avec de multiples rebondissements (alias répétitions de crises… et sorties de crise), l’efficacité graphique (succession de situations illustrées comme de mini bandes dessinées, code couleur rouge colère / jaune repos, etc.), les mots, l’état d’esprit à la fois humoristique et bienveillant… En bref, la formule parfaite pour aborder, avec tact et psychologie, la question de la colère, mais aussi celle, plus large, de l’école de la vie, avec les tout petits.

Le début de l’album à feuilleter en ligne (clic sur l’image ci-dessous) pour vous faire une idée :

Betty voit rouge - feuilleter